• Skip to navigation
  • Skip to content

Montaigu-en-Vendée
patrimoine et histoire

Vous êtes ici : P. de Montaigu A-L» Chavagnes-en-Paillers» Chavagnes par C. Gourraud

Navigation

  • Accueil
  • Montaigu
    • Histoire de Montaigu
      • avant l'an 1000
      • 1000-1462
      • 1463-1598
      • 1598-1711
      • 1712-1789
        • 1742
        •  
      • 1789-1799
      • 1800-1836
      • 1837-1935
      • 1936-2020
      •  
    • Lieux de Montaigu
      • le nom de Montaigu
      • le Château
      • la Vieille ville
      • les Fortifications
      • St-Jacques / alentours
      • St-Nicolas outre-Maine
      • Montaigu hors Fossés
      •  
    • Circuits de visites
      • circuit en 13 étapes
      • circuit en 17 étapes
      • circuit en 21 étapes
      •  
    • Bibliographie sur Montaigu
    •  
  • P. de Montaigu A-L
    • Aigrefeuille
      • "Doléances" d'Aigrefeuille
      •  
    • la Bernardière
      • "Chronique" de la Bernardière
      • "Doléances" de la Bernardière
      • 1832 la Pénissière
      • Pénissière et historiens
      • église de la Bernardière
      •  
    • la Boissière-de-M
      • "Chronique" de la Boissière-de-M
      • Boissière-de-M. église
      • Boissière 1816
      • la bande à Depienne
      •  
    • Boufféré
      • "Chronique" de Boufféré
      •  
    • Boussay
    • la Bruffière
    • Chavagnes-en-Paillers
      • Chavagnes par A. de La Villegille
      • Chavagnes par C. Gourraud
      • "Chronique" de Chavagnes
      •  
    • Clisson
      • 1637, excursion à Clisson
      • Clisson en 1788
      • Cahiers de doléances
      • reconstruction de Clisson
      • architecture de Clisson
      •  
    • la Copechagnière
      • la Cop jusqu’en 1891
      • Pierre Rezeau 1764-1813
      • la Cop en 1838
      • la Cop 1940-1944
      • la Cop 1940-1970
      •  
    • Cugand
      • "Chronique" de Cugand
      • Cugand 1760-1788
      • usages de Cugand en 1788
      • Cugand et Du Boüeix
      • Gabriel Ouvrard
      • Mont Gallien
      • moulins de la Feuillée
      •  
    • Gétigné
    • Gorges
    • la Guyonnière
      • "Chronique" de la Guyonnière
      • église de la Guyonnière
      •  
    • l'Herbergement
      • "Chronique" de l'Herbergement
      • origines médiévales
      • les foires de l'Herber.
      • les foires aux 18e s.
      • les Landes rouges
      •  
    •  
  • P. de Montaigu M-Z
    • Rocheservière
      • anciennes églises
      • église St-Sauveur
      • église Notre-Dame
      • cahiers de doléances
      • Philippe Guitter
      •  
    • St-Georges-de-M.
      • "Chronique" de St-Georges-de-M
      • St-Georges église
      • vvvvv
      •  
    • St-Hilaire-de-L.
      • "Chronique" de St-Hilaire-de-L
      • le Blaison
      • Bois Corbeau
      • la Mussetière
      • Jean Girard réfractaire
      • St-Hilaire église
      •  
    • St-Philbert-de-B
      • Croix de procession
      • Landes de Bouaine
      • Doléances de Bouaine
      • la mort de Pierre Noeau
      • Bouaine-Contantinople
      • "Inventaires" de 1906
      • Bouaine patrimoine
      •  
    • Vieillevigne
      • Vieillevigne 1788
      • le Marcheton
      •  
    •  
  • le Poiré-sur-Vie
    • lieux A à B
      • Ajounets
      • Alouette
      • Amours (chemin des)
      • Arnaudière
      • Aubonnière
      • Aumère
      • Auroire
      • Bardinière
        • Gauvrit (Henri)
        •  
      • Bellevue
      • Blanchère
      • Blélière
        • Gauthier (Pierre)
        •  
      • Blézière du Cerny
      • Bobière
      • Bossé
      • Bouchère
        • La Ferronnays (Auguste)
        •  
      • Bourdaisy
      • Boutière
      • Brachetière
      • Brossière
      •  
    • lieux C à D
      • Carpe frite
      • Cerny
      • Champ d'avant
      • Chapelle (quartier de la)
      • Chauchetière
      • Chiron
      • Cordinière
      • Courolière
      • Courtin
      • Croix Bouet
      • Deffend
      • Désert
      •  
    • lieux E à G
      • Ebrière
      • place de l'Eglise
      • Egronnière
      • Ermière
      • Espérance
      • Faucherie
      • Fief
      • Gare
      • Gendronnière
      • Petite Gendronnière
      • Gibretière
      • Grande Croix
      • Grand Pâtis
      • Grange
      • Gros Chêne
      • Guilletière
      •  
    • lieux H à M
      • Huguenots
      • Jamonière
        • Trajan (Guy)
        •  
      • Jaranne
      • Jeanne-d'Arc
      • Jucaillère
      • Lande blanche
      • Londry
      • Maison Neuve
      • Malingerie
      • place du Marché
      • Martelle
      • Mélanière
      • Meslier
      • Messagerie
        • Caillé (H.-J.)
        •  
      • Métairie
        • Travot (J.-P.)
        •  
      • Micherie
      • Mignardière
      • Moissandière
        • Phelippeau (Auguste)
        •  
      • Morinière
      • Moulin Guérin
      •  
    • lieux N à R
      • Nilière
      • N-D de B-N (chapelle)
      • Petit Bourbon
      • Petits Oiseaux
      • Pierre blanche
      • bourg du Poiré
      • Pont-de-Vie
      • Providence
      • Prunelle
      • Puy Chabot
      • Racaudière
      • Ragoiller (moulin)
      • Raymondière
      • Rételière
        • You (Jean)
        •  
      • Grande Roulière
        • Douaud (Armande)
        •  
      •  
    • lieux S à Z
      • Sainte-Anne
      • Saint-Georges
      • Saint-Joseph
      • Saint-Louis
      • Sainte-Marie
      • Saint-Michel
      • Saint-Pierre
      • Sainte-Thérèse
      • Haute Sauvagère
      • Simbretières
      • Surie
      • Tasse aux 3 curés
      • Thibaudière
      • Tuileries de L. bl.
      • Turquoisière
      • Vie (la)
      • Vieille Verrerie
      • Vivier
      •  
    • accès thématique
    •  
  • Vie et Boulogne
    • Beaufou
      • la Vergne
      • Morelière 1793
      • Bultière-1794
      • l'église de Beaufou
      •  
    • Belleville
      • "Chronique" de Belleville
      • la vieille église
      • généalogie des "Belleville"
      • Jeanne de Belleville
        • Jean Ier Harpedanne
        • Jean II Harpedanne
        • Jean III Harpedanne
        •  
      • le Recrédy
      • Belleville de Charette
      • accroissements de 1850
      • Parler en Tolomako
      •  
    • Chapelle-Palluau
    • Falleron
    • la Genétouze
      • "Chronique" de la Genétouze
      •  
    • Grand'Landes
    • les Lucs / Boulogne
      • "Chronique" des Lucs
      • la revue "Lucus"
      • les vitraux des Lucs
      • la "complainte des Lucs"
      •  
    • St-Denis-la-Chevasse
      • "Chronique" de St-Denis
      •  
    • St-Etienne-du-Bois
      • Chronique paroissiale
      • Rochequairie
      • 1793-1794 St-Etienne villages
      • St-Etienne anti-nazi
      • croix de St-Etienne
      • église de St-Etienne
      •  
    • Saligny
      • "Chronique" de Saligny
      •  
    •  
  • Ressources
    • Sources et propriété intellectuelle
    • Savoir-faire et Méthodologies
      • les Reportages et le Journalisme
      • les Enquêtes en Anthropologie
      • du Bien parler français
        • Prononciation du français
        •  
      • du bon usage de la Rhétorique
      •  
    • Dictionnaires de langues
      • langues anciennes et à venir
      • langues d'Europe
      • langues d'Oc et langues d'Oil
      • langues du Proche et du Moyen-Orient
      • langues d'Extrême-Orient et du Pacifique
      • langues d'Afrique subsaharienne
      • langues des Amériques
      •  
    • Bibliothèques
      • Bibliothèque classique
        • Bibliothèque Aa à Az
        • Bibliothèque Ba à Bg
        • Bibliothèque Bh à Bz
        • Bibliothèque Ca à Cz
        • Bibliothèque Da à Dz
        • Bibliothèque Ea à Fz
        • Bibliothèque Ga à Gz
        • Bibliothèque Ha à Kz
        • Bibliothèque La à Lz
        • Bibliothèque Ma à Mg
        • Bibliothèque Mh à Oz
        • Bibliothèque Pa à Pz
        • Bibliothèque Qa à Rz
        • Bibliothèque Sa à Sz
        • Bibliothèque Ta à Uz
        • Bibliothèque Va à Zz
        •  
      • Bibliothèque du Moyen Age
        • Chansons de geste
        • Troubadours
        • Trouvères
        • Poètes fin 13e-fin 15e
        • Romans "bretons", courtois et autres
        • Littératures religieuse et didactique
        • Théâtre et Satires
        • Chroniques et Écrits politiques
        •  
      • Bibliothèque des voyages
        • Arctique - Antarctique
        • Voyageurs du Moyen Âge
        •  
      •  
    •  
  • Contact

  • Accueil
  • Montaigu
    • Histoire de Montaigu
    • Lieux de Montaigu
    • Circuits de visites
    • Bibliographie sur Montaigu
  • P. de Montaigu A-L
    • Aigrefeuille
      • "Doléances" d'Aigrefeuille
    • la Bernardière
      • "Chronique" de la Bernardière
      • "Doléances" de la Bernardière
      • 1832 la Pénissière
      • Pénissière et historiens
      • église de la Bernardière
    • la Boissière-de-M
      • "Chronique" de la Boissière-de-M
      • Boissière-de-M. église
      • Boissière 1816
      • la bande à Depienne
    • Boufféré
      • "Chronique" de Boufféré
    • Boussay
    • la Bruffière
    • Chavagnes-en-Paillers
      • Chavagnes par A. de La Villegille
      • Chavagnes par C. Gourraud
      • "Chronique" de Chavagnes
    • Clisson
      • 1637, excursion à Clisson
      • Clisson en 1788
      • Cahiers de doléances
      • reconstruction de Clisson
      • architecture de Clisson
    • la Copechagnière
      • la Cop jusqu’en 1891
      • Pierre Rezeau 1764-1813
      • la Cop en 1838
      • la Cop 1940-1944
      • la Cop 1940-1970
    • Cugand
      • "Chronique" de Cugand
      • Cugand 1760-1788
      • usages de Cugand en 1788
      • Cugand et Du Boüeix
      • Gabriel Ouvrard
      • Mont Gallien
      • moulins de la Feuillée
    • Gétigné
    • Gorges
    • la Guyonnière
      • "Chronique" de la Guyonnière
      • église de la Guyonnière
    • l'Herbergement
      • "Chronique" de l'Herbergement
      • origines médiévales
      • les foires de l'Herber.
      • les foires aux 18e s.
      • les Landes rouges
  • P. de Montaigu M-Z
    • Rocheservière
    • St-Georges-de-M.
    • St-Hilaire-de-L.
    • St-Philbert-de-B
    • Vieillevigne
  • le Poiré-sur-Vie
    • lieux A à B
    • lieux C à D
    • lieux E à G
    • lieux H à M
    • lieux N à R
    • lieux S à Z
    • accès thématique
  • Vie et Boulogne
    • Beaufou
    • Belleville
    • Chapelle-Palluau
    • Falleron
    • la Genétouze
    • Grand'Landes
    • les Lucs / Boulogne
    • St-Denis-la-Chevasse
    • St-Etienne-du-Bois
    • Saligny
  • Ressources
    • Sources et propriété intellectuelle
    • Savoir-faire et Méthodologies
    • Dictionnaires de langues
    • Bibliothèques
  • Contact

Notice sur la paroisse de Chavagnes, par Constant Gourraud (1876)

rappel : avant toute utilisation d'extraits ou d'illustrations de ces pages, vous devez en demander l'autorisation à leur auteur.

 

NOTES HISTORIQUES SUR LA PAROISSE DE CHAVAGNES-DE-MONTAIGU
AUJOURD’HUI COMMUNE DE CHAVAGNES-EN-PAILLERS


------------------

PREMIERE PARTIE : Notice générale

Plusieurs bourgs ou hameaux portant, soit le nom même de Chavagnes, soit ce nom légèrement modifié, il est naturel d'en conclure qu'il doit avoir une signification, tirée de sa position particulière et pouvant s'appliquer aux autres localités placées dans des situations analogues.

Dans le moyen-âge, le nom de Chavagnes était exprimé en latin par le pluriel Caveni, Cavenorum. Ce nom se trouve dans la bulle donnée en 1468, par le pape Paul II, pour la sécularisation de tous les religieux dépendant de l'ancienne abbaye de Luçon[1]. Il se trouve également appliqué à notre Chavagnes, qui est appelé Sanctus Petrus de Cavenis, dans la visite des paroisses du diocèse de Luçon faite par Pierre Marchand, archidiacre du diocèse, en 1534, et dont le registre original est conservé aux archives de la mairie de Luçon. Or, comme cela se fait presque toujours, si l'on change la syllabe latine ca en la syllabe française cha, le mot Caveni se prononcera Chaveni ou Chaveignes, nom qui se trouve dans les plus anciens titres, en élidant légèrement la dernière voyelle. Une charte de la fin du XIIe siècle, dont l'original existe dans les archives de la Vendée, parmi les titres du prieuré de Commequiers, nomme Chavagnes Chavenie et les Brouzils Brossilii.

Nous devons parler d'une étymologie imaginée par l'abbé Guilbert, professeur de mathématiques à l'ancien Grand-Séminaire de Chavagnes. Cet ecclésiastique, ayant lu sur une carte de la Vendée, imprimée en 1791, le nom de Chavagnes écrit Chavigne, en avait conclu que ce nom devait venir de champ vigne, parce qu'il y avait autrefois beaucoup de vignes autour du bourg, circonstance qui, du reste, n'était point particulière à Chavagnes ; de là, il avait fabriqué le mot latin Campivinetum, pour dire Chavagnes, et l'adjectif Campivinetensis, pour dire Chavagnais. Cet adjectif se trouve sur les attestations des prix et autres pièces imprimées du temps de l'ancien Séminaire. On l'a répété, bien à tort, sur une plaque de cuivre placée, en 1847, dans la première pierre de la nouvelle église, et sur laquelle on a gravé les mots Parochiani Campivinitenses pour dire les Paroissiens de Chavagnes.
Cette prétendue étymologie est contredite par tous les documents anciens, et nous n'en aurions pas parlé si elle n'eut été mise en vogue par beaucoup de personnes adoptant, sans les contrôler, les imaginations de M. l'abbé Guilbert.

Le nom de Paillers, que l'on ajoute aujourd'hui à celui de Chavagnes, ne lui a été donné, à notre connaissance, qu'au commencement de la Révolution, lorsqu'on a divisé la France en départements et cantons. Jusque là tous les titres portent Chavagnes-de-Montaigu, Chavagnes-lès-Montaigu ou Chavagnes-Montaguais, mais, lors de la formation des cantons, Chavagnes ayant été laissé en dehors de celui de Montaigu, on ne crut pas devoir lui en conserver le nom : et comme il existait dans le département une commune nommée Chavagnes-en-Pareds, aujourd'hui Chavagnes-les-Redoux, près de laquelle se trouve celle de Bazoges-en-Pareds ; que, d'un autre côté, près de notre Chavagnes, se trouve la commune de Bazoges-en-Paillers, on jugea convenable de dire Chavagnes-en-Paillers au lieu de Chavagnes-de-Montaigu, d'autant mieux que cette paroisse se trouvait réellement dans l'ancien doyenné de Paillers[2] ; c'est donc à tort que, dans l'Etat du Poitou sous Louis XIV, de M. Dugast-Matifeux, on trouve le nom de Chavagnes-en-Paillers rapporté à des temps antérieurs à la fin du XVIIIe siècle. Au reste, nous tenons de M. Dugast lui-même que si, dans cet ouvrage, il a écrit Chavagnes-en-Paillers, il ne l'a fait que pour se conformer à l'usage actuel, mais qu'il n'a lu ce nom dans aucun ancien titre. On doit dire la même chose pour ce même nom mis dans l'introduction de la nouvelle édition de l'Histoire du Poitou par Thibaudeau, publiée en 1839, et dans l'Histoire des Moines et des Évêques de Luçon, par M. l'abbé du Tressay.

Nous ne savons rien de positif sur les commencements de Chavagnes. Il est toutefois certain qu'à l'époque gallo-romaine il y a eu, sur le territoire actuel de la commune, principalement au village du Cormier[3] et aux environs, des établissements importants, qui dépendaient, selon toute probabilité, de l'ancienne ville de Durinum, aujourd'hui Saint-Georges-de-Montaigu.
D'après la tradition, le bourg de Chavagnes n'était d'abord qu'un établissement de moines, et le chef-lieu de la paroisse était au village de Benaston, dont nous parlerons plus loin, tradition qu'aucun titre ne confirme. Ce qui est certain, c'est qu'il y avait, comme nous l'avons dit plus haut, au lieu où est aujourd'hui le bourg de Chavagnes, un prieuré duquel dépendaient la métairie de la Gerbaudière, le pré Prieur, près le Pantereau, le fief du Prieur, près l'Anjouinière qui, jadis en vigne, était devenu un taillis, aujourd'hui défriché et, de plus, diverses dîmes et redevances dues, tant sur le bourg que sur d'autres terres, même hors de la paroisse, par exemple sur le Landreau-en-Chauché. La maison principale de ce prieuré, avec ses dépendances, était près l'église, section L du plan cadastral.

Avant la Révolution de 1789, le prieuré de Chavagnes dépendait du chapitre de Luçon, qui avait le titre de prieur et curé primitif de Chavagnes. Le curé était censé n'être que le vicaire perpétuel du chapitre, qui était obligé d'assurer, à lui et à son vicaire, leur portion congrue. Il paraît évident, d'après ce que nous avons vu sur la nature des prieurés au Pouillé de l'abbé Aillery, que la fondation du prieuré de Chavagnes est antérieure à l'érection de Luçon en évêché.
Quand avait-il été fondé ? Nous l'ignorons ; mais à en juger par l'ancienne église, démolie en 1847 et 1849, et dont l'architecture annonçait le XIIe siècle, on doit faire remonter cette fondation au moins à cette époque. Peut-être même était-elle antérieure ; car, dans les démolitions, on a trouvé quelques pierres taillées paraissant provenir d'un plus ancien édifice, plus une pièce carlovingienne, très-mal frappée, portant d'un côté Karlus rex et de l'autre Metalo.
Les religieux du prieuré de Chavagnes avaient pour patron saint Antoine. Ils en célébraient la fête le 17 janvier, avec une pompe qui attirait un grand concours de peuple ; et elle a été incontestablement l'origine de la foire qui a lieu encore aujourd'hui à Chavagnes le même jour, et où il ne se vend point d'autres bestiaux que des porcs. Au reste, saint Antoine est un des patrons secondaires de la paroisse et, avant la Révolution, il y avait sous le clocher un autel qui lui était dédié et où beaucoup de personnes venaient faire neuvaine le jour de sa fête.
Le prieuré de Chavagnes était encore habité par des moines en 1305, car Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, qui peu après fut élu pape et prit le nom de Clément V, y vint le 23 mars de la dite année, ainsi que le constate le procès-verbal de la visite de ce prélat. L'original latin, portant le titre de Registrum vêtus, a longtemps existé aux archives de Bordeaux, où il est aujourd'hui remplacé par une traduction sommaire imprimée en 1858 dans un mémoire intitulé : Clément V et Philippe-le-Bel, par Rabanis.
On y lit, page 187 : "Chavanhes. — Le 177e (acte de visite) porte que le dit seigneur serait allé au prieuré de Chavanhes, où il aurait couché avecq son train, et le lendemain annoncé la parole de Dieu et fait aultres actes de visite"[4].

Avant que nous eussions connaissance de la charte de la fin du XIIe siècle mentionnée ci-dessus, cette visite, que nous a fait connaître M. de La Villegille, était la plus ancienne pièce où nous ayons vu le nom de Chavagnes. S'il y est écrit Chavanhes, ce doit être une faute du traducteur de l'original latin, mais l'on sera certain qu'il ne peut s'agir que de notre Chavagnes, si l'on considère qu'avant d'y arriver, le prélat venait de Mortagne, Tiffauges, Saint-Georges-de-Montaigu, Rocheservière, et qu'en partant il se rendit à la Grenetière, puis à Saint-Pierre-des-Herbiers, le Boupère, &., &. Il est probable que le prieuré de Chavagnes fut définitivement abandonné des religieux par suite des guerres des Anglais, et qu'alors ses bâtiments furent dégradés et peut-être incendiés. Ce qui nous le fait présumer, c'est qu'au commencement de ce siècle on a trouvé, dans un terrain dépendant du prieuré, une assez grande quantité de pièces d'or, principalement de Charles V, Charles VI et Charles VII, valant chacune environ onze à douze francs : ces pièces, qui étaient évidemment un trésor caché en ces temps de troubles, furent, en grande partie, trouvées par un journalier étranger, qui dissimula sa découverte et partit secrètement. Les guerres de religion auront, sans doute, achevé de ruiner ce qui pouvait être resté après celles des Anglais ; enfin, dans la guerre de la Vendée, on incendia une petite maison, dernier débris des bâtiments de l'ancien prieuré. La bulle de sécularisation des abbayes du diocèse de Luçon est du pape Paul II ; elle a pour date la veille des ides de janvier (12 janvier) 1468.

Au moyen-âge, Chavagnes dépendait de la baronnie de Montaigu. La paroisse est nommée dans un aveu rendu le 14 janvier 1384 au célèbre connétable Olivier de Clisson, à cause de son châtel et châtellenie de Montaigu, par Jehan de Parçay, valet, sieur de la Robretière, pour son herbergement dudit lieu, paroisse de Chavaignes (archives de la Rabatelière). Olivier de Clisson était seigneur de Montaigu à cause de Jehanne de Belleville, sa mère. Peu s'en est fallu que, vers la fin du XVe siècle, Chavagnes ne soit devenu une des localités les plus importantes de notre contrée, lorsque Louis XI, pour tenir en respect la Bretagne, dont le territoire se rapprochait de Montaigu, acheta de Louis de Belleville la baronnie du dit Montaigu. Par l'acte de vente, passé à Sablé le 4 août 1473, le vendeur se réservait, entre autres choses

"les paroisses des Brouzils, avec la forêt de Gralac, Chavaignes, la Coupe-Chenière, la Boissière et les enclaves de Saint-Denys et de Saint-Fulgent, et tous les droits, proufïis, rentes et devoirs deuz èsdites psses à la dite seigneurie de Montaigu. Et en oultre les hommages de Beaurepaire ; que doit le ser de Tiffauges ; les hommages de la Barrotière, de Bazoges, de Saint-Fulgent, que doit le sgr de la Jarrie[5] ; l'hommage du fief des Essars, que souloient faire les conte et contesse de Penthièvre ; les hommages de la Tavernerie et de la Martellière, que doit le sgr de Passavant ; l'hommage de Rocheservière ; les hommages de Painfault et du Planteys, que doit le sgr de la Guyonnière ; l'hommage de la Sécherie, que doit François Louer ; l'hommage de Noirlieu et le guet dudit lieu, avecques les droits, prérogatives et noblesse dépendant des dits hommages. Fors et réservés au Roy notre sire ceux qui sont en la ville de Montagu et au-dedans des fossés dudit lieu….. Lesquelles paroisses et hommages, le sgr de Belleville tendra du Roy nostre sire à foy et hommage-lige, &,&.... Lesquels hommages et subjectz habitant èsdictes psses et lesdits hommes de foy dessus déclairez, le Roy notre sire demeure tenu à les  contraindre à faire les hommages et obéissances féodaux et seigneurialx et payer les devoirs annuelz audit sgr de Belleville et à ses successeurs audict lieu de Belleville"[6].
Celle convention devait être très-onéreuse aux vassaux distraits de Montaigu, qui, pour acquitter les divers devoirs dont ils étaient grevés envers leur seigneur, auraient été obligés d'aller au château de Belleville, très-éloigné de chez eux, tandis que Montaigu, où ils les avaient dus jusque là, était dans leur voisinage. Aussi, pour obvier aux difficultés qui auraient pu s'élever à ce sujet, le Roi, par lettres-patentes données à Senlis au mois de mai 1474, accorde à Marguerite de Culant, veuve du dit Louis de Belleville et tutrice de ses enfants, l'autorisation qu'elle avait demandée, de construire une forteresse ou château seigneurial à Chavagnes, qui était le lieu le plus aisé, le moins grévable et le plus agréable pour elle et ses subjectz et où seraient faites les ligences, guet et gardes de illec et payés les droits et devoirs dûs par lesdits subjectz ; auquel lieu elle pourrait faire châtel et place forte, le fortifier et réparer, y construire et édifier tours, tournelles, murailles, portaux, barbecannes, pont-levis, et l'environner de fossés et autres fortifications que bon lui semblerait[7].

Marguerite de Culant rendit à Thouars, le 21 novembre 1476, son Aveu pour Chavaignes, la Copechaignère, les Brouzils, la Boissière, tenus à hommage lige et à un lévrier blanc pour tout droit de rachat. Mais, après que la Bretagne eut été réunie à la France, les rois ne durent plus attacher d'importance à conserver une place qui n'avait été acquise que pour surveiller cette province, et Montaigu fut rétrocédé à, Gilles de Belleville, frère puîné de Louis, auquel les premiers aveux furent rendus en 1499.
Par suite de cette rétrocession, les redevances et domaines distraits de Montaigu y furent de nouveau réunis, et les motifs qui avaient fait autoriser la famille de Belleville à bâtir un château à Chavagnes ayant cessé d'exister, le projet en dut être abandonné. En quel endroit de la paroisse devait être bâti ce château ? Nous n'avons pu le découvrir.

Le 31 mars 1501, Pierre Cantaud, prêtre, légua au curé de Chavagnes-Montagayses une somme de 15 livres, pour fondation d'un service annuel, et à la fabrique une créance de 18 livres sur Louis Prévost, sgr de Salidieu, pour être ès prières et bienfaits de l'église de la dite paroisse. Ce Cantaud, dont la famille habitait le Simon, près Sainte-Hermine, avait-il été curé ou vicaire à Chavagnes ? Nous l'ignorons.
En 1534, eut lieu à Chavagnes la visite de Pierre Marchand, archidiacre de Luçon, dont nous avons parlé plus haut, et qui est relaté au Pouillé de l'abbé Aillery, page 2.
A la suite de la visite de Chavagnes, se trouve celle de Bazoges, de Bazogiis in Pailleriis, et de Beaurepaire, de Pulchro Reparla.

La paroisse de Chavagnes fut, comme le reste de notre contrée, ravagée par les guerres de religion du XVIe siècle. Un parti de protestants, parmi lesquels étaient un Savary, sr de la Forte-Écuyère, son frère le sr de Bois-Corbeau et le sr de la Bougonière, en Saint-Hilaire-de-Loulay, ayant attaqué la ville de Montaigu, la prit d'assaut et la pilla, puis, s'étant fait livrer le château par trahison, il le saccagea entièrement. Les vainqueurs se répandirent ensuite, pendant huit à dix jours, dans les paroisses voisines, dépouillèrent et rançonnèrent les habitants, emportant leurs meubles, les battant et les torturant pour se faire livrer leur argent. Un des moyens qu'ils employèrent était de mettre des œufs durs brûlants sous les aisselles des victimes de leur rapacité et à les y maintenir de force, comme ils firent à un nommé Chaillou de la Benancisière, de Chavagnes, qui faillit mourir des suites de ses brûlures.

"Ils tuèrent le vicaire et deux autres prêtres de la dite paroisse, les tirèrent et firent cruellement et inhumainement mourir à coups de harquebuses, et encore après leur mort, les ayant dépouillez tout nudz, leur donnèrent plusieurs coups d'espées, en grant horreur et cruaulté inhumaine"[8].

Soit à cette époque, soit plus tard, l'église fut saccagée et brûlée par les protestants. Parmi ceux qui brûlèrent le chœur, se trouvait Gilles Durcot, sgr de l'Étang, ainsi que le constate une déclaration faite par Mathurin Piveteau, âgé de 88 ans, pour n'être comprins en la monition publiée en l'église de Chavaignes, à la requête de la damoiselle de la Rabatelière[9].
Ce monitoire avait été publié lors d'un procès entre le sgr de la Rabatelière et celui de l'Étang, au sujet des droits honorifiques en l'église de Chavagnes. Nous parlerons de ce procès à l'article l'Étang. Le chœur de l'église avait été réparé par Charles Bruneau, sgr de la Rabatelière et de Chavagnes, avant que le procès dont nous venons de parler ait été entamé ; mais la nef resta longtemps dans le plus triste état, car un acte des 1er et 15 octobre 1606, reçu par Potier et Boisseau, notaires de Saint-Georges, constate qu'à cette époque elle était sans aucune couverture, charpente, latte et tuile ; que même les murailles étaient, pour la plupart, tombées ou s'en allant en ruines, de telle manière que le service divin y était interdit. Pour remédier à cette déplorable situation, une assemblée des habitants, tenue devant la porte de l'église à l'issue de la grand'messe, à la requête et du consentement de Julien Chaigneau, alors curé de Chavagnes, décida qu'on mettrait à l'adjudication trois rentes, chacune d'un septier (16 boisseaux, mesure de Montaigu) de seigle, dues à la fabrique, l'une sur la maison et métairie noble de la Brénaynière, appartenant aux srs de la Barre-Tranchant, une autre sur le village et tènement de la Huguetière et la dernière sur le village et tènement de la Bonnelière, et que l'on vendrait celle de ces trois rentes dont on offrirait le prix le plus élevé, pour être, les deniers en provenant, employés à la réédification et restauration de l'église ; " et, en cas où ce seroit insuffisant, y être suppléé par la bienveillance et dévotion des habitants, qui se trouvoient contraints de faire cette vente par leur pauvreté, provenant du malheur et oppression des guerres passées." Ce sont les termes de l'acte.
Après plusieurs enchères, et remise de l'adjudication définitive au dimanche 15 octobre 1606, le septier dû sur la Brénaynière ayant monté à un prix plus élevé que les autres, fut adjugé à Charles Tranchant, escuier, sr de la Joullonnière, fils aîné et fondé de pouvoirs de Jacques Tranchant, sr de la Barre et y demeurant, paroisse de Thorigné, pour le prix de 200 livres 10 sous tournois, qui fut payé comptant. Cette somme, malgré la différence existant entre la valeur des monnaies en 1606 et leur valeur actuelle, était loin de suffire à la restauration de l'église d'une manière convenable, et il dut falloir beaucoup d'offrandes et de quêtes pour y parvenir. Aussi, dans un fragment du registre des recettes de la fabrique, en 1620, intercalé dans les registres de la paroisse, on trouve inscrites pour la réparation de l'église, plusieurs sommes qui paraissent aujourd'hui bien minimes, mais indiquent le peu de richesse des habitants à cette époque. La plus forte de ces offrandes est de 5 sous, et on y en a inscrit une de 14 deniers. Cette pénurie de ressources explique pourquoi notre ancienne église paraissait faite de pièces et morceaux, sans unité architecturale.

Nous ne connaissons aucun fait d'un intérêt général qui se soit passé à Chavagnes pendant les guerres de religion ; nous savons seulement que Gilles Durcot, sgr de l'Étang, dont nous avons déjà parlé, prit parti pour les protestants, tandis que Pierre Durcot, son frère cadet, était resté catholique, comme nous le dirons plus loin, à l'article : L'Étang. La famille noble Savary, ancienne propriétaire de la Buletière et d'autres domaines en notre contrée, était aussi protestante, puisque deux de ses membres participèrent à la prise et au pillage de Montaigu, en 1563. Nous ne savons rien sur les autres principales familles de la localité.
N'ayant rien de bien remarquable à rapporter jusqu'à la guerre de la Vendée, en 1793, nous nous bornerons à noter quelques faits d'un intérêt local, pris principalement sur les registres des naissances, mariages et décès de la paroisse, dont les plus anciens remontent à 1596 ; mais ils ont malheureusement plusieurs lacunes. Le premier de ces registres ne contient que des naissances, dont le nombre prouve que, dans ces temps anciens, la population de la paroisse devait être à peu près aussi nombreuse qu'aujourd'hui ; en effet, dans les années écoulées de 1600 à 1610, le nombre moyen des naissances était de 67 et 6/10e.

