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Montaigu-en-Vendée
patrimoine et histoire

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la "Chronique paroissiale de Saint-Georges-de-Montaigu" (1895)

rappel : avant toute utilisation d'extraits ou d'illustrations de ces pages, vous devez en demander l'autorisation à leur auteur.

 

La "Chronique paroissiale de Saint-Georges-de-Montaigu" fait partie d'un ensemble initié par Eugène Aillery (1806-1869) qui, devenu "prêtre habitué" (c’est-à-dire "prêtre retraité et résidant…") à Fontenay-le-Comte, se consacra à des recherches sur l’histoire religieuse du diocèse de Luçon. En 1860 il publia le Pouillé de l’évêché de Luçon (200 p.), et à sa mort il laissa un ensemble de manuscrits traitant de l’histoire des différentes paroisses du diocèse. Vingt ans plus tard, en 1889, l’évêché de Luçon décida de les actualiser de les faire paraître sous forme de cahiers mensuels d’une vingtaine de pages distribués à des abonnés, sous le titre de "Chroniques paroissiales". Jusqu’en 1895, les premiers cantons (ou "doyennés" dans la terminologie religieuse de l’époque) dont les "chroniques" ont été publiées, furent ceux de la Roche-sur-Yon, Chantonnay, les Essarts, Saint-Fulgent, les Herbiers et Mareuil, chacune de leurs paroisses y étant traitée en quelques pages. A partir de cette date, la prise en main de la publication par Pierre Pontdevie (1830-1893) puis par Hippolyte Boutin (1851-1901) leur donna plus d’ampleur, la part des textes dus à Eugène Aillery y devenant marginale, et leur contenu prenant un intérêt certain. Les "chroniques" des paroisses des cantons de Montaigu, de Mortagne et le début de celles du canton du Poiré (le Poiré, Aizenay, Beaufou), furent alors publiées. Puis, sous la direction de Julien Huet (1857-1925) et jusqu’en 1918, ce seront la fin de celles du canton du Poiré (Belleville, Saint-Denis, la Genétouze, les Lucs, Saligny), puis celles des cantons de Maillezais, de Rocheservière (celles de ce dernier rédigées essentiellement par Alain de Goué, 1879-1918) et de Fontenay-le-Comte. Après une interruption, la publication fut reprise, dans les années 1930, par Adolphe Poirier (1878-1957) pour le canton de Beauvoir, et elle se termina dans les années 1950 avec celles du canton de Pouzauges par Auguste Billaud. Soit 14 cantons sur les 30 que comptait la Vendée à cette époque, en plus des autres ébauches de "Chroniques" réalisées en son temps par Eugène Aillery pour la plupart des autres paroisses du diocèse de Luçon.

La "Chronique paroissiale de Saint-Georges-de-Montaigu" a bénéficié des apports de Pierre Pontdevie. Elle est le résultat d’un important travail d’enquêtes, partant des faits, recourant systématiquement aux documents originaux, vérifiant et recoupant les sources… autant de garanties d'un sérieux que n'avaient pas eu jusqu'alors les "érudits locaux" de l'époque, tel le montacutain Dugast-Matifeux. Comme pour les autres "chroniques paroissiales", on y trouve un "État nominatif des curés (et vicaires) de la paroisse" dont la succession et les activités constituent a priori l’objet principal de chacune d’elles. S'y ajoutent des renseignements sur les anciens lieux nobles de Saint-Georges-de-Montaigu, et un long appendice sur la bénédiction des cloches de son église.


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La "Chronique paroissiale de Saint-Georges-de-Montaigu" suit le plan suivant :

généralités
l'église
État nominatif des curés de la Boissière
anciens lieux nobles de Boufféré
      la Sénardière
      les Bouillères
      le Hallay
      la Louerie
      la Pâtissière
      l'Orvoire
      la Vilnière
      Girondor
      la Bretonnière
Bénédiction des cloches de N.-D. de Boufféré

 

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Saint-Georges-de-Montaigu. (Durinum, Durenum, Durivum, Durin, Sancti Georgii de Monte Acuto).
Cure : L'abbé de Saint-Jouin-de-Marne présente ; l'évêque confère ; 10 prêtres ; chapellenie des Boisseaux.
Prieuré conventuel : Même patronage ; 6 prêtres. (Manuscrit de Luçon, 1533-1534)   

Cure de Saint-Sauveur-de-Saint-Georges, près Montaigu : L'abbé de Saint-Jouin, 600 livres; 1,800 commu­nions.
Prévôté (ou prieuré) : L'abbé de Saint-Jouin, 3000 livres ; 3500 livres... l'office canonial en son église et l'office paroissial aux fêtes annuelles ; chargé de la portion congrue du curé et du vicaire ; paie au curé 300 livres, au vicaire 150 livres.
Chapelle Saint-Gilles-des-Herbertins, unie à la cure de Treize-Septiers vers 1729 : 150 livres, 100 livres, 2 messes.
Chapelle de la Limousinière : Le seigneur de cette maison : 60 livres, 2 messes.
Fabrique : Oblations. (Dom Fonteneau, XVIIIe siècle.)

                    (Pouillé de l'évêché de Luçon)    

 

Généralités

 

De tous les points du Bas-Poitou, occupés par les Gaulois et plus tard par les Romains, Saint-Georges-de-Montaigu est le seul dont il nous reste le plus de souvenirs : encore sont-ils dans leur origine enveloppés d'obscurité et d''incertitude.
Cette cité gallo-romaine existait encore dans toute sa splendeur au IVe siècle, alors que Tiffauges était encore ignoré ; elle était le centre de tout le commerce de l'Aquitaine et de l'Armorique, et s'étendait sur trois collines arrosées par deux rivières[1], qui divisaient la ville en trois quartiers : aussi avait-elle reçu le nom de Durinum, ou mieux Durivum, des deux rivières qui l'entouraient et sur les rives desquelles elle se trouvait située[2].

Deux voies romaines, qu'on appelait chemin pavé ou chaussée, voie royale, se dirigeaient, l'une au nord-est et l'autre au sud ouest. La première venait de Mallièvre par Saint-Michel-Mont-Mercure, autre mansio romaine, et les Herbiers ; la seconde continuait la voie romaine jusqu'au portus Namnetum (Nantes), en passant par Dée (Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. Une preuve de cette direction vers le monastère de Dée, c'est que dans une charte datée du 16 mars 819, Louis-le-Débonnaire accorda à Arnoul, abbé de Noirmoutiers, fondateur de Dée, l'autorisation de couper la voie royale, ou chemin pavé, pour pratiquer un nouveau lit à la Boulogne et conduire les eaux à son monastère, à la charge de construire un pont sur cette coupure de la voie, afin de ne pas intercepter le passage : ainsi, il est bien constant que la voie passait par Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. Cependant, le peu de largeur de la route qui passait à Durivum, route dont on trouve quelques traces, faisait croire que ce n'était pas une des grandes voies romaines, mais simplement une route gauloise ferrée à l'instar de celles des Romains.

Au VIe siècle, saint Martin de Vertou établit à Durivum deux monastères, l'un à côté de l'autre : le premier pour les hommes, le second pour les femmes ; les ruines de ces monastères s'élevaient encore, avant leur entière destruction, comme des forteresses : on sait, en effet, que, dans ces temps reculés, ces asiles religieux servaient tout à la fois, en temps de paix, d'églises, d'hôpitaux et de lieux de retraite, et, en temps de guerre, d'asiles et de forteresses contre l'oppression et la fureur des guerres. Saint Martin visitait souvent ces deux couvents, lorsque, le 24 octobre, vers l'an 601, il y fut saisi d'une fièvre brûlante qui vint le ravir à ses disciples[3]. Sa dépouille mortelle, enfermée dans un coffre de bois précieux, fut portée à l'église ; mais les religieux de Vertou, jaloux de posséder le corps de leur fondateur, vinrent et l'enlevèrent pendant la nuit. Il fut, depuis, transporté à l'abbaye de Saint-Jouin-de-Marne, qu'il avait également fondée.

Deux siècles s'écoulent, et, vers l'an 844, Bégon, qui avait épousé la petite-fille de Charlemagne, était duc d'Aquitaine et comte de Poitou. Ce seigneur ayant résolu de chasser les lieutenants que Lambert, usurpateur du comté Nantais, avait placés à Mauges, à Herbauges et à Tiffauges, s'avança à la tête de son armée ; mais avertis à temps, ses ennemis se réunissent, l'attaquent au passage du Bléson, et Bégon lui-même succomba en combattant vaillamment. La chronique nantaise dit qu'il fut enterré à Durinum : Bego dux Aquitanorum cecidit interfectus, cujus corpus sepultum est apud Durenum Theophalgæ[4].

Par suite des invasions des Normands et des ruines qu'ils laissèrent à Durivum, après l'avoir pillé et saccagé, la ville gallo-romaine vit sa splendeur s'éclipser ; ce n'est plus, au IXe siècle, qu'un bourg de la Teyphalie, Theophalgiæ vicus ; il ne lui est resté que son nom, encore est-il défiguré et transformé en celui de Durin. Les habitants, ruinés par ces hommes venus du nord (northmann). se retirent peu à peu sous les murs de leur citadelle, qui n'était autre que celle de Montaigu, et bientôt cette nouvelle ville s'élèvera aux dépens de la triste Durin. Il existe, dans la paroisse de Chavagnes, une tradition sur le château de Montaigu, que nous chercherons à expliquer, sans toutefois la garantir : Dans le champ de bas du Cormier était autrefois le château de Montaigu. Toute bizarre que puisse, au premier aperçu, paraître cette tradition, il nous semble qu'elle peut jeter quelque jour sur l'histoire de la contrée, et qu'il en résulte la connaissance d'un fait que l'on peut regarder comme certain : c'est que la porte fortifiée ou château qui se trouvait dans ce champ a été abandonné lors de la fondation de Montaigu, et que peut-être aussi l'on aura alors transporté à Montaigu des matériaux provenant de sa démolition.

Cet abandon et la fondation de Montaigu s'expliquent aisément, en considérant que dans l'origine les ennemis que pouvaient avoir à craindre les habitants de Durinum, étaient les barbares, habitant les forêts, existant alors sur les plateaux formant le centre du département et dont les forêts de Grala, des Quatre-Chemins, des Essarts, etc. sont encore des restes ; c'était donc surtout du midi que pouvaient venir les attaques et vers ce point, par conséquent, vers Chavagnes, que devaient être placés les postes avancés de Durinum. La fertilité et la belle position de l'endroit y auront fait établir des exploitations rurales et des maisons de campagne des habitants riches de la ville ; très probablement une mine de fer y aura été exploitée. (Voir la notice sur Chavagnes).

Mais quand les Normands vinrent ravager notre pays, il y avait longtemps que toute la contrée était civilisée ; c'était alors du Nord que venaient les ennemis, en remontant ou côtoyant les rivières ; c'était donc de ce côté que l'on avait besoin d'avoir des postes fortifiés, et Montaigu se trouvait placé fort à propos pour cela. Alors les habitants de Durinum, échappés au fer des barbares et ruinés par eux, auront été forcés d'abandonner leurs établissements des environs de Chavagnes, et exposés sans cesse à de nouveaux désastres dans une ville ruinée, se seront peu à peu retirés à Montaigu où ils auront trouvé plus de sûreté. Ainsi, Montaigu qui a fini par surpasser et faire oublier Durinum, devenu plus tard prévôté de Saint-Georges-de-Montaigu, lui est bien postérieur.

Après avoir parlé du commencement et de la fin de Durivum, des deux monastères élevés par saint Martin, de la défaite et de la sépulture du duc d'Aquitaine, il paraît convenable d'examiner la situation actuelle des lieux.

Voici à ce sujet ce qu'écrivait, il y a quelques années, M. Massé Isidore, après une visite faite aux ruines de l'ancienne ville de Durin : il était accompagné dans ses recherches par M. Montaut, savant distingué qui y faisait sa résidence :

"Nous commençâmes. d'abord par reconnaître l'ancien pomérium, c'est-à-dire l'ancienne enceinte de la ville : il nous fut aisé d'en suivre les traces ; elles se trouvent encore sur les deux collines latérales, et, bien que devenues presque invisibles sous les ronces et les lierres qui les couvrent, elles n'en servent pas moins aujourd'hui de murs de clôture à divers champs labourés. Nous suivîmes ensuite l'ancien chemin qui a été remplacé par la grande route actuelle ; nous le trouvâmes cultivé, couvert de moissons et d'arbres fruitiers, et conservant cependant encore une partie de sa forme primitive. Il descendait de Saint-Georges en longeant les murs des jardins du prieuré, et venait en droite ligne aboutir au pont actuel ; sa largeur primitive était méconnaissable, vu la quantité de terre rapportée sur la partie Nord ; nous pensâmes néanmoins que jamais cette voie n'avait été d'une largeur suffisante pour mériter la dénomination de voie royale que lui donne la charte de Louis-le-Débonnaire. M. Montaut qui l'avait vu dépaver et livrer à la culture, nous assura avoir parfaitement reconnu le genre de pavage usité sous les empereurs romains, et que c'était bien une voie dite strata ou calciata.

Il devait également y avoir un pont primitif à la jonction des deux ruisseaux, comme il en existe encore un aujourd'hui; mais la voie, au lieu de monter la colline opposée, devait tourner autour de cette même colline, en suivant le cours de la rivière jusqu'au pied du château de Montaigu, qui ne devait être autre chose que la citadelle de Durinum, - Montaigu n'existant point encore il cette époque. De l'autre côté de Saint-Georges, la voie devait suivre, pendant près d'une demi-lieue, la même direction que la grande route actuelle. Nous avons remarqué que cette dernière sort de Saint-Georges précisément par le même endroit où se trouvait une des principales portes de la ville ; nous y avons reconnu la base d'une des anciennes tourelles qui défendaient cette porte ; on avait construit un calvaire sur cet antique fragment de maçonnerie, mais il est aujourd'hui abandonné, et comme la vieille masure qu'il recouvre, il n'est plus lui-même qu'une ruine.

