la Raymondière
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"La Raymondière" est un village isolé du Poiré, situé aux confins de la Chapelle-Palluau. Depuis toujours, elle n’a été constituée que d’une seule métairie, qui a été en activité jusqu’à ce que fin 2023 son dernier agriculteur ait cessé son activité.

"La Raymondière" le 25 novembre 2025,
construite en son temps avec les pierres noires (phtanite) affleurant localement,
et en 1836 sur le plan cadastral,
puis, après son déplacement, sur des vues aériennes vers 1950 et en 2024 (environ 360 x 275 m).
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Une longue ancienneté tombée dans l’oubli
En dépit de sa localisation apparemment loin de tout le nom de "la Raymondière" se trouve évoqué en 1260 dans les "Hommages d’Alphonse, comte de Poitiers"1, un registre faisant l’inventaire des droits de ce dernier sur les seigneurs et habitants de ses domaines en Poitou, et des devoirs et des redevances qui lui étaient alors dus. Ainsi sur sa châtellenie de la Roche-sur-Yon...
"Pétronille, dame de la Boucherie (ou de la Bouchère ?) par Guillaume Ruffi, son fils, dont elle a la tutelle et la protection, est légalement dame de la Roche-sur-Yon, à savoir des choses décrites ci-dessous ;
- à savoir de la moitié de la grande forêt de la Roche-sur-Yon, et des bois des Clouzeaux et de toutes les choses qui appartiennent à ladite moitié de cette forêt, selon ce que les forestiers de cette forêt ont coutume de recevoir.
- également [...]
- également la demeure de la Berthelière, dans la paroisse du Poiré. [...]
- également la borderie de Raymondière. [...]"
- également [...]".
Dans les années 2000, des écoulements d’eau y ont fait suspecter l’existence d’un souterrain pouvant remonter à ces temps anciens2.
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"La Raymondière" aux temps héroïques
Quand dans les années 1790, les troupes révolutionnaires vinrent détruire la région et ses habitants, Louis Martineau laboureur demeurant à "la Raymondière" soutint les insurgés, fournissant en 1793 et 1794 du ravitaillement...
"...pour la subsistance de la troupe de M. Joly et Delaunay (lieutenants de Charette), suivant les reconnaissances qu’il a représenté au conseil en date des 18 juin, 12 août et 5 septembre 1793, 24 juillet et 10 septembre 1794, signées Demello, Favereau, Faverout et Arnaud, savoir 28 boisseaux de froment à 6 livres le boisseau, 8 de seigle à 4 livres, 14 boisseaux de méture à 4 livres, et 7 d’orge à 3 livres, le total déduit les mesures fait la somme de 259 livres 7 sols"
...puis le 24 mars 1795 :
"une jument estimée 250 livres."3
A cette époque, la métairie de "la Raymondière" qui dépendait "ci-devant de la Millière, provenant de Constant Guinebaud chevalier de Malte", fut séquestrée comme bien national. Du 9 au 12 février 1798, elle fut l’objet d’une estimation qui en a laissé la description suivante...
"La maison principale consistant en trois chambres basses, la boulangerie, un toit à cochon, et un petit grenier au-dessus d’une chambre le tout se joignant, de longueur 55 pieds, de largeur 32 pieds, et de hauteur 12 pieds, les dits bâtiments en médiocre état, tenant de toute part aux terres et ruages de la métairie.
- plus le toit des bœufs et la grange se joignant, de longueur 31 pieds, de largeur autant et de hauteur 15 pieds au pignon, les dits bâtiments en médiocre état, tenant de toute part aux terres et ruages de la métairie.
- plus le toit des vaches, le toit des brebis et une grange se joignant, de longueur 55 pieds, de largeur 40 pieds, et de hauteur 12 pieds au pignon, les dits bâtiments partie en masure, et tenant de toute part aux terres et ruages de la métairie."4
...suit l’inventaire de ses terres avec leurs noms et leurs surfaces estimées s’étendre sur 170 boisselées, soit 19,4 hectares.
Le 17 avril 1798, "la Raymondière" fut adjugée à Aimée Guinebaud (1757-1826), de Saint-Gervais et sœur de Constant Guinebaud (né en 1763 à "la Millière" en 1763).

Extrait de l’acte d’adjudication de "la Raymondière",
daté du 28 germinal de l’an VI / 17 avril 1798.
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"La Raymondière" du XIXe au XXIe siècle
En 1836 "la Raymondière" appartenait à Constant Guinebaud (1807-1882), fils de Constant Guinebaud son ancien propriétaire, et qui demeurait à Pont Saint-Martin. Sur le cadastre elle est mesurée 39,22 ha.
En 1855, elle était devenue la propriété de Pierre Gendreau, du "Fief", qui en fit reconstruire les bâtiments le long du chemin proche, les déplaçant ainsi d’une centaine de mètres. Un déplacement que subirent aussi dans les décennies suivantes, les bâtiments de la métairie du village voisin de "la Boutière".