Le premier curé signataire de ces registres est Julien Chaigneau, qui fut enterré le 22 février 1618. Nous ne connaissons les noms que de deux des curés antérieurs, savoir : Maurice Boyer, nommé dans un acte du 25 janvier 1470, dont une expédition authentique s'est trouvée aux archives du château de la Rabatelière (vente de la maison de la confrérie de l'Assomption de Notre-Dame), et Alain Mareschal nommé, comme nous avons vu plus haut, dans le procès-verbal de la visite du diocèse faite, en 1534, par l'archidiacre Pierre Marchand. Julien Chaigneau eut pour successeur François Rafin.
En 1631, il y eut à Chavagnes une grande mortalité : dans les seuls mois d'avril et de mai, on compte 70 décès, et le total de l'année fut de 137. Rien n'indique quelle fut la maladie qui fit tant de victimes, mais en marge du titre de janvier 1631 se trouve la mention suivante : "Est à noter la grande stérilité de fruits arrivée cette année, et le nombre des morts, comme on verra dans le livre ci-après." En outre, après l'enregistrement d'un décès du 6 avril de la dite année, on a ajouté ce qui suit : "Le 8 de ce mois a été vue et aperçue une grande croix au milieu du soleil, asseurée par gens dignes de foi ; ainsi le sieur Couchi."

François Rafin, curé de Chavagnes, décéda au mois de septembre 1632 et fut enterré le 27 du dit mois. Il eut pour successeur Abel Denis. Ce dernier a noté, à la fin du registre, que, le 17 mai 1636, on coupa à la Guichardière, qui, pour lors était de Chavagnes, de l'orge mûre ; et que le 20 du même mois de l'année suivante, on en coupa qui était également mûre à l'Établière de Saint-Georges.
En 1636, la Rabatelière fut définitivement érigée en paroisse, à la demande de Charles Bruneau, qui en était seigneur. Cette érection enleva à Chavagnes toute la portion de la commune actuelle de la Rabatelière qui se trouve au nord du ruisseau descendant de l'Étang à la rivière de la Petite-Maine, c'est-à-dire la Guichardière, la Haie, la Benatonière et la Chambarnière.

Une maladie contagieuse régnait en 1636 dans la paroisse de la Boissière, car, le 29 juillet de cette année, eurent lieu à Chavagnes deux baptêmes de cette paroisse, vu la contagion, dit le registre. En outre, le 2 septembre suivant, le corps de Charles de la Prévière, sgr de la Robelinière et de la Fouchardière, fut enterré en son jardin, à cause de la contagion. Déjà, en 1629, le registre mentionne la contagion et porte en marge de la sépulture de Jeanne Coutaud, du village de la Ménardière, ces mots : La première de la contagion ; et on remarque, dans le même mois, six décès dans les villages de la Ménardière et de la Drolinière, dont quatre de la famille Coutaud. Quelle était cette contagion ? Les registres ne le disent pas. Nous présumons que ce dut être la variole, qui se sera d'abord déclarée aux villages de la Ménardière et de la Drolinière sans s'étendre ailleurs ; puis, après quelques années, en 1638, aura éclaté à la Boissière, d'où elle se sera communiquée, de proche en proche, à Chavagnes.
En effet, l'année suivante, 1639, la mortalité emporta 123 personnes, dont 83 dans les mois d'octobre et de novembre. Il y eut, dans le bourg, 17 décès, tandis qu'en 1631 il n'y en avait eu qu'un seul.

 

 

 

 

 

En 1650, la paroisse de Chavagnes avait été désignée, à la place de Puybéliart, Chantonnay et Sigournais, pour loger quelques-unes des compagnies d'infanterie des régiments du prince de Tarente ; mais Charles Bruneau de la Rabatelière, en qualité de sgr de Chavagnes, écrivit à ce prince pour demander l'exemption de ce logement, attendu que le bourg était très-misérable et nullement capable de supporter cette charge, ainsi qu'il avait été reconnu par M. des Roches-Baritaud au mois de novembre 1650, II fut probablement fait droit à cette réclamation.

Les registres de la paroisse manquent depuis la fin de 1653 jusques et y compris 1676, sauf deux ou trois feuillets de 1669. Nous avons vu autrefois à la mairie un registre de la paroisse de Chavagnes-en-Pareds, aujourd'hui Chavagnes-les-Redoux, pour plusieurs des années qui nous manquent. Ce registre, qui avait été attaché aux nôtres, avait probablement été envoyé après la guerre de la Vendée par ceux qui l'avaient recueilli et croyaient, à tort, qu'il concernait notre paroisse : il n'y est plus depuis longtemps, et aura sans doute été envoyé, soit à Chavagnes-les-Redoux, soit au greffe du tribunal. Ce registre a induit en erreur M. Renolleau, un de nos anciens curés qui, ayant voulu dresser la liste de tous les curés de notre Chavagnes, y a intercalé les noms de plusieurs de ceux de Chavagnes-les-Redoux , d'où est résulté une confusion qui paraîtrait inexplicable si l'on ne connaissait pas cette circonstance. Cette liste, dressée vers 1815, se trouve en un cahier existant à la mairie. Les registres de 1677 et années suivantes sont signés Buyron, curé, jusqu'au 1er mai 1680, époque à laquelle ils commencent à être signés par Lepelletier, curé.

Le 17 mars 1681 naquit à la Crépelière Jacques Bousseau, fils de Jacques Bousseau et de Marie Droneau, cultivateurs : il fut baptisé le lendemain. Ce Bousseau devint un sculpteur de premier mérite et obtint le titre de sculpteur du Roi ; aussi a-t-on écrit en marge de l'acte de son baptême : "Le dit Bousseau est actuellement un des premiers sculpteurs du royaume, 1718." Bousseau appartenait à une famille de paysans Dès son enfance, il montrait une adresse extrême à sculpter le bois, et, sans autre outil que son couteau, il faisait des Christs, des saintes Vierges et diverses sculptures annonçant un talent remarquable : aussi l'évêque de Luçon étant venu en visite pastorale, à Chavagnes (probablement à celle du 23 août 1693), le curé lui présenta le jeune artiste, et le prélat, charmé des dispositions qu'il annonçait, le prit sous sa protection et l'envoya étudier à Paris. Il y eut pour maître de sculpture le célèbre Nicolas Coustou, sous lequel il se forma rapidement ; ensuite il alla passer quelque temps à Rome. A son retour à Paris, l'Académie le reçut au nombre de ses membres et, plus tard, il y obtint le grade de professeur : son morceau de réception était Ulysse tendant son arc. Le roi d'Espagne, Philippe V, l'ayant choisi pour son premier sculpteur, Bousseau partit pour ce royaume, fit beaucoup de travaux à Madrid et y mourut en 1740, âgé de 59 ans. La cathédrale de Rouen, le palais de Versailles et diverses églises de Paris renfermaient des œuvres du sculpteur poitevin. Nous citerons le mausolée du cardinal Dubois, aujourd'hui en l'église de Saint-Roch, et que l'on a attribué à tort à Nicolas Coustou[10].
Au milieu de ses succès, Bousseau n'oublia point sa paroisse natale, car il sollicita et obtint de Rome des reliques de saint Gaudence et saint Restitut, qui furent partagées entre la paroisse de Chavagnes, où elles sont encore, et celle de Saint-Sulpice-le-Verdon, dont était curé Jean Bousseau, frère de notre sculpteur. On les reçut solennellement à Chavagnes le 22 mai 1719, comme il sera dit plus loin.

Je ne sais si, vers la fin du XVIIe siècle, les habitants de Chavagnes étaient plus difficiles à conduire qu'ils ne le sont aujourd'hui ; toujours est-il que les curés n'y restaient que bien peu de temps, ainsi, dans la seule année 1683, il y eut au moins quatre changements : 1° Lepelletier, qui, n'étant curé que depuis le 1er mai 1680, cessa ses fonctions le 5 avril 1683 ; 2° J. de Huqueville, qui commença à signer comme curé le 15 avril, cessa le 26 du même mois et fut remplacé par D. Lasseron. Celui-ci n'exerça que jusqu'au 15 mai, mais sans prendre la qualité de curé. C'était probablement un religieux placé provisoirement, ce que semble indiquer le D. placé avant son nom et qui peut signifier dora ; aussi je ne le compte pas au nombre des curés ; 3° le 22 mai suivant, P. Roux signe comme curé de Chavagnes ; enfin 4°, le 20 octobre de la même année, il était remplacé par Sébastien Guihaire, qui exerça pendant cinq années, au bout desquelles le frère Ignace, religieux de Clisson, remplit les fonctions curiales du 22 octobre 1688 au 4 janvier 1689, date à partir de laquelle les actes sont signés Ménard, curé. Celui-ci fut plus stable que ses prédécesseurs ; cependant il ne mourut pas à Chavagnes, car il en était parti vers la fin de 1710, pour aller occuper la cure de Joué, en Anjou.
Notons ici que, sur le recto de la couverture, à la fin du registre de 1698, on lit ce qui suit : "Le 4e du mois de mai 1698, nos vignes furent toutes vendangées par le Vendangeur-dé la colère de Dieu. Onque l'année n'avoit esté si prime. Signé : De la Vauguyon, prêtre, vicaire de Chavagnes. Il ne s'est pas amassé un verre de vin en toute la paroisse, ni un quarteron de pommes."

Le curé Ménard fut remplacé à Chavagnes par Joachirn Huchelou, demeurant au château des Essarts, en qualité d'aumônier et chapelain de la baronne dudit lieu, madame Royale, duchesse douairière de Savoie. Sa première signature sur les registres de la paroisse est du 3 février 1711, et il s'intitule curé le 5 mai suivant ; cependant sa solennelle prise de possession n'eut lieu que le 4 juin, jour de la fête du Saint-Sacrement. Le procès-verbal de cette cérémonie, inscrit à la fin du registre de 1712, et que le curé semble avoir écrit avec une certaine complaisance, mentionne la présence de Charles Darrot sgr de l'Ulière, Louis Darrot son frère cadet, Pierre de Chevigné sgr de la Limonnière, René de Chevigné sgr de la Grassière, Samuel-Gabriel Suzannet sgr de la Chardière et ses deux fils aînés, Pierre Gourraud, avocat en parlement, sénéchal de Saint-Georges, Etienne Marchay sgr de la Bocquerie, Jean (Alexandre) Marchay son frère, Gabriel Audureau, notaire de Saint-Georges et fermier de la Bultière, et de tous les autres chefs de famille qui ont, par leur présence, marqué leur joie de cette prise de possession.

Le 7 octobre 1712 fut enterrée Perrine Gillat, âgée de 72 ans, qui se noya en lavant du linge à l'étang de l'Ulière.

La principale cloche de la paroisse ayant été fêlée pendant la procession du Saint-Sacrement, en 1715, le curé fit plusieurs quêtes et diverses démarches près des habitants, afin de la faire refondre, mais il ne put ramasser que 260 livres, somme forte éloignée de la dépense qu'il y avait à faire. Alors, connaissant la mauvaise volonté des habitants, comme il l'a inscrit sur les registres de la paroisse, et le grand besoin de réparer cette cloche, par la confusion qui se trouvait dans les divers.offices, qu'une seule cloche sonnante ne pouvait suffisamment distinguer, il fit lui-même l'avance d'une somme de plus de 300 livres ; et la cloche, heureusement refondue le 30 novembre, dans une grange appartenant à MM. Bousseau du Petit-Fief, fut ,bénie par le curé le 18 novembre. Le parrain fut Pierre Bruneau, marquis de la Rabatelière, sgr de l'église, et la marraine Anne-Hyacinthe de Bois-Jourdan, dame de l'Ulière. L'ancienne cloche ne pesait qu'environ 1500 livres; elle fut augmentée de 560 livres, ce qui porta la nouvelle à plus de 2000 livres.

Le 9 septembre 1716 eut lieu l'enterrement d'un nommé Antoine Vachon, du village de la Migeonnière en Saint-Georges, qui en retournant chez lui se noya à la planche de la Dédrie, sans qu'on put le sauver. Le vin eut la meilleure part à cet accident, dit le registre, mais le défunt était un fort honnête homme, suivant certificat signé Gourraud, curé de Saint-Georges; la justice de Montaigu fit la levée du corps.

Ce fut sous le curé Huchelou que furent solennellement reçues les reliques de saint Restitut et saint Gaudence, qu'avait fait obtenir de Rome notre célèbre sculpteur Bousseau. Elles furent inaugurées le 22 mai 1719, en présence d'un grand nombre de prêtres du voisinage, après que Mgr de l'Escure, évêque de Luçon, eut vérifié et ouvert la boîte qui les contenait, les eut trouvées conformes à l'authentique étant dans ladite boîte et eut approuvé leur vérification.

Le 30 août 1719 commença une épidémie de dysenterie, qui ne cessa tout-à-fait qu'au mois de mars suivant. Dans les quatre derniers mois de cette année, cette maladie emporta 90 personnes, le village de Benaston eut 18 décès, le bourg 10. La Guibonnière, qui alors était un petit village, en eut également 10 ; à la Morinière il n'y en eut que 6; le tout dans les mois de septembre, octobre, novembre et décembre. Il est probable, d'après ce que nous avons entendu dire à des anciens, que ce fut cette épidémie qui enleva tous les habitants de la métairie de Chaussseloup, qui depuis est restée inhabitée et est aujourd'hui totalement détruite. La dernière personne qui y mourut fut, dit-on, une femme qui ne fut point apportée au bourg, mais enterrée dans un verger. Je n'ai cependant point vu sur les registres de décès à Chausseloup en 1719, mais autrefois les registres étaient tenus d'une manière peu soignée, et d'après la tradition ce doit être vers cette époque que ce fait aurait eu lieu.

Le même curé Huchelou fit faire la croix du cimetière joignant l'église, qui fut bénite le 24 mars 1720, jour des Rameaux ; une inscription que j'ai vue sur la façade du piédestal regardant l'église, portait le nom de ce curé et la date de la bénédiction. Cette croix, toute en granit, était une colonne ionique très bien proportionnée, dont le chapiteau était surmonté d'une croix grecque ; elle a subsisté jusque vers 1830, époque à laquelle un violent ouragan renversa la croix et le chapiteau sur lequel elle était posée. M. Lucet, alors curé de Chavagnes, n'ayant point de sculpteur à sa disposition, les fit remplacer par une croix de Malte en granit, en sorte que sur un élégant fût de colonne ionique, on voyait pour tout ornement une assez massive croix de Malte, ce qui était loin de produire un bel effet.

Le 2 août 1720, fut enterré un enfant qui s'était étranglé en jouant avec un cable de charrette.

Le curé Huchelou mourut le 30 août 1722 et eut pour successeur Maurice Léo, qui commença à signer comme curé le 20 octobre suivant : il était natif du Comté de Lymerick en Irlande. Comme contraste à la solennelle réception faite à son prédécesseur, le 4 juin 1711, et inscrite, comme on a vu plus haut, au registre des naissances, mariages et décès, il s'est borné à écrire ce qui suit : Le 9 septembre 1722, Mire Maurice Léo a pris possession de ladite cure, sans beaucoup de cérémonies et sans que les principaux habitants s'y soient trouvés, mais quelques particuliers, par curiosité. Ce curé a laissé une réputation d'originalité dont on a longtemps parlé dans la paroisse et qu'indiqué déjà la mention que je viens de transcrire : ainsi, un jour il recomrnenda aux prières, l'âme de Loiseau du Cormier qui venait de sortir de sa cage. Une autre fois il annonça qu'il ne confesserait pas le mardi suivant, parce qu'il voulait aller à la Brenenière aux rilles d'un daim[11] ; enfin un dimanche il dit en son sermon : "Des personnes disent qu'il y a des sorciers, d'autres le nient, hé bien moi je vous dis qu'il y en a, et si je voulais je pourrais vous en nommer ; mais je ne le veux pas pour aujourd'hui : ce sera pour dimanche." On conçoit combien cette annonce fit rendre de monde à la grand'messe. Voyant la foule qui remplissait l'église, le curé commença par dire qu'il se doutait bien de la cause de ce concours extraordinaire, et que pour tenir sa promesse, il allait nommer trois sorciers, savoir : Champea, Cicotea et Bodrea (Jacques Merland, sr de Champeau, propriétaire de la Guichardière ; Cicoteau, propriétaire du château de Linières près le bourg de Saint-André-Goule-d'Oie, et Badreau, propriétaire du château de la Lande en Saint-Hilaire de Loulai). Le curé Léo prêchait en patois, comme faisaient alors la plupart de ses confrères : "Pourquoi sont-ils sorciers ? ajouta-t-il. C'est, qu'il n'y a pas longtemps, ils étaient comme plusieurs d'entre vous, en de modestes positions de fortune, et qu'ayant eu le talent de s'enrichir, ils sont aujourd'hui devenus de gros messieurs. Hé bien ! faites comme eux, et vous aussi vous serez sorciers !" Un jour, le 28 novembre 1724, un mariage, dont il avait d'avance écrit l'acte, ayant manqué comme les futurs se rendaient à l'autel, puis s'étant renoué et accompli le 12 février suivant, il écrivit en marge du registre : Mariage différé mais non perdu.

Il y avait alors plusieurs prêtres Irlandais dans notre contrée : ainsi à la bénédiction du tabernacle qui eut lieu le 22 janvier 1728, il se trouvait, outre le curé de Chavagnes, trois de ses compatriotes, dont un était curé de Challans.

Le curé Léo mourut en 1735 et fut enterré le 16 septembre, dans le cimetière. Le curé qui le remplaça se nommait Auneau, mais il ne resta qu'environ deux ans et fut remplacé par Jean-Baptiste Martin, qui prit possession le 14 octobre 1737. Notons qu'en 1743, il y eut à Chavagnes 37 mariages. Ledit J.-B. Martin fut enterré en l'église le 23 avril 1753 ; son successeur fut Joseph Guyard. Ce dernier eut avec ses paroissiens des difficultés constatées par un procès-verbal, dressé à l'issue de la grand'messe paroissiale par Bouron, notaire du marquisat de Montaigu, le dimanche 18 mars 1759, dont la minute est en l'étude de Chavagnes. Dans cet acte, qualifié assemblée des habitants de Chavagnes, ne parurent cependant que le sgr de la Chardière (Guy-François Suzannet), le sgr de la Boussière (Charles Royrand alors propriétaire de la Brunière), et Séraphin Bulleau, qui déclarèrent agir tant pour eux que pour tous les autres habitants de la paroisse. Aucun autre n'y parut, sans doute pour ne pas se mettre en opposition avec le curé. On y reproche à celui-ci d'avoir, de son chef et sans la participation des habitants : 1° traité avec l'héritier de son prédécesseur .pour l'indemnité des réparations que la succession de celui-ci devait à la cure et touché pour cela une somme de 700 livres, sans cependant avoir fait aucune réparation ; 2° vendu et fait enlever du lieu de la Chaillère, dépendant de la cure, pour plus de 100 livres de terre, et pour plus de 30 livres de la cour de la cure ; d'avoir aussi vendu à divers particuliers plus de la moitié de la terre du jardin pour 400 ou 500 livres, et arraché les arbres fruitiers qui s'y trouvaient ; 3° fait démolir un pavillon surmonté de deux girouettes qui était sur le milieu du bâtiment de la cure, en faisait tout l'ornement et la distinguait de toutes les autres maisons ; 4° fait abattre et exploiter des noyers et cerisiers sur les terres de la cure et en avoir disposé, ainsi que de l'argent de la fabrique, sans en avoir rien communiqué aux habitants. Pour réprimer de pareils abus, faire rendre les comptes à qui de droit, reconstruire le pavillon et empêcher la ruine totale de la cure, lesdits comparants furent d'avis de réclamer l'intervention de M. le procureur du Roi au présidial de Poitiers. A cet effet ils commirent M. Soulard, procureur audit présidial. Nous ne savons ce qui résulta de cette contestation. Dans l'acte que nous venons de relater, il est dit que la cure de Chavagnes était des plus agréables, composée de trois chambres basses, une cuisine, un office, un cellier, trois chambres hautes, deux greniers, une cour assez spacieuse, une écurie et grange, un jardin magnifique, bien planté d'arbres portant bon fruit, en espalier et autres, jardin, pré et terre où il y avait d'autres arbres fruitiers, noyers et cerisiers.

Le curé Guyard mourut en février 1763 et fut enterré dans l'église le 14 du dit mois ; il n'était âgé que de 37 ans et 4 mois. Le corps de son père Etienne Guyard, licencié en droit, y avait été inhumé le 26 décembre 1756. Il eut pour successeur M. Pierre Chervy, qui signa son premier acte le 20 mars 1763. C'était un homme de beaucoup de mérite et de très-bonne compagnie. Il était élève des jésuites, et je crois même avoir entendu dire qu'il avait été novice, mais que la suppression, ou menace de suppression de l'ordre, l'avait fait entrer dans le clergé séculier.

En 1779 il y eut à Chavagnes une épidémie de dyssenterie qui enleva 120 personnes ; le total des décès de l'année fut de 152. Cette épidémie sévit surtout pendant les trois derniers mois : en septembre il y eut 30 enterrements, en octobre 46 et en novembre 32 ; aussi cette année fut-elle longtemps désignée sous le nom d'année de la grande dyssenterie. Le curé Chervy mourut âgé de 53 ans : il fut inhumé, le 15 novembre 1783, dans le cimetière joignant l'église et près de la croix. Il était de très-haute taille, ce qui permit à ceux qui l'avaient vu dans leur enfance, de reconnaître ses restes quand, en 1837, on enleva les terres du cimetière. Il fut la première victime, ou l'une des premières, d'une maladie épidémique laquelle ne cessa qu'au milieu de l'année suivante. C'était une fièvre d'une nature particulière, que les médecins du pays ne connaissaient pas. Le mal débutait sans aucun symptôme inquiétant ; mais bientôt il empirait et le malade succombait. Le docteur Morand, célèbre médecin de Luçon, fut envoyé pour étudier cette maladie. Il alla dit-on d'abord, accompagné de M. Rechin, chirurgien de la paroisse, visiter deux femmes du village de Benaston, qui avaient une légère fièvre. Ne voyant en leur état rien d'extraordinaire, il dit qu'on avait tort de s'inquiéter, et que ce ne serait rien ; mais le lendemain il fut très etonné d'entendre sonner leur glas. Les médecins ne savaient que faire : à la fin cependant ils reconnurent qu'il fallait saigner dans les 24 heures du début de la maladie ; que si on laissait passer ce délai, le sang se décomposait et les malades succombaient. A dater de ce moment, presque tous les malades purent être sauvés. Cette épidémie fut cause qu'en 1784 il y eut dans la paroisse 160 décès. Les mois de février, mars et avril en eurent à eux seuls 103 ; dans les six derniers le chiffre ne s'éloigna pas de la moyenne des années ordinaires.

En tout l'été de 1783, année où les tremblements de terre firent tant de ravages en Calabre et en Sicile, le ciel fut constamment voilé par un brouillard, qui permettait, nous ont dit des témoins oculaires, de fixer le soleil en plein midi, et qui répandait cette odeur particulière que l'on sent ordinairement dans les brouillards secs ; les récoltes ne furent cependant pas mauvaises. Beaucoup de personnes attribuèrent à ce brouillard l'épidémie dont nous venons de parler : cette opinion était-elle fondée ? Nous l'ignorons.

M. le curé Chervy eut pour successeur M. Pierre-Marie Remaud, qui resta curé de Chavagnes jusqu'à la Révolution. Il cessa de tenir les registres de la paroisse le 11 juillet 1792, et en fit la clôture par la mention suivante : "Clos et arrêté ledit registre le 11 juillet mil sept-cent-quatre-vingt-douze, jour auquel je me suis absenté de la paroisse. Signé : P. Remaud, curé de Chavagnes." Le registre porte ensuite un enterrement et deux baptêmes signés par M. Guesdon, curé de la Rabatelière. M. Remaud refusa le serment à la constitution civile du clergé et resta toujours dans le pays, caché en divers endroits et habillé ordinairement comme les gens de la campagne. Il put ainsi rendre beaucoup de services, en administrant les sacrements et disant la messe en des lieux où il espérait n'être pas découvert, et souvent dans les granges.

Les registres de l'état civil commencèrent à être tenus par les autorités de la commune le 16 juillet 1792 ; le premier acte est conçu en ces termes. "Du 16 juillet, est née au Grand-Preuilly une fille du légitime mariage de Jean Guibert et de Françoise Guibert, sa femme : elle a été nommée Jeanne. Signé : L. Bouron, maire." Suivent 15 autres actes en la même forme ; les actes du reste de l'année sont signés Roger, secrétaire. Voici la formule de clôture du registre de l'année.

"Fait, clos et arrêté le présent registre par nous maire et officiers municipaux de la communauté de Chavagnes, district de Montaigu, département de la Vendée, le 31 décembre 1792, l'an premier de la République française. Signé : Pierre Herbreteau, Mathurin Coutaud, Jacques Champain, L. Baron, maire, Roger, secrétaire."

La paroisse de Chavagnes prit part, comme toute notre contrée, à l'insurrection de la Vendée qui éclata au mois de mars 1793. Un de ses habitants, Charles-César de Royrand, lieutenant de vaisseau, demeurant à la Brunière, dans les servitudes nouvellement bâties d'un château qu'il se préparait à faire construire, devint un des premiers chefs royalistes, mais il ne tarda pas à être tué dans un combat vers Saint-Vincent-Sterlange ou le pont Charron. Au reste, il n'y eut dans Chavagnes aucun combat important ; mais la paroisse partagea le sort de celles environnantes et fut dévastée par les républicains que les habitants désignaient sous le nom de bleus ou de citoyens. L'église fut brûlée vers le commencement d'octobre 1793 ; une grande partie des maisons de la paroisse subit le même sort. Les femmes de la Morinière, qui se trouvaient aux moulins de la Croix, où elles venaient d'éteindre un commencement d'incendie allumé par les républicains au moulin de Cauneau, pleuraient et se désolaient en voyant brûler l'église. Le feu fut ce même jour mis à l'Ulière et au bourg : la troupe incendiaire venait de Saint-Fulgent et se dirigeait vers Montaigu. Comme elle restait généralement peu de temps en chaque endroit, on put assez souvent éteindre les incendies qu'elle avait allumés.

Après les incendies vinrent les massacres ; alors ceux qui n'étaient pas à l'armée se cachaient comme ils pouvaient dans les bois ou les bâtiments échappés à l'incendie. La forêt de Grala rendit de grands services aux populations des environs, qui profitèrent de bois sciés ou équarris dans une récente coupe de futaie, pour se construire des cabanes au milieu d'une portion où se trouvait un épais taillis. C'est dans le quartier de la forêt nommé les Pralières que l'on avait établi ce refuge, où ma famille resta assez longtemps cachée. Les républicains n'osaient guères y pénétrer, dans la crainte d'y être surpris ; et en effet ils n'entrèrent que deux ou trois fois dans la forêt. Heureusement l'idée ne leur vint pas d'y mettre le feu ; et comme pendant la nuit ils restaient dans leurs camps, on avait quelques facilités pour se procurer ce dont on avait besoin.

C'était, au témoignage de tous ceux qui en furent témoins, un temps bien malheureux et dont les plus cruelles guerres civiles n'avaient jamais donné d'exemple ; car on n'avait jamais vu massacrer par des soldats tous les enfants, femmes et vieillards qu'ils rencontraient, comme cela eut lieu dans la Vendée. Le plus grand mal fut fait par les colonnes nommées à si juste titre, Colonnes Infernales, qui mettaient tout à feu et à sang. On a surtout, à Chavagnes, gardé le souvenir du dimanche 23 février 1794, jour de la Quinquagésime, désigné encore aujourd'hui sous le nom de Jour du grand massacre. Des fragments dépareillés d'un registre se trouvant à la mairie portent les noms de cinquante-sept personnes de la paroisse qui furent tuées ce jour là ; mais il y en eut un bien plus grand nombre. Ainsi, d'après la tradition unanime des habitants, du seul village de la Morinière, 32 victimes des républicains furent la nuit suivante amenées au cimetière en deux charrettes ; et cependant le registre ne mentionne que 17 noms de morts en ce village, les noms des 15 autres étant sans doute sur les feuillets perdus.

En cette affreuse journée, on entendait de tous côtés des coups de fusil et les cris des malheureux qu'on égorgeait ; des femmes enceintes furent éventrées et des enfants embrochés dans les bayonnettes. Au village de l'Anjouinière, les républicains surprirent 12 ou 15 femmes qui revenaient d'entendre, en la grange de la métairie de la Trottinière, une messe à laquelle presque toutes avaient communié. Ils les firent mettre en ligne en une aire au sud-est du village, et de deux coups de fusil tirés à chaque bout de la ligne les tuèrent toutes. Parmi ces malheureuses étaient la femme et deux belles-sœurs de M. Bouron, notaire, avec une de ses filles, enfant de 5 ans, et Mme Boisson mère de M. Boisson, propriétaire à la Noue de Vendrenne ; ce dernier put être sauvé par sa nourrice, qui l'emporta.

Au village du Chiron, des républicains enfermèrent en une maison 4 enfants au-dessous de 10 ans et 3 femmes, qu'ils firent périr en mettant le feu à la maison :[12] leurs cris étaient entendus par des personnes cachées dans le bois de la Mainardière.

Le sr Remaud, aïeul de Mlles Remaud de la Dédrie, fut massacré d'une manière horrible, dans le champ d'Avant, près la Bonnetière. Les républicains, le prenant pour un prêtre, lui arrachèrent la langue : on entendait ses cris de la Prilliaire. On n'en finirait pas, si l'on voulait raconter les atrocités, viols et assassinats qui furent commis, tant en ce jour que dans le reste de la guerre de la Vendée. Il suffira de dire que, sur ce qui reste du registre mentionné plus haut, on nomme parmi les victimes des républicains 4 enfants au-dessous de 1 an, 12 de 1 an à 8 ans, 1 de 9 ans et 1 de 10 ans ; et en outre 5 hommes et 6 femmes de 70 à 80 ans.

Charette vint plusieurs fois à Chavagnes. Il y assista au mariage de M. de Guerry de la Fortinière avec Mlle Guerry Beauregard (de l’Ulière), célébré à la Proustière le 5 mai 1795, pendant la suspension d'armes qu'on appela la Paix de la Jaunais. Il y dansa beaucoup, car il était grand amateur de danse. C'était un très bel homme m'a dit une vieille femme de la Morinière, qui s'y était rendue parce que les nouveaux époux avaient fait une Donnée de pain. Ce fut alors que, causant avec ma mère il lui parla du dessein qu'il avait de recommencer la guerre, en disant qu'aucun des rayons de la roue de la Charette n'était cassé et qu'elle roulerait bien encore. Peu de temps avant d'être pris, il passa au village de la Brenenière quinze jours ou trois semaines. Ce fut de là qu'il envoya, dit-on, assassiner M. Guesdon-Poupardière, curé de la Rabatelière, parce que cet ecclésiastique, voyant que l'insurrection n'avait aucune chance de réussir et ne pouvait avoir d'autre résultat que de faire écraser le pays, faisait son possible pour apaiser les esprits et ramener la paix. On le prit chez lui au milieu de la nuit, et il fut, avec sa servante et son domestique, fils de celle-ci, emmené dans le champ du Moulin-Rouge, près le bourg de la Rabatelière, et tous trois y furent assassinés à coups de sabre ; on fut quelques jours sans trouver les corps, parce que le champ était en genêt. Le bruit de cet assassinat répandit la désolation dans les environs ; l'enterrement réunit un immense concours de peuple. Les soldats républicains qui avaient cessé leurs massacres, y assistèrent en corps ; tout le monde pleurait, m'ont rapporté des témoins oculaires. On a dit que Charette avait décidé ce crime parce qu'on lui aurait montré une lettre où le curé découvrait aux républicains un endroit où il devait être caché une certaine nuit; mais cela n'est aucunement prouvé. On disait aussi qu'une des causes était que peu de jours auparavant, M. Guesdon avait fait cacher chez lui, et sauvé, deux soldats poursuivis par les insurgés. Quoi qu'il en soit, cet assassinat, joint à quelques autres commis dans le temps et attribués aux ordres de Charette, qui ne savait plus trop où donner la tête, lui aliéna tout-à-fait l'esprit des populations. Peu après il fut surpris par un détachement de soldats, au moment où il se préparait à déjeûner, à la Chabotterie en Saint-Sulpice-le-Verdon, et arrêté en un petit bois de ladite commune. La prise de Charette fut la fin de la guerre dans nos environs. Quelques soulèvements furent bien tentés ensuite, mais ils n’eurent aucun résultat sérieux : ainsi M. Constant de Suzannet, né à la Chardière en 1772 et cousin-germain du général Henri de la Rochejaquelin, tué en 1793, croyant avoir des chances de succès, essaya de ranimer l'insurrection ; mais ayant été blessé dans une petite rencontre à Melay, aux environs de Montaigu, tous ses soldats se dispersèrent et il fut obligé de se cacher, ainsi que les chefs qui avaient secondé sa tentative.

Chavagnes eut le bonheur de n'avoir jamais de curé intrus; M. Remaud, son ancien curé, resta toujours dans le pays. C'était un homme timide, qui ne se mêla en rien de la guerre ; bien différent en cela de son frère, son ancien vicaire, qui accompagnait presque toujours Charette, dont il fut le secrétaire, et qui menait la vie d'un militaire plutôt que d'un prêtre. Après la mort de Charette, il alla en Angleterre, rendre compte aux princes de l'état des choses dans la Vendée. Il revint ensuite en France, en se cachant, reprit la vie ecclésiastique et fut nommé curé de Mâché, canton de Palluau, où il est mort; il avait reçu de Louis XVIII la croix de Saint-Louis.