M. Montaut nous mena ensuite aux ruines du prieuré dont il est propriétaire depuis trente ans. C'est à ses soins que l'on doit la conservation de ces restes d'une haute antiquité. L'intérieur de l'église est dévasté, et l'extérieur ressemble à une forteresse ; ce qui prouve que dans le principe, les couvents étaient fortifiés et servaient d'asiles contre les seigneurs féodaux, toujours guerroyant entre eux. Devant cette église, s'étend aujourd'hui un vaste emplacement d'où l'on tire, à l'aide de la poudre, d'énormes blocs d'une maçonnerie très ancienne : ce sont les fondements des bâtiments du prieuré. Des édifices occupaient tout cet emplacement dont M. Montaut a fait un don à la commune ; on le destine aujourd'hui à faire un champ de foire. Ce vaste prieuré devait, avec ses jardins, couvrir l'espace qui s'étend depuis les ruines jusqu'au confluent des deux ruisseaux ; la maison de M. Montaut se trouve bâtie sur le milieu même de l'étendue de ces ruines, et seule elle a remplacé les cloîtres immenses qu'on y voyait autrefois[5].

Dans les fouilles que les déblayements ont occasionnées, on a retrouvé plusieurs indices certains de l'existence en ce lieu d'une ancienne mansio, et même de la splendeur passée de Durinum. Parmi un grand nombre de débris de vases romains d'un travail remarquable, il s'en est trouve plusieurs encore entiers[6] ; l'un a été emporté chez un docteur-médecin des environs (M. Damour, à la Richerie), où on l'y voit, dit-on, encore ; on a trouvé quelques médailles qui ont été dispersées, des débris d'armes romaines qui ont eu le même sort ; des tombeaux antiques qui ont été brisés ; des lacrymatoires, ou petites fioles allongées, servant à contenir les larmes des amis des défunts ; des petits pots ou urnes pleins de charbons, symbole de l'immortalité, et enfin une multitude prodigieuse de petits poids en plomb que l'on présume avoir servi aux tisserands qui fabriquaient ici, tantôt ces tissus serrés et épais, que le glaive ne pouvait couper, tantôt ces toiles de lin si fines et si transparentes que les pères de l'Eglise reprochaient aux dames romaines de s'en servir, non pour voiler leurs charmes, mais bien pour exciter à la volupté[7]. M. Montaut a fait transporter et vendre à Nantes plusieurs charretées de ces poids ; ils y ont été fondus. Enfin, en démolissant un fragment de maçonnerie tellement défiguré qu'il n'était plus guère possible de reconnaître à quel usage il avait été destiné et situé au pied de l'angle nord-ouest de sa maison, M. Montaut découvrit, il y a quelques années, le tombeau de Bougon, duc d'Aquitaine. Les pierres en avaient été assemblées à la hâte et jetées, presque pèle-mêle avec le ciment ; le squelette du héros avait près de sept pieds de long ; celui de son cheval se trouvait étendu à côté du squelette de son maître, et les éperons restés au pied du guerrier se trouvaient tellement rongés de rouille, qu'en y touchant ils tombaient en morceaux. Il y avait, avant la dernière guerre, plusieurs inscriptions funèbres, tant en cet endroit que dans l'église ; elles étaient sur des pierres de granit, on les avait enlevées de leurs places et réunies toutes ensemble ; les républicains les firent briser, les fragments en furent dispersés et ont été depuis employés à diverses constructions ; seulement, M. Montaut se rappelle avoir vu sur l'un de ces fragments une partie du nom de Bogopus ; mais les caractères en était tellement effacés par l'usure et les siècles, qu'on ne pouvait distinguer que les quatre lettres o g o p."

Aux antiquités trouvées par M. Montaut, il faut ajouter quelques objets d'origine romaine obtenus dans des recherches antérieures ; dans celles de 1802, on trouva des vases entiers ou brisés, dans le goût romain. Ces objets furent transportés à Nantes ; ils étaient en terre rouge ; sur l'un d'eux on lisait le mot Sedatus, dans un cercle de deux centimètres de diamètre ; un autre était sculpté en relief ; vers le bord on y voyait le derrière d'un chien qui paraissait élancé pour courir après un sanglier, dont on voyait la moitié de la tête et un pied de devant ; cette sculpture n'était pas d'un fini recherché.

On trouva dans les mêmes fouilles une petite statue sans tête grossièrement modelée en argile blanche et sur laquelle une peinture noire paraissait avoir été appliquée. Elle représentait un enfant assis, tenant à la main un oiseau, emblème de l'âme qui s'envole ; sa base était creusé et contenait un peu de cendre avec quelques fragments de charbon et des esquilles d'or ; c'étaient sans doute les cendres d'un enfant chéri, que ses parents auront voulu conserver dans sa propre statue, que leur tendresse aura convertie en urne cinéraire.

Au XVe siècle, un rôle de la sénéchaussée de Fontenay fait mention de la châtellenie, prieuré et paroisse de Saint-Georges-de-Montaigu, comme relevant de la justice du siège royal de la capitale du Bas-Poitou.

Au XVIe siècle, dans l'année 1588, à l'époque du siège de Montaigu par les ligueurs, Saint-Georges-de-Montaigu sortit un peu de l'obscurité où il se trouvait depuis longtemps. Ce fut à Saint-Georges que se logea le régiment de Gersay, sous les ordres du duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne ; et ce fut à Saint-Georges que le roi de Navarre, Henri IV, passa pour délivrer Montaigu. Après sa victoire, ce prince revint à Saint-Georges, où il dîna sous un arbre. Il y séjourna le lendemain pour se reposer des fatigues de la veille, ce qui ne l'empêcha pas de chasser les perdreaux pendant quelques instants, et de visiter le soir la place de Montaigu, pour donner des ordres à la garnison et aviser aux réparations à faire aux fortifications. Ce fut à Saint-Georges, et à cette époque, que ce prince fut rejoint par les troupes que lui amena le prince de la Trémouille, qui, quelques jours auparavant, avait défait le régiment d'Estelle près de Poitiers. Quatre drapeaux, trophées de cette victoire, furent présentés au roi de Navarre pendant qu'il était encore à Saint-Georges[8].

En vain chercherait-on quelques faits historiques relatifs à Saint-Georges, depuis le séjour qu'y fit le bon roi, jusqu'aux jours malheureux de 1791. Les guerres de religion, les ravages du temps, la flamme révolutionnaire ont achevé la ruine de l'ancienne cité. Deux longues lignes de maisons reconstruites qui longent la grande route ; une église moderne assez propre ; les ruines de l'église de Saint-Martin, voilà Saint-Georges[9]. Mais la nature, qui se joue des révolutions humaines, y brille au printemps de toute sa splendeur. Cette commune récolte en effet beaucoup de froment, mais surtout une grande quantité de fruits, et les deux rivières sont bordées de verdoyantes prairies d'un excellent rapport ; on y trouve aussi quelques vignes.

La fête patronale de cette paroisse est la Transfiguration de N. S. La nouvelle église, bâtie en 1684, est grande et a deux bas côtés. Son clocher en ardoises, rétabli en 1810, a 70 pieds au-dessus de l'église. Deux chapelles sont dédiées à la sainte Vierge et à sainte Radegonde, reine de France. Le presbytère, placé près de l'église, est en mauvais état ; il n'a pour dépendance qu'un petit jardin sec et aride.

Au mois d'août 1808, l'empereur Napoléon et Joséphine, traversant la Vendée, passèrent à Saint-Georges. Le maire lui mit sous les yeux le désastre de son malheureux bourg, la pauvreté du pasteur, celle de son église, celle du presbytère : tout eut part aux bonnes grâces de l'empereur.

 

Aillery.               

 


Nous compléterons la notice intéressante de M. l'abbé Aillery, sur Saint-Georges-de-Montaigu, par quelques autres renseignements historiques puisés à diverses sources, et qu'il nous a paru bon de réunir ici[10].

Dans son Pouillé de l'Evêché de Luçon. le savant historiographe dit que le monastère, bâti par saint Martin dans l'antique cité qu'a remplacée saint Georges, "fut le centre d'où le christianisme rayonna bientôt sur les populations demi-barbares du voisinage". (p. VII.) Nous souscririons volontiers à ce jugement de notre historien, s'il plaçait la fondation dudit monastère au IVe siècle et non au IVe. Mais la question de l'introduction du christianisme dans le Bas-Poitou bien avant le VIe siècle ne fait aujourd'hui de doute pour personne. Et, fallût-il se ranger à l'opinion de l'abbé Aillery, de l'abbé Auber et autres sur ce point de chronologie, que nous nous inscririons encore en faux contre le jugement cité plus haut. En dehors de saint Martin de Vertou, nous ne manquons pas, en effet, d'apôtres ayant fait rayonner le flambeau de l'évangile sur les populations demi-barbares qui furent les ancêtres des Vendéens, avant le VIe siècle. Saint Domnin et ses compagnons, saint Vivent, saint Benoît, le chorévêque d'Aizenay, saint Florent, saint Macaire, saint Hilaire de Poitiers, saint Martin de Tours, pour ne citer que les plus connus, avaient, dès le IVe siècle, prêché la bonne nouvelle dans les cités, les bourgades et les forêts de notre pays... Mais ce n'est pas ici le lieu de refaire une thèse victorieusement soutenue par un maître tel que Dom Chamard, dont l'Eglise a sanctionné les conclusions de sa grave et puissante autorité, en approuvant, en 1890, le Nouveau Propre de l'église de Luçon.

 

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Voies romaines. - Sans être inexacte, la description de Massé Isidore manque de précision, elle demande à être complétée par celle que M. Remaud a donnée de ces voies, en utilisant sa parfaite connaissance des lieux et les renseignements qui lui ont été fournis par M Dugast-Matifeux.

"La première, venant de l'est, passait par Bressuire, les Herbiers, Bazoges-en-Paillers. Elle traversait les terres de la Fournerie, celle de la Limousinière, où elle est encore très apparente, puis le gué du Jonc. Après avoir traversé Durinum, elle allait par le Vivier, où on la reconnaît, aboutir à l'Océan, au port de Saint-Gilles."

"La seconde venait par les Essarts, Benaston, la Gaudète, la vallée de la Blachetière, le Pont-Chail. Au sortir de Durinum, elle traversait la Grande Maine sur une simple chaussée jetée un peu au. dessus du confluent des deux rivières de ce nom. C'est dans ce lieu qu'a été construit, au moyen âge, un pont ogival, dit pont de Boisseau. A la tête de cette chaussée, du côté du nord, elle se confondait avec une autre voie venant d'Angers par Cholet et le Grand-Planty. Cette dernière traversait les deux Maines à leur confluent, sur une autre chaussée qui sert aujourd'hui à un moulin. Elle passait par le jardin de la Lévinière et arrivait à Rezé, qui était le quartier le plus commerçant de Nantes, avant que saint Félix, évêque et gouverneur de cette vil1e, eût fait creuser, au VIe siècle, le port de Nantes, ou la Fosse. - Cette dernière voie de Nantes à Angers par Durinum se reconnaît encore aujourd'hui aisément, lorsque, ayant passé le nouveau pont de Saint-Georges. on remonte vers la métairie des Chaussées. A cent mètres, à peu près, avant d'y arriver, on a, sur la droite, un enfoncement de terrain assez prononcé qui ressemble à un ravin. C'était la voie romaine. A cinquante mètres plus haut, un autre affaissement du sol se fait remarquer au milieu d'un champ cultivé : il nous désigne la voie du moyen âge. Enfin, cinquante mètres encore plus loin, toujours en remontant, se trouve la grande voirie du XIXe siècle, qui longe la métairie des Chaussées, laquelle remonte au delà de l'époque où le pont fut construit, et tire évidemment son nom des deux chaussées qui le suppléaient jadis." (Manuscrit de M. Remaud, p. 3.)

 

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Durinum. - Saint-Georges. - A quelle époque, la petite cité de Durinum a-t-elle échangé son vieux nom contre celui de Saint-Georges qu'elle porte aujourd'hui ? Y avait-il, dans son enceinte, un temple, un monument consacré à quelque divinité païenne, celtique ou romaine, tellement en honneur, que pour en détourner les populations servilement attachées à leurs antiques croyances, les premiers missionnaires chrétiens se soient vus dans l'obligation d'y substituer le culte et l'image d'un saint, d'attributs similaires, et ayant en quelque sorte une même apparence extérieure ? MM. Benjamin Fillon et Dugast-Matifeux l'ont conjecturé, mais sans fondement sérieux. C'est d'après eux que M. Remaud, et après lui M. Gouraud, dans leurs notes manuscrites, émettent la même supposition. A la croisée des deux voies romaines signalées plus haut, au milieu même de Durinum, où fut construite l'église du for[11], devait s'élever, disent-ils, une représentation d'Apollon perçant de ses flèches le serpent Python.

Le christianisme, en pénétrant dans la cité, renversa de son piédestal la divinité païenne, et, pour ménager sans doute les susceptibilités religieuses des nouveaux convertis, les missionnaires lui auront substitué l'image et le culte de saint Georges, terrassant le dragon de sa lance ; substitution des plus heureuses.

C'est peut-être le cas de dire : "Se non e vero, e bene trovato." Il est vrai que ce fut une pratique des premiers évêques de substituer quelquefois au culte d'une divinité païenne celui d'un saint ou d'une sainte dont la vie avait le plus d'analogie avec ce personnage fabuleux. Mais, de ce que l'Eglise a parfois mis en œuvre ce moyen, on n'est nullement en droit de le généraliser sans preuves. A-t-on trouvé, à Saint-Georges, une statue d'Apollon-Pythien ?

