la "Chronique paroissiale de la Guyonnière" [1895)
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La "Chronique paroissiale de la Guyonnière" fait partie d'un ensemble initié par Eugène Aillery (1806-1869) qui, devenu "prêtre habitué" (c’est-à-dire "prêtre retraité et résidant…") à Fontenay-le-Comte, se consacra à des recherches sur l’histoire religieuse du diocèse de Luçon. En 1860 il publia le Pouillé de l’évêché de Luçon (200 p.), et à sa mort il laissa un ensemble de manuscrits traitant de l’histoire des différentes paroisses du diocèse. Vingt ans plus tard, en 1889, l’évêché de Luçon décida de les actualiser de les faire paraître sous forme de cahiers mensuels d’une vingtaine de pages distribués à des abonnés, sous le titre de "Chroniques paroissiales". Jusqu’en 1895, les premiers cantons (ou "doyennés" dans la terminologie religieuse de l’époque) dont les "chroniques" ont été publiées, furent ceux de la Roche-sur-Yon, Chantonnay, les Essarts, Saint-Fulgent, les Herbiers et Mareuil, chacune de leurs paroisses y étant traitée en quelques pages. A partir de cette date, la prise en main de la publication par Pierre Pontdevie (1830-1893) puis par Hippolyte Boutin (1851-1901) leur donna plus d’ampleur, la part des textes dus à Eugène Aillery y devenant marginale, et leur contenu prenant un intérêt certain. Les "chroniques" des paroisses des cantons de Montaigu, de Mortagne et le début de celles du canton du Poiré (le Poiré, Aizenay, Beaufou), furent alors publiées. Puis, sous la direction de Julien Huet (1857-1925) et jusqu’en 1918, ce seront la fin de celles du canton du Poiré (Belleville, Saint-Denis, la Genétouze, les Lucs, Saligny), puis celles des cantons de Maillezais, de Rocheservière (celles de ce dernier rédigées essentiellement par Alain de Goué, 1879-1918) et de Fontenay-le-Comte. Après une interruption, la publication fut reprise, dans les années 1930, par Adolphe Poirier (1878-1957) pour le canton de Beauvoir, et elle se termina dans les années 1950 avec celles du canton de Pouzauges par Auguste Billaud. Soit 14 cantons sur les 30 que comptait la Vendée à cette époque, en plus des autres ébauches de "Chroniques" réalisées en son temps par Eugène Aillery pour la plupart des autres paroisses du diocèse de Luçon.
Cependant, comme pour Treize-Septiers et contrairement aux autres communes du canton de Montaigu, Eugène Aillery n'a pas laissé de "Chronique paroissiale de la Guyonnière". Celle qui nous est parvenue, un peu plus courte que celles de ses voisines, provient de Pierre Pontdevie. Elle est le résultat d’un important travail d’enquêtes, partant des faits, recourant systématiquement aux documents originaux, vérifiant et recoupant les sources… autant de garanties d'un sérieux que n'avaient pas eu jusqu'alors les "érudits locaux" de l'époque, tel le montacutain Dugast-Matifeux. Comme pour les autres "chroniques paroissiales", on y trouve avant tout un "État nominatif des curés (et vicaires) de la paroisse" dont la succession et les activités constituent a priori l’objet principal de chacune d’elles. S'y ajoutent des renseignements sur les châteaux et seigneuries de la Roche-Thévenin et de Melay, et de leurs occupants.
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La "Chronique paroissiale de la Guyonnière" suit le plan suivant :
généralités (dont des notes sur la reconstruction de l'église)
État nominatif des curés de la Boissière
Château et seigneuries
- la Court
- la Rondardière
- la Roche-Thévenin
- Melay-de-la-Court
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M. l'abbé Aillery n'a rien écrit sur la paroisse de la Guyonnière, et son précieux manuscrit qui fait le fond de nos Chroniques paroissiales offre ici une lacune regrettable. Nous allons essayer de combler cette lacune, à l'aide de quelques recherches et des renseignements qui nous ont été fournis avec autant de zèle que d'intelligence, par M. Verdon, curé de la Guyonnière, et M. l'abbé de Suyrot, chanoine honoraire, missionnaire apostolique, directeur et fondateur de l'orphelinat de Melay.
Patron de l'église : Saint Pierre.
Cure. L'évêque y nomme de plein droit.
De Guioneria, - 7 prêtres. - Chapellenie de Sainte-Marguerite, à la présentation du seigneur. - Chapellenie à l'autel de la Sainte Vierge. – r stipendie. (Manuscrit de Luçon, 1533-1534).
Ecclesia de Guioneria, de dono episcopi (jura 16 lib.) debet 30 sol. de luminare. - Capellania in ecclesia, fund. per Gauvaigne du Planteis. (Pouillé latin tiré du livre rouge. XVIIIe siècle).
Cure de Saint-Pierre de la Guyonnière ; Mgr l'évéque, 1000 liv. (1500 liv.), 900 communions, Chapelles de Notre-Dame et de Sainte-Marguerite ; le seigneur de la Roche-Thévenin, 200 liv. Fabrique : 30 liv. (Extrait de Dom Fonteneau, XVlIIe siècle).
Généralités
L'histoire de la paroisse de la Guyonnière se confond un peu avec celle des paroisses voisines. On ne saurait assigner une date certaine à sa fondation qui, vraisemblablement, a dû être l'œuvre d'une longue suite d'années.
Si l'on en croit les vieilles traditions locales, à l'origine, un castel fortifié occupait l'emplacement actuel de l'église et du presbytère ; et, de fait, on trouve encore, çà et là, les traces visibles des douves qui entouraient jadis le petit monticule où s'élevait cette construction. Ceci nous reporte manifestement à l'époque du moyen-âge[1].
Autour de l'habitation du seigneur se groupèrent peu à peu les humbles demeures des manants, cherchant pour ainsi dire aide et protection, à l'ombre des hautes tours et des remparts. Peut-être la chapelle du château fût-elle la première église du centre religieux qui forma plus tard la paroisse. Un bon nombre d'autres n'ont pas eu d'autre origine.
Toutefois, nous pencherions pour une origine plus ancienne, à cause du patronage de Saint-Pierre, donné à l'église, qui est un indice d'ancienneté.
Situé à la limite du pays d'Herbauges et de Tiffauges, et faisant partie du premier, le castrum de la Guyonnière dut s'éclipser devant la puissance et l'opulence de la cité de Durinum, sa voisine, dont toute la contrée d'alentour était naturellement tributaire.
Mais ce voisinage lui valut aussi, à n'en point douter, de recevoir, de bonne heure, les lumières de la foi que saint Martin de Vertou et ses moines firent briller, dès le IVe siècle, dans toute cette partie du bocage bas-poitevin, qui forma plus tard le doyenné de Montaigu.
C'est à ce doyenné que fut rattachée la paroisse de la Guyonnière, en 1317, lorsque furent fondés l'évêché et le diocèse de Luçon.
Au civil, elle relevait de l'élection de Mauléon (Châtillon).
Une voie romaine, allant de Durinum à Angers, traversait du sud au nord, la partie occidentale de cette paroisse et passait près des villages de la Gourraudière et de Tournelièvre.
Aujourd'hui, la grand'route de Montaigu à. la Boissière traverse la paroisse dans sa plus grande largeur, et une autre route, qui coupe celle-ci, met le bourg en communication avec Treize-Septiers et Saint-Georges.
La paroisse est arrosée par le ruisseau d'Asson qui se jette dans la Maine, à Montaigu[2]. L'ensemble du terrain est peu accidenté, et les coteaux sur lesquels sont assis les châteaux de Melay et de la Roche-Thevenin, ne dépassent pas 80 mètres d'altitude.
La population qui, au commencement du siècle, ne comptait que 863 habitants [1841], d'après la statistique de Cavoleau, s'est considérablement accrue, et atteint aujourd'hui le chiffre de 1230 (dernier recensement [1891]).
Voici les noms des villages :
1. le Prieuré ; - 2. les Loges ; - 3. la Gourraudière ; - 4. le Peu ; - 5. Meslay ; - 6. Tournelièvre ; - 7. la Blétrie ; - 8. Bois-Châtons ; - 9. Marin ; - 10. la Bézochère ; - 11. la Fradinière ; - 12. les Pionnières ; - 13. la Gobtière ; - 14. la Bonninière ;- 15. Jambaud ; - 16. le Bordage-Caillé ; - 17. la Roche-Thévenin ; - 18. La Rabotière ; - 19. Melay-des-Landes ; - 20. l'Etang ; - 21. la Brosse ; - 22. la Tuilerie ; 23. - les Fontenelles ; - 24. la Tournière ; - 25. le Bordage-Lucas ; - 26. la Court ; - 27. la Chausselière (étang) ; - 28. la Boissetière ; - 29. la Friborgère ; - 30. le Fossé-Neuf ; - 31. la Tenaudrie ; - 32. la Saunerie ; - 33. la Fontaine ; - 34. la Rondardière ; - 35. le Bordage ; - 36. la Fossère ; - 37. la Clairbaudiére ; - 38. la Grillère ; - 39. la Ronde ; - 40. la Brétiniére ; - 41. le Petit Planty.
Le bourg est peu considérable et n'offre aucun vestige remarquable d'antiquité ; signalons, toutefois, une amphore, qu'on y découvrit, il y a un certain nombre d'années, et qui fut achetée par M. Dugast-Matifeux. Non loin du bourg, existait aussi jadis une ancienne chapelle qui a été brûlée et détruite pendant la Révolution. Le champ dans lequel elle s'élevait porte encore le nom de Champ-de-la-Chapelle, C'est probablement celle dont parle le Pouillé d'Aillery, et qui était dédiée à sainte Marguerite.
Le seul monument qui attire actuellement les regards du passant, c'est l'église.
Jadis, l'église de la Guyonnière formait une croix latine, et se composait d'une simple nef, flanquées de deux petites chapelles, de chaque côté du chœur. Elle fut brûlée pendant la Révolution et en partie ruinée.
Voici la note que lui consacre "l'Etat général des ci-devant églises situées dans les communes de l'arrondissement du bureau d'enregistrement des domaines de Montaigu" (du 20 vendémiaire, an V / 11 octobre 1796) :
"Eglise de la Guyonnière, - paroissiale, - presque toute ruinée ; on dit la messe dans une chapelle"
et, dans la colonne concernant l'emploi le plus utile que la nation pourrait faire des bâtiments, on lit : "soumissionnée par le curé."
Les premiers curés de la paroisse, après la Révolution, s'efforcèrent de la restaurer selon leurs ressources. Mais leur zèle n'obtint pas toute la récompense qu'il méritait : bientôt, les murs menacèrent ruine, et, de plus, l'ancienne construction devint insuffisante par suite de l'augmentation des habitants. Il fallait rebâtir, On commença par le clocher, en 1848.
En 1853, M. Amiot chargea M, l'abbé Barillaud de dresser le plan d'une nouvelle église plus spacieuse et plus digne du culte divin. La modicité des ressources ne permit point à l'architecte diocésain de faire un plan somptueux et grandiose. N'importe ; une modeste église romane, à trois nefs, s'éleva bientôt à la place de l'ancienne. Tout compte fait, elle coûta vingt-cinq mille francs. Les principaux bienfaiteurs furent M. Léopold de Mauclerc, d'Asson, qui offrit spontanément cinq mille francs ; MM. de Suyrot et Victor de Cornulier.
Commencées le 25 juin 1853, les nefs de la nouvelle église étaient achevées le 4 mars 1854, et bénites le lendemain, premier dimanche de Carême ; mais, à cause des travaux d'intérieur, le Très Saint-Sacrement ne fut laissé à demeure au tabernacle que le 20 mai suivant. Dix ans après, l'abside et les deux absidioles furent construits et complétèrent l'édifice.
On décora ensuite petit à petit. La principale décoration, le maître-autel se fit attendre jusqu'en 1893. C'est alors seulement que, grâce à la pieuse générosité d'un noble paroissien, M. l'abbé de Suyrot, de Melay, l'on put voir un bel autel en pierre, remplacer l'autel en bois de la vieille église.
Cet autel est remarquable autant par sa forme symbolique et l'exécution du travail que par la richesse des matériaux employés. L'idée qui en a inspiré le plan est celle-ci : Le sacrifice de l'autel étant la reproduction du sacrifice du calvaire, dont il ne diffère, dit le Concile de Trente, "que par la seule manière dont il est offert", l'autel doit, autant que possible, rappeler aux yeux, comme à l'esprit, le souvenir du calvaire.
L'autel de l'église de la Guyonnière est en granit de Brest et représente la Colline du Calvaire. Au sommet, se dresse une grande croix à laquelle un beau christ est attaché. Le christ est en pierre blanche de Poitiers. Debout, de chaque côté de la croix, se tiennent la sainte Vierge et saint Jean. Ces deux statues sont également en pierre blanche. Le tabernacle est placé dans le flanc de la montagne. Au-dessus, ont lit cette inscription en lettres d'or : Petra erat Christus. Et, pour mieux faire comprendre encore la comparaison de l'Apôtre, sur la porte du tabernacle est représenté Moïse frappant le rocher de sa verge et faisant jaillir l'eau qui désaltéra le peuple de Dieu, dévoré par la soif. Ici, l'Eucharistie est la fontaine d'où coule la grâce de Dieu qui désaltère les âmes, au désert de la vie. Au-dessous, et comme taillée dans la montagne, s'étend la pierre du saint sacrifice, aux extrémités de laquelle se voient deux anges debout, qui semblent venir du ciel pour servir le prêtre sacrificateur : l'un présente l'eau et le vin, et l'autre porte le livre de l'évangile.