Les habitants de Chavagnes purent toujours recevoir assez aisément les secours religieux, tant de M. Remaud que de plusieurs autres prêtres cachés aux environs. La maison de la Proustière, habitée par mes parents, fut un des lieux de la paroisse où les prêtres se cachèrent le plus souvent, de même que les royalistes. Le curé Remaud mourut en 1800, par suite, dit-on, d'une saignée faite à contre-temps. Il eut pour successeur l'abbé Louis-Marie Baudouin, qui, pour éviter les persécutions auxquelles étaient en butte les prêtres qui avaient refusé le serment de fidélité à la constitution civile du clergé, avait émigré en Espagne. M. Baudouin eut la gloire de fonder à Chavagnes le premier séminaire ouvert en France après la Révolution. Ce séminaire n'avait été dans l'origine qu'un petit collège, que créa en 1802 M. Baudouin, aidé de M. Fleurisson, alors simple laïc, mais qui avait commencé des études de théologie interrompues par la Révolution. Appelé à Chavagnes par M. Baudouin, il y finit ses études théologiques, fut ordonné prêtre et devint préfet des études et professeur de rhétorique au séminaire. Après la suppression du séminaire, par un décret impérial, il fut nommé par Mgr l'évêque de la Rochelle aumônier des dames religieuses de Chavagnes, charge qu'il occupa jusqu'à sa mort. C'était un prêtre extrêmement vertueux, estimé et aimé de tous ceux qui l'avaient connu.

M. Baudouin est devenu plus célèbre encore par la fondation à Chavagnes de la congrégation des Dames Ursulines de Jésus, plus connue sous le nom de Religieuses de Chavagnes, se vouant principalement à l'enseignement des jeunes personnes; congrégation aujourd'hui très-florissante, comptant plus de mille membres en de nombreux établissements, dont un est à Swansée, en Angleterre. M. Baudouin prépara en outre l'établissement de la congrégation des missionnaires enfants de Marie Immaculée. Elle ne fut érigée définitivement qu'après sa mort, mais il en a toujours été regardé comme le fondateur, parce que ses membres suivent les règles qu'il leur a tracées. Ils s'établirent d'abord à Saint-Germain-l’Aiguiller, près Mouilleron-en-Pareds, mais aujourd'hui leur noviciat est à Chavagnes et leur supérieur y réside ; cette maison prend tous les jours des accroissements.

Les nombreuses occupations de M. Baudouin, comme supérieur du séminaire et fondateur d'une congrégation religieuse, ne lui permettant pas de donner à la paroisse tous les soins qu'il aurait désiré, il se décida à se démettre de sa cure pour s'occuper exclusivement du séminaire et des religieuses ; et son ami M. Lebédesque, curé de Saint-Fulgent, saint et respectable prêtre, lui succéda comme curé de Chavagnes.

Le 10 août 1808 l'empereur Napoléon Ier, revenant d'arracher au roi d'Espagne, Charles IV, son abdication en faveur de Joseph Napoléon, traversa le territoire de Chavagnes. On avait, sur le pont de la Chardière où il passa sur les 8 à 9 heures du soir, érigé un arc de triomphe en verdure, sur lequel on lisait, en lettres gigantesques, les deux vers suivants :

La terre devant lui garde un profond silence,
Et les peuples soumis ont connu sa puissance.

Tous les élèves du séminaire et beaucoup d'habitants s'y trouvaient réunis. Pour éclairer la scène, on avait distribué plusieurs chandelles aux élèves, placés en rang sur le bord de la route opposée au chemin de Ghavagnes, et qui criaient à tue-tête : Vivat Imperator. Un feu de joie, allumé à l'angle de la grande route et du chemin de Beaulieu, et éclairant d'un côté le bois, de l'autre les murs de l'ancien château, incendié pendant la guerre de la Vendée et encore en ruines, produisait un effet on ne peut plus pittoresque. L'Empereur fut complimenté par M. Baudouin, supérieur du séminaire, accompagné de ses prêtres et professeurs et des sieurs Roger, maire, et Grivet, adjoint, tout deux portant, en guise d'écharpe, un ruban rouge en bandoulière. Ils demandèrent une route pour aller du bourg de Chavagnes à la Ghardière ; elle leur fut promise, mais entravé par diverses difficultés, le projet en fut abandonné. Ce ne fut que dix ans après la chute du premier Empire que l'on put s'occcuper d'en faire faire une, qui, plusieurs années après fut classée comme partie du chemin de grande communication n° 6 (d'Aizenay à Mortagne).

La belle réception faite à Napoléon n'empêcha pas, au bout de trois ou quatre ans, qu'un décret impérial ne vînt supprimer le séminaire de Chavagnes, qui était devenu très florissant et comptait alors environ 300 élèves. Le Grand-Séminaire fut envoyé à la Rochelle, alors chef-lieu du diocèse, et le Petit-Séminaire à Saint-Jean-d'Angély. Ce fut le 23 juin 1812 qu'eut lieu à Chavagnes, mais sans solennité, la dernière distribution des prix du Petit-Séminaire, qui fut fort triste, comme on peut bien le penser.

M. Lebédesque, curé de Chavagnes, était décédé et avait été remplacé par M. l'abbé Bomard, dont la famille habitait la Tremblade, en Saintonge. Celui-ci était un très-bon prêtre, mais il ne brillait ni par le talent oratoire ni par son ton de voix, et ses sermons fatiguaient souvent son auditoire. Quand il était en chaire, il avait ordinairement, pour servir de canevas à ses discours et pour aider sa mémoire, une petite note que les paysans malins appelaient sa Feuille de route, et qu'il consultait quand, ce qui lui arrivait assez fréquemment, la mémoire lui faisait défaut. Il était difficile d'entendre un chant plus discordant que le sien. Enfin en 1813 il quitta Chavagnes et fut nommé à une cure de la Saintonge. Il eut pour successeur M. Renolleau, natif de Chauché, ancien économe du séminaire, qui ne resta curé de Chavagnes que jusque vers septembre 1817, époque à laquelle Mgr Paillou, évêque de la Rochelle, lui retira sa cure et l'envoya dans une autre paroisse. Beaucoup d'habitants de Chavagnes le regrettèrent. M. Lucet, natif des Sables-d'Olonne et vicaire de Notre-Dame de Fontenay, fut nommé curé de Chavagnes en remplacement de M. Renolleau.

Pendant plusieurs  années, les bâtiments  de l'ancien séminaire de Chavagnes étaient restés inoccupés, et comme ils avaient été bâtis à la hâte, par des ouvriers peu habiles, ils se dégradaient rapidement. Lorsque M. le curé Lucet, qui autrefois y avait été professeur, entreprit, avec l'autorisation de Mgr l'Évêque, d'y établir un petit collège, il fallut peu à peu refaire tous les anciens édifices et les remplacer par des nouveaux, beaucoup mieux construits et plus solides. M. Lucet reçut d'abord quelques jeunes gens étudiant les basses classes, mais peu à peu, le nombre s'augmentant, il fallut augmenter le personnel ; et le Petit-Collège, où l'on ne faisait d'abord les classes que jusqu'à la troisième, devint un petit séminaire, où l'on fit jusqu'à la rhétorique inclusivement. De tous les bâtiments de l'ancien séminaire, il ne subsiste plus que la chapelle, qui ne tardera pas à être démolie et  n'a aucun mérite architectural ; elle est au reste très-avantageusement remplacée par deux chapelles ogivales. L'une, servant d'oratoire, a été bâtie sur l'emplacement du bâtiment dans lequel est mort le vénérable M. Baudouin ; l'autre, beaucoup plus grande sert aux offices ordinaires du séminaire.

Après la mort de M. Baudouin, arrivée le 12 février 1835, M. le curé Lucet fut élu, à sa place, supérieur de la congrégation des dames religieuses Ursulines de Jésus, en sorte qu'il se trouvait curé de la paroisse, supérieur du petit séminaire et supérieur des Dames Religieuses. Pour lui faciliter l'exercice de ces trois charges, Mgr l'Évêque lui donna deux vicaires ; mais au bout de quelque temps il se démit de sa cure, au grand regret des habitants qui firent à l'Évêché d'inutiles démarches pour le conserver. L'Évêché nomma pour le remplacer M. Philippe Bugeon, natif des Sables-d'Olonne, ancien curé de Saint-Sornin, puis de la Meilleraye-Tillay ; il entra en fonctions au mois d'octobre 1836. Ce fut sous son administration que les terres de l'ancien cimetière joignant l'église, interdit en 1817, furent transportées sur un terrain acheté par la commune en 1836, pour agrandir le cimetière. Cette opération ne suscita, comme on aurait pu le craindre, aucune opposition de la part des habitants ; tous, au contraire, s'y prêtèrent avec empressement, parce que l'on avait lieu de craindre que ces terres ne fussent employées à faire des remblais, comme cela s'était fait en quelques communes, tandis qu'en les transportant sur le terrain nouvellement joint au cimetière, on évitait les défoncements coûteux qu'il eut fallu faire pour rendre le terrain propre aux inhumations. L'opération fut autorisée par le Préfet, et se fit avec un accord complet entre les autorités religieuses et civiles : l'administration municipale s'étant procuré des caisses de tombereaux, tous les métayers ou fermiers de la commune donnèrent chacun deux journées de charroi, en mettant à ces caisses de tombereaux les roues de leurs charrettes. Ceux qui n'avaient ni bœufs ni charrettes, fournirent des travailleurs à bras gratuitement ; seulement on donnait un litre de vin par jour à tous les hommes qui venaient travailler ou conduire les bœufs : le tout fut terminé en moins de trois semaines. On y consomma deux barriques de vin, qui ne coûtèrent que 42 francs : ce fut à peu près la seule dépense qu'eut à faire la commune. Avant de commencer l'opération, on célébra un service solennel pour les âmes de tous ceux qui avaient été enterrés dans l'ancien cimetière. Ce service eut lieu en avril 1837 ; et le même jour on devait commencer à enlever les terres, mais une neige abondante, qui tomba toute la matinée, obligea de remettre au lendemain le commencement du travail. Les ossements, recueillis avec soin, étaient déposés en deux grandes boîtes ; et quand, au bout de deux ou trois jours, elles étaient remplies, on les rapportait couvertes du drap mortuaire, à la porte de l'église, où le clergé venait les recevoir, puis les accompagnait, en chantant les prières des morts, jusqu'au cimetière. Tous ces ossements furent versés dans une grande fosse, creusée entre le cimetière et le terrain qui y avait été ajouté. Quand tout fut terminé, un nouveau service solennel fut célébré pour les défunts dont on avait enlevé les restes. Tous les soirs, à la chute du jour, tant que dura l'opération, on chanta à l'église un De profundis.

L'enlèvement des terres du cimetière ne fit rien découvrir de remarquable, si ce n'est plusieurs tombeaux en forme d'auges semblables à ceux que l'on a trouvés à Saint-Georges-de-Montaigu. Les ossements qui s'y trouvaient paraissaient très-anciens et étaient réduits à leur matière calcaire et très-friables ; presque toujours il y avait à côté de la tête du squelette un petit pot, quelquefois deux, contenant du charbon. Ces tombeaux, que l'on croit être ceux des anciens religieux du prieuré, étaient, les uns en tuffeau, les autres en pierre calcaire formée d'agglomération de petits coquillages ; ils paraissent avoir eu des couvercles, qui presque tous avaient été brisés ou très-détériorés par les inhumations faites au-dessus d'eux : au reste on n'y a découvert ni sculptures, ni inscriptions. Quelques-uns se trouvaient engagés sous les murs de l'église, et étaient par conséquent antérieurs à cet édifice ; quelques fosses avaient été creusées dans le roc vif. Plus tard, pour baisser le sol de l'ancien cimetière, devenu place publique, et avoir des matériaux de remblai pour la côte descendant au pont, on enleva la couche superficielle du roc. On découvrit alors, à vingt mètres environ au nord du clocher de l'ancienne église, aujourd'hui démolie, qu'il avait été creusé-dans le roc une fosse à peu près carrée, d'environ 4 mètres de côté et 2 mètres de profondeur, dans laquelle il avait été fait un feu très-violent, car les bords du rocher avaient pris une teinte rougeatre qui les pénétrait profondément. Dans le fond se trouvait une couche de cendres mêlée de matières calcaires ; il s'y trouvait aussi un gros morceau de charbon, paraissant provenir d'une bûche de chêne. A qui avait pu servir cette fosse ? Y aurait-on brûlé les cadavres de gens morts d'une maladie contagieuse ou tués dans un combat ? Serait-ce le lieu d'un supplice ? Nous ne pouvons répondre à ces questions, et la tradition ne dit rien à ce sujet.

M. Bugeon, encouragé par la facilité avec laquelle avait eu lieu la translation des terres du cimetière, crut pouvoir entreprendre un ouvrage bien autrement considérable, je veux dire la reconstruction de l'église. Cette reconstruction était assurément très désirable, car l'ancienne église était beaucoup trop petite ; mais la dépense paraissait hors de proportion avec les ressources dont on pouvait disposer. En effet l'administration de la commune n'ayant aucuns fonds disponibles, et comme l'on ne voulait point grever les habitants d'impôts extraordinaires, tous les frais de construction devaient être à la charge de la Fabrique. Celle-ci avait en caisse à peu près 1800 francs, et une souscription ouverte en la commune s'était élevée à 20 000 francs environ ; mais le total était bien loin de suffire aux dépenses présumées, vu surtout les dimensions du plan proposé, que l'on trouvait généralement d'une grandeur hors de proportion avec les besoins de la paroisse. De là un commencement de division dans les esprits. A la fin cependant, des personnes zélées ayant fait des offres qui paraissaient avantageuses, on s'accorda pour diviser la construction en deux parties, afin qu'en partageant la dépense elle fut plus en rapport avec les ressources paroissiales : on ne devait d'abord bâtir que le chœur et le transept. L'ancienne nef, provisoirement conservée, devait, après l'achèvement du nouveau chœur et du transept, être mise en communication avec eux ; et les choses devaient rester ainsi jusqu'à ce que de nouvelles ressources permissent à la Fabrique de compléter le plan.

On démolit donc le chœur et le clocher ; on bâtit le nouveau chœur et le transept, sur le milieu duquel on construisit une coupole élevée ; mais à peine la construction était-elle couverte qu'on s'aperçut que le poids de la coupole l'écrasait et que, pour consolider l'édifice, il fallait exécuter le plan entier et par conséquent démolir la nef qu'on avait conservée. Cela causa une grande émotion parmi les habitants, qui ne savaient où l'on pourrait trouver assez d'argent pour satisfaire à cette dépense. Dans cette perplexité, sur des offres qui furent faites, on crut avoir des ressources suffisantes pour achever l'édifice ; on démolit ce qui restait de l'ancienne église et on commença à bâtir la nouvelle nef, comptant qu'elle serait couverte en quelques mois. Bientôt on reconnut qu'il y avait eu de graves malentendus dans les promesses sur lesquelles on comptait ; et il fallut, faute de fonds, suspendre les travaux, sans savoir quand on pourrait les reprendre. On concevra aisément le mécontentement et le trouble que cela causa dans la commune, dont l'état devint vraiment déplorable. Au lieu d'une messe paroissiale en l'église, où tout le monde se réunissait, on en célébrait en trois endroits différents : l'une à la chapelle de la Sainte-Vierge, appelée aujourd'hui la Sallette, l'autre au Séminaire et la troisième au Couvent. Les habitants n'avaient aucun lieu de réunion générale ; les publications qui se faisaient à la porte de l'église, à la sortie des grand'messes, ne pouvaient plus se faire utilement. Ce triste état, dont on ne pouvait prévoir la fin, occasionna la plus vive irritation. Tout le monde cependant était animé des meilleures intentions, mais de faux rapports augmentèrent les divisions, les envenimèrent et trompèrent même l'Évèque. Mgr cassa le conseil de Fabrique et en nomma un nouveau, dont la légalité était fort contestable. De son côté l'administration de la commune, espérant hâter l'achèvement de l'église, déféra l'affaire au Conseil de préfecture dont l'arrêté, sujet à diverses interprétations, ne termina rien. Enfin M. l'abbé de Suyrot, nommé en septembre 1852 curé de Chavagnes, en remplacement de M. Bugeon, put parvenir à se procurer des ressources suffisantes pour terminer l'église. On démolit la coupole, dont le poids compromettait la solidité de l'édifice, et on reprit activement la construction de la nef, tellement que le jour de l'Assomption 1853, après une interruption assez longue, tous les habitants de Chavagnes purent se trouver réunis à une grand'messe paroissiale célébrée dans la nouvelle église, quoiqu'elle ne fut encore couverte qu'en partie et sans vitraux ; ceux-ci remplacés provisoirement par des toiles. Huit jours auparavant, l'église était encore toute encombrée de pierres, morceaux de bois, pierrailles et débris, provenant tant de la démolition de l'ancienne église que de celle de la coupole ; les hommes de la paroisse étaient alors occupés aux travaux agricoles, qu'ils ne pouvaient interrompre pour enlever tous ces matériaux. Le temps paraissait manquer, quand M. de Suyrot eut l'heureuse idée de faire appel aux femmes de la paroisse, et de les inviter à se réunir pour débarrasser l'église de tout ce qui l'encombrait ; cet appel fut entendu, et malgré les plaisanteries auxquelles il donna lieu, on fut fort étonné de voir les paroissiennes, réunies en très grand nombre, travailler avec ardeur et beaucoup d'ordre, et sans le moindre tapage, à débarrasser l'église de ce qui l'encombrait. Les plus fortes formaient la chaîne pour enlever les grosses pierres qu'elles pouvaient porter, d'autres chargaient et roulaient des brouettes : les plus faibles, et même des enfants, se passaient de main en main les pierrailles et les menus débris : toutes les femmes et les filles de la commune, les plus riches comme les plus pauvres, se firent un honneur de mettre la main à ce pieux travail tellement qu'en trois jours, les 10, 11 et 12 août 1853, elles débarrassèrent l'église des matériaux qui l'encombraient et firent gratuitement un travail qu'on aurait dû payer fort cher s'il eut fallu le faire faire à prix d'argent. Elles n'avaient été aidées que de quelques hommes de bonne volonté, pour les travaux les plus pénibles.

Pour perpétuer la mémoire de ce que les femmes avaient fait pour l'église, M. de Suyrot voulut que tous les ans, le jour de l'Assomption, le pain bénit fut solennellement présenté par les femmes et les filles, alternativement d'année en année.
Il faut avoir éprouvé, comme l'ont fait les habitants de Chavagnes, tous les inconvénients de s'être trouvés sans église pendant plusieurs années, pour se figurer les sentiments de reconnaissance qu'ils éprouvèrent pour M. de Suyrot, dont les démarches et les sacrifices personnels avaient amené le résultat enfin obtenu ; aussi lui vouèrent-ils la plus vive affection. L'on ne doit donc pas être étonné si, lorsque plusieurs années après il leur fut enlevé, contre son désir, et nommé curé des Herbiers, ils furent froissés et blessés au dernier point, et témoignèrent leur peine à Mgr l'Évèque par la froideur de la réception qu'ils lui firent, à sa visite pastorale qui suivit le départ de M. de Suyrot ; froideur qui dut être d'autant plus sensible au prélat qu'elle était un contraste frappant avec l'enthousiasme avec lequel il avait été reçu quelques mois auparavant, lors de sa première entrée à Chavagnes.

------------

DEUXIÈME PARTIE. LIEUX DIVERS

-----

I - Chavagnes

LE BOURG

II formait autrefois un fief dépendant de la Robretière, puis ensuite de la Rabatelière, après que les seigneurs de ce dernier lieu furent devenus propriétaires et seigneurs de la Robretière. Ce fief était tenu à foy et hommage plain et à rachat du chapitre de Saint-Maurice-de-Montaigu, à cause du fief et seigneurie des Essarts de la Marche, que ce chapitre tenait lui-même de la baronnie de Montaigu.[13] Le rachat était abonné à 20 sols de service annuel, payables à la Chandeleur au sgr de la Guichardière qui, en sa qualité de sergent féal dudit chapitre, était obligé de les recevoir et de les lui faire tenir.

Le sgr de la Rabatelière, à cause de sa seigneurie de la Robretière, avait droit de basse justice sur tout le tènement du bourg de Chavagnes. Ce tènement, d'après un aveu du 10 novembre 1623, était limité par une ligne partant de la fontaine de la Boue sacrée[14] et suivant la rigole ou fileau descendant de cette fontaine jusqu'à la planche de la Dédrie, remontant ensuite la rivière jusqu'à la planche de la Gerbaudière en passant au moulin de Chavaigneau, d'où la limite remontait vers le chemin de la Croix-Chête au bourg de Chavagnes, puis se rendait au droit à ladite fontaine de la Boue sacrée. La Croix-Chête est le nom du carrefour existant en face de la chapelle actuelle dite la Sallette, à l'endroit où le chemin de Benaston à Chavagnes joint la route de Chavagnes à Chauché ; il y avait là autrefois une croix qui était chête c'est-à-dire tombée, d'où est venu le nom.

Dans ces confrontations étaient renfermées : l'église, le cimetière, la maison presbytérale et ses jardins. Au tènement du bourg étaient joints deux fiefs ou tènements, contenant ensemble 4 septerées (64 boisselées). L'un nommé le Ribatet, nom encore conservé, et l'autre le Guyaulnys, nom tout-à-fait oublié[15] et que j'ai vu écrit Guyannet et Glonis. Le premier de ces fiefs tenait d'une part au chemin de Chavagnes à la Prilliaire, d'autre au fief du sgr de la Robretière (aujourd'hui le grand fief). L'autre fief tenait d'une part au chemin susdit, d'autre au pré de la Courante. Ainsi ces fiefs devaient être, l'un à droite, l'autre à gauche du chemin conduisant du Bourg à la Prilliaire. Ces deux fiefs furent, par un acte du 16 juillet 1522, que j'ai en ma possession, vendus par Pierre Grenessac, prêtre, seigneur de la Jarnigandière et Jehan de la Fontanelle, écuyer, son neveu, à Jehan Gouraud, demeurant au bourg de Chavagnes. Sont compris dans la vente tous les droits, complants au quart, cens en deniers, ventes et honneurs dus sur les dits fiefs.

Autour du bourg de Chavagnes, il y avait autrefois trois autres grands fiefs de vignes, complantant au quart et aujourd'hui complètement arrachés. L'un, appelé le Grand Fief de la Robretière, s'étendait du chemin des Brouzils à celui de Chauché; ce nom est encore donné à quelques parties du terrain qu'il occupait. Le second, dit le Petit Fief, comprenait le terrain où est aujourd'hui la cure et s'étendait du chemin de Chauché jusque vers la rivière. Ce nom de Petit Fief était encore donné il y a peu d'années au champ dans lequel a été bâtie la cure. Le troisième fief, portant le nom de Fief de la Prairie, était situé entre les prés de l'Ulière et les bâtiments actuels du séminaire. Il ne doit pas être confondu avec les maisons et terres du même nom qui appartenaient à la Confrérie de l'Assomption de Notre-Dame qui furent vendues le 25 janvier 1470, comme on le verra plus loin.

L'ÉGLISE

Le sgr de la Rabatelière, comme successeur des anciens sgrs de la Robretière, avait le titre de patron et fondateur de l'église de Chavagnes, avec droit de prééminence, banc au chœur, sépulture et honneurs ; le tout reconnu par arrêt du Parlement de Paris du 23 août 1611, rendu au profit de Charles Bruneau sgr de la Rabatelière, contre Pierre Durcot sgr de l'Etang et dame Charlotte de Nassau, princesse en Orange, duchesse de la Trémoille, au nom de ses enfants mineurs sgrs de Montaigu.

L'ancienne église de Chavagnes était beaucoup plus petite que l'église actuelle, ainsi que le montre le plan cadastral de la commune. Sa construction paraissait être du XIIe au XIIIe siècle. Elle n'avait qu'une seule nef, large d'environ 10 mètres et longue de 22. Le chœur était séparé de la nef par une arcade ogivale peu aiguë. Il n'avait qu'environ 6 mètres de largeur et 12 de longueur en dedans, et se terminait par une abside arrondie. Il était autrefois éclairé par sept petites fenêtres à plein cintre, avec archivolte à dents de scie ; mais à une époque que nous ne pouvons préciser, on avait, pour donner plus de jour, remplacé deux de ces petites fenêtres par deux autres beaucoup plus grandes, terminées en ogive et dont la maçonnerie indiquait évidemment qu'elles avaient été faites après coup. Le clocher, placé au nord du chœur et joignant la nef, avait été bâti postérieurement à l'église, puisque son escalier bouchait une des anciennes fenêtres du chœur. Dans le mur de cet escalier, se trouvait une meurtrière ou barbacane, indiquant un ouvrage de défense. Sous le clocher était, avant la révolution, un autel dédié à saint Antoine, mis en communication avec le chœur par une arcade ogivale très-aiguë. L'ouverture de cette arcade avait emporté une des fenêtres primitives du chœur; mais lorsque, après la Révolution, on rétablit l'église, qui avait été incendiée par les républicains, l'arcade fut bouchée et saint Antoine, un des patrons secondaires de l'église et peut-être le plus ancien, n'y eut plus d'autel.

Le grand autel, placé au fond de l'abside, était dédié à saint Pierre, ce qui, au dire des antiquaires, indique une très-grande antiquité. Deux autres autels placés au bout de la nef, dans l'angle existant entre les pieds de la grande arcade de l'entrée du chœur et les murs latéraux de l'église, étaient dédiés l'un à la Sainte-Vierge et l'autre à saint Sébastien. Le premier était à gauche en regardant le grand autel et le second à droite. J'ai entendu dire que la dévotion à saint Sébastien venait de ce que, lors d'une épidémie qui avait désolé la paroisse, l'invocation de ce saint avait fait cesser le fléau ; mais je n'ai vu aucun écrit mentionnant ce fait.

Quand on démolit notre ancienne église, pour la remplacer par celle qui existe aujourd'hui, elle était, depuis un temps immémorial, couverte en tuiles, et les murs du chœur étaient de 2 ou 3 mètres plus élevés que ceux de la nef; mais il paraît qu'autrefois il n'en était pas ainsi, et qu'au contraire le chœur était plus bas que la nef et avait été couvert d'ardoises. Nous avons reconnu, au-dessus de la grande arcade ci-dessus mentionnée, le long du mur séparant le chœur de la nef, la trace laissée par une couverture en ardoises. On voyait aussi, autour du chœur, la naissance d'une voûte qui n'avait jamais été finie ou qui avait peut-être été démolie pour défaut de solidité. Deux colonnes en granit, paraissant romanes, se trouvaient vers le milieu des murs latéraux du chœur et avaient des chapiteaux formés par des animaux dont le badigeon rendait difficile de saisir la forme. M. Lucet, curé, les fit démolir en 1830 et à leur place fit, pour y mettre deux statues, creuser deux niches qui ne nuisirent pas peu à la solidité des murs et durent hâter le moment où il fallut entreprendre de rebâtir l'église. Enfin avant les plâtrages que M. Lucet fit faire, en 1830, dans le chœur, il y régnait tout à l'entour un cordon ou corniche à dents de scie, en granit, qui faisait le tour des chapiteaux des deux colonnes romanes dont nous venons de parler ; l'extérieur du chœur indiquait que ces murailles primitives avaient été exhaussées, car l'ancienne maçonnerie était toute revêtue de granit, tandis qu'à partir d'une certaine hauteur au-dessus des fenêtres primitives, il n'y avait que des moellons. Cet exhaussement devait avoir eu pour but de permettre de faire un lambris aussi élevé que devait l'être le sommet de la voûte, jadis faite ou projetée, sans nécessiter une couverture en ardoises. Il est à présumer que ces changements dans le chœur eurent lieu lorsque Charles Bruneau, sgr de la Rabatelière, fit rétablir ce chœur, incendié par les protestants ; je ne puis cependant rien assurer à ce sujet.

Quant à la nef, il était évident qu'elle avait subi plusieurs réparations faites par des gens tout-à-fait étrangers à l'architecture. Les fenêtres n'avaient aucune régularité ; presque toutes paraissaient avoir été agrandies ou modifiées sans règle, à diverses époques. Le mur du nord avait été en partie rebâti à côté du mur primitif, dont on a retrouvé les fondations lors de la démolition de l'édifice. Tout cela se concevra facilement, si l'on considère l'état déplorable où était tombée la nef de cette église à la suite des guerres de religion. En 1606 elle était sans aucune couverture, charpente, latte, ni tuile : les murailles s'en allaient en ruines. La porte donnant sur le cimetière portait la date de 1702 ; elle n'avait aucun ornement. La façade où était la grande porte ressemblait un peu à celle de l'église actuelle de Belleville, sauf que celle-ci est ornée de deux colonnes, tandis que celle de Chavagnes n'avait que deux pilastres très-simples et sans ornements : la grande porte était originairement formée de trois arcades ogivales rentrant l'une dans l'autre ; mais en 1723, on démolit le cintre de l'arcade la plus intérieure, on refit ce cintre en anse de panier, et pour que la postérité n'ignorât pas l'époque à laquelle avait été fait ce beau chef-d'œuvre, on grava sur la pierre du milieu du nouveau cintre la date de 1723, que quelques savants auront peut-être prise, ainsi que celle mise sur la petite porte, pour celle de la construction de l'église. Nous ne parlons point ici d'une grande fenêtre à plein cintre que M. le curé Lucet fit ouvrir, en 1826, au-dessus de la grande porte, parce qu'elle n'existe plus et qu'elle n'avait aucun autre mérite que de donner du jour.

Au résumé il me paraît que dans l'origine, l'ancienne église de Chavagnes devait, à la grandeur près, ressembler à celle de la Copechagnière, sauf qu'elle n'avait jamais eu de chapelles latérales ; elle devait donc être à peu près du XIIe siècle. Au bas des murs du chœur et d'une partie de ceux de la nef, il y avait un socle en granit.

LA CURE

Avant la Révolution, la cure de Chavagnes était peu riche et le chapitre de Luçon, en sa qualité de curé primitif de la paroisse, était obligé de fournir au curé en exercice, qui n'était regardé que comme son vicaire perpétuel, sa portion congrue, c'est-à-dire ce qui était nécessaire pour subsister. Les biens dont jouissait le curé se composaient, outre la cure, jardin et dépendances, du pré de la Planche de la Dédrie et de divers autres objets faisant partie de quelques bénéfices dont le curé était ordinairement pourvu, savoir : le bénéfice des Dronets, composé de la plus grande partie des jardins actuels du couvent joignant la grande route n° 6 ; le champ de la Grande Plante et le pré Rond, les deux se joignant et appartenant aujourd'hui aux religieuses. Le bénéfice, nommé stipendie ou Chapelle de Sainte-Croix, dit des Rochelets, fut créé par testament de P. Rochelet, prêtre, en date du 29 septembre 1517, dont nous avons une copie. Cette stipendie se composait principalement : 1° d'une maison et petit jardin derrière, grange et ruages, le tout situé dans le voisinage de la maison actuelle de la famille Piveteau, aubergiste ; 2° du champ au bout du cimetière, appartenant aujourd'hui au séminaire ; 3° d'un pré tenant au pré Prieur et à la rivière. Enfin le bénéfice de la Chaillère, à droite et à gauche à l'entrée du chemin descendant du bourg à la Dédrie. Ce bénéfice avait été réuni à la cure par un acte consenti par Auguste Bruneau, ss^ de la Giraulière, en date du 18 septembre 1711, relaté dans une transaction reçue par Frappier, notaire à Saint-Fulgent, le 13 décembre 1772. Les biens composant ces bénéfices, comme ceux appartenant à la cure, furent vendus lors de la Révolution. Aujourd'hui, par suite d'acquêts faits des acquéreurs primitifs, la majeure partie appartient aux Dames Religieuses et au séminaire.

L'ancienne cure, aujourd'hui démolie, était dans l'enclos actuel du séminaire, au midi de la chapelle dite du Père Beaudoin par ce qu'elle est bâtie sur l'emplacement de la chambre où il est mort ; le jardin était dans la grande cour au levant des bâtiments actuels. Elle fut vendue comme bien national, et acquise par quelques habitants réunis pour la conserver à la paroisse. Lorsque Mgr Paillou, évêque de la Rochelle, et alors notre évêque, voulut établir le séminaire de Chavagnes, ceux qui avaient acquis la cure (Pierre-Charles-Marie Gourraud de la Proustière, mon père et les dames Barreau, ses cousines) la rétrocédèrent à l'évêque, à condition qu'il fournirait un logement au curé ou desservant de la paroisse. Ce fut pour décharger le diocèse de cette charge que Mgr Soyer fit bâtir, vers 1837, la cure actuelle de Chavagnes, dans un champ nommé le Petit Fief qu'il avait acquis de M. Marie-François Chaigneau.

CHAPELLE ET CONFRÉRIE

II y avait jadis au bourg de Chavagnes une chapelle appelée Chapelle de Preuilly. Elle était, je crois, dédiée à Notre-Dame et se trouvait à droite de l'entrée du cimetière actuel, d'après les confrontations prises en un acte du 24 novembre 1644, reçu par Chenuau et Seguin, notaires du vicomte de Tiffauges. En 1634, le 6 mars, François de la Forest, sgr de Preuilly, fut enterré dans sa dite chapelle, de laquelle il ne reste aucun vestige.

La visite du diocèse de Luçon faite en 1534, et mentionnée ci-dessus, constate qu'il y avait alors à Chavagnes 14 prêtres et 1 diacre. Cette même visite y mentionne l'existence de deux confréries : l'une de Saint-Nicolas, qui avait alors pour administrateur Georges Richard, prêtre, et sur laquelle nous n'avons aucun autre renseignement; l'autre de l'Assomption de la Sainte-Vierge, dont l'administrateur était alors Etienne Chaillou, prêtre.