Nous ne l'avons jamais lu, ni entendu dire…… Sans vouloir rejeter a priori cette conjecture, qui, nous le reconnaissons, offre quelque chose de séduisant et n'a rien d'invraisemblable, nous croyons qu'on peut trouver au patronage de saint Georges, à Durinum, d'autres raisons, pour le moins, tout aussi plausibles.

D'après Baronius, qui a fait la recherche et l'examen critique de toutes les histoires de saint Georges dans les plus anciennes bibliothèques, ce noble et illustre soldat de Cappadoce aurait été martyrisé, sous Dioclétien, le 23 avril, vers l'an 290 environ. Or, on sait que saint Martin de Vertou, l'apôtre de Durinum, vivait au IVe siècle et mourut vers l'an 370. Celui-ci vivait donc au temps où le fait de ce glorieux martyre, importé et raconté dans les églises de la Gaule chrétienne, y excitait l'admiration de tous, en même temps que de grands sentiments de dévotion pour le jeune héros, confesseur de la foi. Son culte se répandit très vite dans nos contrées occidentales. Grégoire de Tours constate que des reliques du saint avaient été apportées de bonne heure jusqu'en Limousin[12] ; et saint Fortunat de Poitiers nous apprend que les églises s'étaient multipliées sous son vocable[13]. Qui s'oppose, dès lors, à ce que saint Martin lui-même lui ait consacré sa principale église de Durinum ? Conjecture pour conjecture, nous aimons mieux, quant à nous, nous ranger à cette dernière opinion qui est celle des doctes Bollandistes[14].

 

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Le pont de Boisseau et le pont Saint-Mesme. - Aillery a omis de parler du pont de Boisseau. Ce pont a été jeté, au XIIIe siècle, sur la Grande-Maine, près de l'endroit où elle reçoit la Petite-Maine, sa tributaire. Il est encore debout avec ses trois arches ogivales. Mais il doit être plus ancien, et tout porte à croire qu'il n'a été que refait à l'époque dont il porte le caractère architectural. Le pont primitif servait évidemment à relier entre elles les voies romaines dont il a été question plus haut.

En 1844, une nouvelle route ayant été percée, un peu à droite, pour éviter la côte de l'ancienne voie, la construction d'un nouveau pont s'imposait du même coup. Le nouveau pont de Boisseau, construit par le génie, est beaucoup plus long que l'ancien ; il a été bâti sur pilotis, mais dans d'excellentes conditions de solidité. Si nous en croyons les notes manuscrites de M. Remaud, il aurait coûté à l'Etat plus de 180 000 fr. Par suite de cette construction, l'ancienne route et le vieux pont gothique furent abandonnés. Aujourd'hui, celui-ci n'a plus de parapets et est menacé d'une ruine prochaine, ruine qui sera d'autant plus regrettable pour l'archéologie et l'histoire, que de semblables spécimens deviennent de plus en plus rares.

Son nom de pont de Boisseau est emprunté sans doute à une vieille famille de Saint-Georges qui l'aura fait construire au XIIIe siècle. Peut-être, dit M. Remaud, est-ce la même qui fonda dans l'église la Chapellenie dite "des Boisseau".

Il existait jadis, à Saint-Georges, un autre pont dont l'histoire doit aussi religieusement conserver le nom; il s'appelait le pont Saint-Mesme[15]. Mesme ou Mesmin, on le sait, est une contraction de Maximin. Or, ce nom, ici, doit rappeler, évidemment, le saint évêque de Trèves qui accompagna saint Martin de Vertou dans son voyage à Rome. La piété des enfants de saint Martin fut heureuse, sans doute, d'unir au souvenir de leur père dans la foi le souvenir de celui qui fut son ami fidèle, en donnant son nom à l'un des ponts de leur cité. Et qu'on ne dise pas qu'il s'agit, peut-être, ici, de Saint-Mesme-de-Chinon, Celui-ci fut un disciple de saint Martin de Tours et non de saint Martin de Vertou, et son culte n'a, d'ailleurs, aucune raison d'être à Saint-Georges.

En 1866, ce pont tombait en ruines; le passage en était devenu dangereux et presque impraticable. Le maire de la commune, M. Guesdon, entreprit de le réparer. Grâce à une subvention de 30,000 fr. fournie par le département, le pont Saint-Mesme fut élargi et élevé de près de deux mètres. L'entrepreneur des travaux fut un habitant de Saint-Georges, Mathurin Chacun, du village de la Sallée.

 

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Le baron Le Geay (ou Le Gès) , - Le village de la Gestière et son château en ruines rappellent le souvenir du célèbre grand prévôt du Poitou, qui fut chargé de poursuivre les trois frères Guilleri, brigands fameux par leurs voleries et pilleries, immortalisés depuis par la chanson et la légende On sait combien leur poursuite et leur arrestation lui donnèrent de mal.

En 1600, le baron Le Geay épousait une demoiselle de Suzannet, qui lui apporta en dot un domaine assez considérable, qui s'étendait du village de la Rangisière à celui de la Richardière. Le baron fit alors construire, sur le point le plus élevé de sa propriété, à 200 mètres environ de la Rangisière, un château avec tours et tourelles, protégé par des douves profondes. Naturellement, il donna son nom au château et au village qui se forma autour. Telle fut l'origine de la Gestière[16].

Voici un fait de l'histoire de Guilleri, probablement un peu embelli par la légende, qui se passa au château de 1a Gestière. Nous le cueillons dans les notes manuscrites de M. Remaud.

Un jour que l'incommode Guilleri donnait un peu de répit au grand prévôt (un quidam l'avait vu aux environs de Pontoise), celui-ci voulut oublier ses fatigues dans les joies d'un festin. Aussi, avait-il convié à faire chère lie la plupart des gentilshommes de la contrée. Or, Guilleri, déguisé en poissonnier, se présente au moment du repas, conduisant une abondante marée. L'aubaine était vraiment par trop bonne : sans le reconnaître, on lui achète une quantité considérable de poissons ; il est invité à dîner à la cuisine pendant que son Carabi (le petit cheval de la chanson), mangeait également au râtelier du châtelain. Tandis que les joyeux devis volaient d'un bout de la table à l'autre bout où messire André Le Geay, étendu dans un grand fauteuil de chêne sculpté, la face enfouie dans les plis raides de sa vaste housse, souriait d'un air de bel humeur, Guilleri, bien restauré, va quérir son cheval à l'écurie, puis, se présentant à la fenêtre de la salle du festin, il fait une profonde révérence aux joyeux convives : "Vous cherchez Guilleri, messires ? dit-il avec un fin sourire ; c'est lui-même qui, dans ce moment, a l'honneur de vous saluer !" A ces mots, gentilshommes, archers, prévôts, tout le monde se lève de table et court aux écuries. Mais quelle ne fut pas leur surprise en voyant que tous les chevaux avaient le jarret coupé…

Pendant ce temps, compère Guilleri, sûr de n'être pas atteint, s'éloignait au petit trot de son cheval, en riant de cette aventure, avec les geais et les merles qui sifflaient d'un air moqueur dans les buissons du chemin.

Philippe Guilleri ne fut pas toujours aussi heureux dans ses audaces. Le 4 décembre 1608, sur les quatre heures du soir, il fut pris et exécute, relate, en son journal, le ministre protestant Merlin de la Rochelle. De ce moment, sa troupe se dispersa, et la plupart des bandits qui la composaient furent arrêtés aussi et envoyés au supplice.

Quant à messire Le Geay, il envoya à Paris le compte détaillé des dépenses que lui occasionnèrent la poursuite et la prise du Guilleri. Nous y relevons cet article : "3° Trois à quatre mille livres pour la nourriture et la solde des vingt-cinq hommes qui tinrent garnison en son castel de la Gestière, de juillet 1604 à mai 1606."

L'histoire ne dit pas s'il rentra dans ses dépenses ; mais elle nous apprend qu'Henri IV, pour récompenser ses services, l'anoblit, lui et sa descendance, par lettre patente datée de Fontainebleau. Le baron Le Geay mourut de 1640 à 1650. Il portait : "d'azur à un pin de sinople rehaussé d'un croissant et d'un geai (ou d'un aiglon) de sable." (Gouget. Armorial du Poitou.)

 

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Daniel de la Primaudaye, 1686. - Daniel de la Primaudaye, seigneur de la Goyère[17], mourut en 1686. Il avait vécu dans le protestantisme; mais à la Révocation de l'Edit de Nantes, en 1685, il fit semblant de se convertir. Après sa mort, il fut accusé d'avoir trompé le pouvoir et fini sa vie dans l'hérésie. Jugé au présidial de Poitiers et condamné comme relaps, il fut exhume et traîné sur la claie.

Dans la suite, une dame de cette famille, exilée en Angleterre, fut réduite, pour vivre, à exercer le métier de lavandière. (Note de M. Remaud)[18].

 

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1684-1713. - M. François Guinaudeau, curé.

M. François Guinaudeau est le premier curé de Saint-Georges dont le nom soit parvenu jusqu'à nous[19]. L'église avait été brûlée pendant les guerres de Religion ; il entreprit de la rebâtir. "Cette église, dit M. Remaud, ne devait rappeler que de très loin les anciens sanctuaires de Saint-Georges, mais elle était néanmoins très remarquable pour le temps. Elle avait trois nefs, des piliers carrés en pierres de taille supportant des arcades à plein cintre, le tout en granit; elle était régulière et bien éclairée. Le zélé pasteur employa treize ans à la construire. On l'appela, de son nom, l'église de M. Guinaudeau, parce qu'il en fit, à lui seul, presque tous les frais. A la fin, cependant, Henri de Nesmond, évêque de Montauban, alors seigneur de Saint-Georges, apprenant la peine qu'avait le digne prêtre a terminer son œuvre, se chargea du dallage[20]. L'église, achevée en 1697, fut bénite par M. Guinaudeau lui-même, qui en jouit pendant seize ans. Ce prêtre zélé mourut, en effet, en 1713, après avoir été curé de la paroisse de Saint-Georges pendant trente-deux ans[21].

En démolissant l'ancienne église, en 1880, on trouva sur une ardoise cette inscription: "Cette pierre a été posée au nom de messire Louis-Balthazar Phelypeau, docteur de Sorbonne, chanoine de l'église de Paris, prieur, seigneur spirituel et temporel de cette paroisse, par messire André Gourraud, prêtre, chanoine de Montaigu, en 1710."

Le successeur de M. Guinaudeau fut probablement un M. Gouraud, dont le nom figure dans les registres de la Bruffière avec le titre de curé de Saint-Georges, en 1714.

1720. - Le sieur Mathurin Gourraud, procureur fiscal, meurt à la Bariaudière, à l'âge de 40 ans. (D'après une pierre tombale encastrée dans le dallage de l'église.)

 

                

STATISTIQUE

DU REVENU DE LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE
A Saint-Georges-de-Montaigu
En 1735

    

 

(Extrait du registre des tournées faites dans les paroisses de l'élection de Fontenay, en 1735, par Mestivier de Malzard, contrôleur du dixième. - Manuscrit in-folio de la collection de M. Dugast-Matifeux.)

Cette paroisse, située dans le bocage, est très grande. Le fond est médiocre ; il y a bien du terrain de landes et de bruyères. Une petite rivière à deux bras (sic), appelée la Maine, passe dans la paroisse. L'évêque de Riez (Louis-Balthasar Phelippeaux d'Herbault), en est le seigneur.

II y a des nobles et des privilégiés, savoir :

M. Charbonneau, de Saint-Symphorien, possède la métairie du Grand-Plantis et celle de la Gastelière, de revenu :.....

M. de Gennes possède la petite métairie ou borderie de la Migeonnière, de revenu :.....

Mme Thévenin possède la maison de la Limousinière et deux métairies appelées la Fournerie et la Levraudière, de revenu :.......

M. Robert, à cause de Mme Hector, son épouse[22], possède la métairie de la Chéfretière, de revenu :.....

M. du Plessis de Pont-de-Vie possède la métairie de la Grande-Cafinière, de revenu :.....

M. de Saint-Clerc possède la métairie de la Petite-Caffinière, de revenu :.....

M. de Champmoreau possède la maison de la Goyère, deux métairies appelées la Mazure et la Gâchère.

M. de Caumont possède la maison de la Gestière, sa borderie, les métairies de l'Establère et de la Rangizière.

M. Badreau possède la métairie de Galène.

Mme de Beauvau-Verdier possède la métairie du Vergier et la borderie de la Praslière. Elle est noble et taxée au taillable.

M. Darquistade, de Nantes, possède la métairie de la Poitevinière et deux moulins à eau et à vent, qui appartenaient auparavant au sieur Hyacinthe d'Escoubleau de Sourdis.

M. du Tréhan possède la grosse borderie du Vivier.

M. de la Grande-Brosse-Marin possède la métairie de la Vinière (Lévinière).

Mme de Loulière, veuve de M. de Bessay, possède une maison et trois métairies, appelées l'Olivray, la Nicoletière, et la Troquerie.

Desquels domaines ci-dessus énoncés les préposés, syndic et principaux habitants, au nombre de huit ou neuf, n'ont voulu dire quel en pouvait être le revenu, quelque exhortation et remontrance que je leur ai (sic) pu faire. Il ne s'est point trouvé de non-déclarant, ni qui ne soient assez taxés.

Le montant du dixième est de ........................................................................... 1.950 l.  6 s.

Les collecteurs ont reçu ...................................................................................... 554 1.  3 s.

