la Loge
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Le village de "la Loge" n'a jamais eu qu'une seule maison avec ses annexes. Son nom évoque immanquablement les "loges" d'autrefois, qui étaient des sortes de hangars en bois avec un toit de chaume, des parois faites de brandes, et abritant du matériel et des activités de la ferme dont elles faisaient partie.1
Le 3 juin 1799, le procès-verbal de son estimation comme bien national le décrit avec une...
"maison consistant en une chambre basse de longueur dix-huit pieds, de largeur quinze pieds et de hauteur sept pieds, tenant de toute part aux terres de la borderie, la maison en médiocre état,
Plus les toits à bestiaux, grange et gerberie, le tout se joignant, de longueur soixante pieds, de largeur vingt pieds et de hauteur quinze pieds, tenant de toute part aux terres de la borderie les dits toits tous incendiés"2...
...soit pour la maison, 6 x 5 x 2,3 m ; et pour le bâtiment aux multiples usages, 20 x 6,5 x 5 m. Leur état étant hérité du passage des troupes révolutionnaires envoyées pour mettre le pays à feu et à sang dans le but de le pacifier.
Le bâtiment fut relevé puis, avec la maison, il fut reconstruit plus tard à quelques mètres de là, le long du chemin voisin.

"La Loge", ses bâtiments et ses terres en 1836 selon le premier plan cadastral,
puis sur une vue aérienne vers 1950 (environ 460 x 315 m).
Et sa maison le 3 avril 2018, avec au fond son ancien séchoir à tabac.
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"La Loge", une borderie de l'amenage de "la Bouchère"
La borderie de "la Loge" avec les métairies de l’amenage3 de "la Bouchère"4, appartenait à une branche de la famille des Guinebaud de la Millière. En 1761 elles furent acquises par les Pierres, de "Pont-de-Vie" puis passèrent par héritage aux Joussaume de la Bretesche, et en 1776 elles furent vendues aux Ferron de la Ferronnays, une famille venue de Saint-Malo en Bretagne. Sous la Révolution, tous les biens de ces derniers furent mis sous séquestre et vendus en 1799 en tant que biens nationaux. Cependant, leur acquéreur s’étant révélé insolvable, ils retournèrent en 1801 à leur ancien propriétaire5, puis à ses descendants qui finirent par les vendre en 1826. Dont "la Loge" avec ses 6,01 ha et "la Flotterie" voisine avec ses 48,4 ha sur le Poiré (et 9,9 ha sur Dompierre) qui furent acquises par les Thiériot, notables de Montaigu.
En 1866 la création de la voie ferrée de Nantes à la Roche-sur-Yon entraîna une redistribution des terres entre les exploitations, ce qui fit passer "la Loge" à 11,56 ha.
C’est la surface dont disposait Alphonse Gréaud (1894-1978), son dernier agriculteur, quand il cessa son activité dans les années 1960. Il avait eu comme prédécesseurs Jean Monnereau (1793), Pierre Guillet (1799), Louis Pérochaud (1836), puis Aimé, Louis et Pierre Billaud, puis Achille et Gustave Martineau, puis Marcel Guillet, puis Aimé Martineau en 1946...
Dans les années 1970, les terres de "la Loge" et celles qui leur étaient immédiatement voisines ont vu leurs usages agricoles remplacés par d’autres usages : décharge de déchets, unité de méthanisation agricole, centrale solaire, valorisation de la biomasse, zone d’activités économiques.

La limite des terres de la borderie de "la Loge" selon le plan cadastral de 1836,
superposée sur une vue aérienne en 2025...
avec la centrale solaire créée en 2016 sur la décharge des déchets de la Roche-sur-Yon,
et l’unité de méthanisation de MéthaVie créée en 2019.
(environ 990 x 670 m, © cartes.gouv.fr)
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"La Loge" du XXIe siècle à la rencontre des énergies durables
Jusque au début du dernier quart du XXe siècle le traitement des déchets se faisait au niveau local et consistait à leur enfouissement, cela se faisant souvent dans des anciennes carrières dont le nombre était limité. A partir de 1974, c’est sur les terres de "la Loge" que la commune de la Roche-sur-Yon vint se débarrasser de ses ordures ménagères, résidus urbains et déchets industriels banals. Ces dépôts se prolongèrent jusqu’en 1999. La question fut alors prise en charge par Trivalis, un organisme créé par le Conseil départemental de la Vendée dans le but de pratiquer le tri, le compostage et le recyclage, les 20 % résiduels étant incinérés ou stockés. Les quelque 14 ha qui avaient servi de décharge à "la Loge" furent alors recouverts, mais leur détérioration durant 25 ans avait rendu leur avenir aussi incertain que problématique.
Cependant en 2011 Vendée énergie, autre organisme créé par le Conseil départemental, travailla sur plusieurs projets photovoltaïques au sol sur d’anciens centres d’enfouissement de déchets, ce qui a été en 2015 à l’origine de la centrale solaire de "la Loge", mise en service et 2016. En 2026 elle était la 3e plus importante de Vendée après celles de Beaurepaire et de Fontenay.