La table de l'autel est supportée par deux colonnes en granit et dont les bases et les chapiteaux sont en marbre blanc. Dessous, trois bas-reliefs en superbe marbre de Carrare sont incrustés dans une seule pierre de granit, faisant fond. Celui du milieu représente la Cène ; celui de droite l'Agonie de Notre-Seigneur à Gethsémani ; et celui de gauche la Flagellation ; toujours d'après la même idée qui a présidé à l'ensemble de l'œuvre.
Ce beau travail est sorti des ateliers de M. Potet, l'un des meilleurs sculpteurs de Nantes.
La nouvelle église, comme l'ancienne, a deux petites chapelles dédiées, l'une à la Très-Sainte Vierge, l'autre à saint Joseph. Mais, dans l'ancienne, la deuxième chapelle, actuellement sous le vocable de saint Joseph, était dédiée à saint Jean-Baptiste, patron secondaire de la paroisse. Ce changement de vocable fut autorisé par Mgr l'évêque de Luçon, le 14 août 1863, à la demande de M. le curé ; mais à la condition que la statue de saint Jean-Baptiste serait placée dans un endroit honorable de l'église. Elle a été placée dans le sanctuaire.
Le presbytère a été reconstruit dans d'excellentes conditions, il y a un certain nombre d'années. Il est situé entre cour et jardin, et à proximité de l'église.
(Notes communiquées par M. Verdon, curé de la Guyonnière).
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ÉTAT NOMINATIF dES CURÉS ET VICAIRES
de la paroisse de Saint-Pierre de la Guyonnière
Avec quelques notes tirées de divers registres.
N.-B. - Cette liste est forcément incomplète, et pour cause. Les archives ont disparu en 1793 ; probablement, elles auront été brûlées avec la cure et l'église.
Les registres existant à la mairie datent de 1797, et ceux de l'église de 1804.
Le premier des prêtres de la Guyonnière dont on retrouve le nom est un vicaire :
1711. Bonnin, vicaire de la Guyonnière. (État nominatif des curés et vicaires de Boufféré.)
30 novembre-1739. - Mort de Messire Louis Raoul, curé de la Guyonnière.
"Le deux du mois de décembre 1739, a été inhumé dans ce lieu (Saint-Étienne-du-Bois), dans la nef proche l'autel de Sainte-Anne, du côté de l'Évangile, le corps de Messire Louis Raoul, prêtre, curé de la Guyonnière, en ce diocèse, décédé la nuit du trente et dernier novembre, dans la maison noble de Roche-Quairie, en cette paroisse, âgé de quarante-huit ans, six mois, en présence de messires les curés soussignés : Voyneau, prieur de Saint-Étienne-de-Corcoué ; - Gauvreau, prêtre, curé de Saint-Paul-Mont-Penit ; - Barreteau, vicaire du Poiré ; - Lambert, curé de la Chapelle-Palluau ; - Rigollet, curé-prieur de Palluau ; - Perraudeau, vicaire de ce lieu ; - Delachèze, vicaire de ce lieu ; - Mercerot, curé de ce lieu."[3].
De 1759 à 1770. Messire de Salignac, curé de la Guyonnière.
Il était originaire du diocèse de Limoges. En 1770, il fut pourvu d'un canonicat à la cathédrale de Luçon. Il eut pour vicaire Jacques Couraud.
De 1770 à 1771. Messire Mathurin Feuvre (ou Lefeuvre), curé de la Guyonnière.
En 1771, il fut nommé doyen de Montaigu. Décédé sur la fin de l'année 1793. Son cadavre fut jeté dans le puits du couvent de Fontevrault, à Montaigu, avec ceux de Bonnin, chanoine de Saint-Maurice, et de Goupilleau, chantre de la Collégiale, qui avait été assassiné dans son jardin, situé au faubourg Saint-Nicolas.
De 1771 à 1792. - Charles-Samuel-Martin Goupilleau, curé.
Né à Montaigu, il eut le courage de résister aux instances de son frère de Fontenay, dit le Dragon, refusa de prêter serment à la Constitution civile, et fut mandé à Fontenay, en vertu de l'arrêté du 9 mars 1792. Il y mourut, le 16 décembre 1792, dans la maison qui servait de lieu de détention aux prêtres réfractaires.
Le curé de la Guyonnière ci-dessus était frère de Sébastien-Joseph Goupilleau, qui fut curé de la Boissière-de-Montaigu, de 1767 à 1782, et cousin-germain du conventionnel et régicide Philippe-Charles-Aimé Goupilleau. Celui-ci, né à Montaigu, le 14 novembre 1749, et mort dans cette même ville, le 1er juillet 1823, avait été marié, à Saint-Étienne-du-Bois, par son cousin-germain, à Dlle Marie-Ursule Ordonneau, le 11 février 1782. Nous donnons ci-après l'acte de ce mariage, tel que nous le trouvons écrit de la main même de messire Charles-Samuel-Martin GoupilIeau, curé de la Guyonnière, dans les registres paroissiaux de Saint-Etienne-du-Bois. C'est une pièce historique importante :
"Aujourd'hui, onzième février mil sept cent quatre-vingt-deux, après la publication d'un ban canoniquement faite à nos messes paroissiales, tant en cette église qu'en celle de Saint-Louis, en l'île de Notre-Dame de Paris, comme il appert par le certificat de M. le vicaire, en date du 21 janvier dernier, où il est fait mention de la dispense des deux autres bans que les parties ci-après dénommées ont obtenu de Messieurs les grands vicaires du Chapitre de N.-D. de Paris, le siège vacant ; la dispense en date du 21 janvier dernier, signée Rivière, vicaire général, et plus bas : par ordre de Messieurs les vicaires généraux, signé : Buée, secrétaire, insinué et contrôlé au greffe des insinuations ecclésiastiques du diocèse de Paris, le même jour que la dispense a été accordée, signé : Gisor, pour Me Chauveau ; le susdit certificat de publication signé : Antheaume, vicaire ; légalisé par MM. les vicaires généraux de Paris les jour et an susdits, signé : Rivière, vicaire général ; par ordre des vicaires généraux, signé : Buée, secrétaire.
Les susdits certificats de publication et la publication reconnus à Luçon le 27 janvier dernier, signé :
M. C. Is. évêque de Luçon ; et celle de Saint-Jean-de-Montaigu, comme il parait par le certificat de M. le curé en date du trois du courant, signé : Potel, curé de Montaigu, où il est fait mention de la dispense des deux autres bans et des interstices que les parties ci-dessous dénommées ont obtenues de Mgr l'évêque de Luçon, également que de l'empêchement de consanguinité du trois au troisième degré, la dispense en date du 18 janvier dernier, signé : M. C. Is. évêque de Luçon, et plus bas : par Monseigneur Gandillon, chanoine secrétaire, insinué et contrôlé au greffe des contrôles ecclésiastiques de Luçon le même jour que la dispense a été accordée, signé : Clément, pour le greffier ; les fiançailles faites, les lois de l'Église et de l'État duement observées, sans opposition ni empêchement civil ou canonique venu à notre connaissance, j'ai, prêtre curé de la Guyonnière soussigné, du consentement du curé de cette paroisse, donné la bénédiction nuptiale à messire Philippe-Charles-Aimé Goupilleau, seigneur de Villeneuve, avocat en parlement et sénéchal de Rocheservière, fils majeur de défunt messire Philippe-Aimé-Alexis Goupilleau, procureur fiscal de Montaigu, et de dame Jeanne-Gabrielle Guitter, ses père et mère, de la paroisse de Saint-Jean de Montaigu, le dit seigneur Goupilleau domicilié de droit de la paroisse de Saint-Louis, dans l'île de Notre-Dame de Paris, et de fait de celle de Saint-Jean de Montaigu depuis cinq mois d'une part ;
Et Dlle Marie-Ursule Ordonneau, fille majeure de messire Philippe Ordonneau, seigneur de Londrie, et de dame Rose Péchereau, ses père et mère, de cette paroisse ; en présence et du consentement, du côté du préparlé, de messire Jean-Victor Goupilleau, procureur fiscal du marquisat de Montaigu, son frère, de messire Jean-François Goupilleau, notaire et procureur du dit marquisat, son cousin-germain dans l'estoc paternel ; de messire Charles-Samuel Goupilleau, curé de la Guyonnière, aussi son cousin-germain dans l'estoc paternel ; de noble homme Jean-François-Marie Guitter, officier de la maison du roi, son cousin-germain dans l'estoc maternel ; de messire Louis-François Gauverit, sr de la Cosnière, son cousin du trois au quatrième degré de consanguinité dans l'estoc paternel ; de messire François Lansier du Val, son cousin du quatrième au cinquième degré de consanguinité ; et du côté de la préparlée, de messire Philippe Ordonneau, son père ; de messire Alexandre-Aimé Pineau, docteur en médecine, son cousin-germain dans l'estoc maternel ; de messire Germain Pizagou, son oncle dans l'estoc paternel ; de messire Jacques-Louis Martin de la Faverie, son cousin du trois au quatrième degré dans l'estoc paternel ; enfin et du consentement de dame Jeanne-Gabrielle Guitter, mère du préparlé, qui n'ayant pu se trouver à la célébration du mariage, nous a donné son consentement par devant notaire où elle nomme pour se faire représenter, la personne de Jean-Victor Goupilleau, son fils, procureur fiscal de Montaigu, susdit et frère du préparlé ; le susdit acte a été passé le cinq février dernier et signé : Guitter, veuve Goupilleau, Gourraud, notaire, Trastour, notaire, pour acte ; contrôlé à Montaigu le sixième du courant, signé : Goupilleau."
Suivent les signatures.
Note sur la Guyonnière pendant la Révolution
La chronique de la Guyonnière n'a presque rien à relater concernant la guerre vendéenne de la fin du siècle dernier. Le bourg reçut pourtant la visite des Bleus, puisque la tradition, corroborée par un document que nous avons cité plus haut, rapporte que l'église fut brûlée par eux, ainsi que les châteaux de la Roche-Thévenin et de Melay. On garde également le souvenir de deux combats ou plutôt de deux engagements entre Bleus et Blancs : celui de la butte du moulin de la Grillère, dans la direction du bourg de Saint-Symphorien, engagement qui eut lieu, sans doute, avant ou après le combat où les Mayençais reprirent, près de cette localité, leur revanche de Torfou, en octobre 1793 ; et celui de Melay, à l'époque de la reprise d'armes, en 1799. A cette affaire, Charles-Henri de La Roche Saint-André, lieutenant de vaisseau (neveu de l'abbé), commandait la division de Montaigu reçut une blessure qui n'eut pas de suites funestes et ne l'empêcha pas de fournir encore une longue carrière jusqu'au 20 juin 1836, date de sa mort.
La paroisse ne fut point affligée par la présence de prêtres intrus ou assermentés. C'est du moins, une tradition paroissiale qui n'est contredite, croyons-nous, par aucun document.
Un tableau de la galerie historique de Versailles, dont M. l'abbé de Suyrot possède une copie, représente le général Charette, à la tête d'une poignée d'hommes, le front bandé, à cause d'une blessure reçue, se battant à la porte d'une église. Et au-dessous on lit : Combat de la Guyonnière. Ce combat fut le dernier de l'illustre chef vendéen.
Nous tenons à dire ici, pour ceux que ce tableau et son inscription pourraient induire en erreur, qu'il ne s'agit pas le moins du monde du bourg de la Guyonniére, mais du hameau de la Guyonnière, paroisse des Lucs-sur-Boulogne, hameau qui ne possède point l'église dont le peintre l'a doté sur sa toile. Le récit des historiens qui ont rapporté la prise de Charette, ne saurait faire le moindre doute, à ce sujet, pour ceux qui connaissent la topographie des lieux où s'est accompli cet évènement. Qu'on lise ce récit dans Crétineau-Joly (tome IIe p. 420-421) ; dans Alphonse Beauchamp (tome IIIe, p. 352) ; dans l'abbé Deniau (tome Ve p. 505), etc. et l'on se convaincra facilement de la justesse de notre observation.
C'est au hameau de la Guyonnière (paroisse des Lucs) où les 32 hommes de Charette s'étaient retranchés, que l'adjudant-général de Travot, Valentin (venant des Lucs) les attaqua avec deux cents grenadiers, le 23 mars 1796. Les 32 braves soutinrent le choc pendant trois heures. Le général y fut blessé d'un coup de feu à la tête et d'un coup de sabre à la main. Malgré cela, il ne put alors être arrêté par son ennemi. C'est seulement après quatre heures d'une course incessante, qu'il tomba enfin, épuisé de fatigue et baigné dans son sang, près du bois de la Chaboterie (paroisse de Saint-Sulpice-le- Verdon), où Travot le fit prisonnier.
1806. - Pierre-Charles Jagueneau, curé.
Né à Montaigu, en 1762, M. Pierre-Charles Jagueneau était religieux Trinitaire à Beauvoir, quand éclata la Révolution. Le 2 brumaire an II, il acheta de la Nation la cure de la Guyonnière qu'il habita, en 1804, comme curé de la paroisse.