Cette dernière avait possédé au bourg de Chavagnes une maison qui se trouvait dans l'endroit où est aujourd'hui l'école des filles, la maison de M. le supérieur des Dames Religieuses et des vergers et ouches près ces maisons. L'hôpital a été aussi bâti sur des terrains qui en dépendaient. La propriété de cette confrérie était confrontée d'une part par le chemin descendant du bourg au pont ; d'autre par le chemin dit du pré Biais ; d'autre par divers particuliers. Le tout serait aujourd'hui d'une grande valeur, mais dans une assemblée générale des confrères, elle fut arrentée à Etienne Chedaneau, membre lui-même de la confrérie, par acte en date du 25 janvier 1470, qu'il faut compter 1471 parce qu'alors on ne faisait commencer l'année qu'à Pâques. Parmi les confrères nommés on lit les noms de Maurice Rouyer, curé, Louis Boulleteau, Nicolas Quérion et Guillaume Baon, prêtres, on y voit aussi figurer Pierre Guischard, sgr de la Guischardère, Jehan Savari l'aîné, sgr de la Bulletère et Jehanne de Saint-Aignan sa femme, Jehan Eol, l'aîné, sgr de l'Eoulère (aujourd'hui l'Ulière), Louis Lunart, sgr en partie de la Robretière, Maurice Espinaceau, sgr de la Brossardière (dans la paroisse des Landes-Genusson), Catherine Delaveau, dame de la Moncellère, Marie Menantelle, dame de la Grassère, et plusieurs autres frères et sœurs, desquels on nomme seulement 32, dont beaucoup portent des noms existant encore dans la paroisse. Le prix consistait en une rente de 10 sols payable chaque année le jour de l'Assomption, et en outre à la charge des devoirs féodaux et autres charges anciennes dues sur les biens arrentés ; savoir : 30 sols dus à la Robretière, 8 deniers de taille dus à Montaigu, et la dixme des fruits au prieur de Chavagnes. Enfin il avait été convenu que toutes les fois que les confrères, présents et futurs, voudraient célébrer leurs repas de confrérie[16], l'acquéreur devrait leur laisser en la maison arrentée, lieu convenable pour tenir ces repas, faire les préparatifs nécessaires et déposer leurs provisions de pain, vin, viande, bois et ustensiles, et tenir le local libre huit jours avant et huit jours après lesdits repas.

LE PRIEURÉ

Le prieuré formait un fief indépendant de celui du bourg, quoiqu'il y fût en partie enclavé ; les terrains joignant l'église au midi et au levant en dépendaient. Ils avaient jadis servi de cimetière, car on y a trouvé plusieurs tombeaux en pierre calcaire, creusés en forme d'auges, dans lesquels étaient de petits pots contenant du charbon ; les os qui s'y trouvaient paraissaient fort anciens, étant réduits à leur matière calcaire. Avant la Révolution, il n'y avait au prieuré qu'une maison de peu de valeur, qui fut incendiée pendant la guerre de la Vendée, et quelques bâtiments de servitude ; mais autrefois, il dut y avoir des constructions beaucoup plus importantes, puisqu'en 1305, Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, qui, l'année suivante, fut élu pape sous le nom de Clément V, y vint loger avec sa suite, ce qu'il n'eût assurément pu faire s'il n'y eut pas eu de bâtiments plus vastes que ceux qui existaient lors de la Révolution. Le prieuré n'avait pas d'autre chapelle que celle qui devint, dans la suite, l'église paroissiale.

Outre la maison dont nous venons de parler, son jardin et dépendances y joignant, le prieuré de Chavagnes possédait la métairie de la Gerbaudière, le pré Prieur près le Pontereau, les pâtis de l'Anjouinière, le bois Prieur, ou fief du Prieur, jadis en vigne, puis en bois taillis, aujourd'hui défriché (voir le plan cadastral) et divers terrages, dixmes et redevances, tant en Chavagnes qu'en des paroisses voisines. Tous les immeubles dépendants du prieuré furent confisqués à la Révolution et vendus nationalement ; ils sont aujourd'hui divisés entre les divers successeurs des acquéreurs.


 

II – Benaston ou Pertuis de Benaston[17]

 

Suivant une constante tradition, Benaston était autrefois le chef-lieu de la paroisse de Chavagnes, et le bourg actuel n'était qu'un établissement de moines (un prieuré). Cela paraît vrai, quoique nous n'en connaissions aucune preuve écrite. De très-anciens titres donnent à Benaston le nom de ville, auquel je crois cependant qu'on attribuait la signification du latin villa plutôt que celle actuelle de ville : ainsi j'ai vu le nom de ville donné à la Chapelle-de-Chauché, à Boulogne, aux Brouzils, etc. J'ai vu Benaston qualifié de vieux bourg dans un titre du commencement du XVIe siècle, ce qui prouve une grande antiquité. Jusque vers le milieu du XVIIe siècle, on lui a toujours donné le nom de bourg. Si Benaston était jadis le chef-lieu de la paroisse, celle-ci ne devait alors être guère peuplée, à en juger par les dimensions qu'avait l'église, dont on reconnaît encore l'emplacement, et qui devait être insuffisante même pour une population inférieure de beaucoup à la population actuelle de la paroisse : peut-être est-ce la raison qui aura fait transférer le chef-lieu de la paroisse où est le bourg actuel, à cause de l'église du prieuré, beaucoup plus grande que celle de Benaston.

Quoi qu'il en soit, dans des temps reculés, Benaston a dû être un point important, car de larges et nombreux chemins y aboutissent ; il fallait y passer pour aller de l'ancienne cité de Durinum, aujourd'hui Saint-Georges-de-Montaigu, et lieux circonvoisins, aux Essarts et environs. Tout porte à croire que le plateau où est ce village était jadis couvert de bois dont les taillis de la Robretière, l'Etang, la Telachère et la Popinière sont encore des restes ; bois qui se confondaient probablement autrefois avec la forêt de Grala, laquelle, il y a à peine un siècle, s'avançait à environ un kilomètre-de Benaston, jusque près du village de la Popinière. Si, comme tout le fait présumer, il en était ainsi, on a dû, quand la contrée a commencé à se peupler et à être cultivée, percer au milieu de ces bois une trouée (foramen) pour y faire un chemin : de là doit venir le nom de pertuis, qui signifie passage, détroit, ajouté à celui de Benaston dans tous les anciens titres. Quant à l'origine et à la signification du mot Benaston ou Beneston, nous ne connaissons rien de bien précis. Toutefois, comme il y a eu, dans le Bas-Poitou, une famille de ce nom dont un membre, Nicolas Benaston, est mentionné au folio 118 du cartulaire en parchemin de la terre de la Jaunière, se trouvant aux archives du château de la Rabatelière, un membre de cette famille peut très-bien avoir fait pratiquer la trouée dont nous venons de parler, et lui avoir donné son nom. J'ai vu aussi appeler des femmes Benastonne, suivant l'usage du Bas-Poitou par lequel on féminise le nom du chef de la famille.

Ce chemin isolé au milieu de vastes bois, pouvant être peu sûr pour ceux qui avaient à y passer, il était naturel d'y établir un poste fortifié, tant pour la sûreté des voyageurs que pour maintenir la tranquillité de la contrée.

Ce dut être l'origine de Benaston, placé à peu près au milieu du plateau occupé par ces anciens bois ; on y avait enclos de douves, creuses d'environ 3 ou 4 mètres et dont on voit encore très bien la trace, une enceinte pentagonale. De l'un des angles du pentagone, partaient deux douves ou fossés parallèles, d'une longueur d'environ 25 mètres, qui paraissaient destinés à établir un chemin couvert, faisant communiquer l'enceinte pentagonale avec une autre enceinte arrondie, dont le plus grand diamètre est de 60 mètres et le plus petit d'environ 50 mètres. Les douves entourant cette dernière enceinte existent encore et ne tarissent que dans les années d'extrême sécheresse ; leur largeur moyenne est de 4 à 5 mètres, leur profondeur de 3 à 4 mètres. Au bout du chemin couvert dont je viens de parler était un pont-levis, donnant accès en l'enceinte arrondie. Il y a quelques années, je profitai d'une sécheresse extraordinaire pour faire enlever de la boue de ces douves, et je trouvai des débris de ce pont-levis, consistant en quelques morceaux de chêne équarris et dont un présentait encore des entailles obliques destinées à recevoir des traverses pour supporter la plate-forme du pont. Le bois, par son long séjour dans l'eau et la boue, était devenu noir comme de l'ébène. S'il ne paraît, autour des deux enceintes dont je viens de parler, aucuns vestiges de murailles indiquant un lieu fortifié, c'est que, dans les temps qui suivirent les invasions des barbares, les fortifications ne consistaient qu'en mouvements de terre et en palissades de bois, plus ou moins fortes. Ce n'est guère que vers le milieu du XIIe siècle, que l'on commença, dans notre contrée, à ajouter des murailles aux fossés des châteaux que l'on voulait fortifier ; jusque-là on n'y employait guère que du bois.

Dans l'enceinte arrondie dont nous venons de parler, devait être l'habitation du chef ou seigneur de la place, mais il n'en reste plus de vestiges ; seulement on voit là des pierres qui, évidemment, ont subi l'action du feu. Quant à des pierres de taille, il ne s'en trouve aucune ; au reste, la tradition rapporte que toutes les pierres de cette sorte auraient été transportées au château de la Rabatelière et y auraient été employées.

 

 

On ne trouve à Benaston aucuns vestiges de constructions romaines. Quelques fragments de tuiles à rebords, qu'on a pu y rencontrer en très-petite quantité, ont probablement été apportés d'ailleurs ; on peut donc reporter, avec probabilité, les commencements de Benaston à la fin de l'époque gallo-romaine, vers le Xe ou le XIe siècle.

L'enceinte pentagonale était traversée par le chemin conduisant de Saint-Georges-de-Montaigu à Chauché, aux Essarts et environs. Dans cette enceinte se trouvaient la chapelle et le four banal, dont partie de la masse existe encore, 1870. En 1597, ce four rapportait à la baronnie de Montaigu 15 livres de revenu, d'après une note existant au chartrier de Thouars.

La chapelle de Benaston était au midi du four banal ; son emplacement est bien connu, les fondations n'ayant été arrachées que depuis peu d'années. La grande porte était près du puits qui se trouve à l'entrée du petit chemin conduisant au bois des Robretières, et qui porte encore le nom de puits de la Chapelle. Celle-ci n'avait pas été incendiée pendant les guerres de religion, mais sa couverture était tombée faute d'entretien[18]. Ses murailles, dont le mortier était en terre, au .moins dans les fondations, existaient encore au moment de la Révolution : elles furent démolies par un nommé Vachon, qui avait acheté l’emplacement de la chapelle. Il en employa les matériaux à bâtir une maison à l'angle nord des chemins de Benaston à Chavagnes et à Saint-Georges, et qui appartient aujourd'hui à la famille Debien, par acquêt des héritiers du sr Vachon.

Je n'ai pu savoir de ceux qui avaient vu cette chapelle si ses ouvertures étaient à plein cintre ou en ogive. Le chœur était séparé de la nef par une grande arcade ; il n'y avait point de clocher, mais la cloche était dans une fenêtre ou campanille au-dessus de la grande porte. Cette cloche, apportée au bourg quelques années avant la Révolution, fut, comme les autres cloches de la paroisse, brisée lors de l'incendie de l'église, en 1793. Je tiens ces détails de la femme You, née Vachon. Cette bonne vieille m'a dit plusieurs fois que, dans son enfance, elle s'était souvent amusée, avec ses camarades, à courir sur les murailles de la chapelle et à en sonner la cloche. Elle ajoutait (mais est-ce vrai ?) que le dernier curé de Benaston se nommait Vachon, comme elle, et qu'il n'était point mort à Chavagnes, mais à Candé, en Anjou, où il s'était retiré.

C'était à Benaston que chaque seigneur de l'Etang, fief tenu à hommage lige du baron de Montaigu, devait, chaque année, 40 jours de garde, à la demande du dit seigneur. Cette garde devait être faite à la maison dite la Ligence de l'Etang, sise en la ville du Pertuis-Benaston, sur les douves de la dite ville (termes d'un aveu rendu à Montaigu, le 5 décembre 1499, par Guy Chevin, sgr de l'Etang, dont copie existe aux archives du château de la Rabatelière). Cette maison existe encore et est portée au plan cadastral ; mais ce nom de Ligence n'étant plus compris par les habitants actuels, ils ont cru que c'était Diligence, et ils disent que quand Benaston était une ville, c'était en cette maison que descendait la diligence. Au reste, maison de la Ligence avait été arrentée, longtemps avant 1505, à un nommé Pierre Dronet (ou Drouet) , avec droit de pâturage de deux vaches dans les landes de la Maladerie.

 

 

e
Quand Benaston a-t-il cessé d'être occupé comme forteresse ? Probablement vers la fin des guerres contre les Anglais. Quoi qu'il en soit, on voyait autrefois aux alentours de ce village de gros fossés, en partie reconnaissables, qui peuvent avoir été des ouvrages faits pour approcher de la place. Isidore Massé, auteur de la Vendée poétique et militaire, attribue la ruine de Benaston à Duguesclin, lequel y avait eu une jambe cassée en tombant d'une pièce de bois enflammée qui traversait un fossé; mais je ne sais sur quoi se fondait cet auteur, très peu sérieux, je crois.

Il est bien dit, dans la vie de Duguesclin, qu'il se cassa une jambe en tombant d'une pièce de bois sur laquelle il voulait traverser un fossé, mais que ce fait était arrivé au château d'Esse, en 1363 : or, Esse est-il Benaston ? C'est douteux. Je dois dire, cependant, que j'ai entendu un vieillard, nommé Rautureau, né à Benaston et qui y avait longtemps habité, rapporter que, quand Benaston était ville, on ne l'appelait pas Benaston , mais la ville de Doué ou Boesse ; serait-ce l’Essé de la vie de Duguesclin ?

M. Bouin, chirurgien à Mouchamps, père de M. Bouin, curé de Chavagnes, décédé en 1871, m'a affirmé plusieurs fois qu'il avait lu dans un très-vieux titre, que jadis un sgr de Benaston avait acheté Montaigu, où il avait transporté le chef-lieu de sa baronnie. Cela expliquerait très bien l'origine du dicton conservé de temps immémorial par les habitants :

Sans Benaston,
Montaigu ne serait pas baron.

Malheureusement M. Bouin ne se souvient plus du lieu où il a vu ce document ; il croit pourtant que c'est au château du Parc-Soubise, où il se trouve beaucoup de vieux parchemins. Il est certain, toutefois, qu'il a existé très anciennement en notre contrée, comme nous l'avons dit plus haut, une famille du nom de Benaston, d'où a dû tirer son nom la métairie de la Benastonnière[19], située dans le voisinage de Benaston.

Dans le cartulaire de la terre de la Jouhennière[20], au folio huit-vingt-un (161), on nomme Jehanne Benastonne la bisaïeule de Jehan Moreau, sr de la Jouhennière[21] (acte du 7 juillet 1469) ; et l'on cite un acte du 26 mars suivant, par lequel le dit Moreau acquiert de Jacques Marchand, sr de la Varenne, fils de feu Jehan Marchand et de Jucquette Benastonne, une rente de 30 sols pour le prix de 15 écus.

Le nom de Benaston, que j'ai vu dans quelques titres écrit Beneston, paraîtrait venir de Benedictus, Benoît, d'où l'on aurait fait Benoiston ou Beneston en prononçant oi comme ai ou e. Le nom de Benaste, commune de la Loire-Inférieure aux environs de Machecoul, paraît avoir la même étymologie. Enfin nous devons mentionner un très-ancien dicton, connu dans tous les environs de Benaston, et qui ne fait pas beaucoup d'honneur à la vertu du beau sexe qui y habitait autrefois :

Bonaston, petite ville  de grand renom ,
Treize p….. en douze maisons !

Ce proverbe doit probablement son origine à la conduite des gens de guerre qui étaient autrefois en garnison dans cette localité, perdue au milieu des bois.

 

 

III – L’Étang

L'Etang était un petit castel bâti sur une langue de terre au confluent de deux petits ruisseaux descendant de la forêt de Grala. Une chaussée retenait les eaux qui, en refluant, formaient un étang, d'où le lieu avait tiré son nom ; une douve, creusée d'un ruisseau à l'autre, et sur laquelle était un pont-levis donnant accès en la cour du castel, complétait la clôture. Trois corps de bâtiments entouraient cette cour, au midi, levant et nord : aux angles étaient des tourelles. Le plan cadastral de Chavagnes, dressé en 1839, indique très bien l'emplacement de ces constructions, dont il ne reste presque plus rien. En dehors du château était une chapelle, qui ne paraissait avoir rien de bien remarquable. La pierre en granit qui recouvrait l'autel a été, il y a quelques années, achetée par M. Chauvet, demeurant à la Drolinière, qui l'a employée comme support de ruches d'abeilles.

Le château de l'Etang avait paru assez important pour être occupé militairement pendant les guerres de religion, et pour qu'un ordre du sgr de Malicorne, gouverneur du Poitou, en date du 10 janvier 1586, en confiât la garde à Pierre Durcot, sgr de la Pelissonnière, dont il sera parlé plus loin, en lui donnant le droit de prendre tel nombre d'hommes qu'il jugerait convenable pour le maintenir en l'obéissance du Roi. Après les guerres de religion, l'Etang continua, jusque vers la fin du XVIIe siècle, à être habité par les propriétaires ; mais la branche de la famille Durcot qui le possédait depuis plus de 150 ans et qui lui a même laissé son nom, s'étant éteinte vers la fin du XVIIIe siècle, par le décès, en minorité, de Pierre-François Durcot, fils de François Durcot et de Marie Prévost, la propriété de l'Etang passa, par arrangement de famille, à ladite Prévost qui continua d'y habiter. Celle-ci, ayant épousé en secondes noces, le 6 octobre 1691, Charles-François de Montaigu, sgr de Bois-David, en la psse de Saint-Leger-de-Chanteloup, diocèse de la Rochelle, suivit son mari dans le Haut-Poitou, au château de la Bosse, psse de Cirières, près Cerisay. Après ce départ, le château de l'Etang, tout-à-fait négligé, fut laissé à la garde du régisseur de toute la terre sans qu'on parût s'occuper de réparations. Enfin, à la saint Georges de 1729, ce domaine, composé de plusieurs métairies, fut affermé en bloc. Il paraît qu'alors la dame Marie Prévost était décédée, car le bail fut donné par son fils Louis-Christophe-Gabriel de Montaigu, qui prenait le titre de sgr de l'Etang. Le bailleur réservait la moitié de la maison, à gauche en entrant dans la cour. Il y avait encore alors, à l'Etang, des meubles appartenant au propriétaire, car une clause du bail porte que si le bailleur veut faire transporter des meubles au château de la Bosse, sa demeure, les fermiers devront fournir six charrettes pour les conduire jusqu'à la Flocellière.

Dès cette époque, le château était dans le plus grand délabrement, puisque le procès-verbal d'état de lieux, dressé à l'entrée des fermiers, constate qu'il ne restait plus aucune vitre dans les chambres basses et que, dans les hautes, il n'y avait plus qu'une seule croisée vitrée en bon état. Ce délabrement ne fit que s'aggraver par défaut d'entretien, ainsi qu'il résulte d'un nouvel état de lieux dressé les 17-19 avril 1769, par suite d'un changement de fermier, et dans lequel on lit que "les fenêtres des chambres hautes et basses étoient sans vitres ; les contrevents et portes étoient dans le plus triste état, sauf quatre encore passables ; les carrelages des chambres hautes et basses étoient usés ou manquoient tout à fait. Le pignon du logis, du côté de l’Estang étoit en partie écroulé ; les murs du haut et du bas avoient des lézardes à fourrer le bras et la manche ; les faux galetas étoient en partie tombés ; la couverture en ardoises étoit en ce très-mauvais état, par le laps de temps qu'elle n'avoit pas été faite ; le pont-levis et le portail étoient tout à fait usés de vétusté."

En outre, une portion du bâtiment de l'autre côté de la cour (midi) était en masure depuis longtemps. Il n'est donc pas étonnant que les républicains n'aient pas incendié des masures déjà en ruines. Après la guerre de la Vendée, les débris du château de l'Etang durent naturellement fournir des matériaux pour les diverses réparations à faire sur les métairies dépendant de cette propriété. Enfin, vers 1807, la famille de Bois-David, de Montaigu, vendit en détail, par métairie, toute la terre de l'Etang, sur chacune des dépendances de laquelle on trouvera quelques renseignements à la suite de cet article.

Après ces ventes, la destruction des restes du château de l'Etang avança rapidement. Les pierres en furent vendues à tous ceux qui en demandaient ; enfin MM Guesdon et Jagueneau, propriétaires actuels de l'Etang, ayant fait bâtir, il y a peu d'années, leur maison d'habitation sur le bord de la grande route de Chavagnes à Saint-Denis, y ont pris la plus grande partie des matériaux ; en sorte que d'un château, jadis assez important, il ne reste plus guère aujourd'hui (1870) que des monceaux de pierrailles.

L'Etang relevait, comme nous l'avons dit, de la baronnie de Montaigu à foy et hommage lige et à 40 jours de garde. Il devait, en outre, à l’aumônerie de Montaigu, 13 deniers pour rachat et plaît de mortemain, quand le cas y advenait, c'est-à-dire la foy étant changée par muance d'homme[22].

De la seigneurie de l'Etang relevaient, à foy et hommage plain, plusieurs fiefs, entr'autres l'hôtel noble de la Cavetière, en Chavagnes, les tènements de la Haye et de la Benastonnière, et un grand nombre de redevances, principalement en la psse de Chavagnes.

Les plus anciens propriétaires de l'Etang n'avaient point d'autre nom de famille que celui de leur propriété. Une demoiselle Gaude de l'Etang épousa, au commencement du XVe siècle, Louis Chevin et lui apporta sa propriété de l'Etang, dont celui-ci rendit aveu à Montaigu, le 12 juillet 1411 ou 1412, et qui resta dans la famille Chevin pendant environ cent années. La famille de l'Etang a aussi possédé la Brunière, en Chavagnes ; dans le chartrier de Thouars, on trouve une autre Gaude de l'Etang et Guillaume de l'Etang, qui rendirent à Montaigu leurs aveux pour la Brunière, la première en 1374, et le second le 18 mars 1384. Dans une liasse de très vieux titres venant de l'Etang, nous avons trouvé le testament de Guillaume de l'Etang, 5 mars 1402 ; probablement le même qui avait rendu l'aveu de 1384. Il paraît qu'il habitait Boufféré, du moins il avait eu un fils, Philippon de l'Etang, enterré en l'église de Boufféré et près duquel il demande à être lui-même inhumé ; sa femme se nommait Jeanne Raclette. Parmi ses exécuteurs testamentaires, il nomme son très-cher et très aimé Jacques de l'Etang, son….. (le mot est déchiré).

Après Louis Chevin, l'Etang appartient à Guillaume Chevin (aveu rendu à Montaigu le 1er décembre 1435). Nous trouvons ensuite Guy Chevin qui, le 5 décembre 1499, rendit à Montaigu son aveu, dont j'ai fait un long extrait pris sur une copie existant aux archives du château de la Rabatelière. En 1478, Guy Chevin était époux de Catherine de Montfaucon ; il vivait encore en septembre 1502. Après l'aveu de Guy Chevin, le chartrier de Thouars en mentionne un du 6 octobre 1505, rendu par Jeanne Chevin, probablement fille de Guy. Celle-ci dut mourir jeune et sans postérité, avant le mois de décembre 1514, puisque l'Etang et ses dépendances furent saisis et vendus aux enchères, le 14 décembre 1514, par décret du conservateur des privilèges royaux de l'Université ; et deux pièces en date de juillet 1519 (aux archives de la Rabatelière) et relatives à cette saisie, disent seulement que l'Etang avait appartenu à Guy Chevin, sans parler de Jeanne Chevin. La poursuite fut faite à la requête de Jean de Labergement, ou l'Hébergement, escuier, sr dudit lieu[23]. L'adjudication eut lieu au profit de Marguerite Dupuy, veuve de Guy Chastaigner, sgr de la Roche-Pozay.

Mais comment l'Etang devint-il la propriété de la famille Durcot, dont il a, jusqu'ici, conservé le nom, en sorte qu'aujourd'hui on l'appelle encore souvent l'Etang Durcot ou Turcot ? Fût-ce par acquêt, succession ou retrait ? Nous l'ignorons. Toujours est-il que la première pièce où nous ayons trouvé les frères Audet et Guillaume Durcot qualifiés de seigneurs de l'Etang, est un acte du 21 décembre 1521, tandis qu'un autre acte du 10 novembre 1516 leur donne seulement le titre de sgrs de la Roussière et de la Servantière (archives de Puitesson). Ce dut être, par conséquent, entre 1516 et 1521 que la famille Durcot devint propriétaire de l'Etang. Les deux frères, Audet et Guillaume Durcot, étaient fils de Guillaume Durcot, écuyer, sgr de la Servantière et de Marie Herbertin de la Grassière. Audet, l'aîné des deux frères, eut le titre de sgr de la Roussière, en Saint-Denis-la-Chevasse, et est l'auteur de la famille Durcot de Puytesson, existant aujourd'hui.

Guillaume, frère cadet du précédent, eut en partage l'Etang, dont lui et ses descendants conservèrent le nom jusqu'à l'extinction de cette branche, arrivée dans les dernières années du XVIIe siècle. Il épousa Jeanne Dorin, de laquelle il eut deux enfants, Pierre et Jacques Durcot ; ce dernier mourut sans postérité.

Pierre épousa, en 1529, Catherine Logeron ; duquel mariage naquirent Gilles et Pierre Durcot. Le premier, qui était l'aîné, eut le titre de sgr de l'Etang. Son frère porta d'abord celui de sgr de la Pelissonnière ; puis après la mort de son aîné, arrivée en 1592, il prit celui de sgr de l'Etang. Plusieurs pièces lui donnent même cette qualification antérieurement à la mort de son frère, parce qu'ils n'avaient pas encore partagé leurs biens. Pierre Durcot avait le titre d'Escuier d'escurie de la princesse de la Roche-sur-Yon, d'après plusieurs titres des archives de Puytesson.

Ce fut alors qu'éclatèrent dans la famille Durcot, comme dans beaucoup d'autres de nos contrées, les divisions causées par le protestantisme. En effet Gilles embrassa la nouvelle religion et combattit toujours avec ses partisans, tandis que Pierre, son frère, resta catholique. Par suite de cette défection de Gilles Durcot, des soldats voulaient piller la maison de l'Etang, mais Pierre, qui y avait des droits indivis, obtint du duc de Montpensier, lieutenant général pour le Roi en son armée de Poitou, la garde de ladite maison et des meubles et revenus en dépendant, avec autorisation d'y avoir, mais à ses frais, une garde de soldats en tel nombre qu'il serait besoin ; à la charge de n'y laisser entrer ni son frère ni autres ses complices, rebelles à Sa Majesté. Cette autorisation fut donnée au camp de Sainte-Hermine, le 1er mars 1574.

Le 1er mai suivant le duc de Montpensier confia à Pierre Durcot la garde du château de Beaupreau, et le chargea d'y entretenir 6 soldats, à chacun desquels il serait payé 10 livres par mois. Lui-même devait avoir 40 livres aussi par mois ; le tout à lever dans les paroisses de Saint-Martin, d'Andrezé, la Chapelle-du-Genêt, Saint-Philbert, le Fief-Sauvin, le May, Saint-Macaire, Rossay, Villedieu, Jallais, Saint-Àndré-de-la-Marche et le Pin-en-Mauges.

Guy de Daillou, comte de Lude, gouverneur du Poitou, par un ordre daté de Niort, le 28 juin 1580, nomme Pierre Durcot gardien et défenseur du château de Mortagne, appartenant à Guy de Beaupreau, comte de Chemillé ; et le charge d'y entretenir, aux frais du Roi, 8 soldats qu'il devra choisir parmi les plus aguerris. Un autre ordre du même, en date du 25 dudit mois et adressé aux officiers de la ville, jurisdiction et baronnie de Mortagne, leur mande de contraindre les habitants de la baronnie, sujets à la garde dudit lieu, de s'y trouver de nuit et de jour, selon qu'il sera avisé par le capitaine du château ; et aussi de saisir les meubles et immeubles de ceux qui portent les armes contre le Roi et d'appliquer le prix de vente des meubles et les revenus des immeubles à la solde de 20 hommes, pour la garde dudit château, sous le commandement du sgr de l'Etang. Cet ordre fut donné à la demande de la noblesse et des habitants de Mortagne, afin d'en défendre le château contre les rebelles, alors maîtres de Montaigu, et de les empocher de le surprendre, comme ils tentaient clé le faire journellement.

Le 30 décembre 1585, le sgr de Malicorne, alors gouverneur du Poitouv autorisa le sgr de l'Etang à affecter à la garde du château de Mortagne 8 hommes de pied, et en outre à contraindre chaque jour 10 habitants de la ville et juridiction dudit lieu d'y faire le guet, jour et nuit, chacun à son tour. Le même gouverneur de Poitou, craignant que le château et maison forte de l'Etang ne fut surpris par les rebelles, en confia la garde au dit Pierre Durcot, lui permettant de prendre avec lui tel nombre d'hommes qu'il verrait être bon pour le maintenir en l'obéissance du Roi, sans y laisser entrer qui que ce soit de la Religion Prétendue Réformée, fut-ce même ceux auxquels il appartenait. Il devait aussi laisser faire, par les officiers du Roi, bon et fidèle inventaire des meubles dudit lieu et de ses dépendances.

Le 31 janvier 1589, le sgr de Lavardin, alors gouverneur de Poitou, accorda à Pierre Durcot 30 hommes pour la garde du château de Mortagne ; puis trouvant ce nombre insuffisant, il l'augmenta le 1er septembre suivant et le porta à 200 hommes, qu'il devait choisir de suite parmi les catholiques les plus féaux et les plus aguerris, destinés tant à la garde de la ville et du château qu'à courre sus aux ennemis et les tailler en pièces. Pour soulager les habitants de Mortagne et des environs, l'entretien de ces soldats devait être payé par les tailles de la province de Poitou. Lavardin chargea en outre Pierre Durcot de faire faire au château de Mortagne quelques fortifications et réparations, et pour cela de requérir tels ouvriers et manœuvres qu'il serait besoin, dans les paroisses de Saint-Hilaire, Saint-Laurent, Chambretaud, la Verrie, Saint-Martin, Saint-Aubin, le Puy-Saint-Bonnet, Evrunes, Saint-Christophe, Chavagnes, la Romagne et Saint-Pierre-du-Petit-Cholet.

Le sgr Durcot de l'Etang s'acquitta fidèlement des charges qui lui avaient été confiées, ainsi que le constatent un certificat de Guy de Beaupreau, comte de Chemillé, 21 novembre 1587, et un autre du sgr de Malicorne, daté d'Argenton le 13 octobre 1590. Ce dernier, après la signature de Malicorne, est contresigné Gorraud. Pierre Durcot vit cependant ses biens saisis en 1597 pour ne pas s'être rendu au siège d'Amiens, pour lequel il avait reçu une convocation ; mais le 27 juillet 1598 il obtint de Sainte-Marthe, lieutenant-bailly de Poitou, mainlevée de cette saisie, par le motif que sa charge de capitaine du château de Mortagne l'avait légitimement empêché de quitter son poste.

Il paraît que l'accord ne régnait guère entre les deux frères Durcot de l'Etang, car outre qu'ils étaient de religion différente, l'aîné, pour une cause que nous ignorons, intenta à son frère, en 1580, un procès devant le Parlement de Paris, et il obtint, le 20 juillet de ladite année, un certificat du comte de Lude, gouverneur de Poitou, attestant qu'il ne pouvait, à cause des devoirs que lui imposait le service du Roi, aller à Paris soutenir ses droits.

L'avènement d'Henri IV au trône changea la position des protestants, mais le calme fut loin de se remettre dans les esprits. En effet Gilles Durcot, ayant cru pouvoir rentrer à l'Etang, y fut surpris et tué, en juin 1592, par des ligueurs venus de la Garnache, qui pillèrent et saccagèrent les meubles et titres de la maison.

Le corps du défunt fut amené dans l'église de Chavagnes, dont il était paroissien. Parce qu'il était protestant, le curé ne voulait point l'enterrer ; d'un autre côté il ne voulait pas le faire ôter de l'église, parce que sa famille était puissante. Le corps resta donc sans sépulture pendant deux ou trois jours, et comme il avait plusieurs plaies, l'infection devint telle dans l'église que les ecclésiastiques ne pouvaient faire le service divin ni les paroissiens y assister, à leur grand regret et au scandale de ceux qui avaient apporté le corps sans qu'aucun se mit en devoir de le faire inhumer. Or, Charles Bruneau de la Rabatelière, qui avait en la psse de Chavagnes une terre appelée la Robretière et était sgr du fief où est le bourg, somma et requit le curé de faire ensépulturer ledit corps, ce à quoi celui-ci obtempéra; mais Pierre Durcot, devenu seul sgr de l'Etang par la mort de son frère aîné, dont il était principal héritier, ayant appris ce qui s'était passé et ne trouvant pas sans doute assez convenable le lieu ou le défunt avait été enterré, vint à Chavagnes avec ses soldats armés, ayant harquebuses et bastons invasibles. Malgré qu'il fut catholique, il entra dans l'église, fit déterrer le corps de son frère, puis lever les tombes où étaient enterrés les prédécesseurs dudit Bruneau, qui avait droit de sépulture dans le chœur de l'église, et y fit mettre et enterrer le corps dudit défunt. Non content de cela, il fit jeter hors de l'église le banc seigneurial de Charles Bruneau, en prétendant qu'il était lui-même seul sgr de Chavagnes ; de là procès entre les maisons de la Rabatelière et de l'Etang.

