la Maldemée
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"La Maldemée" est située à mi-parcours sur l’ancien chemin reliant Palluau à Belleville et passant par le carrefour de "la Croix Bouet" connu pour son inquiétante réputation. A l’époque féodale, ces deux localités étaient des seigneuries importantes possédant chacune son château fort, et qui appartinrent l’une et l’autre à un moment ou à un autre aux seigneurs de Montaigu (...et autres lieux). Malgré la petites taille de leur bourg, Palluau et Belleville avaient alors le titre de ville, et étaient reliées par ce chemin qui, situé en haut de versant, ne traversait aucun village à l’exception de "la Maldemée". Cependant, l’ancien dessin du parcellaire de celle-ci laisse à penser que son centre originel se situe sur le côté sud de ce chemin.
Quant au nom lui-même de "la Maldemée", il a la particularité de se rencontrer nulle part ailleurs, ainsi que celle de résister aux recherches étymologiques1.

"La Maldemée" traversée par l’ancien chemin de Palluau à Belleville, avec ses interruptions dues,
près de Belleville à la construction en 1866 de la voie ferrée de Nantes à la Roche-sur-Yon,
et en allant vers Palluau aux remembrements des terres dans les années 1980.
(environ : 16,5 x 4 km)
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"La Maldemée", d’autrefois à la fin du premier quart du XXIe siècle
Il n’existe guère de traces ou de souvenirs du passé de "la Maldemée" remontant avant la Révolution. Lors de celle-ci on voit les habitants du village apporter leur soutien aux insurgés et à la petite "armée" de Charette2. Ainsi en 1793-1794-1795 le charpentier Pierre Orceau et le maçon Louis Pelé travaillèrent à réparer une partie des destructions faites par les troupes républicaines au "moulin à eau du Fief", à "la Bouchère", à "la Maison neuve" et au village du "Moulin de Pont-de-Vie". Julien Josnet et Henry Blay, Etienne Voisin, François Péraudeau, qui étaient des "laboureurs", fournirent du ravitaillement : bœufs, froment (blé), méture (méteil), baillarge (orge), mil (millet). De même que le "bordier" Pierre Brethomé3 dont des restes de sa demeure subsistent encore en 2026. De même Jean-Philippe Renaud, "chirurgien juré" à Saint-Etienne-du-Bois et propriétaire de deux métairies à "la Maldemée", s’engagea aux côtés de Jean-René Savin, un des chefs divisionnaires de Charette.4

Le 13 mai 2020 à "la Maldemée" : partie subsistant de la maison
de Pierre Brethomé (1753- ? ) avec l'ancienne souche de cheminée de son four,
avant restauration (photo de B. Nuaud).
De 1836 à 1946, la population de "la Maldemée" a oscillé autour de 40 habitants. En 1836 ses 37 habitants se répartissaient entre quatre familles d’agriculteurs, un meunier et un tisserand. En 1946 ils étaient 38 habitants se répartissant entre quatre familles d’agriculteurs, la famille d'un carrier, une couturière et une septuagénaire sans profession. En 2026, le nombre d’habitants étaient de 20, dont 12 actifs et 6 retraités ; parmi eux, la famille d'un ancien agriculteur du village et celle de son successeur. Sur les 10 maisons, 9 étaient habitées à l’année.

"La Maldemée" sur le le plan cadastral de 1836 1836 (environ : 180 x 165 m),
avec, en rouge, les habitations dont celle de Pierre Brethomé ;
et sur le plan cadastral de 1975 avec, en jaune, les habitations dont celles de ses trois agriculteurs.
Jusque dans la seconde moitié du XXe siècle, l’agriculture était restée l’activité essentielle des habitants de "la Maldemée". En 1970 ses 3 exploitations agricoles comptaient 29,6 ha, 22,7 ha, et 12,2 ha et, à quelques hectares près, qui étaient toutes en fermage. Par leurs tailles leurs productions, elles étaient représentatives de la plupart des fermes de la commune, la culture du blé couvrant dans les 20 % de leurs surfaces, le reste étant surtout tourné vers l’élevage bovin : à viande (charolaises) pour la plus grande, à lait (frisonnes et normandes) pour la plus petite, et mixte pour l’autre. Toutes trois ayant son cheval et son tracteur, pratiquant la culture du tabac sur une dizaine d’ares ...et ayant quelques rangs de vignes.5
Leurs agriculteurs prirent leur retraite dans les années 1990, et au XXIe siècle il n’y reste qu’un agriculteur exploitant 200 ha en GAEC.