Cette même année, il fut arrêté sous l'inculpation de faire partie d'une agence anglaise découverte en messidor an XII (la conjuration des Plombs), et qui avait pour but de troubler la France et d'attirer l'ennemi sur notre territoire. Le 24 février 1806, il est condamné à la détention par une commission de la douzième division militaire de Nantes. Le 30 septembre 1808, il est incarcéré à Fontenay, à l'hospice civil. C'est de là qu'il vendit la cure de la Guyonnière à la commune, le 21 décembre 1809.
M. Jagueneau fut ensuite transféré à Nantes et détenu au Bouffay, puis à Paris, où on l'enferma à la prison du Temple. Dans les dernières années de sa détention, on lui donna la ville pour prison. Enfin, le vénérable prêtre qui s'était toujours montré d'un dévouement absolu à la cause des Bourbons, fut remis en liberté, à leur rentrée à Paris, en 1814, et revint en Vendée.
Au mois de septembre 1815, M. Jagueneau fut nommé curé de Froidfond, et administra cette paroisse jusqu'en 1829. A cette date, ses forces trahissant son zèle, accablé de nombreuses infirmités contractées pendant sa longue captivité, il donna sa démission et se retira à la Garnache où il fut le dernier aumônier de Mme de la Corbinière.
Il mourut en février 1830.
Son nom figure dans la liste des prêtres présents au synode du Poiré (4 août 1795.)
1805-1805. - Nicolas Gourbin, curé.
M. Nicolas Gourbin naquit à Campion (Manche). Nommé à la cure de la Guyonnière, le 20 novembre 1804, il décéda le 30 août 1805, à l'âge de 43 ans. Ses funérailles furent présidées par M. Delaunay, curé de Tiffauges.
1805-1807. - Lambert-Guérin, curé.
Il était cousin de M. Gourbin et originaire de Juilley (Manche). Agé de 67 ans ; prit possession de la cure, au mois d'octobre 1805, et mourut le 4 avril 1807. M. Buor, curé de Montaigu, fit sa sépulture, assisté de MM. Girard, curé de Saint-Georges ; Dugast, curé de la Bruffière ; Lebédesque, curé de Chavagnes ; Labordière, curé de Boussay ; Thouzé, curé de Saint-Hilaire-de-Loulay, et l'abbé Perlier, prêtre.
On raconte, à son sujet, l'anecdote suivante :
M. Lambert-Guérin se rendant, en octobre 1805, à Saint-Michel-en-l'Herm qu'on lui avait probablement assigné pour cure, traversait à pied le bourg de la Guyonnière. Les habitants, le connaissant comme parent de leur pasteur défunt, le supplièrent de demeurer au milieu d'eux ; mais il résista à leurs instances et poursuivit son voyage. Mal accueilli à son arrivée à Saint-Michel, le bon prêtre se ressouvint des instances des habitants de la Guyonnière ; il reprit alors son bâton de pèlerin et vint planter sa tente parmi eux, à leurs grandes joie et satisfaction.
1809-1819. - Sylvestre-François Du Chaffault, curé.
Sylvestre-François, comte Du Chaffault, naquit à Montaigu, le 5 décembre 1734, du noble et puissant seigneur messire Julien-Gabriel Du Chaffault, seigneur de la Sénardière en Boufféré, et de noble et puissante dame Jeanne Robert de Chaon ; il fut baptisé le lendemain, dans l'église de Saint-Jean ; ses parrain et marraine furent Séraphin Du Chaffault, officier de marine, son grand-oncle, et Catherine-Françoise Boyer, dame de la Salle-Lézardière, en Challans.
L'influence de son parrain et de son oncle, Louis-Charles Du Chaffault[4], auraient dû, ce semble, déterminer le jeune Sylvestre à choisir la marine pour carrière ; il entra cependant dans l'armée de terre et prit part à la guerre de 7 ans, en Allemagne.
Le 29 janvier 1759, il épousa Françoise-Renée Morin de la Guignardière, en Avrillé. Dieu bénit cette union en leur accordant une nombreuse postérité, six garçons et trois filles. L'aînée, mariée au comte de Chevigné, en 1782, et sa sœur, qui avait épousé Alexandre de Rorthays, en 1784, avaient rendu leurs parents aïeuls de sept petits-enfants. Leur sœur, Marie-Rosalie, aspirait à la dignité de chanoinesse ; son frère, Henri-Barthélemy[5], clerc-tonsuré, avait produit les preuves de noblesse exigées pour être admis comme membre du chapitre de Lyon[6] ; l'aîné de la famille venait de s'unir à Mlle de Mac Carthy ; tous les autres enfants étaient avantageusement placés au commencement de l'année 1789.
Comblés des dons de la fortune, aimés et considérés de leurs voisins, le comte et la comtesse Du Chaffault n'avaient rien à souhaiter pour compléter leur bonheur ; mais, comme le dit l'Apôtre, il n'y a point de situation stable ici-bas. Non habemus hic manentem civitatem (Heb. XIII, 14). La Révolution, qui venait d'éclater, leur en fit faire une cruelle expérience. Le comte Du Chaffault dut prendre le chemin de l'exil, en 1791 ; sa femme, qui avait suivi l'armée vendéenne, mourut à la Flèche vers la fin de 1793 ; deux de ses filles périrent dans les prisons du Mans ; la troisième, héroïque amazone, prise les armes à la main, combattant contre les Bleus, fut fusillée comme brigande.
Quant au comte Du Chaffault, il avait rejoint le prince de Condé, à Worms ; il s'engagea dans la cavalerie noble, prit part "à toutes les affaires, se conduisit avec honneur, se distingua par un courage et une constance dignes d'éloge et le dévouement le plus entier au service du roi[7]".
Cette belle conduite fut récompensée par le titre de chevalier de saint Louis, le 21 janvier 1798.
Rentré en France le 16 mars 1802, le comte Du Chaffault trouva, comme les autres émigrés, sa position bien différente de celle d'autrefois. Nous venons d'énumérer les pertes que la Révolution lui avait fait subir dans sa famille ; à peine lui restait-il quelques débris de sa brillante fortune ; le domaine de la Guignardière était passé en des mains étrangères. Si la Sénardière, berceau de ses pères, n'avait pas été vendue, l'incendie révolutionnaire n'avait pas épargné ses bâtiments.
Comme le prophète Jérémie, pleurant sur les ruines de Jérusalem, le vieux gentilhomme déplorait l'état de la France en sa triste situation personnelle. Sa foi et sa piété lui inspirèrent alors une résolution, que son âge semblait rendre irréalisable ; mais son tempérament robuste et son caractère énergique lui firent trouver une nouvelle jeunesse pour servir l'Église dans l'état ecclésiastique ; il se fit ordonner prêtre en 1803. Sa carrière sacerdotale, relativement longue, montra que, pour avoir été tardive, sa vocation n'en était pas moins réelle, bien qu'il s'y mêlât, peut-être, un peu d'ambition. On prétend, en effet, que le bon vieillard aurait dit, avec une simplicité naïve, qu'il pourrait bien arriver à l'évêché de Nantes !
Ce brin de vanité sénile n'est-il pas excusable dans un gentilhomme qui avait été jugé digne des honneurs de la cour[8], s'était couvert de gloire militaire, mettait au nombre de ses ancêtres saint Martin de Vertou et comptait dans sa famille plusieurs illustres prélats ?... La vocation ecclésiastique était de tradition dans sa noble famille, écrit M. de la Nicollière, archiviste de la ville de Nantes, dans une brochure publiée en 1888, à l'occasion de la découverte du tombeau de Pierre Du Chaffault, évêque de Nantes (1477).
C'était, de toute manière, s'y prendre un peu tard pour renouer la chaîne des dignitaires ecclésiastiques dans la famille Du Chaffault. Toutefois, si le nouveau prêtre avait dû arriver à l'épiscopat, ce n'eût pas été per saltum. Mgr Duvoisin le nomma chanoine honoraire de la cathédrale de Nantes, en 1804.
Après son ordination, l'abbé Du Chaffault se retira à la Sénardière, où il s'était fait arranger un modeste logement. Il célébrait la sainte messe dans la chapelle du château, épargnée par le marteau des démolisseurs de 1793[9]. Cette position tranquille et modeste ne put suffire au zèle du nouvel abbé ni à l'activité de l'ancien militaire : il se fit autoriser à desservir l'hôpital de Montaigu. Il s'y rendait, tous les vendredis, pour confesser les sœurs et les malades, ce qu'il continua de faire, après avoir accepté la cure de la Guyonnière, comme nous allons le dire.
La Vendée, qui avait perdu le siège épiscopal de Luçon par suite du Concordat, avait été réunie au diocèse de la Rochelle. Les prêtres manquaient. Mgr Paillou offrit la paroisse de la Guyonnière à l'abbé Du Chaffault, qui l'accepta. Il y remplit les fonctions de curé pendant plus de dix ans avec un zèle et une abnégation dont semblaient le rendre incapable et son âge et sa condition.
Pour apprécier le mérite du gentilhomme desservant, il faudrait avoir connu le presbytère qui lui servit de demeure : il consistait dans un rez-de-chaussée, composé de deux pièces ; un escalier, roide comme une échelle, conduisait à un étage qui n'était qu'un grenier ; l'église paroissiale était pauvre et menaçait ruine ; elle n'avait pas de clocher ; le pignon de la façade était surmonté d'une sorte de bretèche à deux baies, destinées à recevoir les cloches. Par dérision, les voisins appelaient ce campanile primitif les lunettes de la Guyonnière.
Une lettre écrite en 1867 par M. Amiot, successeur médiat de l'abbé Du Chaffault, rappelle, d'une manière touchante, les vertus de son vénérable prédécesseur :
"Sa charité pour les pauvres était sans bornes et toujours exercée avec une extrême délicatesse. La pièce de 6 francs était l'aumône la plus ordinaire avec le morceau de pain ; les enfants recevaient assez souvent le petit écu de 3 francs. La servante était toujours blâmée vertement, lorsque la part était réduite, pour cela que c'étaient deux frères ou deux sœurs, le père et le fils, la mère et la fille ; et son mot le plus habituel était : N'ont-ils pas deux estomacs ?"
Le généreux curé avait un stock de blé à la Sénardiere, qui lui servait à renouveler les provisions de sa cure, quand elles étaient épuisées. Il aimait à faire remarquer, quand on lui amenait du blé, que c'était une attention de la providence pour lui procurer le moyen de continuer ses aumônes.
La charité du bon prêtre envers les pauvres n'absorbait pas entièrement ses modiques ressources ; il n'oubliait pas son église ; il lui fit don d'un calice d'argent[10] et d'un encensoir de même métal, avec sa navette : les trois objets portent l'écusson du donateur. On voit encore dans la sacristie de la Guyonnière une vieille chasuble en satin rouge qui pourrait bien être un reste de la garde-robe de la comtesse Du Chaffault. Le vieux curé laissa aussi dans la sacristie une armoire antique dont les panneaux sculptés sont entrés très ingénieusement dans le tombeau de l'autel qui orne la chapelle de l'orphelinat de Melay.
"Sa régularité dans le saint ministère", continue M. Amiot, "est restée dans le souvenir de nos vieillards. Il allait à l'église et aux malades, toujours empressé, et avec plaisir. Il prêchait, surtout de cœur, et, dans ses exhortations, souvent les larmes et les sanglots étouffaient sa voix. L'auditoire pleurait avec lui ; de là, un bien dont j'ai souvent retrouvé la solidité. Sa dévotion, à la sainte messe, se manifestait, quelquefois, par un attendrissement très édifiant pour l'assistance. Je tiens d'un prêtre qui l'a vu célébrer, qu'il redoublait d'attention et de piété aux trois oraisons qui précèdent la communion.
La charité et le dévouement du bon pasteur pour son troupeau ne lui faisaient point oublier ses nombreux enfants ; il priait et faisait prier pour eux, toujours. Toute personne qui venait à la cure et qui n'était pas trop pressée de s'en retourner, recevait du bon prêtre la prière de réciter avec lui le chapelet ; on en a compté 12 dans un jour. Quand il annonçait la prière pour ses enfants, il fondait en larmes et disait : J'ai si grand peur qu'ils ne se perdent."
Aux prières pour ses enfants, le vertueux père joignait les avis et les avertissements qu'il ne craignait pas de leur donner en public. Un jour que son fils Gabriel assistait à la grand'messe à la Guyonnière, son père l'admonesta en ces termes : "Gabriel, tiens-toi mieux !".
C'est ce même Gabriel, qui, veuf de sa première femme[11], épousa en seconde noces la fille de son frère aîné, Marie-Corinne Du Chaffault. Le mariage fut célébré à Nantes et bénit par le curé de la Guyonnière, père du marié et grand-père de la mariée, qui maria, ainsi, son fils avec sa petite-fille - ce qui ne se voit pas tous les jours, a écrit un biographe contemporain[12]. - Ajoutons que c'est probablement un fait unique dans l'histoire.
Il paraît que le vénérable pasteur n'était pas sans inquiétude sur les suites de cette union. Un ancien de la paroisse nous a rapporté que le bon curé avait dit aux époux : Mes enfants, je crains que ce manage ne vous porte pas bonheur, vous êtes trop près parents. Hélas ! quelques mois après, la femme laissait son oncle, veuf, pour la seconde fois, et celui-ci, oublieux des leçons et des exemples de sa vertueuse famille, ne fut pas un sujet de consolation pour les vieux jours de son père.