Le sgr de la Rabatelière fit d'abord assigner celui de l'Etang et ses complices devant la cour de la baronnie de Montaigu, en violation de sépulture et de ses droits honorifiques ; mais au lieu de comparaître à Montaigu, Pierre Durcot obtint, par intrigues, que l'affaire fût portée devant le présidial de Poitiers, alors à Niort, et dont le lieutenant était son parent. Là, il fit rendre, à l'insu du sgr de la Rabatelière, un ordre portant que le corps du défunt resterait où il était, que le banc du sgr de la Rabatelière serait enlevé, et que copie de cette ordonnance serait affichée à la porte de l'église. Charles Bruneau en appela au Parlement de Paris, alors à Tours, et y obtint, le 2 décembre 1595, un jugement qui lui donnait gain de cause ; mais le sgr de l'Etang, ne se tenant pas pour battu, se pourvut contre cet arrêt ; enfin, après une longue procédure, une sentence définitive du 20 août 1611 rejeta son appel. Il s'éleva pourtant encore entre les parties des contestations qui nécessitèrent un nouvel arrêt, en date du 5 mars 1612. Enfin, tous ces débats ne furent terminés que par deux transactions : l'une passée devant Lemoine et Bernon, notaires à Paris, le 5 juillet 1612, et l'autre devant les notaires de la Merlatière, la Jarrie et la Raslière, le 7 octobre 1615.

Ce long procès, dont les pièces existent au château de la Rabatelière où j'en ai copié les plus importantes, suscita de grandes inimitiés entre les familles Bruneau de la Rabatelière et Durcot de l'Etang; ainsi, le jour du Sacre 1594, pendant la grand'messe, la dame de l'Etang (Jeanne de l'Esperonnière) décoiffa en pleine église, près de la dame de la Rabatelière, une femme de chambre de celle-ci, la tira par les cheveux, la prit à la gorge et lui donna plusieurs soufflets ; peu après, le 17 juillet de la même année, la dame de la Rabatelière étant allée entendre la première messe, que disait à Chavagnes un nouveau prêtre, s'y trouvèrent le sgr et la dame de l'Etang, accompagnés de plusieurs hommes ; alors la dame de l'Etang, pour narguer celle de la Rabatelière, vint se placer droit devant elle, les pieds touchant ses genoux, malgré que la place ne manquât pas ailleurs, puisque c'était dans le cimetière que la messe se disait, sans doute à cause du mauvais état de l'église. Cependant, la dame de la Rabatelière ne dit rien, et, après avoir entendu la messe, elle s'en retournait tranquillement à la Rabatelière, lorsque la dame de l'Etang vint, par derrière, la prendre à la tête et, assistée de son mari, se mit à la frapper. Une information judiciaire eut lieu à la suite de ces voies de fait, et le sgr et la dame de l'Etang furent décrétés de prise de corps, mais nous ignorons ce qui en résulta.

Malgré l'arrêt du 20 août 1611, le sgr de l'Etang et sa famille continuèrent à vouloir empiéter sur les droits de leur adversaire. Ainsi ils affectaient de s'asseoir sur les marches de l'autel, au-dessus du banc du sgr de la Rabatelière. Un jour, Antoine Durcot, fils aîné du sgr de l'Etang, battit le sacristain pour n'avoir pas offert le pain bénit à sa famille avant de l'offrir à la dame de la Rabatelière (arrêt du Parlement rendu en la Chambre de l’Edit, le 5 mars 1612). Pendant le procès, le sgr de l'Etang faisait fortifier sa maison, et la dame de la Rabatelière s'en plaignit par une lettre qu'elle adressa à M. Rouhet, chef du Conseil de la maison de la Trémoille, le 2 novembre 1596. Elle y dit que le sgr de l'Etang rend son habitation assez forte pour résister à six pièces de canon.

Pierre Durcot de l'Etang était gentilhomme de la Chambre du Roi et il avait obtenu, en cette qualité, le 28 mai 1601, des lettres de protection. Son fils et successeur, René Durcot, né le 5 septembre 1598, servit dans l'armée navale, comme un grand nombre de gentilshommes de nos environs. Le 5 décembre 1627, il obtint du commandant de l'île d'Oléron un certificat attestant qu'il avait été cinq mois et plus dans cette île sans en être sorti, et qu'il y avait très-bien servi le Roi. Le 10 novembre 1636, François de l'Hospital, sgr du Hallay, chev, etc., maréchal des camps et armées, gouverneur de Vitry-le-Français, attesta que le sgr de l'Etang, lieutenant du baron de la Roche-Bardoul, avait servi quinze mois en l'armée commandée par le comte de Nemours, même pendant le siège de Corbie et jusqu'à sa réduction à l'obéissance du Roi. Le 13 mai 1639, l'archevêque de Bordeaux (Henri d'Escoubleau de Sourdis), lieutenant-général du Roi en ses armées de l'Océan et Guienne, nomma le sr de l'Etang, lieutenant-commandant l'infanterie du navire le Faucon ; et le 25 septembre suivant, il lui délivra un certificat attestant qu'il avait bien servi le Roi en son armée navale, depuis le jour de son embarquement, et lui donna un congé.

De Marie Girard, qu'il laissa veuve, René Durcot eut plusieurs enfants, mais un seul lui survécut. Celui-ci, nommé François, épousa Marie Prévost. Un baptême du 21 novembre 1680 (registre de Chavagnes) nomme cependant comme marraine Dlle Céleste Charbonneau, épouse de François Durcot, sgr de l'Etang, dont elle doit avoir été la première femme.

La famille de ladite Marie Prévost était propriétaire du Bignon en Chauché : ils eurent, le 19 janvier, un fils nommé Pierre-François. Quelques jours après la naissance, le 11 février 1684, le sgr de l'Etang mourut ; et son enfant, qui vivait encore au mois de novembre 1685, dut mourir très-jeune, car, après son décès, sa mère réclama, à titre de délaissement ou autrement, la propriété de la terre et seigneurie de l'Etang. Un arrêt du Parlement, antérieur à 1699, lui en accorda la jouissance, qui devint propriété définitive puisque la terre de l'Etang est toujours demeurée en sa famille jusqu'à la vente qu'en ont faite ses descendants vers l'année 1807. Par le décès du mineur Pierre-François Durcot, s'éteignit la branche Durcot de l'Etang.

Nous avons parlé plus haut du second mariage de Marie Prévost et dit ce que devint après elle la terre de l'Etang. Voici quelques détails sur ses dépendances en la psse de Chavagnes qui furent, vers 1807, vendues à diverses personnes.

La Chedanière

Aujourd'hui métairie, la Chedanière, nommée en quelques vieux titres Chepdanière, avait été un fief tenu de Montaigu à foy et hommage lige, à ligence de 40 jours de garde et à 13 deniers pour tout droit de rachat et plait de mortemain, payables au prieur de l’aumônerie de Montaigu. La ligence était jadis dans la Maison Ronde dudit lieu, dont je n'ai jamais vu les vestiges; et je ne sais s'il en reste encore. La Chedanière existait déjà en 1182, car dans le titre de fondation de l'Aumônerie de Montaigu, on mentionne, comme donnée à ladite aumônerie, une redevance d'un quartaut de seigle, quartarium siliginis super Chedane. (Je suppose que ce dernier mot est une abréviation de Chedanère). Cette redevance était donnée par Guillaume Macet ou Mucet.

Un registre de la baronnie de Montaigu (Chartrier de Thouars) mentionne trois aveux rendus par Jean de la en 1351, 1352 et 1385, un autre rendu le 7 mars 1343 par Pierre de la Chedanière, et enfin, un du 9 novembre 1408 rendu par Louis Chevin. En outre il existe, au château de la Rabatelière, copie d'un autre aveu rendu le 5 décembre 1499, par Chevin, comme sgr de l'Etang et de la Chedanière. René Durcot, sgr de l'Etang, en présenta un pour sa maison de l'Etang et pour la Chedanière le 18 mai 1638 (Chartrier de Thouars).

Lors de la vente de la terre de l'Etang, la Ghedanière (avec la Foy de l'Etang) fut acquise par M. Batiot, demeurant en la commune de Boulogne ; elle a été revendue par ses enfants et forme aujourd'hui deux métairies. Le nom de Chedanière vient évidemment de Chedaneau, nom de famille existant dans notre contrée.

La Foy de l’Étang

C'était une grande et belle métairie, devenue un village par suite de partages entre les acquéreurs des héritiers Batiot. Son nom vient-il de ce que ce serait là que se seraient jadis rendus les lois et hommages dus à l'Etang ? Je ne sais rien de positif à ce sujet. J'ai vu en de vieux titres ce nom écrit Faoy ; au reste il y a dans la commune de Chavagnes une autre métairie de ce nom (la Foy de la Limonnière) que les vieux titres écrivent aussi Faoy et qui est placée près de l'ancienne maison, aujourd'hui métairie, de la Limonnière.

La Barre

Ce nom, commun à d'autres localités, vient sans doute de ce qu'il y avait là autrefois une barrière pour faire payer les droits de péage que les sgrs exigeaient sur plusieurs chemins. La Barre appartient aujourd'hui à M. Tancrède Guerry de Beauregard, qui l’a eue de la succession de Mme Osmanne-Victoire Guerry de Beauregard sa tante, veuve de M. Guerry de la Fortinière.

La Pinelière

Quand M. de Bois-David vendit en détail sa terre de l'Etang, la Pinelière fut acquise par un cultivateur nommé Etienne Ghauvet, qui demeurait alors à la Grande-Huguetière, en Chavagnes. Après sa mort elle a été partagée entre ses héritiers et forme aujourd'hui plusieurs petites métairies.

 

La Popiniere

Cette métairie et cette borderie, distantes l'une de l'autre d'environ 80 ou 100 mètres, furent acquises par la famille Guilbaud, demeurant à la Cantinière, en Chauché. Elles m'appartiennent aujourd'hui, en vertu d'un échange que j'ai fait avec les acquéreurs et leurs héritiers, et par lequel j'ai cédé une métairie que j'avais à l'Audrière, même commune. Il s'y trouve beaucoup de pierres paraissant provenir d'anciennes démolitions et ayant subi l’action du feu ; aussi le champ qui se trouve entre la métairie et la borderie de la Popinière, s'appelle-t-il le Masuraud. Il paraîtrait y avoir eu à la borderie quelques fortifications ; on y voit des restes de douves, et un petit chemin, aujourd'hui réuni aux champs voisins, porte le nom de chemin de la Poterne. J'ai démoli les maisons et bâtiments de la borderie et en ai réuni les emplacements et les terres à d'autres terres, prises sur les Robretières et la Cavetière, afin de former ma nouvelle métairie, à laquelle j'ai donné le nom de Sainte-Marie. Il y a eu autrefois à la Popinière un notaire nommé Moulin, qui était notaire des seigneuries de la Rabatelière, Jarrie et Raslière. Il y a à la Proustière deux actes faits par lui au profit de membres de ma famille : le premier, en date du 24 août 1659, dans lequel figure André Gourraud, de la Guibonnière, mon quadrisaïeul ; et le second, en date du 7 juillet 1680, dans lequel figure Alexandre Gourraud de la Bonnetière, mon trisaïeul.

La Borderie de Benaston

Elle était peu importante, et ses bâtiments sont aujourd'hui complètement détruits ; ils étaient à gauche sur le bord du chemin conduisant de Benaston à la Rabatelière.

 

Hors de la psse de Chavagnes, les dépendances de l'Etang se composaient : 1° en la psse de Chauché, des deux métairies du Bignon-Guimard, et de celle de Beaulieu, qui avait remplacé la Doubletterie, aujourd'hui détruite ; les métayers en connaissent encore l'emplacement. Je crois que ces trois métairies avaient appartenu à Marie Prévost, femme de François Durcot. Les deux Bignon et Beaulieu furent achetés par M. Robert, demeurant en la commune des Essarts ; ils appartiennent aujourd'hui à sa fille, Mme Zulmis-Aglaë-Onézime Robert, veuve de M. Jean-Marie Damour, demeurant à Chavagnes ;

2° Enfin les propriétaires de l'Etang possédaient en la psse des Brouzils la métairie de la Noirbretière, vendue à des cultivateurs des environs en même temps que le reste de la terre de l'Etang et qui forme aujourd'hui un village.

IV – La Robretière 

Ou plutôt les Robretières, était un hôtel noble avec fief, relevant de Montaigu à foy et hommage lige et à devoir de ligence de 40 jours par an faite audit hôtel, à la semonce ou demande du sgr de Montaigu, et à 13 deniers seulement pour rachat de mortemain, rendus au prieur de l'Aumônerie de Montaigu, &, &.

La maison principale était dans remplacement de la grange actuelle de la Petite-Robretière et du toit se trouvant au levant de cette grange. On y voit encore les jambages en pierre de taille d'une très ancienne cheminée dont le devant était arrondi, dans le genre de celle qui existe dans une masure à la Bleure. Sous la grange était une cave voûtée dont on voit la trace dans le pignon nord ; on y descendait par un escalier avec porte cintrée dans le pignon sud. Cette cave existait encore en 1725, car elle est mentionnée dans l'acte de vente de la terre de la Rabatelière, fait par Pierre Bruneau, marquis de la Rabatelière, à René Montaudouin de la Clartière, le 10 octobre de ladite année. La porte cintrée dont je viens de parler ayant été démolie pour faire des réparations, les pierres du cintre ont été employées à palatrer la petite porte et la fenêtre de décharge de ladite grange.

Le sgr de la Robretière avait sous sa dépendance une partie du bourg de Chavagnes et était reconnu comme sgr et fondateur de l'église. Ces droits passèrent à celui de la Rabatelière, lorsqu'il fut devenu propriétaire de la Robretière. Le sgr de l'Etang prétendait aussi au titre de fondateur de l'église de Chavagnes, mais un arrêt du parlement de Paris, en date du 20 août 1611, le débouta de sa prétention, comme nous l'avons déjà dit.

En 1384 le fief de la Robretière appartenait à Jean de Parçay, varlet, qui, le 14 janvier de ladite année, en rendit aveu à Olivier de Clisson, connétable de France, sgr de Belleville et de Montaigu. Cet aveu porte que l'herbergement ou maison de la Robretière et ses dépendances pouvaient valoir 10 livres de rente. Il y est dit en outre que, sous l'hommage dudit sgr de la Robretière, le sgr de la Guyonnière tenait la Funerie (psse des Brouzils) à hommage plain et à un gant blanc, rendu à la Robretière le lendemain de la Pentecôte. Nous n'avons point trouvé le nom de sgrs de la Robretière de 1384 à 1463, mais une transaction du 21 novembre 1463 porte que Louis Lunart, propriétaire de cinq sixièmes de la Robretière, avait cédé ses droits à François Lunart escuier, son fils ; que le dernier sixième appartenait à Jehan Convers, fils et successeur de Micheau Convers, duquel, par la même transaction, François Lunart acquit les droits moyennant une rente perpétuelle de 6 septiers (96 boisseaux) de seigle, amortissable à raison de 100 livres. Cette rente n'ayant pas été payée, il en résulta un procès que termina, le 13 avril 1474, une transaction par laquelle François Lunart, pour demeurer quitte tant de ladite rente que dudit sixième de la Robretière, abandonne aux héritiers de Jean Convers : 1° un fief de vigne nommé le grand fief des Lunarts, près le bourg de Chavagnes, avec ses receps, gardes, soulages et droit de noblesse d'icelui fief, tenant d'une part au fief du prieur, et d'autre aux vergers du bourg ; 2° dix redevances de diverses natures montant en tout à 74 boisseaux de seigle, 42 sous et 2 deniers ; le tout des appartenances nobles de la Robretière. Le 7 juin suivant, lesdits héritiers Convers cédèrent ces mêmes objets à Guy Chevin, sgr de l'Etang, pour le prix de 150 tournois : mais ce dernier en fut exproprié, le 16 septembre 1502, par suite de retrait féodal exercé par Hillairet Burluet, sgr de la Martellière, sénéchal de Montaigu, qui avait acquis de Nicolas Goulart, sgr de la Robretière, à cause de Georgette de Villeneuve, sa femme, et de Joachim Vivien, à cause de Jeanne Gouionne, sa femme, leur droit d'exercer ledit retrait féodal.

Le même sgr de l'Etang avait acheté, le 19 septembre 1475, dudit Louis Lunart, tous les droits qu'il pouvait avoir es houstels, lieux et dépendances de la Robretière et la Fromagère, à la charge de le nourrir, vêtir, chauffer et entretenir pendant sa vie, et qu'après sa mort il lui ferait faire sépulture et bienfaits selon son état; qu'en outre, il le logerait à l'Etang, mais que s'il ne voulait y demeurer, il lui fournirait, à la Robretière, une chambre avec ce qui serait nécessaire. L'exécution de cette convention donna lieu à des difficultés, qui occasionnèrent un procès devant les juges de Poitiers ; mais il fut éteint par une transaction du 31 mars 1478, et Louis Lunart donna main-levée au séquestre qu'il avait fait mettre sur les choses contentieuses, le tout accepté par dame Catherine de Montfaucon, épouse dudit Chevin, parce que celui-ci était absent du pays. Il ne paraît pas que le sgr de l'Etang ait conservé la propriété de ce qu'il avait acquis de Louis Lunart, car son nom ne figure nulle part après 1478 parmi les propriétaires de la Robretière ; il est donc probable qu'un retrait ou une vente volontaire lui auront fait perdre les droits qu'il pouvait y avoir. Il n'est plus question de la famille Lunart après 1478.

Un aveu de la Robretière fut rendu, le 31 mai 1474, par François de Villeneuve : il ne devait se rapporter qu'à une portion de la propriété, car Louis Lunart ou ses cessionnaires étaient encore vivants le 26 juin 1488. Un autre aveu fut rendu à Montaigu par Colas Goulart, à cause de Georgette de Villeneuve, sa femme, probablement fille du susnommé. En 1497, d'après un aveu du 25 novembre, les propriétaires de la Robretière étaient les mêmes, Coïas et Georgette, avec Joachim Vivien, sgr de la Sullière et Jeanne Gouionne, sa femme.

En 1535 (aveu du 18 mai), François de Talensac, sgr de l’Oudrière, était propriétaire de la Robretière, à cause de…… Vivien, sa femme. Enfin le 12 mars 1551, un autre aveu fut rendu à François de la Trémoille, comte de Benon, à cause de sa baronnie de Montaigu, par Jean de Talensac, sgr de l'Oudrière et de la Sullière. On y dit l'hôtel de la Robretière et ses dépendances, tenant aux terres de la Trottinière, la Barre, la Pinelière, la Fromagère et Pertuis-Benaston. Cet aveu concerne aussi divers objets, entr'autres le tènement de la Brémaudière près la Dédrie, dans les jardins duquel est une maison appelée la Jobarderie. Il porte en outre que dlle Françoise de la Fournerie, dame de la Limousinière, tient à foy et hommage plain les trois quarts dudit lieu de la Limouzinière en ce qui est de la vavasserie de la Brugnelière ; enfin que le sgr de la Guyonnière tient à foy et hommage plain, et à une paire de gants blancs, rendus à l'hôtel de la Robretière le lendemain de la Pentecôte, le village de la Funerie, psse des Brouzils.

Antérieurement au 3 novembre 1560, le dit Jean de Talensac avait vendu le bien noble, hôtel et seigneurie de la Robretière, avec tous ses droits et dépendances quelconques, à Jacques Buor, sgr de la Mothe-Freslon et y demeurant, psse de Champ-Saint-Père; et ledit jour ce dernier rétrocéda son acquisition à Antoine Bruneau, de la Rabatelière pour le prix de 3800 livres tournois, payée comptant en neuf-vingt doubles (180) ducats, 42 nobles à la rose, 109 augelots, 400 écus au soleil, 24 écus couronne, 200 écus dits pistollets et le surplus en textons, réales et douzains.

Enfin un acte du 21 janvier 1579 porte que dame Marie Gabard, veuve de René Gourdeau, céda par échange à Pierre des Villates, sgr de Champagné, la moitié de la métairie de la petite Robretière, située au fief de la grande Robretière, psse de Chavagnes, indivise avec Anne de Thorigné, dame de la Rabatelière, veuve d'Antoine Bruneau, et Charles Bruneau son fils. Je n'ai point trouvé le titre en vertu duquel la dame de la Rabatelière était devenue propriétaire de l'autre moitié de la petite Robretière, et n'avais rencontré aucune mention de cette métairie, formée probablement par une borderie détachée de la propriété principale par suite de partages.

Les métairies de la grande et de la petite Robretière restèrent, jusqu'à la Révolution, attachées à la terre de la Rabatelière ; elles furent alors confisquées et vendues nationalement à M. Aimé-Louis-Jacques Duroussy de Talmont, duquel je les ai moi-même acquises par acte sous seing privé, en octobre 1830, après le paiement de l'indemnité allouée aux anciens propriétaires dépossédés par la Nation.

V – L’Ulière

Cette propriété, située près le bourg de Chavagnes, était, d'après les notes de M. Dugast-Matifeux prises sur les titres du chartrier de Thouars, un fief relevant du château de Montaigu à foy et hommage lige et à rachat. Le nom primitif était Eolère, d'où l'on a fait Eoulère, Houlière, Huilière, Eulière et enfin Ulière, nom actuel. Dans l'acte de vente de la maison de la confrérie de l'Assomption de la paroisse de Chavagnes, en date du 25 janvier 1470, tiré des archives de la Rabatelière, on nomme Jules Eol, l'aîné, sgr de l’Eoulère. J'ai une très vieille copie d'un acte du 6 novembre 1564, par lequel Jehan Eoul, escuyer, sgr de l'Huilière, la Prilliaire et la Bleure, demeurant à l'Huilière, paroisse de Chavagnes, vendit à réméré la métairie de la Prilliaire. Ce réméré fut exercé le 25 août 1567. Aux archives de la Rabatelière, on trouve dame Jeanne Eole, dame de la Daudinière, femme, puis veuve de Nicolas Prévost, sgr du Retail, qui, en 1458, puis en 1506, rend à la Martellière aveu pour le fief des Châtaigners près la Prévoisière, en la paroisse de Chavagnes. Au chartrier de Thouars, on trouve un aveu de la Babinière en Saint-Georges, rendu par Etienne Eoul, le 1er août 1435. Je ne trouve aucun autre nom de la famille Eoul passé le 25 août 1567 ; elle s'éteignit sans doute vers cette époque.

L'Ulière passa ensuite à la famille Darrot, soit par héritage, soit par acquêt ; en 1603 elle appartenait à Gilbert Darrot, escuyer, époux de Céleste Bruneau, fils puîné de Gabriel Darrot, sgr de la Fromentinière. Il fut tué, le 15 mai 1605 ou 1607, par Marbœuf, sgr de la Saminière. Il se trouvait alors à la Fromentinière, chez son neveu, Gabriel Darrot ; la Saminière est à environ deux kilomères de la Fromentinière, toutes deux en la commune de la Flocellière[24]. La famille Darrot a possédé l'Ulière jusqu'à son extinction, à la mort de Charles-Séraphin Darrot, arrivée après 1760. Celui-ci avait épousé, en premier mariage Françoise-Brigitte Charbonneau, et en second Marie-Catherine-Agathe de Hillerin, par contrat de Graffard et Allard, notaires aux Herbiers, le 31 juin 1660.
On cite encore des traits d'ivrognerie du dernier, ou d'un des derniers Darrot ; souvent il allait boire et s'enivrer dans les cabarets du bourg de Chavagnes. Or, un certain soir qu'il était attardé dans le bourg, sa femme, craignant qu'au retour il ne tombât dans l'étang sur la chaussée duquel il lui fallait passer pour retourner à l'Ulière, envoya au-devant de lui un domestique, avec grande recommandation de lui donner le bras en passant sur la chaussée, et de se mettre à sa gauche pour l'empêcher de tomber dans l'eau ; mais Darrot fit tellement boire le domestique qu'il le rendit aussi ivre que lui, et ce dernier, ayant toujours dans l'esprit la recommandation de sa maîtresse, ne cessait de répéter à M. Darrot : "Mon bon maître, ne tombez pas dans l'étang !" et le poussant toujours du côté opposé à l'eau, il fit si bien que tous deux dégringolèrent dans la prairie qui était au-dessous de la chaussée de l'étang.

Autrefois, le moulin de Chasserat, près l'Ulière, et le petit pré y joignant dépendaient de l'Ulière ; voici, dit-on, comment ils en ont été détachés. Un soir que M. Darrot avait bu, à l'Ulière, avec plusieurs de ses amis, il allait les reconduire jusque par delà le bourg quand, passant au pignon de la maison qui fait face à l'entrée actuelle du couvent, il appela celui qui demeurait en cette maison. Ce dernier ayant ouvert sa fenêtre reçut, les uns disent de M. Darrot, d'autres d'un de ses compagnons de ribotte, un coup de pistolet qui lui cassa un bras, et ce fut pour étouffer cette affaire que M. Darrot fut obligé de céder au blessé le moulin de Chasserat, avec son petit pré et le chemin qui conduit de ce moulin au bourg ; c'est par suite de cette transaction que les arbres qui sont sur le bord de la rivière, le long de ce passage, appartiennent aux propriétaires du moulin et du pré, et ne dépendent pas du bois.

Après l'extinction de la famille Darrot, l'Ulière et ses dépendances (la Prilliaire, la Maison-Neuve, le Chiron et les deux métairies de la Bleure) passèrent, en vertu d'un jugement, à la famille Guerry de Beauregard, qui possède encore la maison principale et une des deux métairies de la Bleure.

VI – La Prilliaire ou Preuillaire

La Prilliaire était un fief tenu à foy et hommage plain du château de Montaigu. Depuis longtemps, ce fief et celui de l'Ulière appartenaient au même sgr, et, pour les deux, il n'y avait qu'un seul registre d'assises.

Il existait autrefois à la Prilliaire un castel ou logis, ruiné depuis un temps immémorial, soit pendant les guerres de religion, soit plus probablement pendant celles des Anglais ; il n'y restait plus, au moment de la Révolution, qu'une simple métairie, placée sur le bord du chemin descendant vers la Proustière et qui, depuis environ vingt ans, a été démolie en entier et remontée sur le bord de la route qui conduit du bourg de Chavagnes à la Rabatelière. Au reste, le plan cadastral, levé avant 1840, indique exactement l'emplacement de cette ancienne métairie.

L'ancien castel était un peu plus bas que la métairie actuelle, près de gros et très-vieux noyers, qui paraissent avoir été plantés depuis sa destruction. Dans le voisinage se trouvent beaucoup de pierrailles, provenant évidemment de très-anciennes démolitions, et les anciens fermiers, en labourant dans les environs, ont trouvé et démoli plusieurs portions de vieilles murailles ; l'article porté au plan cadastral, et dont nous avons vu les vestiges, paraît avoir été le jardin ; quant à l'endroit précis où était ce castel, dont il ne restait aucun vestige extérieur, des fouilles que nous avons faites en 1865 nous l'ont fait connaître. En effet, nous avons découvert une ancienne cave dont la voûte était en partie écroulée et à laquelle on descendait par un petit escalier tournant dont il restait encore sept marches en granit ; en outre, un corridor voûté donnait accès à la cave pour y faire entrer les futailles. La voûte de ce corridor a fini de s'écrouler quand on a enlevé les terres et les pierrailles qui la soutenaient. La tradition disait qu'un souterrain partant de la Gerbaudière, métairie en face de la Prilliaire, établissait, en passant sous la rivière, une communication entre ces deux localités. Ce souterrain est très-apparent à la Gerbaudière ; on a dit que son ouverture du côté de la Prilliaire avait été bouchée à la suite d'une épizootie ayant fait périr beaucoup de bestiaux que les métayers y avaient enfouis. Quoi qu'il en soit, les fouilles faites en 1865 près de la cave dont nous avons parlé plus haut, ont fait découvrir beaucoup d'ossements d'animaux, mais on n'a point trouvé d'entrée de souterrain ; peut-être n'a-t-on pas cherché où il fallait.

La maison principale devait être au bout nord du morceau que nous croyons avoir été l'ancien jardin. Nous y avons trouvé quelques marches d'escalier et des pierres de taille déplacées ; cet endroit était on ne peut mieux choisi pour l'agrément de la vue qui, de là, s'étendait sur les prairies et les coteaux bordant la rivière de la Petite-Maine.

La Prilliaire a longtemps appartenu à la famille Bouchet, Bouschet ou du Bouschet, jadis propriétaire de Puygreffier, en Saint-Fulgent. Voici la liste des aveux de ce fief trouvés au chartrier de Thouars :

  4 mai 1385, aveu de Maurice Bouschet.
  8 septembre 1408, — de Nicolas Bouschet.
28 octobre 1435, — de Esther Bouschet.
30 mai 1455, — de Pierre Bouschet.
  5 octobre 1481, — de François du Bouschet.
  1er mai 1500, — de Jean du Bouschet.
  7 novembre 1507, — du même.
  2 novembre 1508, — de René du Bouschet.

Les prairies qui sont entre les jardins et dépendances du couvent et la rivière portent, dans les anciens titres, le nom de Pré-Bouchet, du nom des anciens propriétaires de la Prilliaire.

De la famille Bouchet, la Prilliaire passa à la famille Eol ou Eoul, nommée à l'article précédent et qui posséda l’Ulière, la Prilliaire et la Bleure. En 1564, par un acte passé devant Blaise Beduit, notaire à Montaigu, Jean Eoul, sgr de l'Huilière (sic), la Prilliaire et la Bleure, agissant en son nom et celui de Catherine Richard, sa femme, vendit à réméré à Jean Menanteau, sgr de la Gourinière, demeurant à Montaigu, la Prilliaire et diverses rentes ; mais il exerça le réméré le 25 août 1567.

Après la famille Eoul, la Prilliaire, par acquêt ou autrement, passa à la famille Darrot. Ce dut être à la fin du XVIe siècle ou tout au commencement du XVIIe. Les Darrot s'étant éteints, comme on a dit au précédent article, la Prilliaire et l'Ulière passèrent aux Guerry de Beauregard ; puis celle-ci fut vendue en détail par Mme Marie Guerry de Beauregard, épouse de M. Auguste Guerry de Beauregard.

Une partie de la métairie de la Chambornière, jadis de Chavagnes et aujourd'hui de la Rabatelière, relevait de la Prilliaire.

VII – La Grassière, la Martellière et la Battay

Ces trois fiefs, qui depuis très-longtemps étaient réunis dans la même main, relevaient de Montaigu à foy et hommage lige et à ligence de 40 jours. Voici leur désignation, prise dans un aveu du 28 décembre 1701, calqué sur de plus anciens.

"L'hôtel et maison noble de la Grassière et ses dépendances de maison, logis, étables, garennes, fuye, étang, droit de vine (sic) et pescherie, prés, vignes à pic et à complant, cens, &, & ; avec les métairies nobles de la Petite-Grassière, les deux Permoulières et le Bruleau[25]". Le logis de la Grassière, incendié pendant la guerre de la Vendée, se trouvait à droite en entrant dans la cour ; il n'en reste plus de vestiges. Les pierres de taille ont été transportées par ordre de M. Majou de la Débutrie, qui en était propriétaire, tant à sa propriété de la Débutrie, en Rochetrejoux, qu'à celle de la Rairie, près Bazoges-en-Paillers.

"La ligence de la Martellière sise au bois du Rouer, avec ses appartenances de maison, jardin, cens et devoirs de basse justice, juridiction, &, et autres droits et émoluments ; le dit lieu tenant de toutes parts aux terres du Cormier, de la Dédrie, la Chardière et la Bulletière." En visitant la Martellière, on peut reconnaître qu'autrefois il a dû y avoir là une habitation assez importante, mais les débris existants n'offrent rien de reconnaissable ; des talus existant sur le bord du chemin qui conduit aux Cinq-Fontaines et à la Tavennerie, sont probablement des restes de fortifications. En 1458, le sgr de la Martellière était Jehan de la Haye, sgr de Passavant, Chemillé, Mortagne et la Martellière, à cause d'Isabeau de Blamont, sa femme. Cette terre faisait partie de la Grassière et fut vendue, vers 1825, par M. de Chevigné, héritier des anciens propriétaires. Les acquéreurs, qui étaient des cultivateurs, la partagèrent entre eux ; elle a, depuis, subi d'autres partages et forme aujourd'hui un village.