Sur une vue aérienne (environ 1,350 x 1,350 km) prise autour de 1950,
la métairie de "la Raymondière",
avec en jaune l’extension de ses quelque 40 ha de 1836.
En 1970, les terres de "la Raymondière" s’étendaient sur 45,65 ha et étaient exploités en fermage par Lucien Vrignaud (1926-1999) qui y élevait une petite quarantaine de charolais5. Les origines et structures initiales de son exploitation firent qu’elle fut peu affectée par les modifications apportées lors du remembrement des terres dans les années 1980.
Son successeur, venant de "Beaupré" près de Belleville, se tourna vers l’élevage de vaches laitières6. Puis la retraite venue, ses terres furent reprises par le GAEC de "l’Auspierre" de Beaufou, où ses vaches furent rapatriées, à près de 5 km de là. Ce qui a accentué pour "la Raymondière" et "la Boutière" voisine l’impression d’être situées dans un bout du monde.
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Notes, sources et références…
(sauf mentions contraires, illustrations et texte sont dus à M. Mignet)
1 Bardonnet (Abel), Hommages d'Alphonse, comte de Poitiers, frère de saint Louis : état du domaine royal en Poitou (1260), 1872, (Arch. dép. de la Vendée : BIB 836). Il s’agit d’une transcription faite par Abel Bardonnet d'un manuscrit en latin (mêlé de français) qui est conservé aux registres du trésor des chartes (Archives nationales : JJ xi et JJ xxiv). C’est à la page 15 qu’il y est question de "la Raymondière"...
"Petronilla, domina de la Boscherie, ratione Guillelmi Ruffi, filii sui, cujus tutelam et ballium habet, femina ligia domine de Rocha super Oyum est, scilicet de rebus inferius denotatis ; scilicet de medietate forestarie magne foreste de Rocha super - Oyum, et nemoris de Closellis et de omnibus rebus que ad dictam medietatem dicte forestarie pertinent, secundum quod forestarii in dicta foresta percipere consueverunt. [...] - Item masura de la Bertelere, in parrochia de Pereyo. [...] - Item de la Raymundere borderiam. [...] - Item [...] "
Parmi les autres lieux situés sur le Poiré pouvant y être identifiés : "la Millière", "la Mônerie", "le Fief", "la Chauchetière", "le Plessis", "la Tailleferrière", "l’Auroire", "l’Eraudière", "l’Aumère", "la Robretière", "la Blanchère", "l’Aubretière", "la Sauvagère", "Lande blanche"...
2 Naturellement, ce genre d’écoulement ponctuel d’eau peut être une simple source. Cependant en plusieurs endroits, ainsi dans le village du "Fief", il s’est révélé être le débouché de la galerie servant de drainage à un souterrain. Selon Triolet (Jérôme) et Triolet (Laurent), ces souterrains seraient pour la plupart à dater des XIe et XIIe siècles (les Souterrains de Vendée, 2013, 168 p., extraits).
3 Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de la Roche-sur-Yon : ms 019) ; voir aussi de Lorvoire (Jean-Claude), "les Réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré-sur-Vie", in Recherches vendéennes, n° 3, 1996, p. 257-299. La "méture", ou "méteil", est un mélange de blé et de seigle, quant à la livre (ou franc), elle se divisait en 20 sols valant chacun 12 deniers.
4 Procès-verbaux d’estimations et actes d’adjudications des biens nationaux sur la commune du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 1 Q 212, 1 Q 259-1). Un pied valait 0,325 m, et au Poiré une boisselée valait 0,114 ha, soit 1 ha pour 8,77 boisselées. La comparaison entre les mesures des biens nationaux en 1798 avec celles du cadastre de 1836, fait apparaître une sous-évaluation des premiers de l’ordre de 40 à 50 % en moyenne, de la part des estimateurs qui en avaient la charge. Enfin et pour mémoire, les "ruages" sont les espaces d’évolution dans une ferme, et une "masure" est à prendre dans le sens de "ruines".
5 Recensement Général de l'Agriculture (R.G.A.) de 1970 (Arch. dép. de la Vendée : 1185 W 103-104-105).
6 Entretiens en 2025 avec Guy Minaud, dernier agriculteur de "la Raymondière".
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