L'âge n'affaiblissait point les idées politiques du gentilhomme et de l'émigré ; il trouva le temps de les consigner dans une brochure intitulée : Réflexions sur la révolution française, 1815. Cet écrit fut saisi par la police comme renfermant des idées contraires à la Charte.
Son zèle, non plus, ne demeurait pas confiné dans les limites de sa paroisse. Le 10 février 1816, au service célébré dans l'église de Bourbon-Vendée pour le marquis Louis de La Rochejaquelein, le curé de la Guyonnière prononça l'oraison funèbre du héros qui avait succombé aux Mathes, paroisse de Saint-Hilaire-de-Riez, en combattant pour la cause des Bourbons.
Dans ce discours, qui se ressent de l'âge de son auteur (80 ans), l'orateur s'attache à flétrir les ennemis de la religion et de la royauté, cause des malheurs de la France, et à exalter le mérite et la valeur du héros mort en combattant les partisans de la Révolution.
Cependant, le courageux vieillard avait atteint sa 84e année. Comme saint Martin de Tours, il adressait sans doute à Dieu cette prière : "Seigneur, si vous pensez que je sois encore utile à votre peuple, je ne refuse pas de travailler pour lui : Domine, si populo tuo sum necessarius, non recuso laborem" ; mais ses forces trahissaient son courage ; il fallut céder aux exigences de l'âge : Omnia fert ætas, Il se retira à Nantes, au mois de septembre 1817. Il espérait changer son titre de chanoine honoraire pour celui de titulaire ; il avait obtenu du roi Louis XVIII[13] la promesse de la première chanoinie vacante au Chapitre de la cathédrale de Nantes. La mort ne lui permit pas de réaliser cette espérance. Il rendit son âme à Dieu, près de la cathédrale, le 9 janvier 1822, à 10 heures du soir, dans la 88e année de son âge, et la 21e de son sacerdoce.
ln diebus suis placuit Deo et inventus est justus.
On transporta le corps du vénérable chanoine dans le cimetière de Boufféré, près des tombeaux de plusieurs membres de sa famille.
Lors de la reconstruction de l'église paroissiale, en 1861, on ouvrit la tombe du saint prêtre en creusant les fondations du nouvel édifice ; ses ossements, pieusement recueillis, ont été inhumés dans l'enceinte de la nouvelle église ; une plaque de marbre noir avec une épitaphe en lettres dorées, incrustée au bas du pilier gauche du chœur, marque l'endroit précis où reposent les restes du comte Du Chaffault, officier émigré, prêtre, curé, chanoine[14].
Au départ de M. l'abbé Du Chaffault, M. Véneri, curé de Boufféré, est chargé de l'administration de la paroisse jusqu'à l'arrivée de son successeur.
1820-1837. - Jean-Baptiste Chauveau, curé.
Né à Saint-Hilaire-de-Loulay, M. Chauveau était âgé de 31 ans, quand il fut nommé à la cure de la Guyonnière, au mois de mai 1820. Il avait précédemment exercé le saint ministère à Bois-de-Cené et à Cugand.
Il mourut le 13 septembre 1837.
1838-1874. - Charles Amiot, curé.
M. Amiot était originaire de Boussay, diocèse de Nantes. Il avait été vicaire à la cathédrale de Luçon. Son pastorat fut fécond en œuvres de toutes sortes, fruit d'un zèle éclairé et d'un dévouement à toute épreuve. Ce zèle et ce dévouement furent, d'ailleurs, admirablement secondés par de nobles et généreux paroissiens, dont les noms reviennent souvent dans cette Chronique.
24 février 1839. - Établissement de la dévotion du Chemin de la Croix dans l'église de la Guyonnière.
1842. - "Une retraite fut donnée à la paroisse par les RR. PP. J.-B. Coumailleau et Baudry, aidés de MM. les curés de la Bruffière et de Treize-Septiers. Elle dura quinze jours : la première semaine, pour les femmes ; la seconde, pour les hommes. La paroisse entière en profita de la manière la plus consolante, et les fruits furent durables. Aucune abstention ne diminua la joie que nous procura cette retraite." (Note de M. Amiot)
1848. - Construction du clocher.
Souscription ............................................................................... 2200 fr.
Don de l'État ................................................................................ 600 fr.
Adjudication des terres provenant des fouilles et des démolitions ........ 247 fr.
Ces diverses sommes, réunies aux économies de la fabrique, donnèrent un total d'environ 6000 fr., qui suffirent à solder la dépense de cette construction.
La croix de l'ancien clocher, réparée à raison de 126 fr., fut replacée sur le nouveau.
1852. - Exercices du Jubilé. Ces exercices furent prêchés par MM. les curés de Montaigu, de Saint-Hilaire-de-Loulay, de la Bruffière et de Treize-Septiers, missionnaires de circonstance, dont le zèle fut récompensé par l'empressement et la ferveur des paroissiens.
1853. - Construction des trois nefs de l'église. - Le travail dura huit mois à peine (de juillet 1853 à mars 1854). Durant ce temps, la grand'messe fut célébrée en plein air, chaque dimanche, et, trois fois seulement, le mauvais temps ne le permit pas. On dut alors s'abriter dans la chapelle provisoire dressée au presbytère.
La bénédiction de l'église neuve eut lieu le premier dimanche de carême, 5 mars 1854.
Les voûtes furent faites, l'année suivante.
1854. - L'agrandissement de l'église ayant diminué d'autant le cimetière qui l'avoisine, celui-ci fut agrandi à son tour, et, le 5 novembre 1854, fête des Saintes-Reliques, on fit la bénédiction solennelle du terrain annexé.
- le 2 août 1854, Mgr l'évêque de Luçon bénit solennellement la croix du Passou et accorde 40 jours d'indulgence aux fidèles qui prieront au pied de cette croix.
- la station de l'Avent est prêchée par le R.P. Rocheteau, missionnaire de Chavagnes. Un troisième jubilé venait d'être accordé par N. S. P. le Pape Pie IX. Les exercices commencèrent le 8 décembre et furent clos le 26 décembre, fête de saint Etienne.
"A l'occasion du dogme de l'Immaculée-Conception récemment promulgué à Rome, toutes les maisons illuminèrent et des feux de joie furent allumés partout dans la campagne ; ravissant spectacle dont nous pûmes jouir, le soir, veille de la solennité de Noël. La relation en fut envoyée à Mgr Baillès, évêque de Luçon, de pieuse mémoire." (Note de M. Amiot.)
22 avril 1855. - Bénédiction de la croix de la Gouraudière, élevée par les habitants du village et particulièrement par Pierre Guicheteau et Pierre Chauveau. (40 jours d'indulgence.)
Du 2 au 29 mai, exercices du Jubilé, du mois de Marie et du mois d'adoration, prêchés par le R.P. Rocheteau.
19 août. - La nouvelle église demandait un nouveau chemin de croix. Le travail fut confié à M. Grootaers, sculpteur distingué de Nantes, ancien élève de l'École des beaux-arts[15].
L'érection en fut faite pal M. l'abbé Benjamin Gouraud, vicaire général et supérieur du grand séminaire, le 19 août 1855, douzième dimanche après la Pentecôte, en la fête de saint Joachim.
"Les petites croix indulgenciées qui surmontent chaque tableau ont été faites d'un bois (cœur de chêne, parfaitement conservé) provenant de la charpente de l'ancienne église qui portait le millésime de 1646." (Extrait du procès-verbal.)
1856, 27 avril. - Bénédiction de la croix de la Bretinière, élevée par les soins de Paul Rautureau et de Pierre et François Chardonneau, du village. (40 jours d'indulgence.)
1857, 8 septembre. - Translation solennelle d'un précieux reliquaire, contenant cent-dix reliques de saints, don de M. Arthur de Cornulier, de Bois-Corbeau, présidée par M. l'abbé Gouraud, vicaire général. (Mgr Collet, dans sa visite pastorale à la Guyonnière (le 16 mai 1862), visa et authentifia ces reliques et en autorisa la vénération publique).
- 4 octobre. - Bénédiction de la croix du Fossé-Neuf, par le R.P. Ribouleau, missionnaire de Chavagnes. Cette croix avait été élevée par Picot et quelques autres habitants du village. (40 jours d'indulgence.)
1859, 13 juin. - Bénédiction de la croix de Melay-de-la-Court, par M. l'abbé de Suyrot, alors curé de Chavagnes-en-Paillers, en présence de MM. Barbotin, curé-doyen de Montaigu ; Testaud, curé de Notre-Dame de la Boissière ; Barreau, curé de Saint-Martin de Treize-Septiers ; Gendron, curé de Saint-Hilaire-de-Loulay ; Remaud, curé de Saint-Georges-de-Montaigu ; Guicheteau, prêtre retiré à Treize-Septiers ; Douillard, vicaire de Montaigu ; Morin, vicaire de Chavagnes ; Salles, vicaire de Saint-Hilaire ; Cailleton, vicaire de Saint-Georges ; Doussin, vicaire de la Boissière, et Ch. Amiot, curé de la Guyonnière ; et de près de deux mille personnes venues de la paroisse et des paroisses voisines. (40 jours d'indulgence.)
1860, 28 octobre. - Inauguration et bénédiction du beau christ, œuvre de M. Grootaers, placé, dans l'église, le long du pilier qui fait face à la chaire.
1861. - M. l'abbé Joseph Amiot vient se fixer près de son frère à la cure de la Guyonnière, et remplit les fonctions de vicaire jusqu'en 1868, époque de sa mort.
1863. - Dans le cours du mois de juillet de cette année, les travaux d'achèvement de l'église sont repris, après dix ans d'interruption. Les trois nefs sont complétées par la construction d'une abside, formant le chœur de l'église, et de deux absidioles. On termine également les sculptures à l'intérieur et on refait la sacristie.
La somme dépensée par ces divers travaux complémentaires s'éleva à 10 678 francs.
Après avoir terminé les sculptures, M. Grootaers voulut s'inscrire parmi les bienfaiteurs de l'église, en offrant une belle statue de saint Pierre, patron de la paroisse. Cette statue fut inaugurée le 15 janvier 1864.
1864, 21 février. - Bénédiction du sanctuaire et des chapelles de l'église. "Cette touchante cérémonie a été faite selon le rite romain, à 9 heures ½, avant la grand-messe paroissiale, en présence de MM. Louis Baudry, maire ; Auguste Rautureau, adjoint ; Jacques Boizieau, trésorier de la fabrique ; des membres du Conseil municipal et du Conseil de fabrique, ainsi que de toute la population réunie pour la messe. Après la cérémonie, nous avons bénit la belle statue de saint Pierre, patron de cette paroisse, offerte par M. Grootaers. Après quoi, la sainte messe a été célébrée et nous avons fait, au prône, le commentaire de ces paroles : Ecce tabernaculum Dei cum hominibus..." (Extrait du procès verbal.)
- 18 juillet. - Bénédiction d'une cloche. "L'an de Notre-Seigneur mil huit cent soixante-quatre, et le dimanche, dix-sept juillet, a été bénite solennellement la grosse cloche de l'église paroissiale de l'église de Saint-Pierre de la Guyonnière. La cloche, dont le métal a été refondu, avait été fêlée, il y a environ dix-huit mois, par le bris de la courroie de suspension du battant, qui, en s'échappant, avait heurté violemment le bord de la cloche... Cette cloche pesait six cent soixante-dix-huit livres. Toute la population l'a vivement regrettée, en raison de sa sonorité harmonieuse. Le désir de tous était de la faire refondre. Cette opération fut rendue alors facile par la générosité de trois habitants de la paroisse : MM. Joseph Brochard, de la Trounière ; Jean Gourraud, de la Bléterie, et Jean Défontaine, de la Chausselière, qui vinrent offrir chacun cent francs. De son côté, le fondeur, M, Chambon, de Montargis (Loiret), par une délicatesse qui l'honore, voulut tenir compte des deux cents francs qu'il avait reçus pour la réparation de la fêlure (réparation qui n'avait pas réussi) ; en outre, la paroisse a désiré contribuer à l'augmentation du poids de la cloche, et la quête faite dans l'église, le jour de l'Ascension et le dimanche dans l'octave de la même fête, a produit deux cents francs. Deux cents francs aussi ont été donnés par M. de Mauclerc d'Asson, le jour du baptême ; et la fabrique fut chargée du reste de la dépense : trois cents vingt francs."
Voici l'inscription de la première cloche : L'an 1825, le 1er mars, j'ai été baptisée par M. Jean-Baptiste Chauveau, prêtre et recteur de cette paroisse, et nommée Marie-Henriette par M. Jacques-Olivier-Marie Urvoy de Saint-Bédan, et par Mme Marie-Henriette-Pélagie Urvoy de Saint-Bédan, née de Chevigné, mon parrain et ma marraine, petits-enfants de M. le comte Duchaffault, chevalier de Saint Louis, ex-curé de cette paroisse. - Vorus, fondeur à Nantes.
La paroisse a désiré que la nouvelle cloche fût fondue sur place, comme assurance de l'emploi du métal de l'ancienne.
Monseigneur l'illustrissime et révérendissime évêque de Luçon, par sa lettre en date du 3 juillet, a désigné M. l'abbé Paul de Suyrot, chanoine honoraire, curé-doyen des Herbiers, pour procéder à la bénédiction de la cloche.
La cérémonie a eu lieu le matin. Après la sainte messe, M. le curé des Herbiers a donné une instruction solide et pratique sur ces paroles : Afferte Domino, fillii Dei, afferte Domino gloriam et honorem. L'instruction finie, l'on procéda à la bénédiction de la cloche selon les prescriptions du pontifical romain.