"La Maldemée" sur des vues aériennes, avec de haut en bas...
dans les années 1950, le 31 décembre 2005, le 15 juin 2025.
(environ : 550 x 320 m)
La physionomie de "la Maldemée" a été transformée par la disparition des activités agricoles traditionnelles. Les granges-étables du tournant du XIXe au XXe siècle peinent à trouver une reconversion et vont à la ruine, tandis que l’ancienne présence du "tramail" où Pierre Péchereau, maréchal-ferrant au bourg, venait ferrer bœufs et chevaux du village et des villages voisins, n’est au mieux qu’un souvenir.
Cependant, "la croix de bois du village de la Maldemée"6 existant déjà en 1900 et devenue croix de pierre, a été restaurée au début des années 2000 (hauteur : 3 m), après avoir été renversée autour de 1965. Depuis diverses maisons et bâtiments ont été rénovées, tandis que des éléments du petit patrimoine ont été mis en valeur : puits, four, ex-toits aux gorets ou toits aux volailles... et même d’anciens outils agricoles7.

De l’ancien brabant7 à la longère, en passant par la croix du village :
quelques grands et moins grands éléments patrimoniaux de "la Maldemée" en août 2026.
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Les destinées diverses de la famille des "Renaud de la Maldemée"
A la fin du XVIIIe siècle, les membres de la bourgeoisie se plaisaient à faire suivre leur nom par celui de terres leur appartenant, se donnant ainsi des airs aristocratiques. Une vanité qui a pu se prolonger au cours du siècle suivant. Ainsi en 1836, deux des métairies de "la Maldemée" sont indiquées étant la propriété de "Renaud Maldemée veuve à Saint-Etienne-du-Bois"...8
Celle-ci était née Aimée Ordonneau (1759-1850) et s’était mariée le 6 février 1787 à Saint-Etienne-du-Bois, avec Jean-Philippe Renaud (1765-1826) qui, sur son acte de mariage est dit "chirurgien juré, fils mineur de Me François Renaud sieur de la Faverie et de défunte dame Jeanne-Marguerite Nicoleau, ses père et mère, de la paroisse de Bretignolles"9. Comme il se devait, l’épouse était de la paroisse de Saint-Etienne-du-Bois, comme son père le "licencié ès lois" Philippe Ordonneau (1721-1788), et son grand-père Philippe-René Ordonneau (1687-1740) "sieur de Londry". Ce qui fait dire que c’est par son mariage que Jean-Philippe Renaud put dès lors être dit "sieur de la Maldemée", village du Poiré dont les terres sont contiguës de celles de "Londry".

Schéma généalogique simplifié des familles Renaud, Ordonneau, Goupilleau,
apparentées à Jean-Philippe Renaud, sieur de la Maldemée.
(Jean Goupilleau était marié avec une sœur de Philippe-René Ordonneau)
Sous la Révolution, la vie de Jean-Philippe Renaud fut marquée par son opposition avec son beau-frère Philippe-Charles-Aimé Goupilleau (1749-1823) "sieur de Villeneuve". En 1782, Ursule Ordonneau (1755-1826), sœur de son épouse Aimée, s’était mariée avec celui-ci, membre d’une dynastie d’hommes de lois de Montaigu et qui était un de ses cousins. Il était parti en 1775 s’établir comme avocat à Paris. Mais les succès professionnels inégaux qu’il y avait rencontrés l’avait fait revenir dans son pays natal où en 1781 le marquis de Juigné, syndic général des Marches communes de Poitou et de Bretagne, lui procura l'office de sénéchal-juge de la seigneurie de Rocheservière. Huit ans plus tard, la convocation des Etats-généraux et les événements qui suivirent lui permirent de quitter cette fonction qu’il estimait ne pas correspondre à ses mérites, et, profitant des nouvelles institutions, en 1791, en 1792 puis dans les années suivantes il se fit élire par ses pairs, député de la Vendée à Paris10. Et lorsqu’en mars 1793 l’insurrection populaire eut lieu, en Vendée il demanda qu'elle fût réprimée sans pitié, tandis qu’à Saint-Etienne-du-Bois son beau-frère Jean-Philippe Renaud était de ceux qui se révoltèrent, et fut un des officiers de Jean-René Savin (1767-1796), qui lui était voisin11.