Ils ont payé au receveur par deux quittances ..................................................... 524 1.

Il reste en caisse ................................................................................................... 30 1.  3 s.

Arrivé le 17 septembre 1735, et parti le 18 pour retourner à Sainte-Florence de l'Herbergement,

En 1748, nous trouvons le nom de M. Raoul Prévost, avec le titre de curé de Saint-Georges.

En 1761, Audureau, curé de Saint-Georges-de-Montaigu.

En 1767, Chauveau, vicaire de Saint-Georges.

Dès 1779, nous trouvons le nom de M. Fouasson, avec le titre de curé de Saint-Georges. Il en remplissait encore les fonctions lorsque la Révolution éclata, et avait alors pour vicaire M. René-Charles Lusson. Un arrêté du département de la Vendée, du vendredi 9 mars 1792, l'an IV de la liberté[23] intime à un certain nombre de prêtres, parmi lesquels "Fouasson, ex-curé, et Lusson, ex-vicaire de Saint-Georges", l'ordre de se rendre au chef-lieu du département, pour s'y constituer prisonniers, sous l'inculpation d'abuser des mystères d'une religion sainte pour égarer les habitants des campagnes et les exciter à la révolte, etc., etc... L'arrêté est signé J. P., M. Fayau, pour le vice-président ; Cougnaud, secrétaire-général.

Le 10 septembre de la même année, M. Fouasson s'embarquait, aux Sables, pour l'Espagne, à bord de l'Heureux-Hasard, préférant l'exil au serment schismatique[24].

Son vicaire ne l'accompagna pas. L'abbé Lusson resta, en effet, au milieu des armées royalistes. Il devint aumônier de l'armée de Royrand, dont son frère, aubergiste de Saint-Fulgent, fut l'un des principaux chefs, comme capitaine de sa paroisse.

La défaite des républicains au Pont-Charrault, le 19 mars 1793, fut surtout causée, d'après Chassin, par une erreur étrange. Ils prirent le rassemblement des Vendéens pour la garde nationale de Nantes, parce que la brise du soir avait apporté jusqu'à leurs oreilles l'air de l'hymne cher aux Français.

C'était bien, en effet, l'air de la Marseillaise que chantaient les Vendéens ; mais les paroles en avaient été changées en cantique par l'abbé Lusson, vicaire de Saint-Georges[25]. Un tel ennemi de la Révolution et des révolutionnaires, tombant entre leurs mains, ne pouvait trouver grâce à leurs yeux. L'abbé Lusson, ayant été arrêté, fut conduit à Noirmoutier et fusillé, par jugement de la commission militaire, le 3 janvier 1794 (14 nivôse an II), en même temps que le généralissime d'Elbée et six autres prêtres non assermentés.

Une tradition de Noirmoutier, visiblement altérée, et dont l'erreur a dû être causée par le nom même du personnage en question, rapporte qu'un grand vicaire de Luçon a été fusillé, en janvier 1794, en face du château, au coin de la rue dit Grand-Four, le long du mur de la maison appartenant maintenant à madame veuve Merland. Il n'est pas douteux qu'il ne s'agisse ici de l'abbé Lusson, vicaire de Saint-Georges, transformé par la tradition en grand vicaire de Luçon.

"Pendant les guerres héroïques de la Vendée, dit M, Remaud, sept cents hommes de Saint-Georges prirent les armes pour la défense de l'autel et du trône, et un grand nombre d'entre eux payèrent de leur sang leur dévouement à ces nobles causes. La foi qui les animait ne défaillit pas, grâce à la présence presque continuelle de prêtres zélés qui se tinrent cachés dans la paroisse. De ce nombre était M. Marion, curé de Saint-Jacques de Montaigu."

"Il se retira dans les Maines ; habita d'abord à la Marquerie, puis à Boisse, puis enfin à la Gerverie, se rapprochant ainsi de plus en plus de la forêt de Grala qui fut toujours inabordable pour les bleus, aussi bien que les Maines. Parmi ceux qui eurent la témérité de s'y aventurer, aucun, dit-on, n'en revint pour apprendre aux autres ce qu'il y avait vu."

"C'était dans cette contrée des Maines, couverte de bois épais, naturellement défendue par plusieurs cours d'eau, que la population de Saint-Georges vivait cachée sous des abris de feuillage. A la Gerverie, il existe encore (1865) un hangar où M. Marion célébrait le saint sacrifice de la messe. Un vieillard, âgé de plus quatre-vingts ans, Julien Moquet, dont le fils, père de famille, habite encore le village, m'a dit à moi-même la lui avoir servie bien souvent dans ce lieu ; l'y avoir assisté bénissant des mariages, et jusqu'à sept dans le même jour."

"M. Marion mourut vers la fin des troubles[26]."

Il y eut aussi M. Jean Girard qui, de temps en temps, quittant Saint-Hilaire dont il faisait sa résidence ordinaire, apportait aussi à la paroisse de Saint-Georges les secours de son ministère avec un zèle et un courage admirables. M. Remaud, dans sa Chronique paroissiale, lui consacre dix-sept pages qu'on lit comme un roman, tant elles sont intéressantes et émouvantes.

Après quelques hésitations, nous nous sommes décide à les publier intégralement dans ce recueil, tout en faisant quelques réserves sur le récit de certains faits que la tradition, fidèle pour le fond, a dû dramatiser un peu.

1759-1836. - M. Jean Girard

(Curé de Saint-Georges de 1803 à 1836.)

M. Jean Girard naquit dans la paroisse de Saint-Hilaire-de-Loulay, en l'année 1759, d'une honnête famille d'artisans. Son père était charpentier. Il fit, à Nantes, une partie de ses études cléricales. Ordonné prêtre, il fut nomme vicaire de Talmond, au mois d'août 1787 ; et, au mois de juillet de l'année suivante, vicaire d'Olonne. Le curé de cette paroisse, déjà avancé en âge, mourut peu après ; M. Jean Girard, son vicaire, lui succéda.

Il y avait alors dans la paroisse d'Olonne un couvent de religieux[27]. Le supérieur, homme grave et instruit, découvrit sans peine tout ce que le serment à la Constitution civile du clergé, que l'on exigeait en ce moment des ecclésiastiques, renfermait de contraire à la sainte hiérarchie de l'Eglise catholique. Il exhorta M. Girard à le refuser. "Vous êtes jeune, lui dit-il, et plein de courage ; donnez au monde ce bon exemple." La crainte et la timidité n'étaient pas, en effet, les défauts de M. Girard ; on n'a guère vu d'hommes plus énergiques. Une bouillante ardeur, une vivacité qui allait jusqu'à la pétulance et dont il avait peine quelquefois à comprimer les saillies, formaient le fond de son caractère.

Il était d'une très petite taille et jouissait d'une santé parfaite. La force de son tempérament était, chez lui, merveilleusement en rapport avec la fermeté de son âme d'élite. L'épée et le fourreau avaient été faits l'un pour l'autre.

On vint donc lui demander de prêter le serment, un dimanche, pendant qu'il chantait la grand'messe. Avant de répondre à la sommation, il demanda qu'on lui permît d'achever le saint sacrifice, dans la crainte, disait-il d'exciter une émeute dans la population. On le lui accorda. La messe terminée, il prend la formule du serment, monte en chaire et la lit à haute voix ; puis, s'adressant à son peuple : "Ce serment, dit-il, est infâme ; soyez assurés, mes frères, que je ne le prêterai jamais !"

Un moment après, il descendait de chaire pour être arrêté et conduit en prison. Cependant, le supérieur des religieux qui lui avait donné si bon conseil, prêta lui-même ce serment, (triste preuve de la faiblesse humaine)[28].

M. Girard fut emmené aux Sables-d'Olonne et enfermé dans la même prison que M. Boitel, curé de la ville. Tous les deux ne tardèrent pas à être transférés de là à Fontenay, alors chef-lieu du département de la Vendée. Là, le geôlier, homme de bien, leur proposa lui-même de faciliter leur évasion. M. Girard en conféra avec son compagnon de captivité. Celui-ci lui répondit : "Peut-être que nous serons repris et traités ensuite plus sévèrement... Pour moi, je suis vieux ; je préfère rester ici et m'abandonner à la Providence."

M. Girard n'était pas homme à goûter un conseil aussi timide. Sa résolution fut bientôt prise. Il s'échappe de la prison et a même le bonheur de sortir de la ville sans être inquiété le moins du monde. Notre fugitif vint ainsi, à travers champs, jusqu'aux environs de l'Herbergement.

Arrivé en ce lieu, presque d'une seule traite, il tombait de fatigues et d'épuisement, Ne sachant à quoi se résoudre, il pria sans doute son bon ange de lui donner une bonne inspiration, et s'arrêta ensuite à une détermination surprenante, mais qui prouve bien la candeur de son âme encore jeune et confiante. Il alla frapper à la porte d'un riche républicain, ennemi reconnu des prêtres, et lui dit sans détours qui il était. "Nous ne sommes pas de même opinion, répondit celui-ci ; mais puisque vous vous confiez à moi, je ne vous trahirait point." Puis, il lui fit servir aussitôt de la nourriture dont il avait un pressant besoin.

Une fois réconforté, M. Girard ne tarda point à reprendre son voyage devenu plus périlleux à cause du voisinage de Montaigu. Il arriva ainsi sans difficulté à Saint-Hilaire-de-Loulay. C'était, avons-nous dit en commençant, le pays de sa naissance ; il y connaissait mieux que partout ailleurs et les lieux et les gens, et pouvait, par conséquent, plus facilement s'y tenir caché. Ce fut là aussi qu'il se fixa et se dévoua. volontairement, pour le bien des âmes et la gloire de Dieu, aux travaux et aux périls que nous allons raconter.

Son refuge ordinaire était une meule ou, comme on dit dans le pays, une mouche de bois, élevée dans un taillis, mais dont les fagots étaient disposés de manière à former, au centre, une petite chambre. C'était là qu'il avait son lit, là qu'il priait et confessait ceux qui venaient le trouver.

Il ne disait la sainte messe que la nuit, et presque toujours en des lieux différents, voulant éviter ainsi les surprises et les trahisons auxquelles les prêtres étaient souvent exposés dans ces temps malheureux. La suite de cette histoire en fournira, hélas ! de nombreuses et tristes preuves.

C'était surtout quand il devait bénir un mariage que M. Girard recourait à des précautions qui pouvaient paraître excessives, si elles n'étaient pleinement justifiées par les malheureuses appréhensions dont nous parlons plus haut. Quand le prêtre proscrit avait préparé les futurs époux à recevoir la bénédiction nuptiale, il leur assignait un rendez-vous vers le milieu de la nuit.

Rendus au lieu désigné, les partis ne trouvaient point M. Girard, mais un envoyé de lui qui leur disait de se diriger vers un autre endroit. Et, quand ils y étaient parvenus, un nouveau messager leur apprenait qu'il fallait encore aller plus loin. Ce n'était ordinairement qu'après la troisième ou la quatrième étape, que les futurs époux se trouvaient enfin en présence du prêtre qui les mariait, à la faveur des ténèbres, sans cérémonie et sans un trop grand concours de témoins ; et chacun rentrait ensuite discrètement chez soi, avant le jour.

M. Girard ne négligeait pas le soin des enfants. Après avoir recommandé aux parents de leur enseigner la lettre du catéchisme, il les réunissait quelquefois, par groupes, afin de leur en donner l'explication. Et, quand il les jugeait suffisamment disposés, dans les dernières années des troubles particulièrement, il profitait d'un moment de calme pour les admettre ensemble à la première communion. On conserve encore religieusement le souvenir d'une cérémonie de ce genre qui eut lieu dans l'endroit où se trouve aujourd'hui la grange du presbytère[29].

On raconte, à ce sujet, une circonstance de la vie de M. Girard où il donna une preuve bien remarquable de son zèle sacerdotal pour faire communier les enfants. Un excellent instituteur de Sainte-Flaive-des-Loups avait instruit plusieurs enfants et les avait préparés de son mieux à recevoir le pain des anges. Il en informa M. Girard qui ne fit point de difficulté pour entreprendre un voyage bien long et bien périlleux. Evidemment, dans cette circonstance, les anges de ces petits enfants vinrent au-devant de lui et le gardèrent de tout danger. Toujours est-il que le prêtre désiré arriva heureusement au lieu qu'on lui avait désigné. Plusieurs jours durant, il fit des instructions aux enfants ; il les prêcha encore le jour de la communion, et, ce pieux devoir accompli, regagna tout joyeux son cher Saint-Hilaire.

Aucun homme ne posséda plus que M. Girard le talent de contrefaire un personnage dont il voulait jouer momentanément le rôle, Mais la vertu, non plus que le vice, ne peut jamais se cacher entièrement ; en preuve le trait suivant.

C'était dans les environs de Beaulieu, M. Girard, déguisé, se reposait de ses fatigues en prenant un modeste repas, dans l'une de ces petites auberges que l'on rencontre au bord des grand'routes[30]. Tout à coup s'approche de lui un homme affectant un air chagrin, qui lui dit : "Vous qui voyagez, ne pourriez-vous point nous indiquer où l'on pourrait trouver un prêtre ? Nous avons près d'ici un malade à l'extrémité……" M. Girard, ne connaissant plus d'autre prudence que celle du devoir, lui dit alors ouvertement : "Moi, je suis prêtre !"

Son interlocuteur avait deviné juste….. Sans plus d'explication, le prêtre monte à cheval et se met à la suite de cet inconnu. Chemin faisant, il le prie, plusieurs fois, de lui montrer le lieu où il le conduisait. Celui-ci finit enfin par lui montrer d'assez loin la maison qui doit être le terme du voyage. Comme on approchait, M. Girard avise un jeune garçon qui conduisait un troupeau de vaches. "Mon enfant, lui dit le prêtre, vous avez des malades, chez vous ? - Des malades ? non, Monsieur." - "Comment ! il n'y a pas de malade dans la maison que voilà ?" - "Il y a bien d'autre chose que des malades, réplique l'enfant ; elle est pleine de cavaliers en ce moment ; leurs chevaux sont cachés derrière la maison."