Voici l'inscription gravée sur la nouvelle cloche : "J'étais née le 1er mars 1825. J'ai été refondue le 14 juillet 1864. J'ai été bénite, le 17 juillet 1864, par M. P. de Suyrot, chanoine honoraire, curé des Herbiers, et nommée Marie-Léopold-Hortense par M. Léopold de Mauclerc, mon parrain, bienfaiteur de cette église, et par Mme Marie-Hortense Baudry, ma marraine. - M. Baudry, maire, - M. Rautureau, adjoint, - MM. Charles et Joseph Amiot, curé et vicaire de cette paroisse. - M. Jacques Boiziau, trésorier, - J.-B. Guicheteau, président, - J. Brochard, J. Gourraud, J. Défontaine, mes principaux donateurs. - J. M. J. - Secours des chrétiens, priez pour nous. - Chambon, fondeur à Montargis (Loiret).
La nouvelle cloche, du poids de 547 kilos, a été payée 1020 francs.
A la Guyonnière, le 17 juillet 1864. Signé : C. AMIOT, curé."
- 3 septembre. - Bénédiction de l'arceau du Fossé-Neuf, dédié à la Sainte Famille, élevé par la piété de Paul et Auguste Pluchon, Jean Charrier et son épouse, habitants du village. L'arceau est surmonté d'une croix et renferme les trois statues de Jésus, Marie et Joseph. Étaient présents à la cérémonie: MM. le curé de Saint-Georges, qui fit la prédication ; Rousseau, son vicaire ; Guibert, vicaire de Treize-Septiers ; Petit, prêtre, professeur au petit séminaire des Sables ; J. Amiot et Ch. Amiot, prêtres de Guyonnière ; Charles Pichaud et Théophile Boiziau, diacres. - La foule des fidèles présents était considérable.
1865, 5 octobre. - Inauguration et bénédiction d'une statue de saint Michel archange, offerte à l'église de la Guyonnière par M. Lafond, de Nantes.
1866, 30 septembre. - Bénédiction de la croix de la Ronde-Augereau, élevée par Jean-Baptiste Lussaud, du village.
- Août. – "A la demande de Mme de l'Estang, de Poitiers, qui a désiré posséder le calice, jadis à l'usage de M. le comte Du Chaffault, son grand-père, curé de cette paroisse de Saint-Pierre de la Guyonnière, depuis l'année 1809 jusqu'en septembre 1819, le conseil de Fabrique a décidé que le calice portant gravé : M. Du Chaffault, 1805, serait accordé à sa famille qui s'est engagée à le remplacer par un autre d'une valeur supérieure. Le calice susdit était estimé 230 francs ; celui qui l'a remplacé a été vendu au prix de 288 francs. Il est doré, style moyen âge, et a été consacré par Mgr de Luçon, en septembre 1866." (Note de M. Amiot.)
1867. - 10 septembre. - Bénédiction de la chapelle de Melay.
"L'an de N. S. mil huit cent soixante-sept, et le dix septembre, le troisième jour en l'octave de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie, fête de saint Nicolas de Tolentino, nous, Paul de Suyrot, chanoine honoraire de Luçon, curé-doyen des Herbiers, en vertu de l'autorisation à nous accordée par l'illustrissime et révérendissime Mgr Charles-Théodore Colet, évêque de Luçon, en date du 19 août, nous avons procédé à la bénédiction de l'antique chapelle dépendante de notre terre de Melay, en la paroisse de la Guyonnière, incendiée pendant les troubles révolutionnaires de 1794 et restaurée par nos soins.
Assisté de M. Barbotin, curé-doyen de Montaigu, de MM. Charles et Joseph Amiot, curé et vicaire de la Guyonnière, de plusieurs ecclésiastiques du voisinage et du diocèse de Nantes, en présence de quelques personnes de notre famille et de la paroisse, nous nous sommes rendu processionnellement à la dite chapelle, en chantant le cantique Benedictus. Arrivé au seuil de l'édifice, nous avons exposé, dans une allocution, les motifs qui nous ont porté à restaurer ce petit monument[16]. Puis, accomplissant les cérémonies prescrites par le rituel romain, nous avons bénit ladite chapelle que nous avons placée sous l'invocation de la Bienheureuse Vierge Marie, conçue sans Péché, le vocable primitif étant tombé dans l'oubli. Ensuite, nous avons célébré la sainte messe.
En foi de quoi, nous avons dressé le présent procès-verbal en double exemplaire, pour être déposé, l'un dans les archives du diocèse de Luçon, l'autre pour être conservé dans nos papiers de famille, les jour, mois et an que dessus.
Ont signé avec nous plusieurs personnes présentes à la cérémonie : P. de Suyrot, curé des Herbiers ; H. de Suyrot ; F. de Suyrot, née de Bellisle ; Marie de Suyrot ; Ch. de Suyrot ; C. de Suyrot ; Gabriel de Suyrot ; A. de Suyrot ; C. de Guéry de Beauregard ; Tancrède de Guéry de Beauregard ; Henri de Guéry de Beauregard ; Marie de Guéry de Beauregard ; Louise de Guéry de Beauregard ; Alphonsine de Guéry de Beauregard ; Marie-Thérèse de Guéry de Beauregard ; Barbotin, curé-doyen de Montaigu ; L. Bodin, curé de Mesnard ; V. Branchereau et B. Allaire, vicaires aux Herbiers ; L. Douillard, vicaire de Montaigu ; F. Barreau, curé de Treize-Septiers ; Ch. Guibert, vicaire de Treize-Septiers ; L. Cousseau, vicaire à Saint-Hilaire-de-Loulay ; P. Remaud, curé de Saint-Georges ; Goguyer, vicaire à Saint-Hilaire-de-Loulay ; J. Amiot, vicaire de la Guyonnière ; Ch. Amiot, curé de la Guyonnière."
1868. - Octobre. - M. l'abbé de Suyrot se retire à Melay, pour préparer un orphelinat agricole de garçons.
1873. - 17 août. - Bénédiction de la croix de Tournelièvre par M. l'abbé de Suyrot, missionnaire apostolique.
1874. - Bénédiction de la grotte de Lourdes, de Melay.
"L'an de N. S. mil huit cent soixante-quatorze, et le vingt-deuxième jour du mois de septembre, M. l'abbé Marin Garreau, vicaire général de Mgr Charles-Théodore Colet, évêque de Luçon, a bénit solennellement une statue de Notre-Dame de Lourdes, dans une grotte, située à Melay, dans le domaine de M. l'abbé de Suyrot, chanoine-honoraire, missionnaire apostolique.
Toutes les paroisses environnantes s'étaient portées avec une affluence considérable à cette cérémonie, en l'honneur de Notre-Dame de Lourdes. La procession partit du château de M. l'abbé de Suyrot, et descendit par les prairies pour arriver à la grotte. Chaque paroisse, croix et bannières en tête, s'avança sous la direction de son curé. La paroisse de la Guyonnière marchait la première, puis venaient les paroisses de Saint-Georges-de-Montaigu, des Brouzils, de Boufferé, de Chavagnes, de la Boissière, de Treize-Septiers, de la Bruffière, de Cugand, de la Bernardière, de Saint-Hilaire-de-Loulay, de Vieillevigne, de Montaigu. Environ 10 000 personnes étaient réunies au pied de la statue de la Très Sainte-Vierge.
M. l'abbé Garreau, après avoir bénit solennellement la statue de Notre-Dame, offrit le saint Sacrifice de la messe dans la grotte... L'assistance se dispersa ensuite dans les prairies voisines pour prendre de la nourriture.
A deux heures du soir, les 10 000 pèlerins avaient repris la place qui leur avait été assignée le matin. Les vêpres furent chantées avec un entrain et une piété admirables. Puis, M. l'abbé Caillaud, aumônier des religieuses de Torfou, expliqua, dans un discours des plus éloquents, les motifs que nous avons, dans les temps difficiles que nous traversons, de recourir à l'intercession toute puissante de Notre-Dame de Lourdes. La cérémonie fut terminée par la bénédiction du Très Saint-Sacrement." (Extrait du compte-rendu.)
1er décembre 1874. - M. Adolphe Verdon, curé.
M. A. Verdon, originaire de Saint-Hilaire-de-Voust, était curé de Saint-Jean-de-Beugné, quand il reçut sa nomination pour la Guyonnière.
1876. - Octobre. - Commencement de l'orphelinat agricole de Melay, avec dix enfants choisis dans les dix paroisses du canton de Montaigu, sous la direction de M. l'abbé de Suyrot, aidé de trois religieuses et de quelques domestiques.
Le but de l'œuvre est d'élever des orphelins pour en faire des domestiques de fermes ou des jardiniers. Graduellement, l'œuvre de l'Adoption de Paris et les demandes de quelques bienfaiteurs ont élevé le nombre des orphelins à quarante, recevant tous l'instruction primaire et se formant aux travaux agricoles jusqu'à 18 ans.
Plus tard, en 1888, M. l'abbé de Suyrot, désireux de développer son œuvre et d'en assurer l'avenir, en confie la direction aux Frères de Sainte-Croix d'Angers, qui se font aider par des domestiques et des sœurs de Mormaison, chargées de la cuisine et de la lingerie.
1877. - 7 Janvier. - Bénédiction d'une cloche et ouverture de mission.
"L'an de N. S. mil huit cent soixante-dix-sept, et le dimanche 7 janvier, après le chant solennel de la grand'messe, M. l'abbé de Suyrot, de cette paroisse, chanoine honoraire, missionnaire apostolique, a bénit solennellement une cloche, appelée Marie-Louise. Le parrain a été M. Louis Baudry, maire de cette commune, et la marraine, Mme Hortense Baudry, son épouse, tous les deux donateurs de la cloche.
Ce même jour, avait lieu aussi l'ouverture d'une mission prêchée par les RR. PP. Deschamps, Huguet et Baron, de la société des Enfants de Marie Immaculée, de Chavagnes-en-Paillers. Avant la bénédiction de la cloche, le R.P. Deschamps, dans un langage tout plein d'éloquence et de piété, expliqua aux fidèles venus très nombreux à l'église, le sens des différentes parties de cette touchante cérémonie et le symbolisme chrétien des cloches de nos églises. M. l'abbé Barbotin, curé-doyen de Montaigu, et M. Sureau, vicaire de Treize-Septiers, assistaient à la cérémonie." - A. Verdon, curé de la Guyonnière.
La mission fut clôturée par la plantation d'un beau calvaire paroissial, élevé aux frais de M. l'abbé de Suyrot, par M. Pariche, rocailleur distingué de Nantes.
Dans la base, formée d'un amas de rochers énormes[17], s'ouvre une grotte où l'on voit représentée la mise au tombeau de Notre-Seigneur. Un chêne géant, ébranché proprement, mais laissé à l'état naturel, avec ses nœuds et son écorce, a servi à faire la croix. Le tout produit un excellent effet.
La bénédiction de ce calvaire fut faite par le généreux donateur lui-même, au milieu d'un immense concours de fidèles de la paroisse et des paroisses voisines. Un grand nombre d'ecclésiastiques y assistaient également : MM. Barbotin, curé de Montaigu ; Gendron, curé de Saint-Hilaire-de-Loulay ; le Très Révérend Père Gallot, supérieur général des Enfants de Marie Immaculée ; MM. Barreau, curé de Treize-Septiers ; Charrier, curé de la Bruffière ; Grelier, curé de Cugand ; Mouillé, curé de la Bernardière ; Raballand, curé de la Boissière ; Gouraud, curé de Saint-Georges ; Rossignol, curé de Cheffois ; Isle-de-Beauchaine, curé de Saint-Hilaire-de-Voust ; Sureau, vicaire de Treize-Septiers ; Poupeau, vicaire de la Boissière.
1882. - 22 mars. - Érection du Chemin de la Croix dans la chapelle de M. l'abbé de Suyrot, à Melay.
1886. - Janvier-février. - Mission prêchée par les RR. PP. Fortunat et Marc, capucins de Fontenay-le-Comte. Le 8 février, clôture de la mission et bénédiction de la croix de la Saunerie, élevée, près de la route de la Boissière, par la famille Clénet, de la Court.
6 septembre. - Ouverture et bénédiction d'une école libre de filles, tenue par les religieuses de Mormaison. Cette école a été bâtie par souscription, dans un terrain offert par MM. les abbés Boiziau.
1887. - 6 novembre. - Érection du Chemin de la Croix, autour de la grotte de N.-D. de Lourdes, à Melay, par M. Suaudeau, curé-doyen de Montaigu. Le procès-verbal est signé : H. Suaudeau, curé de Montaigu ; P. de Suyrot, missionnaire apostolique ; Gagnier, curé de Treize-Septiers ; A Verdon, curé de la Guyonnière ; Bossard, aumônier des religieuses Ursulines de Montaigu ; Goupilleau, vicaire de Saint-Hilaire-deLoulay.
1888. - 15 août. - Bénédiction de la croix du Bordage-Caillé.
1889. - 10 mars. - Bénédiction de la croix de la Roche, par M. Suaudeau, curé-doyen de Montaigu. Cette croix avait été élevée par M. l'abbé de Suyrot, aujourd'hui propriétaire du domaine de la Roche. Elle porte un beau christ en bois d'ormeau, sculpté depuis longtemps par M. Grootaers, l'ancien propriétaire de cette terre.