En 2023 à "la Loge" : l’unité de méthanisation
et la centrale solaire avec ses panneaux photovoltaïques s’orientant
en fonction de la position du soleil ;
tandis qu’en 2026 le toit du plus grand bâtiment de MéthaVie
a été couvert de panneaux solaires.
(© Vendée énergie).
Sur 5 ha plus proches de "la Loge" se trouve une unité de méthanisation connue sous le nom de "MéthaVie". Elle a pour origine la réunion de 19 exploitants agricoles dans le but de valoriser les déchets de leurs exploitations, en association avec la laiterie de Belleville (Agrial), la CAVAC, Bonilait et Vendée énergie. Cette unité de méthanisation a été mise en service en 2019, les 19 agriculteurs de départ (la SAS Agriméthabel) en étant les propriétaires pour 55 %.
Les déchets collectés sont découpés, mélangés, et introduits dans des "digesteurs", cuves où ils fermentent, se transformant progressivement d’une part en gaz et d’autre part en résidus, le "digestat". Le gaz est ensuite épuré, le méthane étant séparé du CO2. Ce biométhane est injecté dans le réseau gazier, et pourrait être récupéré comme bioGNV (Bio Gaz Naturel pour Véhicule). Contrairement à l’unité de méthanisation proche du "Chemin", il n’est pas utilisé pour faire de l’électricité, et le CO2 est recueilli et liquéfié à des fins d'usages agricoles. Quant au "digestat", il est utilisé pour fertiliser les champs, y succédant au fumier et au lisier d’autrefois.

Sur la "Zone d’activités de la Loge" :
une vue partielle des ateliers Bénéteau en 2026,
avec ici et là quelques-uns de leurs bateaux en instance de départ.
En 2001, c’est immédiatement au sud de "la Loge" qu’a été créée la "Zone d’activités de la Loge", sur des terres faisant partie antérieurement de "Bellenoue". Les chantiers de construction de bateaux Bénéteau s’y sont établis en 2004 et oc-cupent 70 % de sa quarantaine d’hectares.
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Note et sources
1 Sur les pages portant sur "la Moissandière" on pourra apercevoir une "loge" au milieu des années 1960, et qui servait de séchoir à tabac à Albert Blanchard.
2 Estimations des biens nationaux, commune du Poiré, 3 juin 1799 (Arch. dép. de la Vendée, 1 Q 212). Cette description des bâtiments est suivie de la liste des terres de la borderie avec leurs nom, nature et surface. Pour les surfaces, les estimateurs de l’époque leur donnent des valeurs toujours sous-évaluées, ainsi le champ "le fromenteau" y est estimé 3 boisselées (soit 0,34 ha) contre 0,76 ha mesurées sur le cadastre de 1836 (parcelle E 1066).
3 On appelait (et on appelle) "amenage" l’ensemble "d’un domaine, d’une propriété" (voir Anatole-Joseph Verrier et René Onillon, Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou, 1908, tome 1, p. 33). Passant par l’anglais, ce terme qui a été un peu oublié, sauf dans la région, est revenu dans le français actuel avec "manager", qui, aujourd’hui comme hier, a le sens de gérer des biens ou de diriger une entreprise.
4 Voir la remise en vente de "la Loge" et de "la Flotterie" en 1879 par Me Auger, notaire au Poiré (le Publicateur, journal de la Vendée, 28 mai 1879, p. 4).
5 En Vendée, les premières unités de méthanisation ont été mises en service en 2008. Selon l’Association d'Initiatives Locales pour l'Énergie et l'Environnement (AILE), on en comptait 43 en 2026, parmi lesquelles 34 agricoles dont au Poiré celles du "Chemin" et de "la Loge".
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