La tradition est unanime pour affirmer que M. Girard était un excellent cavalier. Il montait, en ce moment, un cheval noir qui n'avait encore subi, de la main des hommes, aucune atteinte capable de lui faire perdre sa vigueur et sa force natives. On devine avec quel entrain il piqua des deux, après avoir fait faire demi-tour à sa monture. A l'appel de l'espion, les cavaliers républicains s'élancent sur leurs chevaux, et, se croyant bien sûrs de l'atteindre, négligent de prendre leurs carabines. Mais ils avaient affaire à forte partie. M. Girard conserva sur eux toute son avance jusqu'au moment où ils arrivèrent à un autre poste de cavalerie. Là, de nouveaux cavaliers remplacent les premiers avec des chevaux frais, et gagnent rapidement du terrain sur celui de M. Girard qui était fatigué de cette course à bride abattue. Il est sur le point d'être atteint. L'un des cavaliers qui le serre de plus près, levant son sabre, l'abat sur le pauvre animal, et lui fait une large entaille à la queue. Ce coup, qui pouvait être meurtrier pour M. Girard, le sauva ; car le cheval, se sentant blessé, fit des efforts si prodigieux pour redoubler de vitesse et pourvoir à son salut, que ceux qui le poursuivaient perdirent courage et, finalement, rebroussèrent chemin.

M. Girard fut heureux de revoir Saint-Hilaire, après avoir échappé à un pareil danger. En arrivant à l'écurie, son cheval, exténué, se coucha ; et, comme on n'avait pas, pour faire sa litière, d'autre chose que des herbes fraîches, il y contracta une maladie dont il mourut peu de jours après. M. Girard ne put s'empêcher de le pleurer, comme on pleure un sauveur et un ami fidèle.

Le danger vraiment effrayant qu'il venait de courir n'empêcha pas ce digne prêtre de continuer à exposer sa vie pour visiter les malades et leur procurer les secours de la religion. Nous en citerons d'autres exemples.

Une nuit, on était venu le chercher pour confesser un malade de la paroisse de Vieillevigne. M. Girard suivait son conducteur, mais non sans inquiétude. Déjà le jour commençait à poindre, et le prêtre redoublait d'instance pour savoir où on le menait. Son guide lui montra enfin une maison encore éloignée. "C'est là, lui dit-il, que se trouve le malade." Le prêtre, promenant alors ses regards autour de lui, découvre une bergère matinale et court à elle en disant : "Les bleus ne sont-t-ils pas par ici." - "Si, dans cette maison," répond l'enfant, désignant précisément la maison où on le conduisait. M. Girard tourne bride aussitôt et disparaît comme un éclair. Une décharge se fait entendre derrière lui, une balle siffle à ses oreilles... Heureusement, il en est quitte pour la peur et n'est nullement atteint. Les soldats du guet-apens qu'on lui avait tendu se trouvaient sans montures ; ils n'essayèrent même pas de le poursuivre.

M. Girard usait souvent d'un stratagème qui lui réussit à merveille pour circuler dans la campagne, lorsqu'il allait porter aux malades les secours de son saint ministère : il se déguisait en petit marcelot[31] ou marchand ambulant, et voyageait avec une hotte sur le dos. Or, un jour qu'il traversait la route royale de Nantes à Montaigu, il fit une fâcheuse rencontre : deux gendarmes l'arrêtèrent au passage et se mirent à fouiller sa hotte, au fond de laquelle ils trouvèrent... un bréviaire ! Devant une pareille pièce de conviction, il n'y avait pas de défense possible ; le curé déguisé était de bonne prise. On lui met les menottes et on l'emmène vers Nantes. M. Girard crut que sa dernière heure était arrivée. Il suivait tristement les gendarmes, en rêvant noyades et Bouffay. Mais il n'alla pas jusque là. L'un des deux gendarmes qui le conduisaient était un homme de bien auquel il répugnait de se prêter à un crime inutile. Chaque fois qu'on rencontrait une auberge, celui-ci avait toujours soif et priait son camarade d'entrer avec lui. Le camarade buvait sans précaution, tandis que lui s'observait, en vue de faciliter l'évasion du prisonnier. On devine le reste. Bientôt seul capable d'exercer la surveillance, le bon gendarme laissa une telle liberté à M. Girard qu'il semblait l'inviter à s'échapper de ses mains. Ce fut compris et promptement exécuté. Le fugitif vint faire couper ses menottes à une petite forge appelée la Sallerie, située au-dessus de Saint-Hilaire. Elle a appartenu, depuis ce temps, à la famille de feu M. l'abbé Hervouet, ancien curé de Boulogne, mort à Montaigu où il s'était retiré[32].

M. Girard trouva souvent un gîte sûr chez les parents de l'abbé Hervouet, et c'est par eux que nous connaissons un certain nombre des faits remarquables de la vie de ce digne confesseur de la foi. Ils habitaient la métairie de la Preuille. située à quelques mètres seulement du château seigneurial. M. Girard se promenait, un jour, dans le château, lorsqu'il fut envahi par une troupe de soldats républicains. S'élancer et gravir par l'intérieur jusqu'au sommet de l'une des tours fut pour lui l'affaire d'un instant. Il s'y tint blotti entre les pièces de la charpente, tant que dura la visite domiciliaire. Puis, la troupe était à peine sortie, qu'il sortait lui-même par une porte opposée, portant, comme un travailleur, une serpe à la main et une fourche sur son épaule. Les soldats le virent traverser ainsi toute la prairie du château sans le moindre soupçon à son sujet.

Une autre fois, M. Girard se trouvait dans une autre ferme. La maîtresse de la maison aperçoit tout à coup des soldats qui s'avançaient vers la maison et sur le point d'y entrer. Elle avertit son hôte qui lui répond par ces seuls mots : "Il faut nous résigner à mourir ! - Pas encore, fit-elle ; j'ai une idée : faîtes semblant d'être fou et permettez-moi de frapper sur vous." Puis, sans attendre de réponse, elle se met à tapager à haute voix. En ce moment, les soldats envahissent la maison, demandant s'il n'y avait point par là un calotin. "Un calotin. dit la femme, en voilà un fameux ici ; tâchez donc de l'emmener et de m'en débarrasser bien vite !" Puis recommençant son carillon, elle frappe sur M. Girard à coups de pied et à coups de poing. Celui-ci, jouant admirablement son rôle d'insensé, ne cessait de répéter en patois ces mots : "Eh ! bé, dounne-me dau pain !…" - "Tu viens de manger ; va-t-en !" disait la femme, feignant une grande colère. Finalement, elle lui coupe un gros morceau de pain, et, alors seulement, il consent à partir... Les soldats qui s'étaient tu, durant toute cette scène, demandent aussitôt à la fermière de les conduire dans tous les logements pour y chercher le prêtre qu'ils savent bien, disent-ils, être caché quelque part dans sa maison. Elle se montre d'une complaisance extrême et leur ouvre toutes les portes... Toutes les perquisitions sont inutiles. "Je gage, dit l'un d'eux, que celui qu'elle a mis à la porte au commencement de notre visite, c'est le calotin que nous cherchons !" - "Eh ! bien, dit-elle, si c'est lui, courez après !"

Voici un autre fait encore plus émouvant.

M. Girard confessait un malade, dans un village. Il s'était fait accompagner du sacristain, nommé Chauveau. Pendant que le prêtre était en fonction, celui-ci- était de faction, montant la garde à la porte. La précaution n'était pas vaine, Trois soldats armés apparaissent tout-à-coup, à distance. "Vite, vite, l'absolution, dit vivement Chauveau, voilà les Bleus !" – "Nous ne pourrons échapper ? réplique M. Girard." - "Si, si, je m'en charge, suivez-moi ! Je vais les tuer !…" Et de fuir. Ils avaient fait à peine quelques centaines de pas hors de la maison, qu'ils rencontrent un champ de genêt. Chauveau ordonne à M. Girard de s'y cacher. Puis, dès qu'il aperçoit les trois soldats venant à sa poursuite, il se met à courir à toutes jambes en criant continuellement : "Monsieur l'abbé, Monsieur l'abbé, n'allez pas si vite, attendez-moi, je suis pris !"

Tout en s'éloignant d'un pied agile notre homme regardait de temps en temps du coin de l'œil à quelle distance le suivaient les trois Bleus, imitant en cela un célèbre guerrier de l'antiquité que, pour sûr, il ne connaissait point[33]. Quand il les voit séparés les uns des autres par une course inégale, il s'arrête, et s'appuyant sur un échalier qu'il vient de franchir, dit au soldat le plus près de lui : "Venez me prendre. Je n'en puis plus !" Mais comme celui-ci posait les mains sur l'échalier pour le franchir à son tour, Chauveau lui assène sur la tête un vigoureux coup de bâton qui le couche par terre sans mouvement. Il lui arrache aussitôt son fusil, court au-devant du second, et, d'un coup bien ajusté, l'étend raide mort. L'arme du second lui sert à tuer le troisième, qui, ayant entendu le coup de feu, ne se tenait aucunement sur ses gardes, et pensait que le fugitif n'était plus. Sans perdre un instant, Chauveau, tout hors de lui, revole au premier, lui prend son sabre et lui en porte un coup terrible. Pleinement rassuré désormais, il se met à considérer sa victime et reconnaît qu'elle vit encore. L'humanité et le sens chrétien reprenant alors le dessus, il crie de toutes ses forces : "Monsieur l'abbé ! Monsieur l'abbé ! venez vite ! vous pourrez peut-être l'administrer." M. Girard, accourut tout tremblant d'émotion ; il eut, en effet, le temps de confesser le soldat et de lui administrer l'extrême-onction.

Le malheureux fut ensuite transporté dans la ferme voisine, mais ce fut pour y mourir au bout de quelques heures, malgré tous les bons soins qui lui furent prodigués.

On rapporte que M. Girard ne pouvait jamais raconter ce dernier trait sans pleurer à chaudes larmes, tant le souvenir de ce massacre l'affectait péniblement.

Toujours traqué, toujours poursuivi par la trahison, le pauvre prêtre était sans cesse obligé de changer de domicile. Néanmoins, l'une de ses résidences ordinaires était la Bernerie, dont le propriétaire, M. Dugast, appartenait à l'ancienne bourgeoisie. Une nuit que M. Girard couchait à la maison, on frappe soudainement à la porte. Il sort du lit le premier en rassurant ses hôtes : "Qu'on me laisse faire, dit-il, je me charge de tout arranger." Il court ouvrir aux visiteurs nocturnes, et feignant d'être le domestique du logis, leur demande poliment ce qu'ils veu1ent à cette heure. Il leur dit cela en excellent patois, avec un calme et une tranquillité qui ne trahissent pas l'ombre d'une émotion. "Nous venons chercher un calotin caché chez vous", répond la troupe. - "Un calotin chez nous ! reprend M. Girard d'un air mystérieux et baissant la voix ; cela serait bien possible ; car le citoyen Dugast est un aristocrate... Je m'aperçois qu'on me cache bien des choses." - 'Tu vas nous conduire partout..."

La visite domiciliaire fut si stricte et si rigoureuse que le chef de la troupe voulut reconnaître le sexe de chacune des personnes rencontrées dans la maison. Chambres, corridors, greniers, tout fut éclairé, fouillé, scruté par les soldats avec l'aide et les indications de M. Girard. Ils désespéraient de trouver le calotin tant cherché, cause de leur visite, quand M. Girard leur dit, comme après réflexion : "Mais, citoyens, vous n'avez pas visité la cave !... A ce mot, un éclair de joie illumina les visages des citoyens soldats. Cependant, là comme ailleurs, vaine fut leur recherche : ils y trouvèrent du vin, mais point de calotin. "On nous avait pourtant bien dit, fit l'un d'eux, qu'il y avait un prêtre caché à la Bernerie…" - "A la Bernerie, répliqua M. Girard, mais il y a deux Berneries, citoyen ! C'est ici la grande. Il y a encore la petite où reste le métayer. Lui aussi, c'est un aristocrate, et le calotin pourrait bien être chez lui." - "Veux-tu nous y conduire !" dit le chef, charmé de la complaisance et de la naïveté du prétendu valet. - "Bien volontiers, citoyens. C'est à deux pas d'ici : nous serons bientôt rendus."

Les recherches minutieuses que l'on fit dans cette dernière habitation durèrent jusqu'au jour, sans amener, comme on le pense bien, aucune découverte. Alors, les émissaires du gouvernement révolutionnaire, enchantés de plus en plus de ce qu'ils appelaient l'esprit naturel et l'ingénuité du petit paysan, dirent à M. Girard : "Tu es un bon enfant ; veux-tu venir avec nous à Montaigu ?… Tu parleras au commandant ; tu raconteras tout, et tu nous vaudras mieux qu'un procès-verbal !" - "Avec plaisir, répond M. Girard, je serai bien aise de voir un général."

Arrivés à Montaigu, les soldats présentent leur compagnon au commandant comme le petit domestique du citoyen Dugast, de la Bernerie. "Il vous racontera, ajoutent-ils, toutes les recherches que nous avons faites dans notre expédition." Le général fait approcher le jeune paysan et l'interroge. Celui ci lui raconte alors avec esprit, et dans son meilleur patois de Saint-Hilaire, toutes les aventures de la nuit précédente. Il plut tellement au général que celui-ci lui dit, à la fin : "Ah ! ça mon garçon, tu n'as pas déjeuné ?… - Non, mon général. - "Passe par ici !" Et il l'introduisit dans une grande salle où il lui montre une table toute couverte de viandes.