1er septembre. - Bénédiction d'un calvaire monumental et d'une statue du bienheureux Montfort, à Melay, par Sa Grandeur Mgr l'évêque de Luçon[18].
Cinquante prêtres et une foule immense assistaient à la cérémonie. Le site admirable, au sommet de la butte de Melay, sur la belle grand'route de Treize-Septiers à Montaigu ; la décoration du monument ; la procession du clergé, escortant le Saint-Sacrement, que précédaient les enfants de l'orphelinat marchant en bon ordre sous leur magnifique bannière ; un éloquent discours du R.P. Fonteneau, de la Compagnie de Marie ; la présence de trente chanteurs de Chambretaud et de la fanfare des Herbiers, qui se firent entendre successivement aux Vêpres et au Salut, et surtout la présence de Monseigneur, donnèrent à cette fête une splendeur extraordinaire dont on gardera longtemps le souvenir à la Guyonnière et dans les paroisses environnantes.
Ce monument a été érigé en mémoire de la Béatification de l'Apôtre de la Vendée.
1891. - Retraite de filles, prêchée par le R.P. Dexmier.
1893. - 23 juillet. - Inauguration et bénédiction d'une statue du Sacré-Cœur de Jésus, don de Clémence Boudeau, du bourg de la Guyonnière.
- 15 octobre. - "L'an de N.S. J.-C. mil huit cent quatre-vingt-treize, et le dimanche quinze octobre, jour de la fête de sainte Thérèse, M. l'abbé Paul de Suyrot, chanoine honoraire de Luçon, missionnaire apostolique fondateur de l'orphelinat de Melay de la Court, a bénit le tabernacle de l'autel majeur de l'église de cette paroisse de Saint-Pierre de la Guyonnière et le magnifique calvaire qui s'élève par derrière... Ce magnifique autel est un don de M. l'abbé de Suyrot... Le plan a été fait par lui-même et a été exécuté par M. Potet, sculpteur à Nantes...
Cette bénédiction a été faite en présence de M. Henri de Suyrot, frère de M. l'abbé de Suyrot, et de M. et Mme de Marcé, ses neveux. Etaient aussi présents : MM. Suaudeau, curé-doyen de Montaigu ; Gouraud, curé de Saint-Georges ; Raballand, curé de la Boissière ; Gagnier, curé de Treize-Septiers ; Freland, curé de la Bruffière ; Boiziau, curé de Saint-Martin-l'Ars-en-Sainte-Hermine ; Eugène Girard, ancien curé de Montournais ; Verdon, curé de la Guyonnière." (Extrait du procès-verbal.)
Suivent les signatures.
1894. - Retraites de femmes et de filles, prêchées par deux Pères de la Compagnie de Marie.
Vicaires de la Guyonnière
La paroisse de la Guyonnière avait un vicaire, avant la Révolution. Il y a encore, dans le bourg, une petite maison qui lui servait d'habitation. De 1804 à 1809, après le départ de M. Jagueneau, cette maison fut habitée par les curés. C'est alors que la cure fut achetée de M. Jagueneau.
1861-1868. - M. Joseph Amiot, né à Boussay (Loire-Inférieure).
1868-1870. - M. Benjamin Albert.
1870-1876. - M. Félicien Maurat.
1876-1877. - M. Etienne Grolleau.
1879-1880. - M. Etienne Guichet.
1880-1885. - M. Marie Marchand.
1890-1891. - M. Armand Branchereau.
Noms de quelques prêtres originaires de la Guyonnière
M. Eugène Bonnet. Né le 2 août 1833 ; entré chez les Lazaristes, et ordonné prêtre en 1862 ; actuellement dans un collège de la Mission, à Smyrne (Turquie d'Asie).
M. Charles Guibert. Né en 1837 ; ordonné prêtre en 1862 ; vicaire à Treize-Septiers, à Saint-Hilaire-de-Voust ; curé à la Chapelle-Hermier, et, depuis 1882, à Nieul-le-Dolent.
M. Charles Pichaud. Né en 1842 ; ordonné prêtre en 1866 ; entré dans la Congrégation des Enfants de Marie Immaculée, à Chavagnes ; missionnaire au Dennery, île Sainte-Lucie. (Antilles anglaises).
M. Théophile Boiziau. Né le 17 juin 1843 ; ordonné prêtre en 1866 ; vicaire à Saint-Jean-de-Monts, à Cugand, à Luçon ; curé à Boulogne, et, depuis 1887, à Bournezeau.
M. Eugène Boiziau. Né le 17 février 1851 ; ordonné prêtre en 1876 ; vicaire à la Chaize-le-Vicomte, à la Garnache, à l'île d'Yeu ; curé de Saint-Martin-l'Ars-en-Sainte-Hermine, depuis 1889.
M. Louis Pavageau. Né le 11 mai 1870 ; ordonné sous-diacre, à Paris, le 17 février 1894, au séminaire des Missions étrangères.
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CHATEAUX ET SEIGNEURIES
Il y avait jadis, en la paroisse de la Guyonnière, plusieurs châteaux, houstels ou maisons nobles. (Mouvance de Montaigu)
1° la Court
Ce nom qu'on s'accorde à faire venir de cortis, curtis, à s'en tenir à l'étymologie, ne désignerait qu'un simple manoir pour l'habitation d'un fermier et de tout le bétail, avec les terres de la ferme[19]. Il est aujourd'hui donné à une ferme située près du bourg.
Mais, primitivement, à la place de cette ferme, s'élevait, dit-on, un castel artificiellement fortifié, avec tours, courtines et fossés, ou sauts de loup, qui fut habité par les du Planty, nous ne savons à quelle époque[20].
2° la Rondardière
C'était jadis le nom d'une seigneurie dont le titre fut porté, au XVIIe et au XVIIIe siècles, par plusieurs membres de la famille Baudry d'Asson. C'est ainsi qu'on trouve, en 1615, un Gabriel Baudry, écuyer, qualifié seigneur de la Rondardière (paroisse de la Guyonnière) ; item, en 1677 ; Guy Baudry (fils de Gilbert), écuyer, seigneur de la Rondardière, en 1680, en 1702 ; dame Charlotte-Louise Martel, dame de la Rondardière, marraine à un baptême, en 1704.
3° La Roche-Thévenin
Avant 1515, ce fief s'appelait la Roche-Brisard, du nom de ses anciens seigneurs.
Les Thévenin, devenus possesseurs, à leur tour, le dénommèrent la Roche-Thévenin, nom qu'il porte encore de nos jours.
Les Thévenin de la Roche ont été l'une des plus notables et des plus anciennes familles de la baronnie de Montaigu. Ils portaient le titre d'écuyer et avaient pour armoiries un léopard d'argent sur champ de gueules.
De la fin du XIVe siècle à la fin du XVIIe, ils ont eu, de père en fils, neuf générations bien établies :
1° Léonard, qui eut pour femme Anne (ou Jeanne) Lucas ;
2° Jean (1er du nom), époux de Marguerite Lingier ;
3° Jean II, marié, le 28 mai 1457, à Mathurine de la Forêt-Montpensier ;
4° Guyard, marié, le 29 décembre 1484, à Renée du Vergier (ou Duverger) ;
5° Arthur, marié en premières noces à Dlle Françoise Goulard, et, le 14 décembre 1526, à Marguerite Duvaux ;
6° Anseaume, qui épousa, 1° Dlle Catherine Charbonneau ; et 2°, le 17 août 1551, Louise Buor de la Mothe-Freslon ; et 3°, en avril 1572, Jeanne Poitevin, veuve de Jacques Prévost, seigneur de Salidieu, près Mareuil.
A cette époque, le seigneur de la Roche-Thévenin avait embrassé les principes de la Réforme. Mais sa femme et lui les abandonnèrent spontanément, trois mois après le massacre de la Saint-Barthélemy, comme le constate l'acte suivant, dont l'original en parchemin est conservé dans les archives de Salidieu.
Attestation de M. l'évêque de Luçon, de la religion catholique de M. de la Roche
Nous, Baptiste Tiercelin, par la grâce de Dieu, évêque de Luçon et seigneur baron dudit lieu, à tous ceux qu'il appartiendra, salut.
Ayans entendu et vu la supplication à nous faite de la part de Anseaulme Thevenyn, écuyer, et Dlle Jehanne Poictevyn, sieur et dame de la Roche-Thevenyn, paroisse de la Guyonnière, en notre diocèse de Luçon, de protester par iceux à l'avenir vivre et mourir, avec leur famille, en la religion du roi notre souverain sieur (sic), qui est en l'église catholique, apostolique et romaine, et selon les édits et ordonnances dudit sieur, en date du xviiie de ced. présent mois, signée Anseaulme Thevenyn et Jehanne Poictevyn, et inclinans à icelle ; pour leur absence et autres considérations, avons commis et commettons à Me Michel Papin, chanoine en notre église cathédrale dudit Luçon, et en son absence à Me Vincent Robin, notre promoteur audit lieu, et à chacun d'eux, pour recevoir le serment dedits Thevenyn et Poictevyn, conjoints, et profession de foi à faire entre leurs mains de vivre et mourir, et leur famille, en la foi de Dieu, de son église catholique, apostolique et romaine, que tient notre souverain roi et tous les fidèles catholiques ; avec promesse jurée en leurs consciences, à leur salvation ou damnation, de non y transgresser, et à ce les recevoir comme y venans et s'y presentans de franc cœur et en bonne volonté, sans aucune feinte ou simulation ne eux divertir ; en ce faisans les tenir et maintenir, vous les approuvez audit cas comme bons catholiques.
En témoin de quoi nous avons marqué ces présentes de notre main et fait signer à notre secrétaire, à Poitiers, le XXVe jour de novembre, de l'an 1572.
Baptiste Tiercelin, Ev. de Luçon.
Séb. Rouilh, secrétaire.
L'acte de prestation du serment fait par M. et Mme de la Roche entre les mains du délégué de l'évêque n'a pas été retrouvé ; mais il résulte d'un grand nombre de titres qu'ils ont depuis persisté, ainsi que leurs descendants, dans la religion catholique.
7° Claude, issu du premier mariage d'Anseaume qui précède. Le 4 février 1579, il épousa Antoinette Prévost, fille aînée et principale héritière du susdit seigneur de Salidieu et de Jehanne Poitevin, avec l'assentiment des parents paternels et maternels de la jeune fille, qui était alors dans sa 14e année. L'autorisation du conseil de famille porte "qu'ils sont de même et semblable qualité, d'âge convenable, savoir est le dit Claude Thevenin, de l'âge de 17 ou 18 ans, de bonnes mœurs et bien nourri en vertu, étant bien allié de plusieurs gentilshommes de bonne et grande lignée, tous amis des plus riches gens, etc., etc."
Antoinette était proche parente des seigneurs de Velaudain, la Boutetière, le Chastellier et Damiette qui portent le nom de Prévost, "tous lesquels, selon une enquête nobiliaire de l'an 1515, sont gentilshommes et nobles et pour tels tenus et réputés de toute ancienneté."
8° Christophe, marié, le 3 octobre 1652, à Suzanne Chasteau, morte le 19 novembre 1661.
Colbert de Croissy, dans son mémoire concernant l'État du Poitou en 1664, écrit : "En la paroisse de la Guyonnière, élection de Mauléon (Châtillon-sur-Sèvre), Christophe Thévenin, seigneur de Salle-Dieu (sic), d'ancienne noblesse, âgé de 48 ans, a longtemps servi dans les armées et a eu un régiment ; est riche de 10 000 livres de rentes."
La tombe de sa femme existe dans l'église de la Guyonnière ; elle porte l'épitaphe suivante : "Cy gist dame Suzanne Chasteau, espouse de messire Christofle Thevenin, chevalier, seigneur de Salisdieu, de la Roche-Thévenin et de ce lieu, décédée le 19 novembre 1661."
9° Philippe, marié, le 22 juin 1654, à Claude Tiraqueau, descendant du célèbre jurisconsulte fontenaisien.
Après avoir fait ses preuves de noblesse, le 9 novembre 1667, ainsi que l'atteste la Barentine dont il existe deux copies à Salidieu, il fut encore maintenu noble par sentence du 9 novembre 1687.
Il mourut vers la fin du XVIIe siècle, sans postérité masculine.
Deux branches cadettes des Thévenin, formées par les frères de Philippe, s'éteignirent elles-mêmes avant 1745.
Le dernier de leurs membres, nommé Charles, avait épousé Marie-Madeleine-Prudence Juchault, grand'tante du général Lamoricière.
Presque tous les membres de la famille Thévenin que nous avons nommés ont servi avec distinction dans l'armée ou dans la marine, après avoir fait de bonnes études à Poitiers ou à la Flèche. Le second fils de Claude, dont il est question plus haut, Louis, reçut la tonsure et fut homme d'église ou chevalier de Malte[21].
Les restes du château de la Roche-Thévenin indiquent que la dernière construction de cette demeure seigneuriale remonte tout au plus au premier tiers du XVIIe siècle. Elle n'avait rien de bien remarquable, mais son site, au sommet d'un coteau d'où l'on domine tout le pays d'alentour, suffisait à en faire une résidence des plus agréables. Son domaine s'étendait de tous les côtés, au moins à quatre kilomètres, sur la Saulnerie, la Chausselière, avec son bel étang, la Trounière, les Fontenelles, la Brosse, l'Etang, Melay-des-Landes, le Prieuré, le Planty, les Loges, les Rabotières, la Clerbaudière et, en Treize-Septiers, la Chévrière.