La demeure de Jean-Philippe Renaud, "sieur de la la Maldemée",
dans le bourg de Saint-Etienne-du-Bois en septembre 2024.
Les descendants de Jean-Philippe Renaud "sieur de la Maldemée", ne vécurent pas à Saint-Etienne-du-Bois mais à Saint-Gilles ou dans ses environs y exerçant le plus souvent les mêmes professions de notables locaux que leurs ancêtres. A un moment de leur vie, deux de ses petits-fils ont connu une certaine notoriété...
En 1858, Ernest Renaud (1824-1875) a laissé son nom lors du naufrage du paquebot hambourgeois, "l’Austria". Dans son rapport, il raconte que, parti de Terre-Neuve sur son trois-mâts le "Maurice" le 8 septembre 1858, il aperçut le 13 à 14 h et par 45° 06′ lat. nord et 44° 01′ long. ouest, le paquebot "l’Austria" en feu. Se précipitant à son secours, il put recueillir et sauver 59 passagers et 10 membres de son équipage.12
Vers 1895 Gustave Renaud (1820-1899), son frère aîné, publia des contes rimés sous le nom de Gustave Renaud de la Maldemée. Un pseudonyme qu’il prétendit venir du nom d’un "ancien manoir familial". En 1897 cette édition fut suivie d’une seconde très augmentée, de quelque 80 contes allant de quelques lignes à une dizaine de pages, puis d’une autre en 1898. Cependant, tout comme celui de leur auteur, leur souvenir est désormais des plus ténu, bien qu'ils (ou parce qu'ils) aient été présentés comme étant "très gaulois".13

La page de titre des "Contes" de "Gustave Renaud de la Maldemée" (2e édition, 1897),
l’évocation du naufrage de "l’Austria" par Joseph Puttner
(1858, Musée d'histoire de Berlin),
et Gustave Renaud et son frère Ernest Renaud.
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Les "Rallyes de la Vie" et leurs épreuves spéciales dites "la Maldemée"
Depuis 2003 chaque mois de septembre, allant sur 8 km de "la Côtrelière" au "Cerny" et inversement, deux des sept épreuves spéciales du Rallye de la Vie passent par "la Maldemée", ce qui leur vaut leur nom. Ce parcours est complété par deux autres : celui de "la Claye" allant de ce village à au-delà de "la Mônerie" (4,4 km), et celui de "la Forge" (5,3 km) sur Beaufou.
Cette compétition automobile a été créée et organisée par l’Association Sportive Automobile de Comité d’Organisation (ASACO) Vallée de la Vie et le Poiré Sport Auto, de la ligue Bretagne - Pays de la Loire. Depuis une quinzaine d’années le nombre de concurrents s’alignant au départ approche la centaine. L’année 2026 en connaissant la 24e édition.