"Dans nos villages, dit le prétendu paysan, nous ne sommes point accoutumés à manger de la viande de boucherie ; nous nous contentons de légumes ou d'un peu de caillé avec notre pain." La vraie excuse de M. Girard, (qu'il se garda bien de dire, celle-là,) c'est que ce jour-là était un vendredi. Le général ne le soupçonna même pas. "Eh bien ! aimes-tu le fromage, alors ?" reprit-il. - "Sais pas… faut que j'en goûte, fit-il, en piquant la pointe de son couteau dans le morceau. Il goûte... "Ah ! s'écrie-t-il aussitôt, il y a du lait là-dedans ; je mangerai bien de ça." Et, sans se faire prier davantage, il coupe un énorme morceau de pain et de fromage qu'il dévore à belles dents.

Cependant, le général ne l'abandonnait pas un instant ; il lui faisait toujours de nouvelles questions. "Avant de te renvoyer, lui dit-il enfin, je veux te faire visiter le château,. tu verras nos armes, et tu pourras dire aux Brigands combien nous sommes forts." En s'y rendant, il lui montre une cour toute remplie de bestiaux : "Vois-tu ces bœufs et ces vaches... nous avons pris tout cela aux Brigands, et nous les mangerons." - "Vous avez là des vaches que je reconnais, dit M. Girard, elles appartiennent à un bon citoyen ; c'est vraiment dommage de lui faire tort. Si vous me le permettez, je lui emmènerai ses vaches, en m'en retournant ; il sera bien content." – "Emmène-les, si tu veux, fit le chef ; car nous n'en manquons pas." Or, les susdites vaches étaient celles de M. le curé de Saint-Hilaire-du-Bois, paroisse limitrophe de Saint-Hilaire-de-Loulay.

M. Girard, ayant enfin pris congé du commandant, partit emmenant les deux vaches. Comme il arrivait à la sortie de ville, le soldat de faction lui demande sa carte. "Ma carte ?" - "Oui, il vous faut une carte pour sortir." - Pour sortir ?… je viens de chez le général, et il ne m'en a point parlé..." - Eh ! bien, retourne lui en demander une ; on ne sort pas sans carte." - "Dans ce cas-là, garde mes vaches, je vais y aller." Il retournait précipitamment vers le général, quand quelqu'un le reconnaissant l'arrête et lui dit tout bas : "Il y a un malade à l'extrémité dans la prison ; ne pourriez-vous point aller le confesser ?" On va voir que la demande ne fut pas vaine.

De retour chez le commandant de place, M. Girard lui demande une carte pour sortir... Tiens, c'est vrai, je n'y avais pas pensé tout à l'heure." - "Général, dit alors M. Girard. vous avez dans la prison un homme que je connais et qui a un compte à régler avec moi... On m'a dit qu'il était malade ; et, s'il vient à mourir, je perdrai beaucoup... voulez-vous me permettre d'aller lui parler ?" - "Va lui parler ; je ne m'y oppose pas." Muni d'une permission, M. Girard pénètre dans la prison, confesse le malade qui était le propre frère du R.P. Baudouin, restaurateur de nos séminaires diocésains. M. Girard ne s'en tint pas là : avec une témérité aussi héroïque qu'audacieuse qui fut bénie de Dieu, parce qu'elle avait pour but le salut d'une âme, il revint, le lendemain, et usant du même stratagème auprès du général, il pénétra de nouveau dans la prison, et communia le moribond qui mourut peu après, bénissant Dieu et son dévoué ministre.

Quant à M. Girard, il eut le bonheur de sortir encore cette fois de Montaigu, sain et sauf ; mais non sans avoir couru, paraît-il, un grand danger ; car, sa sœur y étant allée, peu de jours après, rencontra un de ces hommes que l'on appelait alors réfugiés, parce qu'ils quittaient les campagnes pour se retirer dans les villes, croyant y trouver plus de sécurité. Il lui dit : "Citoyenne Girard, dis à ton frère d'être plus prudent une autre fois ; il est venu deux jours de suite à Montaigu : je l'engage à n'y plus reparaître…"

M. Girard y reparut néanmoins, et voici à quelle occasion : Un officier de la garde nationale de la ville se mourait. Comme il paraissait fort triste, ses compagnons lui demandèrent quelle était la cause de son chagrin. Après avoir longtemps refusé de répondre, le moribond céda enfin à leurs importunités et dit : "Je vous avouerais bien le sujet de ma tristesse ; mais à quoi bon, vous ne voudrez rien faire pour la soulager ?" Comme ceux-ci protestaient, et avec serment : "Eh ! bien, leur dit-il, je voudrais avoir un prêtre, pour me confesser avant de mourir." - Tu seras satisfait, dit l'un d'eux aussitôt, je connais quelqu'un de Saint-Hilaire qui nous indiquera sûrement l'endroit où l'on pourra trouver un prêtre caché." On va trouver l'individu en toute hâte, et on lui inspire assez de confiance pour l'engager à aller faire à M. Girard la proposition de les suivre, Celui-ci n'hésite pas un instant, et vient se confier aux envoyés. Ils s'étaient munis d'un costume de garde national ; on l'en revêt, et vite à cheval. Le voilà à 1'entrée de la ville. "Qui vive ?" crie la sentinelle. - "Garde national". - "Passez". Le prêtre arrive ainsi sans obstacle jusqu'auprès du malade, le confesse et lui confère le sacrement d'Extrême-Onction. Quelques instants plus tard, M. Girard sortait de la ville, comme il y était entré, sans la moindre difficulté, grâce à son déguisement, tout heureux d'avoir rempli son ministère sacerdotal, et ouvert les portes du ciel à un pauvre pécheur en le réconciliant avec Dieu.

Il ne devait pas être toujours aussi heureux, ou plutôt, il devait l'être bien davantage, puisqu'il fut jugé digne de souffrir pour la cause de Dieu des tourments tels, qu'ils lui auront valu, j'en suis convaincu, la palme des martyrs.

M. Girard fut donc arrêté, un jour, et renfermé dans les prisons de Montaigu. Le commandant, pour s'en débarrasser, le fit jeter dans une basse cave du château, toute remplie d'eau. Le pauvre prêtre devait indubitablement s'y noyer et y périr misérablement. Cependant, son heure n'était pas encore venue. En se débattant contre la mort, il rencontra dans un mur une pierre faisant saillie, de celles que les maçons appellent pierres passantes.

Soulevé par l'eau et se cramponnant le long de la muraille, il parvint à s'élever à la hauteur de cette pierre et à s'en faire un point d'appui, de manière qu'en se tenant droit, il avait la tête entièrement hors de l'eau. Qu'allait-il advenir ?.. Plus de vingt-quatre heures se passèrent, et le pauvre prêtre demeurait toujours dans cette position critique, se reposant tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre, pour essayer de tromper la fatigue, priant sans doute de toute son âme et faisant à Dieu le sacrifice de sa vie pour le salut de ses bourreaux... Le froid et la faiblesse s'emparant de tout son corps, le faisaient trembler convulsivement et ne lui permettaient plus de demeurer encore bien longtemps debout. Il allait donc retomber dans l'eau, quand il entendit du bruit au-dessus de sa tête. C'était un soldat qui venait de la part du commandant pour retirer de l'eau le corps de la pauvre victime, que l'on croyait bien noyée depuis longtemps.

Quelle ne fut pas sa stupéfaction, en voyant le cadavre qu'il venait chercher se dresser vivant le long du mur, dans la position effroyable que nous venons de décrire ! En entendant sa faible voix monter vers lui, suppliante comme une prière d'outre-tombe, pour implorer sa pitié, le soldat fut pris de peur et courut au plus vite rendre compte de ce qu'il venait de voir au commandant. "Reste tranquille, lui dit celui-ci visiblement ému, je me charge de l'affaire." Et, quelques instants après, le commandant allait lui-même retirer de l'eau le pauvre martyr et le faisait évader secrètement.

Tout porte à croire que cette terrible scène se passa en hiver. Toujours est-il que notre confesseur de la foi y souffrit horriblement, et qu'il lui fallut toute la force de son tempérament pour sortir vivant de ce puits. Tous ses cheveux tombèrent, et il en perdit presque entièrement la voix, à tel point, du moins, qu'il lui était impossible de chanter.

Quand, dans la suite, on lui parlait des souffrances qu'il avait endurées pendant les tristes jours de la Révolution, et notamment de ce que nous venons de raconter, le saint prêtre se contentait de dire avec une héroïque simplicité : "Il est bien vrai qu'il ne faisait pas beau dans cette cave…"

Enfin, on touchait au moment où Dieu avait résolu de mettre un terme à cette affreuse persécution du clergé fidèle et de la sainte religion. Les persécuteurs eux-mêmes avaient compris qu'ils ne pourraient jamais dompter par la force l'héroïque Vendée, ni même la pacifier sans faire des concessions à ses idées religieuses. Déjà, ils laissaient les prêtres circuler librement, et M. Girard ne se cachait plus. Un jour, néanmoins, qu'il partait pour aller visiter un malade dans la paroisse de Vieillevigne, cinq vigoureux campagnards de Saint-Hilaire-de-Loulay voulurent l'accompagner, pour le défendre, disaient-ils, en cas d'attaque. M. Girard se serait bien passé de cette escorte ; mais elle s'imposait en quelque sorte. Il s'en débarrassa le plus tôt qu'il put. Ceux-ci l'avaient à peine quitté, qu'il est arrêté par quatre soldats qui débouchent d'un fourré et le conduisent à leur capitaine. Le capitaine l'accueille avec politesse. "Vous allez voir un malade, monsieur le curé ? lui dit-il ; je vais vous donner quelques-uns de mes soldats pour vous accompagner. Ah ! Monsieur le curé, continua-t-il, c'est vous seuls, prêtres, qui avez une véritable influence sur ces populations ; c'est vous seuls qui pouvez les pacifier et mettre fin à des maux que nous déplorons. Je vous en prie, Monsieur le curé, travaillez à établir la paix. Aujourd'hui, nous la désirons autant que vous." Pendant un bon quart d'heure, M. Girard entendit le capitaine lui faire un sermon sur ce ton. Puis, en manière de péroraison, celui-ci ajouta en terminant : "Allez voir votre malade, et, à votre retour, vous nous direz la messe." Le prêtre s'excusa en disant qu'il n'avait pas ce qui lui était nécessaire pour cela ; que ses ornements lui avaient été enlevés par les soldats de la République. "Si vous pouviez me faire connaître les voleurs ! Je vous les ferais bien rendre, moi," répliqua l'officier. Le prêtre ne pouvait répondre à cette question. Il eut également mille peines à se débarrasser des soldats qu'on voulait lui donner pour escorte, et dont la présence aurait été pour lui tout à fait importune et sujette à de graves inconvénients.

Cependant, M. Girard continuait d'habiter la paroisse de Saint-Hilaire, et il est probable que, sans le retour de M. Thouzé, ancien prêtre de cette paroisse, il ne l'eût jamais quittée. Le vaillant confesseur de la foi lui abandonna ce poste qu'il avait si bien gardé et où il avait tant travaillé ; il se retira à la Boissière-de-Montaigu.

L'infatigable pasteur se trouvait à Saint-Georges, vers la fin de 1800, lorsque M. Fouasson, l'ancien curé, revint d'Espagne. C'était un soir ; M. Girard était au confessionnal, quand on vint lui dire que M. Fouasson était dans le bourg. Il s'empressa d'aller à sa rencontre pour le saluer et lui remettre, pour ainsi dire, sa paroisse entre mains. Pour lui, il quitta encore ce poste pour se retirer de nouveau à la Boissière, jusqu'en 1803, époque à laquelle mourut M. Fouasson qu'il remplaça définitivement, cette fois, comme curé de Saint-Georges.

Ce ne fut pas sans difficulté que le nouveau curé réussit à s'implanter dans la paroisse. C'est qu'en effet, M. Girard n'était pas seulement strict et sévère pour lui-même, mais, suivant une expression que j'ai souvent entendu répéter, il ne passait jamais sur rien, ce qui veut dire que jamais il n'eut connaissance d'un désordre sans l'attaquer et le combattre. Son intolérance sous ce rapport le rendit odieux à certains bourgeois. Une protestation contre son retour fut dressée, signée et envoyée à l'autorité ecclésiastique. On y disait, en propres termes, que l'on ne pouvait voir dans l'église un homme qui chantait comme un c...on. C'était une allusion (indignement formulée) à l'extinction de voix que le saint prêtre avait gagnée dans les caves du château de Montaigu.

M. Girard n'eut pas de peine à triompher de cette opposition. Il en avait connu d'autres ! Toutefois, 1es quelques habitants qui s'étaient déclarés contre lui ne se tinrent pas pour battus. Un infernal complot fut de nouveau tramé contre sa réputation et sa vertu. Une femme du village de la Chapelière, étant venue au bourg pour ses relevailles, reçut une somme d'argent pour le calomnier publiquement d'une manière infâme.

Cette monstrueuse accusation fit sur l'esprit du R.P. Baudouin, de Chavagnes, une si fâcheuse impression, qu'il conçut vis-à-vis de M. Girard, une défiance dont il ne put jamais se débarrasser entièrement, au dire de M. Testaud, ancien curé de la Boissière. Telle ne fut pas l'appréciation de Mgr Paillou, évêque de la Rochelle, quand il entendit parler de cette affaire. Usant alors d'une locution qui lui était familière dans la conversation : "Bah ! Bah ! s'écria-t-il, je connais l'abbé Girard,. ce sont des calomnies !"