Il y a à la Martellière une très-bonne source d'eau minérale ferrugineuse. Elle contient du bicarbonate de fer; mais, quand on la fait bouillir, l'excès d'acide carbonique se dégage et laisse précipiter, à l'état de carbonate insoluble, tout le fer qu'elle contient. Le fer paraît très-commun aux environs de la Martellière, car il y a là certains endroits où les géomètres du cadastre chargés de lever le plan de la commune ne purent se servir de la boussole, dont l'aiguille était déviée par ces masses de fer existant dans la terre. Au reste, une mine y a été jadis exploitée : un grand terrain y porte le nom de Fief-des-Forges ; on y a trouvé des scories fondues. Il paraîtrait qu'à l'époque romaine ou gallo-romaine, il y avait aux Forges des établissements métallurgiques (voir à l'article Cormier). Le nom vient-il de Martel, nom d'homme, ou de martel, pour marteau, outil servant à battre le fer ? Il y avait, dit-on, autrefois à la Martellière, un seigneur qui insultait les femmes du Cormier quand elles allaient à la fontaine[26]. Certain soir, quelques hommes se déguisèrent en femmes, et le sgr étant venu, selon son habitude, pour les insulter, ils lui tombèrent sur le dos et le rossèrent d'importance. Il voulut bien les poursuivre, mais n'y put réussir.

La ligence de la Battay était sise en la ville de Montaigu, dans l'endroit où a été, dans la suite, bâtie la grange du sgr dudit lieu. De la Battay dépendaient des maisons, granges, toiteries, jardins, cens, devoirs, justice et basse juridiction, etc., etc.; le tout en la psse de Chavagnes, tenant de toutes parts aux terres de la Benancisière, Bulletière, Martellière et Chardière. La maison de la Battay est aujourd'hui complètement détruite ; elle était dans un champ de la métairie de Beaulieu, qui en a conservé le nom. Il y a peu d'années, on voyait encore très bien son emplacement, qui formait à peu près un carré, mais les fermiers l'ayant défriché et mis en culture, comme le reste du champ, cet emplacement tend de jour en jour à s'effacer. Je ne puis savoir quand la maison de la Battay a été abandonnée ; il est probable que ce dut être quand fut établie la métairie de Beaulieu, que l'aveu relaté plus haut dit avoir été jadis à la Battay, mais sans indication d'époque.

Sous l'hommage rendu à Montaigu, étaient tenus, à cause de la Grassière, 13 articles : 11 pour la Martellière et 2 pour la Battay.

Les plus anciens propriétaires de la Grassière qui soient connus, sont Guillaume Gouffier, qui, d'après le chartrier de Thouars, rendit aveu à Montaigu le 7 mai 1375 et le 8 avril 1443 ; puis Maurice Gouffler, qui rendit aveu le 27 octobre 1415 et le 2 août 1435. Plus tard, vers 1456, Jean Gouffler, héritier dudit Maurice, céda la propriété de la Grassière à Guillaume Herbretin, époux de Marie Menantelle, en échange d'une autre propriété, portant le même nom et située psse de Cosnac, en Saintonge.

Guillaume Herbretin rendit aveu à Montaigu le 22 décembre 1456 ; puis un autre aveu fut rendu le 1er septembre 1463 par Pierre Herbretin, probablement son fils. Ce dernier vivait encore en 1500, car il est nommé un des exécuteurs testamentaires de Guillaume Durcot, sgr de la Servantière, son beau-frère, par testament de ce dernier en date du 7 avril 1500, dont j'ai pris copie aux archives de Puitesson. A Pierre Herbretin succéda Jeanne Herbretin, probablement sa fille, qui épousa Hilaire Burluet, bachelier ès-lois, qui prit le titre de sgr de la Martellière. Ils eurent pour fille Catherine Burluet, qui épousa Claude Méance, sgr d'Estombes, qui, après son mariage prit le titre de sgr de la Grassière. Renée Méance leur fille, dame de la Grassière, épousa Adam Fumée, de Bourdille, et après la mort de ce dernier, Isaac Martineau, sgr de la Berne, capitaine des soldats qui, en 1592, déterrèrent le protestant Gilles Durcot, pour le mettre violemment sous les tombes des anciens sgrs de Chavagnes. De son premier mariage, Renée Méance eut René Fumée, qui lui succéda en la seigneurie de la Grassière ; du second mariage naquirent deux enfants : René Martineau, baptisé le 15 février 1597, et Isaac, baptisé le 22 avril 1598.

René Fumée épousa Renée Nicolon. Ils habitèrent la Grassière : le premier mourut en juin 1626 et l'autre en septembre 1628, ils laissèrent des enfants mineurs. Après eux Henri Fumée, leur fils devint sgr de la Grassière. Il épousa une veuve, nommée Michelle Bouguier, et mourut avant le 3 mars 1670, date d'un inventaire fait après son décès, à la Grassière, à la requête de ladite Bouguier, tutrice et garde noble de Marguerite Fumée, leur fille unique. Lors de cet inventaire elle habitait Saint-Colomban, mais elle avait un mobilier à la Grassière.

Vers 1676 ou 1677, Marguerite Fumée épousa Henri de Chevigné, sgr de la Surie, fils d'Henri de Chevigné, sgr de Prugny, et de Louise Louer, dont les parents habitaient la Limonnière. Né le 13 avril 1652, son parrain fut Henri Fumée, ci-dessus nommé, dont plus tard il épousa la fille. Ils eurent plusieurs enfants, entr'autres René de Chevigné qui devint après eux sgr de la Grassière. Marguerite Fumée mourut le 27 mars 1702, et fut inhumée en l'église de Chavagnes. Henri de Chevigné décéda à l'âge de 74 ans à la Permoulière, le 28 octobre 1724. Il était sans doute allé habiter à la Permoulière après la mort de sa femme et le mariage de son fils.

René de Chevigné, sgr de la Grassière, fils du précédent épousa, en premier mariage, Marie Saulnier, dont il eut deux enfants ; et en second, Marie-Anne Viaud, de laquelle il eut dix-huit enfants, total vingt. Ce fut sans doute cette nombreuse famille qui le détermina à vendre, au sgr de la Rabatelière, toutes ses redevances féodales, comme il sera dit à la fin de cet article. Il mourut en 1746 et fut enterré dans le cimetière, le 2 septembre de ladite année. Après la mort de René de Chevigné, la Grassière échut à Alexandre-Christophe-Joseph de Chevigné, un de ses enfants, qui épousa Louise-Claire Thomasset, dame de la Bedoutière, psse des Brouzils ; ils eurent plusieurs enfants. Ladite dame de Chevigné mourut en février 1764, âgée de 38 ans, et son mari en février 1792, âgé d'environ 77 ans. La propriété de la Grassière appartint ensuite à Louis-Antoine-Augustin-Marie de Chevigné, quatrième enfant des précédents, né en 1753, qui épousa Marie-Henriette-Pélagie du Chaffault. Tous deux moururent pendant la guerre de la Vendée, laissant deux enfants. Une fille mariée à M. Urvoy de Saint-Bédan, qui a légué à la ville de Nantes une très-belle galerie de tableaux, et est morte sans enfants, et M. Louis-Marie-Joseph de Chevigné, né le 30 janvier 1793 et vivant encore en 1871[27]. Comme les derniers propriétaires de la Grassière n'avaient pas émigré , leurs biens furent conservés à leurs enfants. Ce furent ceux-ci qui vendirent les propriétés qu'ils avaient en Chavagnes et qui furent achetées : la Martellière , par des cultivateurs ; les Grépelières, par la famille Gourraud, les Grassières; les Permoulières et le Brûlot, par M. Majou de la Débutrie.

Par acte passé le 14 septembre 1726 devant les notaires de Montaigu, René de Ghevigné, chevr, s^r de la Grassière, la Martellière, les Permoulières &., et Marie-Anne Viaud, sa femme, avaient vendu à Messire René Montaudouin, écuyer, s£r de la Clartière, &, &, le fief noble de la Grassière, hors le fonds d'icelle, consistant dans la façon d'hommage accoutumée se faire au marquis de Montaigu, duquel il était mouvant, hommes, hommages, aveux, vassaux, arrière-vassaux, rachats, juridiction basse, lods, ventes, cens, rentes et devoirs nobles et féodaux, décla­rations nobles et roturières; plus, comme dessus, le fief et jurisdiction basse de l'hôtel et métairie de la Martellière, hors le fonds dont les vendeurs firent expresse réserve ; plus, comme dessus, le fief et seigneurie noble de la Battay, aussi mouvant et relevant du marquisat de Montaigu ; ainsi que lesdits fiefs appartenaient à feue Marguerite Fumée, mère et belle-mère des vendeurs. Le prix de vente était de 6000 livres.

Ceci explique comment les sgrs de la Rabatelière, héritiers de René Montaudouin, étaient devenus sgrs de la Grassière et dépendances, sans avoir la propriété du fonds. Par suite de cette vente, les anciens titres de la Grassière furent transportés à la Rabatelière, où se trouvent ceux sur lesquels j'ai pris les notes contenues en cet article.

Il est à remarquer qu'une famille autre que celle dont nous venons de parler a porté le nom de la Grassière. Son nom était Bertrand ; et quoique quelques-uns de ses membres aient habité Chavagnes, elle n'avait, je crois, aucune parenté avec celle qui possédait notre Grassière. Plusieurs de ses membres sont nommés sur les registres de Chavagnes, dans la première moitié du XVIIe siècle, par exemple, Charles Bertrand, écuyer, sgr de la Grassière, époux de Jeanne Buor ; Louis Bertrand, son fils, époux de Marguerite Surier, et plusieurs autres nommés, de 1597 à 1634, sur les registres de Chavagnes dont ils ont habité le bourg. J'ignore où était située la Grassière dont plusieurs d'entre eux ont porté le nom ; je crois qu'ils étaient de la famille de ces Bertrand, gentilshommes-verriers, sgrs de la Vrignonnière et aussi de Saint -Fulgent, dont deux membres, Jacques et Jean, arrentèrent, en 1486, de Guion de Rezay, sgrs de la Merlatière, des bois à Rorteau et Mongeay, pour y établir une verrerie. Cette famille possédait aussi, dans la psse de Chauché, en 1556, une partie de la Roche-Boursault.

Notons, aussi qu'une dlle de Chevigné de la Grassière épousa, en 1714, Louis Bertrand, sgr d'Ordreville, sorti de Sainte-Flaive, dont la famille existe encore en Chavagnes, notamment à la Tavennerie. Ce Bertrand ne paraît pas avoir été parent de ceux dont je viens de parler.

VIII – La Limonnière

L'herbergement de la Limonnière et le tènement de la Basse-Crépelière relevaient de Montaigu à foy et hommage lige, ligence, 40 jours de garde, et 13 deniers à l'aumônerie de Montaigu pour tout droit de rachat de mortemain.

L'ancien logis de la Limonnière, tout-à-fait détruit, existait dans un verger à gauche en allant de la maison actuelle des métayers vers la grange. Il y avait, dit-on, autrefois une chapelle, mais j'ignore l'endroit précis où elle était placée. Plusieurs pierres de taille des anciennes constructions ont été transportées à la Giroulière, en la Rabatelière ; il y a notamment, sur le palâtre de la porte vitrée de l'ancien logis de la Giroulière, du côté du jardin, une inscription qu'il serait bon de copier. Dans la prairie entre la Limonnière et le petit étang qui y joint, il y avait une glacière, annexe assez ordinaire des anciennes maisons de maître de nos environs.

Voici, d'après le chartrier de Thouars, la note des aveux rendus à Montaigu par les anciens propriétaires de la Limonnière :

Le 18 février 1384, par Jean de Franc, valet ;
Les 7 juin et 15 juillet 1405, et le 9 septembre 1408, par Perrette Savary, probablement sa veuve ;
Le 18 février 1413, par Jean de Franc, valet ;
Le 1er décembre 1473 et le 5 mars 1475, par Jean Guerry ;
Le 13 août 1489, le 5 décembre 1499 et le 23 mai 1503 par Yvon Guerry ;
Le 2 août 1506, par Françoise Duplessis, veuve dud Yvon Guerry ;
Le 2 août 1534 et le 18 juin 1535, par Pierre Roirand écuyer, sgr de l'Amblardière, à cause de Renée Guerry damoiselle, sa femme ;
Le 14 juin 1541, par Renée Guerry, damoiselle, sans doute alors veuve du dit Roirand ;
Le 31  mars 1552,  par Jean Roirand, écuyer, sgr de l'Amblardière, probablement fils du précédent.

Je ne trouve point les noms d'autres sgrs de la Limonnière jusqu'à François Gazeau, écuyer, sgr de la Limonnière qui y habitait sans doute, puisqu'il fut inhumé à Chavagnes le 18 mars 1625. Il avait une fille, Esther Gazeau, dame des Grandes-Maisons, qui, le 4 novembre 1622, avaï épousé Louis Louer, écuyer, sgr de la Toisinière (n'est-ce point Voisinière ?), en Saint-André-Treize-Voies. De ce mariage, naquit Louise Louer, qui épousa Henri de Chevigné, sgr de Preigny. Ceux-ci eurent deux enfants : Pierre de Ghevigné, qui eut le titre de sgr de la Limonnière, et Henri de Chevigné, sgr de la Grassière, dont il est parlé à l'article précédent.

Pierre de Chevigné épousa en premières noces, Marie-Philotée Reygnier, dont il eut une fille, Marie-Magdeleine ; en secondes noces, il se maria, le 28 avril 1710, avec Marie Jobard. On rapporte que celle-ci était sa servante, et qu'ayant refusé de devenir sa maîtresse, il la récompensa de sa vertu en l'épousant. La famille de Chevigné vit ce mariage d'un très-mauvais œil ; aussi aucun de ses membres ne figure sur l'acte de mariage. Ils se réconcilièrent pourtant, car Marie Jobard, alors veuve, fut, le 3 décembre 1728, marraine d'une fille de René de Chevigné de la Grassière, neveu de son mari. Il n'y eut point d'enfants du second mariage de Pierre de Chevigné, qui mourut à la Limonnière en avril 1721. Il avait demeuré à la Pitière-de-Chauché, et y habitait lors du mariage de Marie-Magdeleine, sa fille, avec Paul-Alexandre de la Fontenelle, mariage dont il ne paraît pas qu'il y ait eu d'enfants.

Marie-Magdeleine de Chevigné épousa en secondes noces Philippe-Auguste Bruneau, sgr de la Giroulière, de la famille des anciens sgrs de la Rabatelière, dont elle eut une fille, Céleste Bruneau, mariée à Abraham Tinguy, sgr de la Sauvagère. Elle fut mère : 1° de M. de Tinguy de la Giroulière, qui épousa N... de Goué, dont la postérité existe encore, et 2° de Henriette de Tinguy, femme, en 1768, de Charles-Antoine Durcot de Puitesson, et mère de Charles-Désiré Durcot de Puitesson, père de MM. Adolphe et Ernest Durcot de Puitesson, aujourd'hui vivants (1872).

Ce fut par suite du mariage de Marie-Magdeleine de Chevigné avec Philippe-Auguste Bruneau, que la Limonnière devint, avec la Basse-Crépelière et la Foy-de-la-Limonnière, propriété de la famille de Tinguy, qui possède encore la Limonnière, mais a vendu la Foy-de-la-Limonnière à M. Jean-Marie Damour, et a perdu la Basse-Crépelière, confisquée pendant la Révolution et vendue nationalement.

Une borderie, portant aussi le nom de la Foy-de-la-Limonnière, paraît provenir d'un ancien démembrement de la susdite métairie. Quelques anciens titres, au lieu de la Foy, écrivent Faoy. Je dirai, comme à la Foy-de-l’Etang : est-ce le vrai nom ? est-ce une faute ?


 

IX – La Fouchardière

Cette maison noble relevait à foy et hommage plain de la Grassière, comme il est dit plus haut. Le plus ancien de ses propriétaires dont je connaisse le nom est Charles de la Prévière, sgr de la Robelinière et de la Fouchardière, qui décéda en 1638 et, à cause de la contagion, fut enterré dans son jardin le 2 septembre de ladite année[28]. Jeanne de la Prévière, fille ou petite-fille de Charles, épousa Philippe de Granges de Surgères, sgr des Bigottières, qui mourut le 6 septembre 1703 et fut enterré dans l'église.

Samuel de Granges de Surgères, écuyer, sgr de la Fouchardière, leur fils, épousa Françoise-Eléonore de Sapinaud. Il en eut ……. de Granges de Surgères, marié à dlle Guyomard de Kervalloc, et père d'un fils, Louis de Granges de Surgères, et de deux filles, dont l'une épousa M. Thibaud de la Pinière et l'autre n'a pas été mariée. Louis de Granges de Surgères s'allia à une demoiselle de la Rochefoucaud-Bayers et mourut vers la fin de 1851, laissant un fils et deux filles. Après sa mort, la propriété de la Fouchardière fut mise en vente et acquise par M. Jules Fayau, qui y habite aujourd'hui après y avoir fait plusieurs réparations et agrandissements (1873).

De la .Fouchardière, dépendait la métairie de Bel-Air, vendue à la famille Thiériot par les héritiers Clérisseau, descendants de la famille de Surgères. En dépendaient aussi, les moulins à eau et à vent dits de Corbeau, que les anciens propriétaires ont vendus à des meuniers.

X – Les Grand et Petit Preuilly

Ces propriétés formaient deux fiefs, tenus de Montaigu à foy et hommage lige, ligence et 40 jours de garde.

Les plus anciens sgr de Preuilly n'avaient point d'autre nom que celui de leur terre, ainsi que le prouve la liste des aveux rendus par eux, d'après le chartrier de Thouars :

En 1370 et le 10 mars 1387, par Guillaume de Preuilly ;

En 1467, le 16 septembre, par Jean de Preuilly, écuyer ;

En 1474, le 1er juin, par François de Preuilly ;

En 1500, le 2 octobre, par François de Preuilly, fils du précédent (archives de la Rabatelière) ;

En 1502, le 24 mars, par le même ;

En 1553, les 5 et 9 mai, par Jean de la Forest, écuyer, sgr du Bois-Pothieau ;

En 1599, le sgr de Preuilly était Gilles de la Forest (archives de la Rabatelière) ;

En 1634, François de la Forest, sgr de Preuilly, décéda et eut pour successeur Jean de la Forest, son frère cadet ;

En 1638, le 9 mai, aveu est rendu par Jean de la Forest, écuyer, comme héritier bénéficiaire dudit François, son frère aîné, mort en 1634. Il fut enterré le 6 mars de ladite année, en sa chapelle de Chavagnes. Outre les deux Preuilly, la famille de la Forest avait le fief de la Haute-Crépelière, en Chavagnes, tenu à hommage plain, et ceux de Puyravault et Puydoré, en la Boissière, tenus à hommage lige.

Après la famille de la Forest, mais je ne puis dire à quelle époque ni à quel titre, la propriété de Preuilly passa à la famille Irland. Aujourd'hui elle appartient à M. de Romans, héritier ou donataire de Mme Bodet de la Fenêtre, née Irland de Bazoges. En 1783, Jean-Jacques Irland était sgr de Preuilly ; en 1789, c'était François-Hubert Irland de Bazoges.

II y avait au Grand-Preuilly un ancien château avec des tourelles ; mais il fut, peu d'années avant la Révolution, démoli par les ordres du propriétaire, sans doute pour son peu de solidité. Il était dans l'emplacement où est aujourd'hui la maison des fermiers; ses caves furent comblées avec les pierres provenant de la démolition, dont plusieurs étaient taillées. Je tiens ces détails du bonhomme Pierre Piveteau, maçon, demeurant à la Morinière, décédé vers 1827. Lui ou son père avait travaillé à cette démolition. L'ancienne chapelle existe encore, mais ses murs ont été baissés et elle sert aujourd'hui de toit à bœufs. Elle est à droite en sortant de la maison des fermiers, entre la cour et l’ancien jardin ; elle a un soubassement en pierre de taille. La porte, qui est en plein cintre, a été murée, et on en a pratiqué une autre du côté de la cour pour faire entrer les bestiaux ; la construction ne paraît pas très-antique. Cette chapelle était surmontée d'un petit clocher, démoli depuis longtemps, mais connu de personnes qui l’avaient vu dans leur jeunesse.

Il ne faut pas confondre cette chapelle avec celle que les sgrs de Preuilly avaient au bourg de Chavagnes et qui était vis-à-vis le logis appelé la Chaillière, sur le bord du chemin conduisant à la Dédrie ; c'est dans cette chapelle que fut, comme on a dit plus haut, enterré, en 1634, François de la Forest, sgr de Preuilly. Elle était à droite en entrant dans le cimetière actuel ; je crois qu'on la nommait chapelle de Notre-Dame.

Les sgrs de Preuilly avaient autrefois droit de moyenne et haute justice sur les tènements de Monregard et la Morinière en Chavagnes : le droit de basse justice appartenait aux sgrs de Puy-Greffier, en Saint-Fulgent. Avant la Révolution, il y avait au Grand-Preuilly un grenier à sel, qui était placé sur le bord du chemin à droite en montant vers les landes. La métairie du Petit-Preuilly a été confisquée pendant la Révolution et vendue nationalement.

Monregard ou Mauregard, métairie, joignait les Preuilly et en dépendait.

XI – La Bultière

Hôtel et maison noble, dont le nom s'écrit aussi Bulletière et Belutière, était qualifiée de Sergenterie féale[29]. Quoique sise en la châtellenie dé Montaigu, elle relevait du Coin-Foucaud, en Saint-André-Goule-d'Oie, à foy et hommage plain sans rachat ni plait de mortemain à 3 deniers de noble et franc devoir annuel rendable en deux termes, 1 à la Saint-Jean-Baptiste et 2 à Noël, le fief du Coin-Foucaud étant depuis longtemps devenu la propriété du sgr de l’Anguiller, en Chauché, c'était à ce dernier que se rendaient les aveux de la Bultière et que se payait la redevance des 3 deniers. Le sgr de l’Anguiller rendait lui-même hommage au sgr des Essarts, successeur de celui de Palluau d'où relevait originairement le fief de l’Anguiller.

Les dépendances de la Bultière, mentionnées dans les aveux sont, outre l'hôtel et herbergement noble dudit lieu, la maison et métairie de la Mussauderie (c'était sans doute de ce qu'on nomme aujourd'hui la métairie de la Bultière), les tènements des Triounières et de la Boulterie. Le propriétaire de la Bultière avait droit de pêcherie et deffens en la Grande-Maine, tant que continuaient ses domaines. Il y avait en les landes de la Bultière un moulin à vent turquois, qui était ruiné dès 1776, II était en un carrefour, sur le haut du chemin descendant au moulin à eau de Corbeau. On en voyait encore des ruines, il y a peu d'années.

La Bultière a longtemps appartenu à une famille du nom de Savary, éteinte aujourd'hui, mais qui avait possédé, dans nos environs plusieurs importantes propriétés. Elle était protestante.

En 1467, dans le rôle du ban: de Poitou envoyé par ordre de Louis XI, figurent Jean Savary et deux François Savary[30] parmi les Brigandiers du sgr de Belleville. Pierre Savary, sgr de la Fortécuyère, fut un de ceux qui, à la tête d'un parti protestant, pillèrent, en 1563, la ville et le château de Montaigu. Dans l'acte de vente de la maison de la confrérie de l'Assomption de Notre-Dame, daté du 25 janvier 1470, figure Jehan Savary, l'aîné, époux de Jeanne de Saint-Aignan, sgr de la Buletière. Dans un vieux registre d'aveux dont la date a été emportée par l'usure du papier, mais dont l'écriture et les noms qui y sont portés indiquent le commencement du XVe siècle, on nomme Jean Savary, fils de Pierre, comme rendant son aveu à Richard, fils du duc de Bretagne, comte d'Etampes, sgr de Clisson et de Palluau, pour les villages et tènements de la Belutière, la Mussaudière, la Boutère et la Trionnière en la châtellenie de Montaigu.

François Savary, écuyer, fit dresser, le 3 novembre 1550, et présenta le 13 mars suivant, à Claude de Belleville, sgr de Cosnac, Belleville et l'Anguiller, à cause de sa seigneurie du Coin-Foucaud, jadis tenue de la seigneurie de Palluau et de présent de la baronnie des Essarts, son aveu pour la Bulletière et dépendances.

Vers ce temps, une dlle Savary ayant épousé Jacques Mareschal, sgr des Ardias, la Bulletière passa à la famille de celui-ci ; mais après deux ou trois générations cette propriété retourna, sans doute par succession, à la famille Savary.

Le 9 mai 1576, un aveu pareil à celui du 3 novembre 1550, fut rendu par Jacques Mareschal à cause de …. Savary, sa femme. Le 22 novembre 1599, aux assises de la Guichardière, s'est présenté Jacques Mareschal, sgr de la Bulletière et des Ardias pour rendre aveu de rentes sur la Morinière, l'Huguetière, la Tavernerie et la Vergne des Brouzils. C'est probablement ce Jacques Mareschal qui était époux d'une Savary. Après lui vint René Mareschal, qui épousa Israélite Prévost et décéda avant 1618, laissant un fils nommé Théophile ; sa veuve épousa, en secondes noces, Paul Robineau, écuyer, sgr de la Cantinière, qui devint tuteur dudit Théophile, et qui, en cette qualité, rendit aveu pour la Bultière le 31 mars 1618. Il ne se trouve plus ensuite de Mareschal, sgr de la Bultière ; Théophile Mareschal mourut probablement sans postérité, et la Bultière retourna aux Savary, car, le 21 juin 1651, Jonas Savary en rendit aveu ; puis un autre aveu fut rendu, le 26 avril 1684, par Polexandre Savary, écuyer, sgr de la Bultière, y demeurant.

Ce dernier ne laissa qu'une fille, Marie, qui épousa Louis-Jonas de Bessay, sgr de la Coutancière, et mourut ne laissant elle-même qu'une fille, Marie de Bessay, au nom de laquelle ledit sgr de Bessay, son père et tuteur, rendit aveu le 21 avril 1692 ; il habitait alors la Bultière. Marie de Bessay épousa Louis Le Bascle, comte d'Argenteuil ; elle était veuve en 1727, et n'avait accepté que sous bénéfice d'inventaire la succession de son aïeul Polexandre Savary. Après la mort de son mari, elle fit rendre son aveu par Pierre Audureau, fermier, puis acquéreur de la Bultière, antérieurement au 16 octobre 1734.

Celui-ci mourut sans enfants, et il eut pour héritier son frère Mathurin Audureau, sgr de la Rigaudière, qui épousa, le 12 mai 1750, Marie-Anne-Céleste Bousseau, fille de Charles Bousseau, sgr des Filées, notaire, demeurant à Chavagnes, et de Marianne-Céleste Rochelet, d'une très-ancienne famille du bourg qui avait fourni plusieurs notaires. Ils eurent entr'autres enfants, Armand-Gabriel Audureau de la Bultière, qui épousa Rose-Aimée-Désirée Guesdon, dont un fils mort à l'armée, sous le premier empire, et deux filles : la jeune, Armande, décédée sans postérité, et l'aînée, Claire Audureau, mariée à Aimé Thiériot, mon cousin germain. De ce mariage naquirent Pierre Thiériot, qui épousa Rosalie Damour, ma belle-sœur et mourut sans enfants en 1867, et Alexis Thiériot, né en 1815. Celui-ci a épousé Mlle Meunier, de Chantonnay ; il est décédé laissant trois enfants, savoir : une fille, mariée à M. Charles Legras de Grandcourt et deux fils, Aimé et Maurice. La Bultière, avec ses deux métairies, appartient aujourd'hui à ladite dame de Grandcourt.

XII – La Chardière ou l’Achardière

La Chardière avait le titre de maison noble, mais je n'ai point vu de pièce indiquant d'où elle relevait. On peut croire que son constructeur s'appelait Achard, mais son plus ancien propriétaire dont je trouve le nom est Jacques Méance, qui, le 21 septembre 1564, acheta, avec Claude Méance, son frère, sgr de la Grassière, les métairies de la Grande et Petite Huguetière, en Chavagnes. Jacques Méance fut, avant le 5 juillet 1589, assassiné par Isaac Martineau, sgr de Besne, son beau-frère ou neveu ; celui-ci fut déféré à la justice, mais je ne trouve rien qui constate quel fut le résultat des poursuites. Ce sgr de la Chardière était vice-sénéchal de Fontenay ; il laissa un fils du même nom que lui. En 1534, le juge châtelain de Montaigu se nommait Jacques Méance; était-ce le même ? Le dernier Méance, fils ou petit-fils de celui qui avait été assassiné par Isaac Martineau, mourut, je crois, sans postérité en 1629, et fut enterré à Chavagnes le 2 novembre de ladite année. D'après les registres de la paroisse, il se nommait Jean. Je crois avoir vu sa tombe parmi celles provenant de l'ancienne église ; le nom avait été en partie coupé, mais il était resté trois mains les doigts en haut, que je crois être les armoiries de cette famille. Jacques Méance, sgr de la Chardière, avait pour femme Marie Bonnier ou Bouhier et fut, le 10 juillet 1602, père de Pierre Méance. Je ne trouve point l'acte de naissance de Jean, dont je viens de parler.

Je ne rencontre ensuite aucun nom de propriétaire de la Chardière autre que Gabrielle Le Geay, fille d'André Le Geay, grand prévost de Poitou[31]. Elle épousa François Suzannet, sgr de Pontabert, mariage dont est issue la famille actuelle de Suzannet, Gabrielle Le Geay, devenue veuve, épousa en second mariage Daniel Prévost, sgr de la Frasgnée. En 1669, ils demeuraient à la Chardière, mais il ne resta point d'enfants de ce mariage. Comment la Chardière appartenait-elle à Gabrielle Le Geay ? Je supposerais qu'elle l'a eue de la succession d'André Le Geay, son père, qui la tenait, par acquêt ou succession, des héritiers Méance, mais je n'en trouve aucune preuve positive.

Après Gabrielle Le Geay, la Chardière passa au fils né de son premier mariage, Gabriel de Suzannet, qui épousa, en 1696, dame Israélite de Mauclerc. Leur fils aîné, Gabriel, périt par accident à la Fouchardière, le 14 février 1725. Par suite de ce décès, la Chardière échut à Guy-François de Suzannet, sgr de la Clartière, frère du défunt, qui épousa, en 1737, Marie-Gabrielle de Bessay, dont Pierre-Alexandre-Gabriel et Jean-Baptiste de Suzannet. Le premier, qui portait le titre de baron, épousa, en 1768, Louise-Charlotte-Angélique de Caumont, petite-nièce, à la mode de Bretagne, de Mme de Maintenon. A la Révolution, il émigra et ne rentra en France qu'à la Restauration. Il mourut à Paris, vers le mois de février 1814. Il avait embrassé la carrière de la marine et était capitaine de vaisseau avant la Révolution. A la Restauration, il reçut le grade de vice-amiral et le titre de commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. Son frère, connu sous le nom de chevr de .Suzannet, servit aussi dans la marine ; il mourut sans enfants pendant la Révolution, dont il paraît qu'il fut victime.

Attaché à l'état-major de Bougainville, il l'accompagna dans son voyage autour du monde et découvrit dans l'Océan une île à laquelle on donna le nom d'île Suzannet, que les Anglais et les Hollandais ont depuis appelée Vischers ou des Pêcheurs. Elle est, je crois, dans les environs de la Nouvelle-Irlande[32].

Le baron de Suzannet eut pour fils Jean-Baptiste-Constant, connu sous le nom de général de Suzannet, qui, après la mort de Charrette, essaya de raviver l'insurrection vendéenne, mais échoua complètement après avoir été blessé à Melay, près Montaigu, dans un combat qui mit fin à cette tentative de soulèvement. Il fut un des chefs de l'insurrection qui éclata dans la Vendée pendant les Cent Jours, mais, blessé mortellement au combat de Rocheservière, 19 juin 1815, il mourut au bout de quelques jours dans une métairie de la commune de Maisdon, où il avait été transporté, et fut enterré dans l'église paroissiale. Il était lieutenant-général et commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. Sa femme, Charlotte-Pierre-Esther de Loynes des Marais d'Autroche lui survécut : ils eurent deux enfants; Louis-Constant-Alexandre et Félicie. Le premier épousa Mlle Pauline Piscatory de Vaufreland, et en eut un fils, Louis, et deux filles, Constance et Henriette. Mlle de Suzannet a épousé M. de Beaumont d'Autichamp, et en a eu plusieurs enfants.

Outre le général, le baron de Suzannet eut une fille, Emilie-Louise-Gabrielle, qui épousa d'abord M. de Roirand, dont elle n'eut pas d'enfants, puis, M. Jean-Marie Nouail de la Villegille. De ce mariage est né M. Pierre-Arthur Nouail de la Villegile, savant antiquaire, secrétaire général du Comité des Travaux historiques. Celui-ci a épousé Mlle Clotilde Girard de Villesaison, et en a eu deux enfants, un fils, Arthur de la Villegile, marié à Mlle Jeanne Boudon, et une fille Marguerite, aujourd'hui, veuve avec un enfant de M. de Gravillon, tué à la bataille de Patay.

Le château de la Chardière fut pillé et incendié pendant la guerre de la Vendée ; il n'avait rien de bien remarquable sous le rapport de l'architecture. Le château actuel a été bâti en 1810, par le général de Suzannet, sur l'emplacement de l'ancien.

Au mois de février 1793, deux lettres de Victor Goupilleau, commissaire national près le tribunal du district de Montaigu, à son frère le Conventionnel, mentionnent une trouvaille d'or, d'argent et d'argenterie faite à la Chardière. Près de celle-ci existait un tènement nommé la Petite-Chardière, possédé, en 1642, par les sgr et dame de la Grande-Chardière, le sgr de la Gestière et autres ; ce tènement était situé entre les terres de la Dédrie, de la Lagère et de la Grande-Chardière.