Le tracé des épreuves spéciales dites "la Maldemée" des Rallyes de la Vie,
et deux de leurs passages obligés :
dans "la Maldemée" et à "la Grande Roulière", en 2025.
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Notes et références
1 Les sources utilisées sont les entretiens avec celles et ceux connaissant ou ayant connu "la Maldemée", auxquels s’ajoutent les références citées et les registres d’état civil ou notariés.
2 Cf. le Cahier des réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré (Méd. mun. de la Roche-sur-Yon : ms 019), extrait : réquisitions à "la Maldemée" ; voir aussi de Lorvoire (Jean-Claude), "les Réquisitions de l’armée catholique et royale dans la paroisse du Poiré-sur-Vie", in Recherches vendéennes, n° 3, 1996, p. 257-299.
3 La distinction entre les appellations de "bordier" et de "métayer" n’était pas très rigoureuse. Cependant habituellement, la seconde désignait un agriculteur locataire d’une "métairie", s’acquittant envers le propriétaire d’un loyer en nature, dit aussi à "mi-fruit" (lui versant la moitié de la récolte après déduction des futures semences, et idem pour le bétail). Tandis que la première désignait un agriculteur propriétaire d’une "borderie", ce dernier terme pouvant aussi se limiter à désigner une exploitation de petite taille. De même pour le terme de "laboureur" qui s’appliquait à un agriculteur dont l’exploitation était de plus grande taille, ce qui lui permettait d’avoir un train de labour composé d’une ou plusieurs paires de bœufs.
En 1836, l’ex-borderie de Pierre Brethomé (1753-1820) décédé sans enfants vivants, était passée à son frère André Brethomé (né en 1766, dont des descendants au Poiré en 2026) de "la Côtrelière". Cette borderie devait faire au mieux une dizaine d’hectares, alors que les métairies voisines en faisaient deux à trois fois plus.
4 Par son Règlement du Conseil militaire, pris à Belleville le 2 août 1794, Charette essaya d’organiser son "armée" en "divisions" sur une base géographique, chacune d’elles regroupant un certain nombre de paroisses / communes. La division dite "de Palluau" ou "de Saint Etienne-du Bois" ayant pour commandant Jean-René Savin (cf. note plus loin).
5 Cf. le Recensement Général de l'Agriculture (R.G.A.) de 1970 (Arch. dép. de la Vendée : 1185 W 103-104-105).
6 Boutin (Hippolyte), Chronique paroissiale du Poiré, 1900, p. 21. La croix de "la Maldemée" a été restaurée en utilisant une ancienne croix de sépulture du cimetière du "Chêne vert".
7 Parmi les anciens outils agricoles - c'est-à-dire d'avant la motorisation généralisées de l'agriculture dans les années 1950 - on remarque un "brabant", charrue avec socs réversibles permettant lors du labour de rejeter la terre du même côté en allant ou en revenant.
8 Etats de sections du cadastre de 1836 du Poiré (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 2040). Les 127 ha 35 ares qu’elle y possédait alors se répartissaient entre deux métairies à "la Maldemée", une à "Londry" et une à "la Braconnerie", soit une trentaine d’hectares par métairie.
9 Vu les origines géographiques de la famille Renaud, ce titre "de la Faverie" est à mettre en rapport avec le village de "la Faverie" de la Chapelle-Hermier, et non avec le village de "la Favrie" du Poiré ou avec "la Favrie" de Beaufou.
10 Cf. de Ph. Bossis : Goupilleau de Montaigu : les apprentissages d'un révolutionnaire vendéen (1763-1781), 2006, 766 p.
Philippe-Charles-Aimé Goupilleau fut élu par les 471 grands électeurs du département, selon un système qui réservait le pouvoir à sa classe sociale. En janvier 1793 il fut de ceux qui votèrent pour la mort, contre le sursis et l'appel au peuple lors du procès de Louis XVI. Il sut ensuite louvoyer jusqu’en 1799 entre les factions politiques de l'époque. Ceci tout en confortant sa fortune personnelle : à Montaigu il mit la main en 1796-1798 sur la demeure des Chabot (actuel 11 rue des carrefours), un des rares biens n’ayant pas été ruiné par Kléber en 1793, et sur les métairies du marquis de Juigné, ceci malgré des accusations sans suite et prudemment anonymes prétendant qu’il avait pour cela usé de ses positions politiques (Arch. dép. de la Vendée : 36 - J, fonds Mignen). Mais maladroitement, en novembre 1799, il s’opposa au coup d’état de Bonaparte, ce qui le fit exclure définitivement de la politique et l’obligea à vivre de ses rentes à Montaigu durant le restant de sa vie.
11 La maison natale de J.-R. Savin, toujours visible face au grand calvaire du bourg de Saint-Etienne-du-Bois, se trouvait à moins de 400 m de celle de J.-Ph. Renaud. Sur sa vie, on ne se fiera qu'avec circonspection à ce qu'en dit l’encyclopédie en ligne "Wikipedia", vu la faiblesse de ses sources et qu’elle commence par donner une date erronée pour sa naissance.
12 Cf. L’incendie à bord de l’Austria, Société d’Archéologie et de Mémoire Maritime, Fouesnant.
Le trois-mâts norvégien "Catarina", ayant retrouvé 22 autres survivants le lendemain, ce naufrage fit environ 450 victimes. Il eut un grand retentissement à l’époque, comme en témoignent les nombreux tableaux qui le représentèrent, dont un se trouve au Musée d’histoire de Nantes au château des Ducs de Bretagne. En 2026 un des quais de Nantes, le port d’attache du "Maurice", porte le nom d’Ernest Renaud.
13 Gustave Renaud après avoir été notaire eut une longue carrière de juge à Philippeville (/ Skikda), à Constantine, puis de président du tribunal de Batna jusqu’en 1886. Il vécut ensuite le reste de sa vie entre Paris et Saint-Gilles, étant dit "littérateur-érudit". Un manuscrit de 1895 des "Contes" de "Gustave Renaud de la Maldemée" est conservé à la Médiathèque Benjamin Rabier de la Roche-sur-Yon (Ms 069, 347 p.), ainsi qu'un exemplaire de leur édition de 1897 et un de celle de 1898 (PF 492 et V 731, 283 et 288 p.).
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