Le mari de cette femme qui avait probablement aussi reçu de l'argent, pour payer sa complicité, fit beaucoup de bruit et de scandale à ce sujet. Il en vint jusqu'à menacer, dans l'église, le respectable prêtre de son bâton, et celui-ci se vit un jour obligé, pour le faire sortir, de faire appel aux assistants. On prit l'individu par les pieds et par la tête, m'a raconté un témoin oculaire, et on le jeta dehors ; car personne, à Saint-Georges, ne croyait à la culpabilité du vénéré pasteur.

Mais si Satan a son heure, Dieu a toujours aussi la sienne qui est celle de la justice rendue, de la vérité et de la vertu reconnues et glorifiées. Donc un jour vint où la femme coupable tomba malade et fit parvenir à M. Girard sa prière de venir la confesser. Comme l'état de la malade pouvait permettre quelque délai, M. Girard exprima le désir qu'on allât chercher un autre prêtre. M. Bomard, curé de Chavagnes, fut mandé. Celui-ci, en traversant le village, s'adjoignit six hommes et entra avec eux dans la maison de la malade. Puis, lui adressant la parole en présence de tous ces témoins, il dit : "Vous êtes sûr le point de paraître devant Dieu ; rendez hommage à la vérité et avouez que vous avez calomnié votre pasteur." - Oh ! oui, s'écria-t-elle aussitôt, je l'ai calomnié, et je ne voulais point mourir sans l'avoir fait connaître. C'est Monsieur *** (elle désignait ici nommément un bourgeois du bourg) qui m'a donné 12 francs pour m'engager à parler comme je l'ai fait."

De cette famille il ne reste plus aujourd'hui (1865), à Saint-Georges, qu'une vieille femme réduite à mendier son pain après avoir dépensé, avec son défunt mari, une petite fortune qui lui procurait une honnête aisance.

Tels sont les faits les plus remarquables de la vie de M. Jean Girard.

En 1825, il eut pour premier vicaire son neveu, M. Gabriel Girard. Le saint prêtre supporta les fatigues du saint ministère jusqu'à la plus extrême vieillesse. Dans ses derniers jours, il se faisait soutenir sous les bras pour aller à l'église, et aussi pour offrir le saint sacrifice de la messe.

Il mourut le 15 mars 1836, à l'âge de 77 ans.

 

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Le 31 octobre 1867, pendant qu'on enlevait les terres de l'ancien cimetière de Saint-Georges, les restes mortels de M. Girard, parfaitement reconnus aux marques extérieures qui les accompagnaient, furent recueillis religieusement, en présence de M. le curé de la paroisse, de M. le maire et d'un grand nombre de paroissiens. Plusieurs d'entre eux voulurent s'approprier et conservent encore avec vénération des parcelles et fragments de son chapelet, de son bréviaire, et des ornements sacerdotaux qui le couvraient, quoiqu'ils fussent en partie consumés.

Le 2 novembre. jour de la Commémoraison des fidèles trépassés, les ossements de M. Girard et de M. Fouasson, renfermés dans un même cercueil, avec ceux de deux autres anciens curés du lieu, furent déposés dans l'église sur un catafalque et, après la cérémonie, transportés avec pompe dans le nouveau cimetière. La paroisse tout entière leur faisait cortège. On déposa les restes de M. Jean Girard dans un caveau qui avait déjà reçu ceux de feu M. Gabriel Girard, son neveu et successeur, décédé le 26 décembre 1858.

(Manuscrit de M. Remaud, ancien curé de Saint-Georges, portant la date de 1865.)

Nous reprenons la Chronique de Saint-Georges, d'après l'ordre chronologique, en revenant un peu sur nos pas, afin d'y faire entrer deux faits qui n'ont pas eu place dans la notice qui précède.

8 août 1808,

M. Jean Girard, qui était curé de Saint-Georges en 1808, alla avec le maire, M. Jude Bordron, recevoir à l'entrée du bourg, sur la route de Chavagnes, Sa Majesté l'empereur Napoléon 1er, lors de son passage en cette localité, le 8 août de cette année. Le maire porta la parole, et, en digne représentant du peuple de saint Martin, termina sa harangue en sollicitant quelques secours pour réparer l'église qui avait été en grande partie détruite pendant la révolution.

"Eh bien ! combien me demandez-vous ! lui dit l'empereur - "Sire, il nous faudrait bien 6,000 francs…" - "Eh ! que ferez-vous avec 6,000 francs ?... Si je vous en donnais 20,000 ?…" - "Ce serait mieux, Sire" - "Eh bien ! vous les aurez... Mais, pourquoi, poursuivit l'empereur, ne faites-vous pas réparer votre église vous-mêmes, puisque vous êtes si religieux, dans ce pays de Vendée ?" - "Sire, le peu d'argent dont nous disposons, nous l'employons à rebâtir nos maisons qui ont toutes été brûlées par les colonnes incendiaires de la République." A ces mots, le dur conquérant qui avait promené le fer et la flamme à travers toute l'Europe, devint songeur et parut se recueillir un instant. Puis, il reprit vivement : "Avez-vous des réfractaires dans votre commune ?" - "Non, Sire, répondit le maire, pas un seul. Nous avons servi le roi avec fidélité et nous vous servirons de même." Cette protestation franche et naïve acheva de gagner le cœur de l'empereur qui ajouta, visiblement ému : "C'est bien ; faites bâtir vos maisons ; je m'engage à payer le tiers de la dépense." Et il tint parole, et dépassa même les espérances qu'on avait fondées sur sa promesse.

Quelques jours plus tard, le maire de. Saint-Georges reçut, en effet, de l'empereur, les 20.000 fr. qu'il lui avait promis, Avec cet argent, on rebâtit le clocher et on le meubla de deux belles cloches, dont l'une fut baptisée Napoléone, par la reconnaissance des habitants.

 

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1832. - Cette date, qui rappelle les suprêmes et inutiles efforts de la Vendée royaliste en faveur du dernier représentant direct de la famille des Bourbons, fut marquée, à Saint-Georges, par la mort tragique d'un jeune héros de vingt ans, dont le souvenir mérite une place dans nos Chroniques. Le fait se passa au village de la Goyère ; le héros était un jeune page du roi Charles X, normand d'origine et vendéen de cœur ; il s'appelait Louis de Bonnechose[34].

Le plan de soulèvement arrêté, à l'instigation de la duchesse de Berry, lui avait assigné pour poste les environs de Montaigu. Là, traqué sans relâche par les espions et les soldats, il errait d'asile en asile, ne couchant pas deux nuits sous le même toit, caché le plus souvent dans les métairies ou dans les chaumières. Mais il avait su, heureusement pour lui, gagner l'affection des paysans qui lui furent fidèles jusqu'à la mort.

Le 13 janvier, à 11 heures du soir, M. de Bonnechose arrivait à la Goyère, habitée en ce temps-là par un métayer nommé Gouraud, sa femme et six enfants. On l'attendait. Mais il était à peine installé dans la chambre qu'on lui avait préparée, que la métairie est investie par une troupe de soldats dont quelques-uns enfoncent les portes brutalement.

"Au fond d'une pièce obscure, la métayère est assise seule près du foyer, dont elle s'est hâtée d'étouffer la flamme."

"On n'entend que le bruit des armes se heurtant dans la nuit ; puis, une voix impérieuse qui ordonne d'éclairer. "Il n'y a pas de chandelle, ici" répond la femme. Mais les gendarmes, dans leurs expéditions nocturnes, en sont toujours munis. Il faut allumer. A cette lueur vacillante, la fouille commence. Déjà, quelques soldats se dirigeaient vers la chambre de Louis, quand un caporal, nommé Ribail, plus ardent que ses camarades, saisit la lumière d'une main, le fusil de l'autre, et franchit le seuil en criant : "Rendez-vous !" Pour toute réponse, une détonation retentit, le soldat tombe mort ; son flambeau roule et s'éteint. A ce coup, la troupe riposte dans les ténèbres par une décharge mal assurée, puis, éperdue, se précipite hors de la maison en appelant aux armes."

"C'est alors que la métayère s'élance vers son hôte et le guide par la main dans une pièce voisine où couchent ses enfants. Là, une porte s'ouvre sur le jardin ; au fond est une brèche, au-delà les bois et le salut... Une nouvelle détonation se fait entendre ; la maison était cernée, et un grenadier, posté dans le jardin, a tiré à bout portant sur le fugitif. La balle lui traverse la cuisse de part en part; mais sans l'arrêter... Malheureusement, au lieu de gagner la brèche au bas de l'enclos, Louis se jeta dans les ruines de l'ancien manoir féodal. Il avait escaladé les décombres d'une vieille tour et venait d'atteindre une fenêtre ouverte sur la campagne. Avant de sauter, il bande sa blessure avec son mouchoir, puis s'élance d'une hauteur de douze pieds. Alors, rassemblant toutes ses forces par un effort suprême, il fuit... La clarté d'une belle nuit d'hiver le trahit ; on voit glisser une ombre. "Arrête ! Qui vive ! Qui vive ! crient plusieurs voix. - "Grenadier !" répond sans hésiter le jeune chouan. Un instant, la mort reste en suspens entre les mains des soldats incertains et troublés ; enfin, l'un d'eux ajuste au clair de la lune et tire. Cette fois Louis tomba pour ne plus se relever..."

"Il ne fut pas la dernière victime de cette nuit fatale. Gouraud, digne de sa femme, voulut sauver le guide qui avait conduit dans sa maison M. de Bonnechose, en lui indiquant une fenêtre d'où il pouvait sauter sans être aperçu. Un des soldats crie à Gouraud de s'arrêter : l'infortuné n'entendit pas (il était sourd), ou le devoir de l'hospitalité l'emporta, on ne sait. Il fit un pas en avant, et tomba mort, frappé d'une balle, sur le seuil de sa maison."

Le lendemain matin, après une fouille minutieuse dans tous les coins et recoins de la métairie, ont arrêta, comme complice de recel de criminel, le fils aîné de Gouraud, âge de dix-huit ans, et la charrette où l'on avait déposé, l'un près de l'autre, le soldat mort et le chouan mourant, s'ébranla en se dirigeant vers Montaigu. Par derrière, marchait le prisonnier, soutenant sa malheureuse mère, qui, malgré une blessure et son récent accouchement, ne voulut abandonner ni son fils, ni le mourant, son autre fils par l'adoption.

La populace de la ville s'était précipitée sur la route, attendant l'arrivée du brigand, comme elle l'appelait, pour insulter à son malheur. Une sœur de charité, la sœur Frouin, interpose son autorité et l'arrache heureusement du milieu de cette foule ivre et écumante de rage.

On l'installe à l'hôpital. Là, les deux MM. Trastour, médecins de l'établissement, examinent le blessé et sondent ses plaies béantes. Il n'y a plus d'espoir..... Les représentants de la justice s'installent, à leur tour, au pied du lit du moribond, et procèdent à un interrogatoire inutile. Enfin, le pauvre jeune homme, abandonné à lui-même, se prépare à mourir en chrétien. "M. l'abbé Sidoli, curé de Montaigu, accouru à son appel, quitta ce lit de douleur, plus ému que celui qu'il y laissait rayonnant de foi et d'espérance. Quels aveux étaient sortis de ses lèvres expirantes ? Quelles paroles de pardon et d'amour y répondirent ? Dieu qui les inspira le sait seul aujourd'hui."

Le vieillard a suivi le jeune homme dans la tombe.

"Il devait revenir, le lendemain, et apporter au mourant les derniers secours et les dernières consolations de la religion : il n'y eut pas de lendemain. La nuit venue, le pauvre jeune homme moissonné dans la fleur de sa jeunesse, fut comme obsédé par le souvenir de sa mère dont le doux nom ne quitta plus ses lèvres. A ce nom il en joignit parfois un autre que la sœur a oublié. Elle l'entendit ensuite déplorer la mort du malheureux soldat frappé à la Goyère ; peut-être, pensait-il, que celui-là aussi avait une mère... Sa dernière pensée fut pour la veuve de la Goyère. "Qu'est devenue cette pauvre Gouraud ?" demanda-t-il ; son fils est-il en liberté ?" Vers trois heures et demie, après un moment d'assoupissement, il revint à lui. Ses premiers mots furent encore pour sa mère. Il l'appela, comme il faisait enfant à son réveil : "Maman, ma chère maman !" et puis tout. à coup, d'une voix haute et joyeuse : "Je meurs pour mon Dieu ! Je meurs pour mon roi !"

"Avec ces dernières paroles, son âme s'était envolée, il ne resta plus sur le lit qu'un cadavre.

Le surlendemain, dès la pointe du jour, quatre hommes précédés d'un prêtre, portaient au cimetière une humble bière. Des passants et des soldats entourèrent seuls la fosse, creusée dans le coin des pauvres..."[35].

Le jeune chouan, dont on vient de lire l'histoire, était le propre frère de Mgr de Bonnechose, qui fut cardinal-archevêque de Rouen. L'éminent archevêque vint présider lui-même, en décembre 1858, à l'exhumation des restes de son malheureux frère qui furent transférés du cimetière de Saint-Jacques, dans celui de la ville, et déposés dans un tombeau simple, mais convenable. Ce tombeau a été restauré en 1889, à la demande de la famille du défunt, sous la surveillance de M. l'abbé Suaudeau, curé de Montaigu. On y scella, alors, une plaque de bronze portant l'inscription suivante :

"Ici repose le corps de M. Louis-Charles de Bonnechose, blessé mortellement à la Goyère, commune de Saint-Georges, décédé à Montaigu, le 20 janvier 1832. âgé de 20 ans" - "Priez Dieu pour son âme."