XIII – La Bonellère et Passavant

II y avait jadis, au village de la Bonellière, un hôtel noble nommé Passavant qui, sous l'hommage lige que le sgr de la Martellière rendait à Montaigu, relevait de ladite Martellière à foy et hommage plain et à rachat abonné à 60 sols par chaque muance d'homme. Cet hôtel et les terres en dépendant se sont confondus dans la métairie que la famille de Suzannet possédait à la Bonellière, et qui, vendue en détail il y a quelques années par Mme d'Au-tichamp, née de Suzannet, avait autrefois appartenu à André Le Geay, sr de la Gestière, grand prévost de Poitou. Il ne reste aujourd'hui à la Bonellière aucun vestige de maison tant soit peu importante ; et le nom de Passavant est complètement, oublié à Chavagnes, à moins qu'on ne veuille en trouver un vestige dans le nom de Champ-d'Avant que porte une des pièces de terre de la métairie.

Le lieu et hôtel noble de Passavant relevait, comme on vient de le dire, de la Martellière, cependant une portion relevait de la Goyère, en Saint-Georges, Une métairie ou borderie sise à la Bonellière, portait, en 1534, le nom de métairie de la Martellière, parce qu'elle appartenait ou avait appartenu à Hilaire Burluet, sgr de la Martellière ; elle s'est fondue en la métairie vendue par Mme d'Autichamp.

La famille Gourraud possédait aussi, dès le milieu du XVIIe, une petite métairie à la Bonellière et plusieurs de ses membres en ont porté le nom ; par exemple, Alexandre Gourraud, né le 2 novembre 1644. Son fils, portant les mêmes noms et qualité, fut la tige de la famille Gourraud qui a longtemps habité la commune de Sainte-Florence et est aujourd'hui dispersée dans les environs. Je dois faire observer que cette dernière branche n'a pas conservé l'orthographe primitive de notre nom, dont elle a supprimé un r.

XIV – La Brunière

Maison noble et fief relevant de Montaigu à foi et hommage lige, ligence de 40 jours de garde et 13 deniers de rachat à l’aumônerie de Montaigu.

Le nom de Brunière paraît tiré de Brun ou Bruneau, mais plutôt de Brun, car, si c'était de Bruneau, on aurait dit Brunellière.

Voici la liste des aveux rendus pour ce fief au château de Montaigu, et les noms de ceux qui les ont rendus, le tout extrait des archives du château de Thouars :

Samedi, jour de Saint-Grégoire, 1374, par Gaudié de l'Etang ;

18 mars 1384, par Guillaume de l'Etang ;

30 juillet 1403, par Jehan de Thorigné ;

31 juillet 1435, par Alain de Thorigné ;

15 juillet 1500, par Mathurin de Thorigné ;

4 juin 1503, par Catherine de Thorigné ;

20 juin 1535, par Jehan Des Nouhes, sgr de la Javellière, à cause de Gillette de Thorigné, sa femme ;

Et 15 mai 1552, par ladite Gillette de Thorigné, veuve dudit Jehan Des Nouhes.

La Brunière devint ensuite la propriété de la famille Laheu, qui paraît avoir été en très bonnes relations avec la famille Bruneau, propriétaire du château de la Rabatelière, et en avoir été protégée. En effet, dans un procès-verbal d'assises de la Guichardière et la Haye, qui fait partie des archives de la Rabatelière, Pierre Laheu, sr de la Vrignay[33], figure comme fondé de pouvoirs de Renée de la Mothe, veuve de Charles Bruneau, sgr de la Rabatelière, le 22 novembre 1599. En 1617, ledit Pierre Laheu, sgr de la Vrignay, demeurait, sans doute comme fermier, à l’Hulière, psse de Chavagnes. Ce fut lui qui, par acquêt ou succession, devint, le premier de sa famille, propriétaire de la Brunière, dont il prit le nom, pour la première fois à ma connaissance, dans un acte de baptême du 14 février 1621 (registres de Chavagnes). Sur les registres de Chauché se trouve, à la date du 9 juin 1609, le mariage, célébré dans la chapelle du château de la Rabatelière, d'honorable homme Pierre Laheu avec dlle Pierrette Crespeau, de Chambretaud. Sur les mêmes registres on trouve, le 11 janvier 1612, le mariage de Jacquette Laheu, fille de honorable homme Pierre Laheu et de feue Marie Alluchon avec honorable homme Auguste Blouin. Marie Alluchon, femme de Pierre Laheu, vivait encore le 6 janvier 1599 (registres de Chavagnes). Je ne sais si le Pierre Laheu nommé en ces deux actes est le sgr de la Vrignay ou un de ses parents.

Pierre Laheu de la Brunière eut pour successeur son fils Alexandre, sgr du Coin, qui prit le nom de la métairie qu'il possédait au village de ce nom, en Saint-André-Goule-d'Oie. Il rendit son hommage à Montaigu le 20 mai 1638. De Marie Viaudet, il eut plusieurs enfants, dont quatre furent baptisés à la Rabatelière. Alexandre, sgr du Coin, était gendarme de la compagnie de Mgr le Prince (le grand Condé). Cette compagnie était un corps d'élite, attaché à la personne du prince, et non ce qu'est aujourd'hui la gendarmerie. En effet, François Bruneau de la Rabatelière, qui était capitaine de cette compagnie, met, en l'énumération de ses titres, cette qualité avant celle de maréchal de camp. Renée, fille d'Alexandre Laheu, baptisée le 29 mars 1645, eut pour parrain Mathurin Augereau, sgr de Meslon ; et comme Jeanne Laheu, mère de celui-ci, était ma quintisaïeule, il est évident que nos familles étaient parentes. En outre, Pierre Gourraud, notaire à Saint-Fulgent, mon quintisaïeul, était petit-fils d'Antoinette Laheu, femme de Jehan Thomaiseau. J'ai entendu dire que le dernier Laheu de la Brunière, se voyant sans enfants, avait voulu laisser sa fortune à Pierre Gourraud de la Bonellière, mon aïeul, qui aurait refusé.

C'est dans un acte du 10 décembre 1646 que j'ai vu pour la première fois la qualité d'écuyer donnée audit Alexandre Laheu. Ce dernier habitait, en 1646, la paroisse de Saint-André-Goule-d'Oie, probablement au Coin, dont il était sgr ; mais, en 1649, lui et sa femme Marie Viaudet étaient paroissiens de Chavagnes.

La Brunière appartint ensuite à un autre Alexandre Laheu, fils du précédent, époux de Louise Maucourt, dont il eut plusieurs enfants. Il mourut le 1er mars 1694 et fut enterré le lendemain en l'église de Chavagnes. Après lui fut sgr de la Brunière Jean-Baptiste Laheu, son fils, qui, le 8 février 1712, épousa Perrine-Marguerite de Chevigné, fille d'Henri de Chevigné, sgr de la Surie, et de Marguerite Fumée. Je ne lui trouve qu'une fille, Jeanne-Madeleine, baptisée le 22 décembre 1714, et qui ne paraît pas avoir survécu à ses parents- Il mourut âgé de 67 ans, au Coin, mais fut enterré en l'église de Chavagnes, le 16 juin 1737, où sa femme, morte à 37 ans, avait été inhumée le 4 avril 1717. Il a existé un troisième Alexandre Laheu, du Coin, frère du précédent, qui épousa Marie Frappier ; les registres de Chavagnes ne font aucune mention d'enfant né de leur mariage. Je n'y ai point trouvé non plus le décès dudit Alexandre Laheu, mais seulement celui de ladite Frappier, sa femme, enterrée le 16 septembre 1755 dans le cimetière près la croix ; elle était âgée d'environ 80 ans. Ce dut être vers ce temps que s'éteignit, à Chavagnes, la famille Laheu. La Brunière et ses dépendances, consistant principalement en les métairies du Coin et du Peux, passèrent alors, probablement par acquêt, à la famille de Royrand, de la Roussière en Saint-Fulgent.

L'ancien logis de la Brunière était situé sur le haut du coteau qui est entre les métairies actuelles et le ruisseau ; on peut encore reconnaître les limites de la cour qui y joignait et dans laquelle on entrait par un grand portail en granit, voûté en anse de panier, qui a subsisté jusqu'à ces dernières années. J'ai oublié la date qui y était inscrite, mais c'était vers 1720. Le logis était à droite en entrant dans la cour, à ce que m'ont dit des vieillards. M. de Royrand, nouveau propriétaire de la Brunière, ne trouvant pas l'ancien logis assez beau, et voulant profiter du voisinage de la nouvelle grande route de Nantes à la Rochelle pour se faire une habitation plus agréable, entreprit de construire à la Brunière un vaste château sur la partie la plus élevée de la propriété. On commença par démolir l'ancien logis, dont les meilleurs matériaux furent employés dans la nouvelle construction, mais la guerre de la Vendée, où périt le propriétaire, qui avait un grade élevé dans l'armée royale, arrêta l'exécution du plan. Quand l'insurrection éclata, il n'y avait de construit que les deux ailes, séparées par une vaste cour. M. de Royrand habita provisoirement l'aile du midi, en attendant qu'on pût bâtir le reste. L'aile du nord contenait les écuries et autres servitudes. Le château, qui devait joindre les deux ailes et être établi parallèlement à la grande route, entre la cour et le jardin clos de murs, ne fut pas même commencé ; on voit cependant, dans l'emplacement qu'il devait occuper, l'excavation creusée pour les caves. Les républicains pillèrent et incendièrent l'aile du midi ; celle du nord, après avoir eu plusieurs de ses matériaux employés à des réparations, a été abandonnée et est tombée tout-à-fait en ruines, et bientôt, de ce qui devait être un château important, il ne subsistera plus que quelques pans de murs en partie ruinés, restes de la clôture du jardin et de quelques bâtiments de servitude. Sous le rapport de l'art, on ne doit pas regretter que le château de la Brunière n'ait pas été terminé, car, dans ce qui avait été bâti, on n'avait employé que de la brique au lieu de pierre de taille, et pour cela M. de Royrand avait établi un four à briques et à tuiles dans un champ, sur le bord du chemin passant au nord de ses nouvelles bâtisses.

La Brunière fut vendue par la Nation ; en 1830, elle fut rachetée par Mme de Guerry, sœur et héritière de celui sur qui elle avait été confisquée ; M. Etienne Trastour l'a acquise de son petit-fils, M. Joseph Guerry de Beauregard. Dans les titres de la Rabatelière est nommé un Mathurin Laheu, qui, en 1566, se rendit adjudicataire de redevances saisies sur le sgr de Preuilly ; il était sans doute de Ja famille qui posséda plus tard la Brunière.

XV – La Cavetière

Hôtel et maison noble relevant de l'Etang à foi et hommage plain et à rachat par mutation de vassal, dont les anciens bâtiments forment aujourd'hui l'habitation des fermiers. On croit qu'elle a jadis été baissée d'un étage ; du moins, en y faisant faire des réparations, j'ai trouvé les débris d'un escalier en granit indiquant une construction plus élevée que celle existant aujourd'hui. La métairie était jadis dans un quaireux, près du petit abreuvoir, mais il n'en reste plus de vestiges.

En 1537, la Cavetière appartenait à Nicole Herbretin, veuve de Jehan de Montsorbier. En 1577, le 23 septembre, le propriétaire était Mathurin de Montsorbier, qui y habitait. Le 5 juin 1620, elle fut, avec la Baudrière et diverses rentes et redevances, vendue par Pierre de Juyteau, sgr de l'Audelière, et Anne de Montsorbier, sa femme, à Paul Suzenet, sgr de la Favrelière, demeurant à Mouchamps ; et, par acte du même jour, celui-ci l'échangea avec Moïse Prieur, écuyer, sgr de la Grange, et Olimpe de Saint-Hilaire, sa femme, contre la métairie de Grange-Gallus, sise en la susdite psse. Lors de cet échange, ledit Prieur demeurait à la Fouresterie-Grignon, psse de la Jaudonnière ; mais, en 1622, il était à la Cavetière, dont il ajoutait le nom à son titre de ssr de la Grange.

En 1648, Louise Prieur, épouse de Jacques de Grailly, sgr de Chameau, écuyer, Paul et André Prieur, étaient sgrs de la Cavetière ; mais, soit par suite de décès des deux derniers, soit par suite d'arrangements de famille, la Cavetière appartint en entier à ladite Louise. Elle laissa pour unique héritier … de Grailly, qui épousa Marguerite de Greaulme et survécut à sa femme, laissant quatre filles, savoir : Marie, qui épousa Charles d'Arnacq, Marguerite, Catherine et Françoise de Grailly. Elles firent, le 22 juin 1690, devant Moreau, notaire en la baronnie d'Angles, le partage des biens de la succession de ladite Louise Prieur, leur aïeule, consistant, outre la Cavetière, en les métairies du Plessis, de la Baudrière et diverses rentes. Le tout fut acquis par Etienne Marchais, sgr de la Bocquerie, et ses deux fils Pierre-François et Alexandre, de 1709 à 1721. Auxdits Marchais succéda Marie-Anne-Louise Marchais, leur petite-fille, fille et nièce, qui épousa Hardouin-Aimé Thiériot, docteur-médecin, mon grand-père. Après la mort de celui-ci, la Cavetière échut à Julie-Angélique Thiériot, dlle de la Guihonnière, ma tante, de la succession de laquelle j'ai eu la métairie de la Cavetière.

Au palatre d'une fenêtre de grenier donnant du côté du jardin, on voit un écusson dont j'ai les armoiries sur une ancienne tombe en granit provenant de l'ancien cimetière, où elle a longtemps fait une marche de la petite porte donnant sur cet ancien cimetière ; au-dessous était une épée droite. Ces armoiries ne sont point celles des Montsorbier, qui ont autrefois possédé la Cavetière. Seraient-ce celles des familles Prieur, Grailly ou Herbretin ?

On dit ordinairement Cafetière au lieu de Cavetière, qui est le vrai nom, venant probablement de Cavet, nom d'homme, ou peut-être de cave, car il parait qu'il en a existé une sous la maison.

Autrefois la Cavetière devait à l'hôpital de Montaigu une rente de 32 sols au terme de mi-août et y rendable, savoir : 30 sols pour l'abonnement de l'homme et du cheval que le propriétaire de ladite métairie était obligé de fournir, pour aider à ramasser le carnage dû audit hôpital en la psse des Brouzils, et 2 sols d'ancien devoir dû audit hôpital. Cette rente étant évidemment féodale, la commission administrative en a déchargé le receveur, par une décision du 4 janvier 1811 qui est au bas d'un titre nouveau de ladite rente du 30 août 1739.


 

XVI – La Proustière

L'ancienne forme de ce nom est Prévostière, venant de Prévost ou Provost, famille qui a longtemps été une des principales de nos environs et a possédé la Guichardière, la Brenénière, la Mancellière, le Bignon-de-Chauché, etc. Si, en écrivant le nom de Provost, on change le v en u, suivant l'ancien usage, ou aura Proust. Au reste, dans un bail à rente du 13 janvier 1448, que possède mon neveu Benjamin Gourraud, on trouve ce nom de Prévostière.

La Proustière était un fief noble, relevant de Montaigu, comme plusieurs de ceux dont nous avons déjà parlé, à foi et hommage plain et à 13 deniers pour rachat et plait de mortemain à payer à l'aumônerie, &, &.

Voici, d'après le chartrier de Thouars, la note de divers aveux :

4 janvier 1449t par Guillaume Bellinaud ;
26 septembre 1452, par Pierre du Tréhant ;
19 décembre 1457, par Tiphaine  Reynaud, veuve de Guillaume Bellinaud ;
14 septembre 1467, par Jacques Bellinaud ;
20 septembre 1473, par le même ou un homonyme, prêtre ;
28 novembre 1474, par Pierre Bellinaud ;
12 août 1505, par André Bellinaud, clerc.

Des copies des cinq premiers aveux existent à la Proustière.

Le bail à rente du 13 janvier 1448 ci-dessus mentionné porte que Pierre du Tréhant, écuyer, sr des Boulières, a baillé et affermé à Etienne Navarre le lieu et tènement de la Prévostière, en la psse de Chavagnes, pour le prix de trois sestiers de seigle, mesure de Montaigu, de annuelle et perpétuelle rente ou ferme, rendable à la Notre-Dame d'aoust audit lieu des Boulières ou ailleurs en la châtellenie de Montaigu ; réservé toutefois audit écuyer le droit de seigneurie et façon d'hommage. Et fut dit et convenu entre les parties que ledit Navarre ne pourrait, ni les siens et ayant cause, vendre, aliéner, ni autrement transporter à quelques personnes que ce soit les choses baillées, ni aucune d'elles et qu'elles ne pourront cheoir en partage ni division après la mort dudit Navarre, entre ses héritiers par quelque manière que ce soit.

Faisons observer que, d'après l'aveu du 26 septembre 1452, Pierre du Tréhant ne possédait que la moitié du tènement de la Proustière, et que, par conséquent, le bail à rente ci-dessus relaté ne peut concerner que cette moitié ; et, comme la famille Navarre a possédé, à titre de preneur à rente foncière, la totalité dudit tènement, il s'en suit qu'il a dû nécessairement y avoir une autre baillette, que je n'ai point vue. Elle a dû porter plus de 3 septiers (48 boisseaux) de seigle, parce que les rentes foncières dues sur la Proustière étaient, d'après les anciens gaulaiements, de 133 boisseaux de seigle, 16 de froment et 2 chapons ; le tout appartenant pour une moitié aux héritiers de Pierre Le Geay, sr de la Proustière, et pour l'autre moitié aux héritiers de Jacques Guyard. Le second bail à rente foncière a dû, comme celui du 13 janvier 1448 porter défense aux preneurs de partager ni aliéner la propriété.

En exécution de ces conditions, la Proustière resta indivise entre les successeurs d'Etienne Navarre jusqu'au 26 juillet 1644. À cette époque, les revenus se partageaient en 65 parts ou tétées indivises, dont 23 appartenaient à André Gourraud, sr de la Guibonnière, qui les avait acquises de quelques-uns des successeurs dudit Navarre, et les 42 restant aux autres successeurs de ce dernier.

En cet état, ledit sr de la Guibonnière, voulant faire cesser l'indivision dans laquelle il se trouvait avec la famille Navarre, intenta une action en partage. Ses coïntéressés ne s'y refusèrent pas, mais comme les proportions dans lesquelles les ayant-droit étaient fondés auraient rendu un partage en nature fort difficile, il fut convenu, par acte du 2 juillet 1644, que le sr de la Guibonnière achetterait de ses copropriétaires 9 parts 1/2 qui, jointes à ses 23, lui feraient 32 parts 1/2 et par conséquent la moitié des 65 parts formant la totalité du tènement. Le prix fut fixé à 150 livres, payées comptant ; l'acte de partage fut passé le 7 janvier 1650.

L'interdiction de partager la Proustière, portée en l'arrentement ci-dessus relaté, a pu et dû être annulée par le sr de la Guibonnière, comme étant seul aux droits des héritiers mâles de Pierre Le Geay, sr de la Proustière, son beau-père, à cause de Marguerite Le Geay, fille aînée de celui-ci, et de la réserve de seigneurie faite en l'arrentement de 1448 en faveur du bailleur à rente aux droits duquel était ledit Le Geay. Celui-ci, ayant conservé le domaine direct de la Proustière, avait droit d'en prendre le titre quoiqu'il n'en eût pas le domaine utile, remplacé par la rente foncière qu'il recevait.

Ce ne fut qu'après le partage de la Proustière qu’André Gourraud, sr de la Guibonnière, vint y habiter. Il est probable que ce fut alors qu'il en fit bâtir le logis. Auparavant il avait demeuré au bourg de Chavagnes et à la Cantetière, psse des Brouzils, propriété appartenant à Marie Royrand, aïeule de Marguerite Le Geay, sa femme. André Gourraud y fit plusieurs acquisitions qu'augmentèrent ses descendants ; en 1789, la propriété entière appartenait à son petit-fils Pierre-Charles-Marie Gourraud, sr de la Proustière, mon père.

XVII – La Brenénière

Ce nom, écrit aussi Brelainières, s'applique à deux métairies, la grande Brenénière et la petite Brenénière ou Garde Brenénière, tenues noblement de Montaigu à foi et hommage lige. Il s'y trouvait aussi un petit village qui, par suite d'acquisitions ou échanges, a été fondu dans les deux métairies. Les moulins de Thorigny, qui dépendaient autrefois de la Brenénière ont été aliénés depuis longtemps.

M. Dugast-Matifeux a relevé dans le Chartrier de Thouars les aveux suivants, rendus à Montaigu pour les Brenénières :

Le 14 mars 1384, par Jean Amaulvin, famille nommée dans plusieurs anciens titres. Elle avait donné son nom à une croix existant en 1494, nommée aujourd'hui Chêne de la Croix, et que les anciens titres nomment Chêne de la Croix-Amauvin ou Croix-Mauvin, près les Brenénières;

Le 13 août 1405, par le même Jean Amaulvin ;

Le 18 juin 1418, par Marie de Saint-Martin ;

Le 6 août 1440, par Jean Prévost ;

Le 12 septembre 1455, par Philippe Prévost ;

Le 2 septembre 1473, par Catherine Delavau, que je crois avoir été femme de Jehan Prévost, sr de la Mancelière et de la Brenénière, et qui est nommée dans l'acte de vente de la maison de la confrérie de l'Assomption du 24 janvier 1470 ;

Le 6 juillet 1489 et le 12 août 1499, par Jean Prévost, écuyer ;

* Le 24 août et le 22 novembre 1507, par Marguerite de Preuilly ;

 
* Le 24 mars 1514, par Jeanne Raslet ;

* Le 13 novembre 1534, par dlle Claude de Ville ;

* Le 22 mai 1540, par René Tranchant, écuyer, sr de la Barre.

Dans cette liste, on a confondu les aveux des deux Brenénières : je crois que ceux que j'ai marqué d'un astérisque sont pour la grande Brenénière et les autres pour la petite Brenénière

Avant la Révolution, la grande Brenénière dépendait du château de la Rabatelière. Confisquée et vendue comme bien national, elle fut acquise par M. Merland de la Guichardière, déjà propriétaire de la Garde Brenénière du chef de Louise Maillard, son aïeule, épouse de Jacques Merland, sr de Champeau.

C'étaient les anciens sgrs de la Grassière qui devaient rendre à Montaigu l'hommage lige pour les Brenénières et leurs dépendances, mais ils avaient droit de recevoir l'hommage plain et rachat par mutation d'homme dus pour ces propriétés.

L'étymologie du nom de Brenénière ou Brelainière vient sans doute de Bernier dont on a fait Brené, ou de Berlier dont on a fait Brelê.

XVIII – Le Cormier et la Coindrie

La partie de la commune ou se trouve le Cormier a dû à la fertilité de son sol, à sa belle position et à son voisinage de l'antique cité de Durinum (Saint-Georges-de-Montaigu) l'avantage d'avoir été habitée dès les temps les plus reculés, ainsi que le prouvent les nombreux débris romains qu'on y rencontre : tuiles à rebords, grosses briques, fragments de poteries plus ou moins fines, médailles romaines du Haut-Empire.

Le village actuel du Cormier est divisé en deux parties, séparées seulement par un petit verger, savoir : la Coindrie qui est au couchant, et le Cormier proprement dit qui est au levant ; mais le haut est ordinairement désigné sous le nom général de Cormier, et le nom de Coindrie tend à être oublié et à disparaître. La partie du village qui portait ce dernier nom est cependant beaucoup plus ancienne que l'autre, car c'est là qu'a été trouvé, en 1848, le verre antique sur lequel sont représentés des gladiateurs avec leurs noms ; verre dessiné et décrit très-exactement par M. de la Villegille, au tome IV du Bulletin du comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, pages 916-930. "A première vue, dit cette notice, on est frappé de l'extrême analogie qui existe entre le sujet de la décoration de ce verre et ceux des bas-reliefs du tombeau ce de Castricius Scaurus, à Pompéi." Spiculus, un des gladiateurs dont le nom y est écrit, vivait du temps de Néron; et on peut en conclure que le verre date pareillement de cette époque : au reste ce nom de Spiculus se trouve sur les murs de Pompéi.

C'est en 1848 que le verre dont je viens de parler a été découvert, en dégarnissant un filon de cailloux pour empierrer une route. Il était accompagné de plusieurs autres objets, sans doute fort curieux, qui furent brisés et dispersés ; on n'y attachait aucune importance, parce que ce n'était ni de l'or ni de l'argent. Ce fut par hasard que j'eus, quelques mois après, connaissance de cette découverte et que je pus acheter le verre qu'un des ouvriers avait emporté chez lui, à cause des bonshommes qu'il représentait. Il avait aussi emporté un bout de baguette en verre tordu de couleur jaunâtre de 4 à 5 millimètres d'épaisseur, plus une petite fiole en verre blanc verdâtre, à panse carrée et à anse aplatie, dont la hauteur était de 9 centimètres. Ces fioles, nommées lacrymatoires, ne sont pas très-rares ; on les mettait dans les tombeaux. Les scènes gladiatoriales semblent aussi, dit la notice de M. de la Villegille, avoir été particulièrement en usage pour la décoration des tombeaux et des objets destinés à y être renfermés. C'est donc dans un tombeau qu'ont été trouvés le verre et les autres objets qui l'accompagnaient : le tout était dans une terre noirâtre d'assez mauvaise odeur. Il s'y trouvait des assiettes, des tasses et autres objets parmi lesquels les ouvriers citaient deux petits lions en terre cuite, une belle soupière en verre et des espèces de petits bâtons ou baguettes en verre de diverses couleurs entrelacés ensemble. C'était très beau au dire de ces hommes ; et M. de la Villegille suppose que la belle soupière qui les avait le plus frappés n'était autre qu'une urne funéraire.

Sous le village de la Coindrie existe un souterrain, destiné probablement à servir de refuge en de très anciens temps. Il se subdivise en plusieurs branches qu'il n'est pas possible d'explorer, à cause d'éboulements qui l'obstruent en partie. L'entrée actuelle n'a été ouverte elle-même que par un éboulement ; elle se trouve devant la maison du sr Guibert. Pour y descendre, il faut une petite échelle ; l'entrée est taillée dans le roc vif et l'on y voit encore les coups de pioche, mais aucune maçonnerie. A peu de distance de l'entrée actuelle sont des rainures qui paraissent avoir été la place de poteaux destinés à supporter une porte ou barrière. La hauteur de ce souterrain est très-variable. Son sol descend d'abord d'une manière très-sensible, mais bientôt il se relève, tellement que pour passer il faut marcher sur les genoux et sur les mains. Est-ce par suite d'éboulements ou pour défendre l'accès du souterrain ? On redescend ensuite, et on arrive à une espèce de chambre, ou plutôt à un élargissement d'environ 2 mètres de large sur environ 5 à 6 de long ; sur les deux côtés, on a ménagé dans le rocher des saillies qui peuvent servir de bancs. La hauteur de cette chambre est d'environ 2 mètres ; dans le plafond sont deux trous parfaitement ronds, de 10 ou 15 centimètres de diamètre, qui s'élevaient probablement jusqu'à la surface du sol et paraissaient avoir été destinés à donner de l'air ; ils ne sont qu'à 0m30 ou 0m40 l'un de l'autre. Le souterrain se prolonge par delà cette chambre en descendant vers la rivière, mais on ne peut pas le suivre à cause des éboulements qui l'obstruent en partie ; il passe sous la maison du sr Martineau. Il y a environ 40 ou 50 ans, un homme étant à chapuser dans cette maison, vit enfoncer dans le souterrain son chapus (billot sur lequel on frappe pour couper du genêt). On assure que le souterrain passe sous la rivière et va sous le village de la Prévoisière. Un nommé Mandin, sabotier, que j'ai connu, y descendit un jour avec un de ses voisins ; ils s'avancèrent assez loin, en descendant vers la rivière, mais leur chandelle s'étant éteinte, il leur fallut revenir sur leurs pas. J'ai entendu assurer par des vieillards que, peu d'années avant la Révolution, des oies s'y étant engagées, on les entendit crier sous la maison d'un nommé Bonin, qui habitait à la Prévoisière une des maisons situées dans la partie la plus basse de ce village. En partant de la Coindrie, le souterrain paraît se diriger du côté de la Bleure ; c'est à peu près dans cette direction qu'a été trouvé le verre dont j'ai parlé plus haut.

La position élevée de la Coindrie, placée sur le haut d'un coteau à pente rapide, d'où la vue s'étend assez loin, était très-convenable pour un poste avancé que les soldats romains établis à Durinum n'ont pas dû manquer d'occuper, et il est probable que le tombeau où l'on a trouvé le verre romain ci-dessus mentionné, était celui d'un des principaux chefs de ces soldats, ou du moins celui d'un haut personnage.

Dans un champ nommé le Grand-Champ-de-Bas, près la Coindrie, on a trouvé plusieurs restes de murailles indiquant des constructions assez importantes ; "le tout, dit M. de la Villegille, dans sa Notice sur Chavagnes, ce appartenant bien certainement à une villa romaine, détruite par un violent incendie." Les objets trouvés dans les décombres, et qui ne laissent aucun doute sur leur origine romaine, sont des fragments de tuiles à rebords, d'imbrices, de poteries de toute nature, blanches, grises, rouges, depuis la plus grossière jusqu'à la mieux travaillée. Je possède une belle médaille de Gallien, qui y a été trouvée. Les paysans interrogés sur ces ruines, dont il ne reste plus guère que des pierres brutes ayant évidemment subi l'action du feu, prétendent qu'il y avait là un château-fort, et que c'était la ville de Montaigu. De cette tradition, qui d'abord paraît absurde, il semble résulter que le château et la ville de Montaigu ont remplacé les établissements romains du Champ-de-Bas, et que, par conséquent, ils leur sont postérieurs. En effet, on ne trouve à Montaigu presque aucun des débris si communs à Durinum et dans les localités qui ont été occupées par les Romains. Il est vraisemblable que ce sont les invasions des barbares qui ont détruit les constructions existantes dans le Champ-de-Bas.

Le village du Cormier proprement dit est beaucoup moins ancien que la Coindrie ; il a remplacé un village qui était dans la vigne nommée le Fief-des-Forges, abandonné par ses habitants par suite des guerres qui avaient dévasté notre contrée. Une tradition constante dans nos environs dit, en effet, qu'une bataille s'est livrée, pendant deux ou trois jours, entre deux armées campées, l'une dans les Forges et l'autre sur les hauteurs de la Bosse, au territoire de la Dédrie. Feu Pierre Clenet, décédé à la Drolinière, et dont les enfants existent encore, m'a assuré que cette bataille était mentionnée en des titres qu'il avait eus en sa possession, mais qui sont aujourd'hui perdus. Ce fut probablement à cause de cette bataille et des dévastations qui en furent la suite que les habitants du village des Forges l'abandonnèrent ppur venir se fixer au lieu où est aujourd'hui le Cormier. L'époque de ce changement ne doit pas être très-ancienne, car les habitants montrent encore les maisons qui furent bâties les premières ; la plus vieille est celle qu'a habitée et fait réparer feu Charles Brachet. Au reste le village des Forges devait être assez peuplé, à en juger par les débris romains et autres qui s'y trouvent sur une assez grande étendue de terrain.

Les habitants du Cormier m'ayant dit que, dans la ville des Forges, il y avait une tombe, je supposai que c'était peut-être celle d'un chef tué à la bataille dont je viens de parler. Dans l'espoir d'y découvrir quelque inscription, je fus la visiter ; mais à la première vue je reconnus que cette prétendue tombe était simplement un morceau de muraille en ciment très-dur. Quelque temps après, dans l'automne 1837, j'y fis faire, de concert avec M. de la Villegille et M. Dugast-Matifeux, des fouilles qui, sans nous apprendre rien de positif sur la destination de la construction, nous donnèrent cependant un résultat curieux. M. de la Villegille, qui a levé le plan de ces substructions et les a dessinées très-exactement, les a fait graver et a fait insérer son travail dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest, années 1841-1843, pages 281, 294, 295. En voici un extrait :

"Le morceau de muraille A, que l'on avait pris pour une tombe, se trouvait à fleur de terre entre deux planches de vigne ; sa longueur était de 2m92 dans la direction du nord au sud, son épaisseur de 0m40. Il était coupé carrément à ses deux extrémités, dans la moitié de son épaisseur, sur une longueur de 0m30. Il était composé de pierres noyées en un ciment devenu très dur. Ses parements étaient revêtus d'un enduit de ciment très dur aussi, d'environ 0m02 d'épaisseur. A ce mur était adossé, du côté de l'ouest, un massif de maçonnerie E, d'une longueur de 2m92 sur une largeur de 1m55, qui était entièrement caché sous la couche de terre formant la convexité de la planche. Cette construction n'était point faite avec la même solidité que le mur contre lequel elle était appuyée. Le ciment ou mortier qui unissait les pierres avait beaucoup moins de solidité ; les parements de ses trois faces extérieures n'étaient pas enduits de ciment et ne présentaient aucun mode d'appareil régulier dans leur structure. Intérieurement, ce massif offrait une cavité de 0m20 de profondeur, en forme de demi-cercle, ayant pour diamètre la portion du mur A, comprise entre les deux entailles ci-dessus mentionnées, pratiquées à 0m30 des deux extrémités dudit mur ; cette portion a 2m32 ; elle entre dans le demi-cercle, qui se trouve ainsi un peu aplati, en sorte que le rayon perpendiculaire au mur n'a qu'un mètre. La circonférence de ce demi-cercle était, dans toute sa hauteur, revêtue d'un enduit en ciment rouge, épais de 0m02. Il était très-bien conservé et s'unissait sans solution de continuité, avec le fond, également en ciment très-uni. Dans cette même cavité et le long du mur en ligne droite, était un autre petit mur G, d'une construction beaucoup plus moderne, long de 1m80 et large de 0m36, bâti à chaux et à sable,, et établi sur le fond de ciment ; sa hauteur n'était guère que d'un décimètre ; nous fîmes ensuite enlever la terre H, du côté opposé du mur, et à peu près à une pareille profondeur de 0m20, nous rencontrâmes un autre lit de ciment rouge D, qui s'étendait vers l'est en se relevant légèrement. Ce ciment présentait des saillies de 0m02 d'épaisseur et d'une pareille élévation qui formaient, sur un fond très-uni, des compartiments rectangulaires de toute grandeur, soit des carrés longs, soit des carrés parfaits ; le plus grand carré long mis à découvert avait 0m85 sur 0m32, et le plus petit, 0m27 sur 0m11. Du reste, ces cases n'affectaient aucune régularité dans leur distribution. A cette différence près, l’aspect général du lit de ciment mis à nu offrait la plus grande ressemblance avec un carrelage qui viendrait d'être défait, et où l'on verrait encore les bavures du mortier qui pénètrent entre les carreaux ; mais l'égalité de la superficie du ciment dans le fond des cases, la diversité de grandeur de celles-ci, leur arrangement irrégulier et l'épaisseur des saillies qui les séparent ne permettent guère de supposer que cette surface ait jamais été recouverte de briques ou de dalles.