A l'époque de la Révolution, ce magnifique domaine appartenait à la famille Bedeau de l'Escochère[22]. M. de l'Escochère était âgé et aveugle quand il dut quitter son château et prendre le chemin de l'exil, afin de pourvoir à sa sûreté. Avec lui émigrèrent tous les membres de sa famille. Peu de temps après, la loi contre les émigrés lui était rigoureusement appliquée : ses domaines confisqués furent vendus par la nation. Un M. Gilaizeau, imbu de toutes les idées révolutionnaires de l'époque, les acheta. Ils passèrent ensuite successivement aux mains des familles Urvoy de Saint-Bédan et Bonsergent. Cette dernière les vendit en détail. M. Begaud, ancien juge de paix à Montaigu, acheta le château avec les quelques métairies qui l'entourent. Mais, pour faire face à ses folles dépenses, celui-ci dut continuer la vente au détail de sa propre acquisition. Quand il mourut, il ne lui restait plus que cinquante-trois hectares de terre et le château qu'il légua à sa fille, mariée à M. Grootaers, le distingué sculpteur de Nantes, dont il a été parlé précédemment. Enfin, M. Grootaers, fils, a vendu cette propriété à M. l'abbé de Suyrot, le possesseur actuel.
4° Melay-de-la-Court
La plus ancienne mention historique de Melay que l'on connaisse se trouve dans les pièces annexées à la charte de fondation de l'aumônerie de Montaigu, en 1180.
Un certain Pierre, fils de Renaud, qui était peut être un homme d'armes rural (miles ruralis), donne en survivance, à cette maison, une vigne plantée dans le vieux Melay, près le clos Remart : "Dedi similiter nostris elemosynariis vineam quæ est in veteri Melay prope clausum Remart, etc."[23]
La chapelle actuelle, restaurée, ne manque pas d'un certain cachet de vétusté, mais elle renferme, dans une de ses murailles, des vestiges d'un édifice plus ancien, qui remonte, peut-être à l'un des siècles du moyen-âge[24].
Les plus anciens seigneurs connus de Melay-de-la-Court sont les Marin, dont cette terre prit même le surnom pendant un temps. Le nom de la métairie Marin, qui dépend toujours de Melay, est un dernier vestige de cette antique et longue possession, que nous trouvons assez bien établie dans un acte de procédure du XVIe siècle[25]. Les Marin figurent sur les bans et arrière-bans du Poitou, entre autres sur ceux convoqués en 1467.
Des Marin, le fief de Melay passa, par mariage, aux Gastinaire, seigneurs de la PreuiIle, en Saint-Hilaire-de-Loulay. Cette autre famille, d'origine piémontaise, se rattache, en collatéral, à Mercurin Arborio de Gatinara, chancelier de l'empereur Charles Quint et cardinal du titre de saint Jean devant la Porte-Latine. Son frère, César de Gastinaire, étant venu en France lors des guerres d'Italie, se maria, en 1500, avec Françoise Bastard, héritière et dame de la Preuille, où il s'établit avec sa femme ; puis il obtint, en 1509, sous Louis XII et Anne de Bretagne, des lettres de naturalisation.
Après César de Gastinaire, nous avons Raymond (1er du nom) son fils aîné et principal héritier, et Raymond (2e du nom). - Catherine Marin, veuve de Raymond (1er du nom), s'étant remariée à Pierre du Chastelier, également veuf, leur union amena celle de leurs enfants respectifs issus d'un premier mariage (entre Raymond (2e du nom), et Dlle Madeleine du Chastelier. fille unique de Pierre du Chastelier et de Perrine Daulins, sa première femme). La terre de Melay, alors surnommée Marin (Melay-Marin), resta ainsi aux mains des Gastinaire jusque dans la seconde moitié du XVIIe siècle, c'est-à-dire, durant un siècle environ.
Elle passa alors, par alliance, dans la famille du Tréhant, Marie-Madeleine de Gastinaire, qui l'avait eue en partage, au mois d'avril 1666, ayant épousé Charles-Gabriel du Thréhant, seigneur du Hallay, en Boufféré. De leur union naquit Claude-Philippe du Tréhant, aussi seigneur du Hallay et de Melay, marié, en février 1694, dans l'église de Saint-Jean de Montaigu, avec Anne-Madeleine Du Chaffault, qui mourut en 1706.
Ce dernier du Tréhant aliéna-t-il sa propriété de Melay ? Nous ne le savons pas. Mais, de 1730 à 1740 environ, nous la trouvons aux mains d'un étranger, Charles Coueseau, ancien procureur au Parlement de Paris, qui se qualifie conseiller-procureur du roi au bailliage et capitainerie de Limours[26].
De 1740 environ jusque vers 1770, Charles de La Roche Saint-André, de la branche cadette des Ganuchères, en Treize-Septiers, se qualifie, à son tour, seigneur de Melay-de-la-Court.
C'est à cette époque, ou à peu près, que le fief en question devint la propriété de Louis-Charles Du Chaffault, le marin-laboureur, soit par acquisition, soit par échange avec son beau-frère. Nous disons son beau-frère : l'aspirant de marine, au retour d'un de ses premiers voyages, et n'étant encore âgé que de 24 à 25 ans, avait, en effet, épousé sa cousine, Pélagie de La Roche Saint-André (7 janvier 1732), petite-fille de ce Gilles de La Roche Saint-André, chef d'escadre des armées navales, considéré dans sa patrie et à l'étranger comme l'un des plus braves et des plus expérimentés marins de son temps[27], qui eut, le premier, la gloire de planter la croix dans l'île de Madagascar[28].
Louis-Charles Du Chaffault s'illustra dans la même carrière, pendant près de 70 ans, et la couronna par le grade d'amiral. Il sut y conserver les traditions de bravoure et de piété de ses aïeux. On a écrit de lui : "qu'il gravit de campagne en campagne, à travers tous les périls de la mer et des guerres, jusqu'au sommet de la hiérarchie, après en avoir teint tous les degrés de son sang[29]".
En 1756, une division de la flotte française ayant rencontré, sur les côtes de la Martinique, le vaisseau anglais Le Warwick, Du Chaffault, qui commandait l'Atalante, força le Warwick à se rendre, après un violent combat. Ce fait d'armes valut au brave commandant de frégate une lettre que Louis XV lui écrivit de sa propre main[30].
Au combat d'Ouessant, en 1778, commandant la manœuvre, à l'âge de 70 ans, il reçut deux graves blessures et eut la douleur de voir un de ses neveux et son fils unique tomber morts à ses côtés.
Quelques jours après (le 1er août 1778), le roi, répondant à la dépêche du commandant en chef d'Orvilliers, s'exprimait ainsi :
"J'ai reçu, Monsieur, avec bien du plaisir, les nouvelles du combat que vous avez soutenu contre la flotte anglaise... Je suis très content de Messieurs les officiers et de toute la marine ; je vous charge de le leur témoigner. Je suis bien fâché de la blessure de M. Du Chaffault ; j'espère qu'elle ne sera pas fâcheuse et qu'il sera bientôt rétabli et en état de continuer ses bons services. J'ai ordonné qu'on prît le plus grand soin des blessés..."
- "Ce pauvre Du Chaffault, que je le plains ! écrivait de son côté la reine Marie-Antoinette à sa tante Adélaïde, je voudrais avoir des ailes pour aller vers lui et le soigner moi-même."
Une opération heureusement conduite débarrassa le brave commandant de la balle de mitraille qui s'était logée dans son épaule. Il ne s'ensuivit qu'une assez courte interruption de service, motivée plutôt par la blessure morale, que lui fit la mort de son fils, que par ses blessures physiques. Du Chaffault fut ensuite choisi pour commander provisoirement la flotte combinée de France et d'Espagne, à la place de l'amiral d'Orvilliers, démissionnaire.
Ce fut par là qu'il termina sa carrière active de marin, longue de plus d'un demi-siècle[31].
Chrétien fervent, autant que marin habile, et capitaine plein de bravoure, il se distinguait par son exactitude à remplir toutes les pratiques de la religion. Mgr Brumauld de Beauregard, ancien évêque d'Orléans, son contemporain, rapporte dans ses Mémoires que Du Chaffault ne s'embarquait jamais sans emmener à son bord un capucin de Nantes, qu'il avait choisi pour son confesseur[32]. Plus tard, quand il fut rendu à la vie privée, le bon vieillard communiait jusqu'à trois fois par semaine.
Retiré à Melay, le marin se fit, alors, laboureur et constructeur. Après la mer, l'agriculture et la bâtisse furent les deux innocentes passions de ses dernières années.
Le style de son architecture emprunte, dirait-on, quelque chose aux constructions navales : il est simple, raide et carré, présentant invariablement un cordon de pierre de taille en relief, une sorte de ligne de flottaison, à la hauteur d'appui des croisées et un autre au-dessus. A l'œuvre on juge que l'artisan était un homme compassé, qui aimait la ligne droite.
Comme agronome, il s'éprit d'une sorte de passion pour ce domaine ingrat de Melay, sec et caillouteux, mais situé sur une hauteur d'où l'on embrasse un vaste horizon, véritable petit océan de verdure. S'il ne changea point la nature du sol, il en renouvela du moins la surface. Il aligna, agrandit et régularisa géométriquement les parcelles, pava les chemins vicinaux et de servitude. Il ne paraît pas toutefois qu'il ait essayé, à Melay, l'acclimatation des plantes exotiques, comme le faisait La Galissonnière, dans son parc du Pallet. On n'en voit plus, du moins, aucune trace. A tous ces travaux de construction, de terrassement ou autres il occupait ordinairement de 40 à 50 ouvriers, qu'il payait à raison de 12 sols par jour.
On raconte encore qu'il lui arrivait parfois de se mettre à la besogne avec ses gens, et, nouveau Cincinnatus, de conduire lui-même la charrue. Le vieil officier quittait alors son habit et l'accrochait aux branches d'un arbre. Les gens de la campagne qui passaient devant ce vêtement auquel pendait le cordon rouge de commandeur de Saint-Louis, ne manquaient jamais, les femmes de lui faire une révérence, et les hommes de lui tirer respectueusement leurs chapeaux. "Il est vrai de dire, à l'excuse de leur naïveté, qu'on ménageait alors ces sortes d'insignes qu'on a, depuis, tant prodigués, pour ne pas dire avilis[33]"
La Révolution de 1789 surprit Du Chaffault dans ces douces et paisibles occupations et l'arracha à la compagnie de tous ceux qu'il aimait, notamment de son beau-frère et ami, le vénérable abbé de La Roche Saint-André, qui le visitait souvent, et célébrait le saint sacrifice de la messe dans sa petite chapelle domestique.
Inutile de dire qu'il se montra hostile au mouvement révolutionnaire. Cela se devine.
La maison de Mme veuve de l'Écorce, sa fille, après avoir été, à Montaigu, le refuge des prêtres réfractaires et des religieuses non assermentées, devint le lieu de réunion des commandants royalistes. Son garde-chasse, une sorte de Stofflet aux petits pieds, nommé Pondevie, était qualifié très brigand dans les dénonciations des réfugiés patriotes.
"Lors de la reprise de Montaigu par les républicains, en septembre 1793, nous tenons de témoins oculaires, a écrit M. Dugast-Matifeux, qu'on le vit encore, tout invalide qu'il était, donner des ordres de sa fenêtre et diriger la résistance. Il échappa provisoirement, cette fois, et put se rendre à sa maison de campagne de Melay. Mais, plus tard, étant retourné à Montaigu, occupé alors par les républicains, quoique muni d'un passeport, il fut arrêté, par ordre du commandant de place, Chavanne (chef de brigade au 34e régiment de ligne), et conduit à Nantes. Le tribunal révolutionnaire de cette ville, sans égard pour son grand âge et ses longs et glorieux services, le fit enfermer au château de Lusançay, situé en dehors de la ville et transformé en maison de détention. C'est là que, pendant dix mois, il endura les privations d'une sévère captivité et les souffrances d'une vieillesse à laquelle on refusait les égards et les soins les plus vulgaires."
"Mais ce qui lui fut le plus sensible, dit M l'abbé de Suyrot[34], c'était d'entendre les cris épouvantables des malheureux qu'on engloutissait en masse dans la Loire qui coulait au pied des murs de sa prison."
II reçut avec indifférence la nouvelle de l'incendie de son château de Melay ; mais sa douleur fut à son comble en apprenant l'arrestation et la mort de son beau-frère, l'abbé de La Roche.[35]
Le 29 juin 1794, le vieil amiral, miné par les souffrances plus encore que par les infirmités de la vieillesse, s'éteignit dans sa prison, à l'âge de 87 ans, et augmenta le nombre effrayant des victimes de la Révolution.
"Lorsqu'un arbre a été brisé par la tempête, a dit excellemment M. l'abbé de Suyrot, il arrive quelquefois qu'il pousse sur son tronc mutilé un rameau qui produit des fruits dont la saveur rappelle ceux qu'on avait cueillis au même lieu. Quand des jours meilleurs eurent lui pour l'église de France, un rejeton, sorti de la souche des Du Chaffault, fit refleurir, dans cette paroisse, les vertus de l'amiral et la douce piété de l'abbé de La Roche Saint-André." (Discours cit., p. 18.)
Ce rejeton était M. le comte François-Sylvestre Du Chaffault, dont on a lu plus haut l'intéressante biographie.