Du côté du sud, et près du mur qui séparait les deux parties de cette  substruction, on voyait  encore en O, et dans le prolongement de la face méridionale du massif de maçonnerie, une couche verticale de ciment de 0m02 d'épaisseur, comme celle dont est revêtue la paroi intérieure de la cavité demi-circulaire. Cette couche de ciment, qui semble indiquer que, de ce côté, il existait aussi une sorte de cuve, était fort dégradée, car le mur auquel elle devait nécessairement être appliquée, a tout-à-fait disparu."

La culture du jardin ne nous a pas permis malheureusement d'en déblayer une plus grande étendue qu'il n'est porté sur la gravure de M. de la Villegille jointe à sa Notice sur Chavagnes. Toutefois, en sondant les environs avec une barre de fer, nous avons acquis la certitude que le lit de ciment s'étendait jusqu'à 3m50 du mur et conservait à peu près la même épaisseur, qui était d'environ 0m06 ou 0m07. M. de la Villegille ne peut rien présumer de vraisemblable sur la destination qu'avaient ces constructions ; d'autre part, la structure de ce dernier mur n'a rien qui rappelle la manière de bâtir en usage à l'époque gallo-romaine.

Il est heureux que M. de la Viîlegille ait laissé un dessin exact des antiquités dont je viens de parler, car elles sont aujourd'hui détruites. De stupides bêcheurs de vigne ayant remarqué que, plusieurs fois, j'y avais conduit des étrangers et ne pouvant se figurer que ces visites n'avaient d'autre but que des restes de vieilles murailles, mais qu'elles devaient faire présumer qu'il y avait là des trésors cachés, entreprirent de trouver ces prétendus trésors. Ils se réunirent en grand nombre, puis, introduisant de forts leviers en bois sous le massif de ciment, à force de bras, ils soulevèrent le massif qu'ils brisèrent en gros fragments et roulèrent le long de la haie au levant de la vigne. Je me rendis sur les lieux, le 30 avril 1845, et voici le résumé des notes que j'y pris.

La construction était très-solide, car plusieurs semaines après qu'elle eut été brisée, les fragments avaient conservé leur forme et leur grosseur. Il restait encore quelques morceaux de carreaux adhérents à une portion de la plate-forme qui était au levant de la muraille, par conséquent les carrés que M. de la Villegille y a figurés proviennent bien d'un carrelage qui a été enlevé. Le ciment se composait d'un mélange de pierres concassées en fragments, dont les plus gros n'avaient pas la longueur du poing. Ces pierrailles étaient des fragments de granit, de la pierre commune des environs, contenant beaucoup d'amphibole, quelques fragments de briques et une pierre blanche ressemblant à du feldspath compacte, petro-silex ; le tout noyé dans un mortier de chaux où l'on voyait plusieurs morceaux de charbon, preuve que l’on y avait mêlé des cendres chaudes. Quelques petites cavités étaient tapissées d'une espèce de pellicule mamelonnée, semblable à celles qu'on trouve quelquefois tapissant les cavités de quelques roches naturelles, notamment le quartz. La couche de ciment dont je viens de parler avait environ 0m20 d'épaisseur dans l'intérieur du demi-cercle ; mais au levant de la muraille, formant le diamètre du demi-cercle, cette épaisseur n'était que de 0m12 ou 0m13.

Au-dessus de cette couche, le ciment en formait une autre de 0m03 à 0m04 seulement, dont la couleur était beaucoup plus rouge et qui paraissait contenir beaucoup de briques pilées ; il s'y trouvait quelques petits morceaux de quartz et d'autres morceaux blancs semblables à de la craie. C'était sur cette dernière couche, dans la partie de l'est, en dehors du demi-cercle, qu'était posé le carrelage. La surface supérieure de la couche inférieure était unie. Les rebords de la partie du mur apparent, tant du levant que du couchant, étaient, comme le reste delà plateforme, garnis d'une couche de ciment rougeâtre ; il en était de même du contour extérieur du demi-cercle.

Le massif du ciment était formé de trois couches mises les unes après les autres. La couche inférieure reposant sur le chaple. La chaux qui entrait dans ce ciment avait été employée aussi vive que possible, car les couches intérieures, privées du contact de l'air et de l'humidité, étaient devenues excessivement dures ; mais quand elles étaient restées un certain temps exposées à l'action de l'air et de l'humidité, elles finissaient par tomber en poussière. Je renvoie du reste à la Notice de M. de la Villegille, imprimée dans les Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, années 1841 et 1843, pages 281, 294, 295, et à la gravure représentant les antiquités brisées en 1845.

Le nom de Forges, que porte la vigne où se trouvent ces antiquités, vient sans nul doute de ce qu'autrefois il y avait là des forges à fer, ainsi que le prouvent les scories fondues qu'on y rencontre. Au reste le fer est très-abondant dans la commune de Chavagnes : on y trouve plusieurs sources ferrugineuses, entr'autres dans le vallon entre le Cormier et la Martellière, au chemin dit de Raguenet, entre le bourg et la Prilliaire, &. Dans la première de ces localités, on a bâti une fontaine, qui a été très-fréquentée et dont j'ai moi-même éprouvé les bons effets ; elle a été signalée par Jacques-Pierre Thiériot, docteur-médecin, mon oncle maternel, qui en a fait l'analyse. Elle contient principalement du bicarbonate de fer, mais quand elle a bouilli, l'excès d'acide carbonique se dégage, il se précipite en oxide de fer insoluble et l'eau n'indique plus d'une manière très-sensible la présence du fer.

Près de l'endroit où étaient les antiquités romaines détruites par les habitants du Cormier, se trouve une plante que je n'ai vu nulle part ailleurs dans la commune : c'est de l'astragale à feuilles de réglisse, plante vivace de la famille des légumineuses ; cette plante n'était-elle point jadis cultivée dans cette localité ?

Dans les notes sur le Cormier qui m'ont été données par feu François Brachet, natif de ce village et qui l'avait quitté pour aller habiter, comme fermier, à la Grande-Rivière, commune de Beaurepaire, où il est décédé, je trouve qu'il y avait autrefois une route pavée suivant la haie à l'ouest du champ de l’Aveinerie, appartenant à la famille Guibert, descendant par le chemin dit des Forges, au levant du fief de ce nom, puis coupant dans le pré du Coutre et laissant à gauche les restes romains qui étaient probablement sur le bord dudit chemin. Descendant ensuite à la fosse des Fontenelles, par le bas du pâtis de la Martellière, puis au Pas des Pierres, après avoir traversé le ruisseau, ledit chemin remontait aux quaireux des Fontenelles, entre le village de la Dédrie et la métairie de la Lagère, puis il se dirigeait vers le pont de Chavagnes.

Dans un petit champ ou pré, en forme de triangle, au haut des Forges, à l'entrée du chemin et pré du Vergeotton, ayant appartenu à la famille Landrieau, Brachet, dont j'ai déjà parlé, a vu sur une médiocre étendue une couche noire mêlée de scories de forge. Des inégalités de terrain traversant le chemin des Forges, et celles traversant le chemin du Cormier à la grande route, sont, d'après le même Brachet, des restes de tranchées faites pendant les guerres contre les Anglais.

Les fées allaient souvent veiller à la Coindrie et s'asseyaient dans un coin de la cheminée, sur un trépied ; leurs robes étaient très-longues et cachaient leurs pieds. Or, un jour les habitants du village, ayant semé de la cendre sur le sol de la maison où elles allaient veiller, reconnurent que leurs pieds étaient en forme de patte d'oie. Une autre fois ils firent chauffer le trépied sur lequel elles s'asseyaient ; ayant été brûlées elles se fâchèrent et partirent en disant : File filoche, roi de Voiroche ! Ce n'est pas la belle fileuse d'hier soir qui filait son écheveau.
Les fées allaient aussi veiller à la Prilliaire. Elles disaient : Frère fadet (farfadet), as-tu vu le petit nid à Crotet ? il est dans le champ à genêt. On s'accorde à regarder comme des restes de l'idolâtrie toutes les histoires de fées et de farfadets.

XIX – Divers villages et métairies

la Tavernerie ou Tavennerie

Petit village à l'est de la Martellière, remarquable par cinq sources d'une eau très-abondante et excellente, dont quatre ne tarissent jamais et la cinquième ne tarit que dans les années d'extrême sécheresse : elles sourdent dans un vallon entre la Tavennerie et la Martellière et sont connues sous le nom des Cinq-Fontaines. Il est probable qu'autrefois il existait là quelque établissement romain ou gallo-romain, car en 1825 ou 1826, dans le verger derrière les cinq fontaines, un éboulement mit au jour une chambre souterraine, dont je ne donne pas la description parce que je ne l'ai pas visitée et qu'elle est aujourd'hui comblée.

la Bleure

Ce nom, plus ou moins altéré, est porté par plusieurs localités dans diverses communes. Je n'en connais pas l'étymologie ; je l'ai vu écrit : Bleure, Bellouaire, Blouaire. La Bleure de Chavagnes est un lieu très-anciennement habité, ainsi que le montre une fort vieille cheminée en granit, dont le fond est plat et le devant cintré : elle se trouve dans un ancien bâtiment incendié pendant la guerre de la Vendée et non réparé depuis. C'était, dit-on, une maison forte, bâtie par les Anglais et aujourd'hui en partie démolie ; les murs en ont été baissés. Une cheminée semblable à celle dont je viens de parler existe dans les ruines du château de Clisson, et une autre à la métairie de la petite Robretière, dans un ancien toit à bœuf qui était jadis une maison.
Dans les prés vis-à-vis de la Bleure, on voit très distinctement les traces de fossés que la tradition dit être les restes d'un camp fait pour attaquer la maison forte de la Bleure. Dans ces mêmes prés, on reconnaît aussi que le lit de la rivière, à une époque que je ne puis fixer, a été détourné et rapproché des maisons. Quel a été le but de cette déviation ? Était-ce pour établir une chute d'eau pour le moulin ou pour rapprocher la rivière de la maison forte ? Je ne puis rien assurer là-dessus ; mais quoi qu'il en soit, la dépression du terrain et l'eau qui y séjourne pendant l'hiver font très-bien reconnaître l'emplacement qu'occupait primitivement le lit de la rivière. Au reste, une observation constante prouve que toutes les fois que d'un côté d'un cours d'eau le terrain offre une pente beaucoup plus rapide que de l'autre, les prairies qui bordent ce dernier cours d'eau sont toujours dans cette partie d'une largeur moindre que du côté où la pente est plus douce, et vice versa.
La Bleure se compose aujourd'hui, outre les deux métairies de ce nom, d'un moulin à eau et d'un à vent. Le tout appartenait à la famille Darrot, éteinte vers le dernier tiers du XVIIIe siècle. Après cette extinction, les moulins et le village qu'habitaient les meuniers ont été acquis par ceux-ci ; une des métairies a été acquise par la famille Guerry de l'Ulière, et l'autre par la famille du sr Paul Dugast, de la Daunière, en Saint-Georges.

le Clabouin

Métairie au nord de la Bleure, dont le nom dans les anciens titres est écrit Clos Bouin, probablement à cause du nom du propriétaire d'un grand clos de vigne qui y joignait. Avant la Révolution, cette métairie appartenait à la famille de Suzannet, sur laquelle elle fut confisquée et vendue nationalement, excepté le complant de la vigne qui retourna à celle-ci et fut vendu par elle.

la Mainardière

Le territoire de ce village est séparé de celui de la Bleure par la rivière de la Petite Maine. J'ai entendu assurer qu'un souterrain, passant sous la rivière, établissait une communication entre la Mainardière et la Bleure, Le nom de ce village vient sans doute de Mainard, nom d'homme.

la Drolinière

Village à l'ouest de la Mainardière, dont je crois que le nom vient de Drouelin, nom d'une très ancienne famille qui a été propriétaire de la Boutarlière, en Chauché, et qui, le 7 mars 1509, a rendu à René de Bretaigne, comte de Penthièvre, vicomte de Limoges, à cause de son château de Palluau et des Essarts, hommage plain pour redevances de diverses natures dues sur plusieurs villages de Saint-André-Goule-d'Oie, Chauché, les Essarts, &., dont plusieurs se partageaient avec d'autres sgrs. La Drolinière relevait de la Guichardière.

le Chiron

Métairie dépendant jadis de l'Ulière, vendue en détail quelques années après la Révolution, est devenue aujourd'hui un village. Le nom de Chiron est assez commun : il est usité à la Verrie et ailleurs pour désigner un terrain pierrailleux et inculte, ou une maison en ruine ; il y a en effet au Chiron beaucoup de cailloux.

les Huguetières

Sont deux métairies, surnommées la Grande et la Petite, aujourd'hui subdivisées en quatre. Une note sans signature, écrite vers 1700, époque d'un procès entre les sgrs de la Grassière et de la Chardière, relatent un acte passé aux Essarts le 21 septembre 1564, devant Pelletier et Rabreuil, par lequel Jean du Plouzier, sgr de la Barette, et Madeleine Charruyau, sa femme, ont vendu à honorable homme Claude Méance, écuyer, sgr de la Grassière et à Jacques Méance, sgr de la Chardière, son frère, les métairies et tènements des Grandes et Petites Huguetières. J'ai vu quelquefois ce mot écrit Luctière, mais c'est une faute évidente ; le nom de ces métairies ne peut venir que de Hugues ou Huguet.
Les Huguetières sont une ancienne propriété de la famille de Suzannet, confisquée par la Nation mais rachetée par la famille. La Grande-Huguetière appartient aujourd'hui aux enfants de Mme d'Autichamp, née de Suzannet, et la Petite aux descendants du général de Suzannet.
Les deux métairies de la Grande et de la Petite Huguetière étaient un bien noble tenu de Montaigu, sous l’hommage que rendait à ce marquisat le sgr de la Grassière, à 5 sols de devoir noble.

le Plessis-Pinson

Le mot Plessis qu'en basse latinité on disait Plaxitium, Plesseium, et en vieux français Plessé ou Plessay, désigne dans le bocage de la Vendée, des branches d'arbres pliées pour faire ou renforcer une clôture vive ou sèche. Il est à remarquer que presque toujours le nom de Plessis est accompagné d'un autre nom, ordinairement un nom d'homme, probablement de celui qui y a le premier fixé sa demeure. Ainsi Plessis-Pinson signifie qu'un nommé Pinson en a été le premier cultivateur ou propriétaire ; ce nom se retrouve dans Clospinson, nom de plusieurs champs dont par contraction on a fait Copinson. On peut dire la même chose du Plessis-Valin, en les Brouzils ; Plessis-Fouchard, aujourd'hui Plessis des Landes, en Saint-Fulgent ; Plessis-Cougnon, en Chauché, &, &.
En 1648, le Plessis-Pinson appartenait, comme la Gavetière, &, &, à Louise Prieur, épouse de Jacques de Grailly, sgr de Chameau, &, &. Les biens dont sa succession se composait furent acquis par Etienne Marchay, &, &. Aujourd'hui le Plessis-Pinson appartient à Elise Gourraud, ma nièce, épouse d'Auguste Rousselot, banquier à Nantes.

la Guibonnière

La seigneurie consistait en censives roturières et terrages dans le fief du Clos-Pinson, et il y avait autrefois un village dont mon père a acquis les dernières parcelles, pour les ajouter à la métairie. Celle-ci provenait de la succession de mon aïeule maternelle, Mme Thiériot.

l'Hopitaud

Village sur la limite des communes de Chavagnes et Saint-Fulgent, paraît tirer son nom de ce qu'il a dû y avoir là autrefois une maison d'Hospitaliers, dont il ne-reste plus d'autres vestiges que le nom et celui de plusieurs pièces de terre appelées le Cloître. Le tènement de l'Hopitaud relevait de la commanderie de Saint-Jean-de-Launay, appartenant aux chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, puis de Malte, ainsi qu'il résulte d'un registre d'assises de la Guichardière et de la Haye, en date du 22 novembre 1599, conservé aux archives de la Rabatelière.
La commanderie de Launay était située au village de ce nom, paroisse de Sainte-Cécile, près du bourg et sur le chemin conduisant aux Essarts.
Le château de la Rabatelière relevait de cette commanderie à foi et hommage plain et à rachat abonné à 20 sous par chaque mutation de vassal, et à 15 sous de service annuel payable en l'octave de la Toussaint. D'après une note fournie par M. Charles-Désiré Durcot de Puitesson, la maison de la Rabatelière avait été donnée par les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem à Pierre Bruneau, varlet, à la charge de servir l'ordre pendant six ans, comme on le voit par ladite donation écrite en latin, en date du 10 mai 1226. Celui-ci décéda sans enfants, comme le porte son testament, écrit en latin, du 9 septembre 1282, mais la famille Bruneau a possédé la Rabatelière jusqu'en 1725.
De six aveux des sgrs dudit lieu au commandeur de Launay, le dernier, en date du 5 septembre 1758, a été rendu par Nicolas Montaudouin de la Clartière, à frère Jacques-René-Louis Destouches, chevalier magistral de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, commandeur de Launay, ainsi que de Saint-Jacques et Sainte-Croix de Montaigu, &, &.
De la commanderie de Launay, relevaient, avec le village et tènement de l'Hopitaud, de nombreuses rentes foncières en froment, seigle et avoine sur les villages et tènements de la Déderie, la Tavernerie, le Cormier, la Coindrie, la Guitonnerie, les Forges, la Cornuère, la Garde-Brenénière, la Mainardière, la Drolinière et la Huguetière ; et comme ces rentes représentaient le fonds de la terre, il s'ensuit qu'à une date très reculée, les villages et tènements que nous venons de nommer appartenaient aux Hospitaliers de Jérusalem. Ceux-ci, ne se réservant qu'une légère redevance, pour constater leur prééminence seigneuriale et domaine direct, en ont concédé le domaine utile aux Bruneau de la Rabatelière, lesquels ont arrenté ces mêmes biens aux divers teneurs qui les cultivaient à la charge desdites rentes foncières. Ainsi, on voit qu'une assez notable partie de la paroisse de Chavagnes a jadis appartenu à l'ordre de Malte.

la Morinière

Le plus grand village de la paroisse était, dit-on, autrefois une métairie égale en valeur à celle de la Brunière, et qui fut arrentée par quatre cultivateurs. Leurs descendants se l'étant partagée, ont formé le village actuel. Cet arrentement doit remonter à une époque reculée ; un jugement du sénéchal de Montaigu, 10 juillet 1599, constate qu'il y avait alors, dans ce village, 21 teneurs, dont 7 nommés Piveteau. La Morinière relevait du sgr de la Rabatelière, qui en rendait lui-même aveu au sgr de Preuilly.

la Déderie

Les anciens titres écrivent Disderie, nom assez commun dans les environs, et qui vient évidemment de Didier, en latin Desiderius. Comme il est dit plus haut, ce village relevait de la commanderie de Launay ; une de ses maisons était appelée la Jobarderie, et un verger y porte encore le nom de verger de la Jobarderie ou de Jobard.

la Lagère

Métairie située près la Chardière et appartenant à la famille de Suzannet. J'ai vu ce nom écrit Largère, qui est peut-être sa véritable orthographe ; alors il viendrait de Largeau ou de Larger, nom d'homme.

Beaulieu

Cette métairie, dépendant aujourd'hui de la terre de la Chardière, était autrefois au lieu dit la Battay, au territoire de la Benancisière. Jusqu'à ces dernières années, on en voyait encore très-distinctement l’emplacement ; c'était une masse, à peu près carrée, de murs en ruines, située près le chemin dit de la Battay.

la Javaunière

Je ne connais point, dans nos environs, de famille portant le nom de Javaudon, d’où serait venu le nom de Javaudonnière. Lors de la Révolution, c’était une métairie appartenant aux Royrand de la Roussière ; vendue nationalement, elle fut achetée par les frères Champain, qui en étaient fermiers et la remirent au propriétaire. Celui-ci la leur ayant rétrocédée, elle fut partagée entre les héritiers Champain et forme aujourd'hui un village.

la Vergne

Petit village, a dû tirer son nom du grand nombre de vergnes ou aulnes qu'on y voit, et qui y viennent très-bien. Il tend à disparaître, et sera remplacé par celui du Poteau, placé sur le bord de la grande route.

le Poteau de Chavagnes

Ce village, bâti sur le tènement de la Vergne, ne date que du moment où l'on fit la grande route de Montaigu à Saint-Fulgent, peu après 1750 ; son nom vient de ce qu'on y avait mis un poteau indiquant le chemin de Chavagnes. Pendant longtemps, ce village n'a été connu que sous le nom de Marie-Galante, nom donné à une cabaretière qui habitait la petite maison située avant le chemin qui conduit à la Foy-de-la-Limonnière.

l’Angellerie

Aujourd’hui, assez gros village, était, dit-on, autrefois une métairie ; on montre encore la maison qu’on dit avoir été celle du propriétaire. Elle est reconnaissable aux nombreux trous de pigeonnier qui s’y trouvent, et semblent indiquer l'habitation d'un sgr ou propriétaire plutôt que celle d'un cultivateur.
Sur le ruisseau qui passe au bas du village, existait jadis un moulin dont on reconnaît encore les traces.

les Bolletières

La métairie, .qui portait autrefois le nom de Borgletières, dépendait de l'Ulière ; elle se trouvait au carrefour existant entre l'allée de l'Ulière, le chemin de Chavagnes au Chiron et la route des Brouzils à Chavagnes. Elle appartenait aux propriétaires de l'Ulière, qui l'arrentèrent à diverses personnes. Les bâtiments furent détruits ; on en voit cependant encore quelques traces dans l'angle sud-ouest de la vigne dite des Bolletières, près de l'Ulière. L'endroit où est aujourd'hui la petite métairie qui a conservé le nom des Bolletières était une borderie avec un moulin à vent, dont on voit encore la trace près d'un abreuvoir. Le tout fut arrenté à diverses personnes par la famille Darrot.

les Crépelières

Deux métairies portent ce nom : la Grande-Crépelière et la Petite. Depuis longtemps, la Grande appartenait aux de Chevigné, et la Petite aux de Goué ; celle-ci, confisquée par la Nation, fut acquise par le tuteur des enfants mineurs de M. de Chevigné de la Grassière. Vers 1826, la famille de Chevigné vendit les deux Crépelières à Pierre-Marie Gourraud, mon frère, docteur en médecine, qui les céda par échange à Joseph-Alexandre Gourraud, mon autre frère, au fils duquel elles appartiennent aujourd'hui.
Le nom de Crépelière vient de Crespeau ou Crespel, nom d'homme. C'est dans un quaireux des Crépelières qu'a été prise en grande partie la pierre employée à ferrer la grande route de Montaigu à Saint-Fulgent ; et, d'après ce que m'ont dit des vieillards, c'est le charroi de cette pierre qui a défoncé le chemin de l'Angellerie au Poteau et y a formé des mares qui le rendent quelquefois impraticable.

C. Gourraud, 1876, notaire honoraire.[34]
in Société d'Émulation de la Vendée, 1876, p. 41 à 177.

 

--------------------

Notes et références


[1] Gallia Christiana nova, vol. 2. Preuves, p. 391 et suivantes.

[2] Paillers, jadis chef-lieu d'un doyenné depuis longtemps transféré à Montaigu, n'est plus aujourd'hui ql'un simple hameau, à deux ou trois kilomètres du bourg de Bazoges-en-Paillers, mais dans la commune de Beaurepaire. Il y avait une église, aujourd'hui détruite, dont la cloche, ayant pour inscription : S. Laurenti, ora pro nobis, avait été transportée à Beaurepaire, où je l'ai vue. Elle portait, je crois, la date de 1520.

[3] Voir son article, dans la seconde partie.

[4] Les Métropolitains, une fois pendant leur pontificat, avaient le droit de parcourir les diocèses de leurs suffragants, en y exerçant toutes les fonctions épiscopales, en prenant gratuitement leur gîte, leurs repas et tout leur entretien et celui de leur nombreuse suite dans les communautés d'hommes ou de femmes, chapitres, cures et prieurés, qui étaient visités tour à tour ou qui se rachetaient par une contribution. Il fallait une indemnité du Saint-Siège pour être exempt de ce coûteux honneur de visite ; et afin que les droits de séjour, gîte et autres compris sous le nom de procuration fussent reconnus et exercés dans la mesure où ils l'avaient été jusqu'alors, ni plus ni moins, la prestation était constatée par un acte notarié, déposé dans le chartrier de l'archevêché.
(Clément V et Philippe-le-Bel, p. 8 et 9)

[5] Le sgr de Saint-Fulgent et de la Jarrie était alors Guyon de Rezay.

[6] Archives de France, section historique.

[7] Ibid., trésor des chartes, registre 204. C'est M. de La Villegille qui nous a fait connaître ces pièces, dans sa Notice historique sur la paroisse de Chavagnes, insérée au Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, années 1841-1843, page 281.

[8] Ces détails se trouvent dans un mémoire original du chartrier de Thouars, dressé à la requête de M. de la Trémoille et du  procureur du Roi, pour faire information des volleries, saccagements, meurtres, &, &, faits en sa terre, ville et château de Montaigu, les vendredi, samedi et dimanche de la Passion 1563.

[9] Acte reçu, le 26 janvier 1602, par Valentin Rochelet et Jean Marché, notaires de la seigneurie et prévosté de Saint-Georges.

[10] Notice sur Chavagnes-en-Paillers, par M. de La Villegille.

[11] Rilles, repas que les gens de la campagne se donnent après avoir tué leur porc. Daim, nom vulgaire du bouc ou chevreau.

[12] Voici les noms et âges de ces personnes : Marie Herbreteau, veuve de Mathurin Charrier, 73 ans ; Marie Charrier, femme de Jean Rabréaud, 52 ans ; Jean Rabréaud, 9 ans ; Louise Bolleteau, femme de Louis Charrier, 42 ans ; Marie Charrier, 8 ans ; Louise Charrier, 6 ans ; et Rosé Charrier, 3 ans.

[13] Il était situé au nord de la ville, dans les paroisses de Saint-Hilaire, la Bernardière, etc., etc. Il avait été donné au chapitre par Nicole de Bretagne, pour s'acquitter d'une rente de 110 livres qui lui avait été léguée par Jeanne de Bretagne ou de Penthièvre, sa tante, veuve de Jean III Harpedane, dit de Belleville, fondateur du dit chapitre ; legs que ladite Nicole avait contesté et qu'elle avait été condamnée à exécuter par arrêt du Parlement de Paris du 22 février 1465. Des lettres-patentes de Louis XI, datées du Plessis-lez-Tours, au mois d'octobre 1482, approuvèrent la cession de ce fief en paiement de ladite rente.

[14] Ce nom, suivant la tradition, vient de ce qu'un prêtre, portant le Saint-Viatique à un malade, avait laissé tomber l'hostie dans une mare se trouvant dans cet endroit.

[15] J'ai vu un acte de vente sous seing privé, en date du 2 octobre 1752, qui nomme Glannit un petit champ faisant aujourd'hui partie de celui qui est derrière les bâtiments de servitudes de M. Damour.

[16] Les banquets des confréries ayant donné lieu à de nombreux abus, ils furent interdits :
          1° par sentence du Parlement de Paris de 1498 ;
          2° par le concile de Sens en 1584 ;
          3° par arrêt du Parlement du 25 mars 1535 ;
          4° par édit de François Ier de 1539.

[17] Foramen de pertuis Benaston, charte de fondation du prieuré des Brouzils.

[18] Elle existait encore en 1620, car il y fut célébré, le 2 juillet, un mariage auquel on ne voulait pas donner trop de solennité, puisqu'un enfant en provenant fut baptisé juste un mois après sa célébration.

[19] Il y a un château de ce nom dans la commune de Grosbreuil, près les Sables-d'Olonne.

[20] Manuscrit in-4°, en parchemin, conservé aux archives du château de la Rabatelière.

[21] Aujourd'hui la Jaunière, commune de la Roche-sur-Yon.

[22] Aveu du 5 décembre 1490, dont une copie existe au château de la Rabatelière.

[23] Descendant d'un bâtard de Georges, sgr de la Trémoille, qui lui avait donné la terre de l'Herbergement-Ydreau, paroisse de Sainte-Florence.

[24] V. Annuaire de la Société d'Emulation, vol. 4, p. 291-296.

[25] J'ai entendu dire que ce nom venait de ce que cette métairie en avait remplacé une anciennement détruite par un incendie, mais je n'ai vu aucune pièce constatant ce fait.

[26] Note donnée par feu François Bouchet, dont les enfants habitent aujourd'hui Beaurepaire.

[27] Mort le 19 ou le 20 novembre 1876. Le célèbre auteur des Contes Rémois, illustrés par Meissonnier, avait encore d'autres titres littéraires. Il avait traduit du latin la dispute des vins de Bourgogne et de Champagne, qui s'était élevée au XVIIIe siècle entre les deux célèbres professeurs de l'Université, Coffin et Grenan. Il avait également traduit le Moretum attribué à Virgile, et publié deux poèmes sur la Chasse et la Pêche.
M. le Comte de Chevigné avait épousé une fille de Mme veuve Clicquot, et était devenu, par ce mariage, associé de la célèbre maison de vin de Champagne. Il était âgé de quatre-vingt-quatre ans.
La Bibliothèque publique de Nantes possède de lui la lettre suivante, adressée à son regretté conservateur, feu M. Péhant :

"Monsieur,
Vous avez eu la bonté d'exprimer un désir qui me flatte infiniment, les deux ouvrages sont remis aujourd'hui même à la poste.
L'auteur de la Chasse et la Pêche et des Contes Rémois resarde Nantes comme étant sa patrie. En lui demandant ses œuvres pour la Bibliothèque de la ville, vous avez flatté son amour-propre et touché son cœur. Je suis né au château de la Grassière, commune de Chavagnes (Vendée), le 30 janvier 1793.
Agréez, Monsieur, avec mes remerciements, l'assurance de ma considération très-distinguée.
                    Cte de Chevigné (Louis-Marie-Joseph).
                    Paris, 25, rue Caumartin, 15 mai 1864."
G. D.-M.

[28] Quelle était cette contagion ? Si, comme il est probable, c'était la variole, il est singulier que M. Louis de Granges de Surgères, dernier descendant de M. de la Prévière ayant habité la Fouchardière, ait succombé à la même maladie vers la fin de 1851.

[29] Les sergents-fieffés étaient des vassaux astreints à certains services déterminés envers leur suzerain pour raison des fiefs qu'ils tenaient de lui et que l'on nommait sergenterie. (Note donnée par M. Dugast-Matifeux)

[30] Page 18 de l'édition in-f° en la possession de M. Dugast Matifeux.

[31] Vice-sénéchal et prévôt général de la province et généralité de Poitou, André Le Geay, sr de la Gestière en Saint-Georges-de-Montaigu, avait été anobli par Henri IV (lettres-patentes données à Fontainebleau, au mois de juin 1609), pour avoir détruit la bande des Guillery, dont les meurtres, voleries et brigandages désolaient non-seulement le Poitou mais encore la Bretagne, l'Âunis et la Guyenne.
Revue des Provinces de l'Ouest, vol. IV (année 1856), p. 241 à 249.                                                      P. M.

[32] Voir les voyages pittoresques de Dumont d'Urville, et ceux de Bougainville.

[33] Petite métairie en la paroisse de Chauché.

[34] Notre très-honoré collègue M. Charles-Isaïe-Constant Gourraud, né à Chavagnes le 3 novembre 1797, est décédé à Nantes le 3 mai 1876. Avec la plus grande bienveillance, ses enfants ont accompli la promesse par lui faite à la Société d'Emulation, de la Notice, aussi intéressante que complète, dont il venait d'achever la rédaction.          P. M.

 


◄ page précédente : Notice sur la paroisse de Chavagnes (Arthur de La Villegille, 1842)         Haut ▲         page suivante : la "Chronique paroissiale de Chavagnes-en-Paillers" (1891) ►