Avec lui a disparu le nom des Du Chaffault.
La famille de La Roche Saint-André, au contraire, est encore aujourd'hui florissante. Parmi ses descendants, elle compte trois prêtres distingués :
1° L'abbé Alfred de Couëtus, chanoine honoraire de Nantes, fils d'Albert de Couëtus et de Dlle Léontine de La Roche Saint-André, fille de Henri-Charles de La Roche Saint-André, frère consanguin de Charles-Henri (né d'un autre mariage de Charles de La Roche avec Dlle Descorches de Sainte-Croix, de Guérande), et de Dlle Marguerite-Caroline de Terves ;
2° L'abbé Jules de La Roche Saint-André, de la Garde, en Rocheservière, d'une branche collatérale ;
3° L'abbé Paul-Michel de Suyrot, missionnaire apostolique, chanoine honoraire de Luçon, fils de Charles-Marie de Suyrot, marié à Chambretaud, au mois de janvier 1816, avec Pauline-Michelle, fille de Charles-Henri de La Roche Saint-André, et de Constance-Augustine Du Chaffault, morte à Nantes le 23 novembre 1799[36].
C'est M. l'abbé de Suyrot qui est aujourd'hui propriétaire de Melay. Nous avons dit, à leurs dates, dans cette Chronique, les œuvres charitables auxquelles ce prêtre zélé consacre la fortune qui lui a été départie. A Melay, la reconnaissance des petits orphelins, dont il est la Providence, l'a nommé le bon Père. Cette appellation est, assurément, un titre de noblesse qui surpasse de beaucoup celui qu'il tient de sa famille et qui lui procurera le plus de gloire, et dans ce monde et dans l'autre.
La petite chapelle domestique dont la nouvelle dédicace a motivé le beau discours que nous avons cité plusieurs fois, a été placée sous le vocable de Marie immaculée dans sa Conception. Elle est ornée d'une statue de saint Joseph et d'une statue de saint Paul, patron du propriétaire actuel. On y voit aussi les blasons des familles Du Chaffault et de La Roche Saint-André.
Les de Suyrot portent "gironné d'argent et de gueules, les girons d'argent chargés chacun de trois fasces du second" (R. Albert. Armoiries Vendéennes).
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Au cours de la publication de cette Chronique, on a eu l'obligeance de nous communiquer les noms de plusieurs prêtres qui ont exercé le saint ministère à la Guyonnière, avant la Révolution. Ces noms ont été relevés dans les précieux registres de la paroisse de la Boissière-de-Montaigu. N'ayant pu les consigner à leur date, nous les donnons ici en appendice.
1602. - René Barré. vicaire.
1629. - P. Bouron, vicaire.
1633. - Gravelleau, curé.
1640. - Boisseleau, prêtre à la Guyonnière.
1719. - Gourraud, vicaire.
1741. - Joseph Coutanceau, vicaire.
1747. - Roy, vicaire.
1747-1751. - Noiraud, vicaire.
1768. - Gourraud. vicaire.
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Notes et références
[1] M. Dugast.Matifeux possédait, dans ses précieuses collections, une vieille estampe représentant le château de la Guyonnière.
[2] Ce ruisseau fait tourner un moulin. Il est fort encaissé et, par suite, sujet à devenir subitement, par les inondations et les orages, un torrent impétueux qui entraîne et renverse tout sur son passage, comme cela est arrivé deux fois en notre siècle, le 24 janvier 1800 et le 11 novembre 1836. Il détruisit alors le pont Jarlet, à Montaigu.
[3] M. Louis Raoul, curé de la Guyonnière, était originaire de Saint-Étienne-du-Bois. Il naquit au village de la Thibaudière, à un kilomètre de Roche-Quairie, et avait, pour parrain, Louis Robineau, chevalier, seigneur de la Renollière, et pour marraine, dame Françoise de la Grüe, dame de Roche-Quairie.
C'est pendant une visite à sa famille et à ses nobles parrain et marraine, les châtelains de Roche-Quairie, qu'il passa de vie à trépas. Son testament olographe, daté du 27 novembre 1739 (trois jours avant sa mort), permet de penser que, si sa mort fut subite, elle ne fut pas imprévue.
[4] Le comte Du Chaffault, marié à Pélagie La Roche Saint-André, seigneur de Melay et autres lieux, nommé vice-amiral en 1791.
[5] Il s'engagea dans l'armée vendéenne où il fut tué.
[6] Certificat du 14 novembre, signé : l'abbé de Castellar, doyen, comte de Lyon.
[7] Certificat délivré au quartier général, Frisbretz. Signé : Louis-Joseph de Bourbon, Drouin, notaire.
[8] Lettre de M. Chérin, archiviste du roi, à M. Du Chaffault. Paris, 3 septembre 1787.
[9] Cette chapelle, qui appartient aujourd'hui à Mme la baronne du Landreau du Hallay, a été restaurée avec goût. Elle a été bénite par M. l'abbé de Suyrot, de Melay, le 18 décembre 1892, pendant une mission prêchée à Boufféré par deux Pères de Chavagnes.
[10] En 1870, M. Amiot changea le calice pour un autre d'une valeur plus élevée, à la demande de Mme de l'Estang de Ringère, petite-fille du comte Sylvestre Du Chaffault. Il est passé par héritage à Mlle C. de l'Estang, de Poitiers.
[11] Hortense Pâris de Soulanges.
[12] Le marquis d'Orvault, brochure, page 17.
[13] Décret du 25 mai 1817.
[14] Cette curieuse notice biographique a été écrite par M. l'abbé de Suyrot pour la Semaine catholique de Luçon (n° du 16 décembre 1893) ; mais elle avait sa place marquée dans la Chronique de la Guyonniére, dont elle n'est pas l'une des pages les moins intéressantes. C'est pourquoi nous l'avons reproduite intégralement. Merci à son auteur.
[15] Entre autres œuvres de M. Guillaume Grootaers, signalons, en passant, le fronton du muséum d'histoire naturelle, à Nantes.
[16] Le discours historique, que M. l'abbé de Suyrot appelle ici modestement une allocution, a été imprimé, comme souvenir de la fête, en un fascicule de vingt pages in-8°. Nous y avons largement puisé pour la composition des lignes que nous consacrons plus loin au château de Melay et à ses seigneurs.
[17] Plus de cent charrois ont été faits par les habitants de la paroisse pour les transporter à pied d'œuvre.
[18] La base de ce calvaire est une roche artificielle, de 7 à 8 mètres de hauteur ; au sommet, à droite, se dresse la statue du Bienheureux Montfort, prêchant la croix. C'est une œuvre de M. Pierre Renaud, sculpteur à Luçon. Et, dans une excavation pratiquée sur le flanc, on voit un groupe de charité, une sœur de la Sagesse donnant ses soins à un pauvre malade. Ce groupe est dû au ciseau de M. Grootaers, sculpteur de Nantes.
[19] Ducange, au mot Cortis.
[20] "On a trouvé dans l'enceinte de cette Court, il y a environ trente ans, dit M. Dugast-Matifeux, une bague chevalière en or, sans ornementation, mais la plus grosse de l'époque gallo-romaine que nous ayons vue ; car elle pesait pour quatre-vingts francs d'or, et a été vendue cent francs au docteur Foulon, de Nantes, dont les descendants la possèdent encore".
[21] Recherches historiques sur le département de la Vendée, par M. Marchegay. 3e série. - Canton de Montaigu.
[22] De la branche aînée de cette famille est issu le général Marie-Alphonse Bedeau, né à Vertou, près de Nantes, en 1804, et mort en 1863. Il se distingua à côté de Lamoricière, son compatriote, pendant la conquête de l'Algérie, de 1836 à 1847. Il signait ordinairement Bedeau de Launay, du nom de sa propriété de Vertou.
[23] Echos du Bocage Vendéen (3e année, n° V, p. 324).
[24] Discours de M. l'abbé Paul de Suyrot à la bénédiction de la vieille chapelle de Melay, p. 8.
[25] Voir une citation de cette procédure dans les Echos du Bocage, loc. cit., p. 325.
[26] Limours (Seine-et-Oise, arrondissement de Rambouillet).
[27] Biographie, par Dugast-Matifeux, p. 247.
[28] De cette union qui fut bénite par Louis-Joachim, frère de l'épouse, naquirent : 1° Marie-Auguste ; 2° Pélagie-Augustine, mariée à Louis de l'Ecorce ; 3° Thérèse-Charlotte, qui épousa Charles-Louis Royrand de la Roussière (le frère du célèbre chef vendéen) ; 4° Marie-Adélaïde, mariée à Joseph-Philippe Juge de Brassac.
[29] Biographie. p. 226.
[30] Histoire de la marine française, par Lapeyrouse. - Bonfils, t. II, p. 410.
[31] Il composa Les signaux de nuit et de brume, à l'usage de l'armée du roi, commandée par M. le comte d'Orvilliers, lieutenant des armées navales, grand'croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, commandant l'armée du roi en 1779. (Brest. Malassis, 1779, in-fol.)
[32] Mémoires de Mgr Brumauld de Beauregard, tome II, p. 77.
[33] Dugast-Matifeux. - Echos du Bocage vendéen.
[34] Discours prononcé à la bénédiction de la chapelle de Melay, p.13.
[35] "Un savetier, soldat de la compagnie Marat, eut un jour l'insolence d'aller s'asseoir dans la chambre du comte Du Chaffault, et lui dit, en fumant sa pipe et le tutoyant avec l'arrogance de ces temps déplorables : "Ton château vient d'être brûlé ; les trésors que tu avais enfouis ont été découverts et confisqués. - Le bon vieillard parut recevoir cette nouvelle avec assez d'indifférence."
(Biographie universelle, tome VII, p. 616)
- "Du Chaffault, avec sa pension de 15 000 livres et ses nombreuses métairies et propriétés, devait se faire, dit Dugast-Matifeux, un revenu équivalant actuellement à 80 ou 100 000 francs de rente. Aussi, avait-il amassé beaucoup d'or et d'argent qu'il cacha en divers lieux, au moment de la Révolution. Mon père, qui était son voisin de campagne, et avait avec lui de bonnes relations, le rencontra, un jour, comme il se rendait à Melay dans sa voiture : "Matifeux, lui cria-t-il, j'emporte la grenouille !" Et l'un de ses plus jeunes métayers étant venu le voir à Nantes où il était détenu, en 1794, lui retraçant tous les désastres qu'il avait essuyés dans ses domaines, sa maison de Melay notamment incendiée : "Laisse faire, mon enfant, lui dit-il, pour le réconforter, nous réparerons bien tout ça". Ces paroles successives, rapprochées d'indications données en mourant par Du Chaffault lui-même, pour qu'on pût retrouver ce qu'il avait enfoui, dénotent assez qu'il s'agissait d'une fière sacoche."
[36] Dans le discours historique auquel nous avons déjà beaucoup emprunté, M. l'abbé de Suyrot a consacré au souvenir de sa vénérable grand'mére une page émouvante, que nous nous reprocherions de ne pas citer intégralement.
Nous la recommandons à l'attention du lecteur.
"Tandis que Charles-Henri, réfugié en Angleterre, partageait le sort de la noblesse française qui avait émigré, sa jeune épouse qui le pleurait comme mort, était réduite au dernier degré de la misère. Après avoir suivi l'armée royaliste depuis le passage de la Loire jusqu'à la déroute du Mans, elle arriva à Nantes où elle fut arrêtée et condamnée à périr dans la Loire. Il y a des actes de vertu que Dieu récompense dès ce monde. Au moment où la jeune vendéenne allait être précipitée dans les eaux du fleuve, qui regorgeait de cadavres, on apprit, on ne sait comment, qu'elle était une de ces héroïnes qui vinrent demander grâce en faveur des 3000 républicains faits prisonniers par les Vendéens à la prise de Montaigu en 1793. On la relâcha. Mais lui sauver la vie dans les conditions où elle se trouvait, c'était prolonger ses souffrances. Manquant de pain et de vêtements, elle fut réduite, pour ne pas mourir de faim, à se faire servante d'auberge, dans un faubourg de la ville. Permettez, mes frères, au petit-fils de cette femme dont le courage a égalé le malheur, de vous rapporter, dans leur simplicité touchante, les paroles par lesquelles Mgr de Beauregard nous a transmis un épisode attendrissant de cette vie malheureuse.
Une nuit, elle entendit du bruit à sa porte ; elle en fut grandement effrayée et se recommanda à Dieu. On frappa de nouveau ; alors, elle se hasarda à demande : "Qui est là ?" - "Je suis le bonhomme Pierre, mam'zelle Marion ; n'ayez pas peur de moi, car je crains Dieu". Pierre était un vieux valet d'écurie. "Que voulez-vous bonhomme Pierre ?" demanda la jeune vendéenne. - "Ma bonne demoiselle, vous craignez le bon Dieu, je le sais bien ; j'ai remarqué que votre mouchoir de cou est tout déchiré, et que vous avez bien de la peine à l'arranger avec des épingles ; j'avais cent sous, j'ai acheté un morceau de toile pour vous le donner pour vous couvrir." (Mémoires de Mgr de Beauregard, tome II, p. 87)
J'ignore, mes frères, si ce trait héroïque de charité a reçu sa récompense ; mais, en vérité, il sera proclamé à la face du monde entier, lorsque Celui qui a promis de ne pas laisser sans récompense le verre d'eau donné au pauvre, au nom du Seigneur, viendra juger les vivants et les morts…
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