1834. – "Ce fut en cette année que furent démolies et rasées les ruines imposantes de l'église de Saint-Martin, qui s'élevait jadis au milieu du for. Acte de vandalisme à jamais déplorable ! L'autorité municipale de Saint-Georges adjugea ces restes précieux pour la somme de 600 fr., représentant à peine la valeur des matériaux. L'acheteur, un nommé Grelier, marchand de bois à la Copechagnière, fut dupe de sa convoitise ; car les pierres des murailles et des voûtes très endommagées par la poudre qu'il fallut employer pour les disjoindre, ne payèrent ni ses frais de démolition, ni le prix d'achat quoique insignifiant.

"M. Constant Gouraud, notaire à Chavagnes, qui vint à passer, au moment même de la démolition, dessina rapidement et à grands traits cette vénérable relique des temps anciens. Et c'est au moyen de son croquis qu'un jeune peintre de Montaigu, M. Douillard, fit le petit tableau que je possède et que je désire annexer plus tard à ce manuscrit."[36] (Manuscrit de M. Remaud).

1836. - M. Gabriel Girard, curé.

Comme nous l'avons dit plus haut, M. Gabriel Girard remplaça son oncle, quand celui-ci mourut et alla recevoir la récompense de ses longs et glorieux travaux. Il eut pour vicaire M. Challet, déjà avancé en âge, ancien curé de Saint-André-Goule-d'Oie qui lui servit de collaborateur jusqu'en 1852. En 1840, il fit faire le bel escalier en pierres de taille (96 marches) qui dessert les quatre jardins du presbytère (sur le coteau de la petite Maine). Ce travail coûta 4,000 fr., y compris les murailles des jardins. La vente des terres du bas jardin, dont on enleva plus de cinq pieds, pour être employée comme engrais, fournit une bonne partie de cette somme. La même opération pratiquée dans tous les jardins de Saint-Georges et sur la place publique produisit des sommes immenses ; car on vendait la terre de déblai non à la charretée, mais à la barrique, tant elle était d'excellente qualité[37].

En 1852, M. Mignet remplaça M. Challet qui se retira du saint ministère. Au bout de huit mois, celui-ci fut lui-même remplacé par M. Tougeron, jusqu'en 1855, et ensuite par M. CaiIleton.

De 1854 à 1855, M. Girard fit agrandir l'église de M. Guinaudeau. On refit le transept, le sanctuaire et deux absidioles sur les plans de M. BariIlaud, secrétaire de l'évêché de Luçon.

Décembre 1858. - L'ancien cimetière, situé autour de l'église, est abandonné ; on en bénit un nouveau. C'est le cimetière actuel. L'un des premiers morts que l'on y enterra fut le curé, M. Gabriel Girard. La reconnaissance et la piété filiale de ses paroissiens lui élevèrent un petit monument funéraire.

1859-1874. - M. Pierre Remaud, curé

20 janvier 1859. - Arrivée de M. Pierre Remaud, précédemment curé de Saint-Maurice-des-Noues. Il eut pour vicaires M. Cailleton, jusqu'au 28 juin de la même année ; puis M. Rondeau, jusqu'au 2 février 1862 ; M. Rousseau. de 1862 à 1865 ; M. René Nauleau, du 14 octobre 1865 au 29 décembre de la même année ; M. Léon Robin, du 3 janvier 1866, à février 1874.

Le 16 mai 1859, fête de saint Jean Népomucène, Mgr Delamare bénit solennellement la chapelle domestique de M. et de Mlles Jaunet, au village de la Roche-Pépin, paroisse de Saint-Georges. Etaient présents : le R.P. Baizé, chanoine honoraire, supérieur du Petit Séminaire de Chavagnes ; M. Barillaud, secrétaire de Monseigneur ; M. l'abbé de Suyrot, chanoine honoraire, curé de Chavagnes ; M. l'abbé Barbotin, curé-doyen de Montaigu, et un grand nombre d'autres ecclésiastiques.

Dans le courant du mois de mai 1862, visite pastorale de Mgr Colet à Saint-Georges. Confirmation.

Après de longues formalités préalables, un décret impérial, daté de Vichy, 1861, confirme la donation d'une pièce de terre dite du Bois-Soleil, faite aux curés successifs de Saint-Georges par M. Gouraud, du Butais.

L'acte de donation définitive fut passé dans l'étude de Me Léonce Biré, notaire à Saint-Denis-la-Chevasse.

1864. - Le 6 janvier, jour de l'Epiphanie, trois Pères Passionnistes commencèrent une grande mission qui fut admirablement suivie et produisit un bien immense et durable. Un calvaire fut planté dans l'ancien cimetière, pour en perpétuer le souvenir. L'arbre avait été offert par un pieux paroissien, Joseph Duret, de la Linière ; le christ fut payé par une souscription faite durant la mission.

1865. - M. Guesdon, élu maire, prend pour adjoint M. Bossu, qui était alors trésorier de la Fabrique, depuis huit ans.

1866. - Construction d'une nouvelle école de filles pour laquelle on dépense 12.000 fr.

5 mai de la même année, visite de Mgr Colet, évêque de Luçon. Confirmation de 110 garçons et de 98 filles.

Le conseil municipal abandonne ses prétentions sur les landes de Corprais. Les riverains se les partagent par lots et paient à la commune la somme de 20 000 fr.

21 août. - Erection du chemin de la croix, dans la chapelle de la Roche-Pépin, par M. le curé de Saint-Georges, délégué par Mgr l'Evêque de Luçon, en présence de 24 ecclésiastiques et d'autres notabilités. La prédication est faite par le R.P. Couturier, missionnaire de Chavagnes.

1867. - De concert avec le curé, M. le maire propose aux habitants de Saint-Georges de transporter les terres de l'ancien cimetière dans le nouveau. La population a trop le respect de ses morts pour refuser une telle proposition ; elle l'accepte et se met à l'œuvre avec un zèle digne d'éloge. L'opération commence le 26 octobre. Les métayers amènent leurs charrettes, et des groupes de 60 à 80 journaliers travaillent à la fois. Aussi, vingt-deux jours après, on avait déplacé 1.800 mètres cubes de terre. Avec le prix qu'on retira des anneaux d'or et d'argent trouvés dans ces fouilles, les pieux travailleurs firent célébrer plusieurs services pour les défunts de la paroisse. C'est alors qu'on transporta dans le nouveau cimetière les restes mortels de M. Jean Girard, dont il a été parlé plus haut. Ce fut l'occasion d'une belle démonstration de foi et de piété de la part des habitants.

1868, 18 janvier. - Etablissement, dans la paroisse, de l'association de l'Apostolat de la prière.

Le 21 octobre, quatre religieuses de l'Immaculée-Conception, de Niort, reconnues comme institutrices communales à Saint-Georges par un arrêté de M. de Fonbrune, préfet de la Vendée, ouvrent leur école. Le 20 novembre suivant, un arrêté de M, Duruy, ministre de l'instruction publique, cassant trois arrêtés du Préfet de la Vendée, rétablit en leurs lieu et place Mlle Picard, l'ancienne institutrice laïque. Les religieuses, après avoir rempli les formalités nécessaires, veulent ouvrir une école libre ; mais M. Duruy fait opposition et maintient la défense, malgré une décision contraire prise par le Conseil départemental de l'instruction publique.

Durant cette lutte engagée à leur occasion, les sœurs étaient généreusement hébergées par l'honorable famille Jaunet, à la Roche-Pépin, Au bout de plusieurs mois, comme elles ne prévoyaient pas l'issue du conflit, elles prirent le parti de retourner à Niort, laissant toutefois à Saint-Georges leur petit mobilier. Elles ne devaient pas tarder, en effet, à revenir occuper ce poste qu'on disputait à leur zèle et à leur dévouement. Dès l'année suivante, M. Guesdon, qui avait donné sa démission de maire, reprenait cette affaire de concert avec le préfet, M. de Fonbrune. Une maison, vendue, deux ans auparavant, 14 000 fr., est achetée pour la somme de 7160 fr., et aménagée conformément aux règlements scolaires. La nouvelle municipalité refuse d'accepter ce nouveau local ; mais le Conseil départemental de l'instruction publique passe outre et permet aux sœurs d'ouvrir enfin leur école libre, le 1er décembre. Cette école devient bientôt gratuite, comme celle de l'institutrice laïque, grâce aux souscriptions généreuses d'un comité établi pour lui venir en aide et composé de MM. Guesdon, ancien maire, Bossu, Baconnais, propriétaire à la Roche-Pépin, Besson, prêtre retiré au même village, et M. le curé.

1870. - La petite vérole sévit. Une soixantaine de personnes sont victimes de l'épidémie.

1871, 22 juin. - Visite pastorale de Mgr Colet à Saint-Georges. - Confirmation de 113 garçons et de 124 filles.

On place dans le sanctuaire de l'église paroissiale une belle statue de Saint Joseph, don de M. l'abbé Isaïe Herbreteau, novice de la Compagnie de Jésus.

1872. - Acquisition, par les soins de M. l'abbé Léon Robin, vicaire de la paroisse, d'une statue de Sainte Anne, pour faire pendant à la statue de saint Joseph.

1873, 26 juillet. - Bénédiction d'un petit monument en l'honneur de N.-D. de Lourdes, élevé dans son coteau, près du pont de Saint-Mesme, par Mlle Rosalie Vachon, du bourg.

22 décembre. - Bénédiction d'une statue de Saint-Martin-de-Vertou, don du R.P. Isaïe Herbreteau, jésuite.

Sur la fin de l'année 1873, M. Remaud, curé de Saint-Georges, se retire à la Benate (diocèse de Nantes), où il meurt en 1875.

1874. 3 janvier. - M. Amand Gouraud, curé.

Il a eu pour vicaires : MM. L. Robin, pendant le mois de janvier 1874 ; M. Joseph Lhomme, de février 1874 à 1876 ; M. Gustave Bouet, du 10 août 1876 à 1881 ; M. Jean Poupeau, du 23 juillet 1881 à 1883 ; M. Barré, du 1er décembre 1883 à 1884 ; M. Payraudeau, du 11 septembre 1884 à 1890 ; M. Dumas, du 1er février 1890 à 1894. Ce dernier a été remplacé par M. Félix Gâteau, le 7 janvier 1894.

1875. - Exercices du Jubilé prêchés par les RR.PP. Dexmier et Papin. A la suite, fut bénite]a croix du village de la Templerie, et le R.P. Samuel Papin, en vertu d'une délégation de Mgr l'Evêque de Luçon, érigea le Chemin de la Croix dans la petite chapelle de la Rondaire...

1876, 12 mai. - Visite pastorale de Mgr Le Coq, évêque de Luçon, et confirmation de 246 enfants.

1879, 21 mai. - Visite pastorale de Mgr Catteau. Confirmation de 142 enfants.

1880, 28 juin. - M. l'abbé Gouraud, vicaire général, bénit la première pierre de la nouvelle église. Les plans et devis, dressés par M. Clair, architecte à la Roche-sur-Yon, s'élèvent au chiffre de 159,000 fr. M. Tilleau, de Mortagne, est l'entrepreneur des travaux.

1882. Deux ans après, le 21 mai, M. l'abbé Gouraud, vicaire général, spécialement délégué par Monseigneur, bénit l'église de $aint-Georges, reconstruite dans sa plus grande partie, et érige le chemin de la Croix. - Ont signé les procès-verbaux des deux cérémonies :

MM. Barbotin, cure-doyen de Montaigu ; Paul de Suyrot, missionnaire apostolique ; F. Gouraud, curé de Saint-André-Treize-Voies ; L. Raballand, curé de la Boissière ; V. Clair, architecte ; Cresset, chanoine ; C. Freland, curé de la Bruffière ; Charles Jagueneau ; Robergeau, vicaire ; docteur Gouraud ; Jean Poupeau, vicaire de Saint-Georges ; A. Gouraud, curé de Saint-Georges ; G. Gouraud, vicaire général.

1883, 4 mai. - Visite pastorale de Mgr Catteau. Confirmation de 154 enfants.

7 octobre. - Trois missionnaires de Chavagnes, les RR.PP. Huguet, David et Bizet ouvrent une mission à Saint-Georges. "Elle produisit d'assez bons résultats," dit M. Gouraud dans la Chronique paroissiale.

Le 10 novembre, au soir, eut lieu la plantation de la croix de la Rangisière.

Dans la dernière semaine de la mission, les jeunes filles se cotisèrent pour faire l'acquisition d'une statue de N.-D. de Lourdes ; mais il fut impossible d'obtenir son envoi pour la clôture des exercices. Les missionnaires revinrent en faire la bénédiction solennelle le 26 novembre suivant.

1887. - Visite pastorale de Mgr Catteau. Confirmation de 214 enfants.

21 juillet. - Erection du chemin de la croix dans la petite chapelle de la Badonnnère par M. le curé délégué.

1891. - Visite pastorale de Mgr Catteau. Confirmation de 184 enfants.

1892. - Le 16 octobre, bénédiction, dans l'église de Saint-Georges, de trois cloches, fondues par M. Bollée, et donnant les notes suivantes : sol naturel, fa naturel, mi bémol. Le sol pèse 600 kilos ; le fa, 840 kilos, et le la, 1200 kilos. La bénédiction a été donnée par M. l'abbé Paul de Suyrot, chanoine honoraire, missionnaire apostolique, délégué par Monseigneur. La grosse cloche. nommée Edouard-Marie, a eu pour parrain M. Edouard Robert, et pour marraine, Mlle Marie-Zoé-Henriette-Eugénie de Rorthays, baronne du Landreau ; la seconde, nommée Marie-Aimée-Augustine, a eu pour parrain M. Charles Boivineau, et pour marraine Mlle Armande Guicheteau ; la petite, nommée Andrée-Marie, a eu pour parrain M. André Badreau, et pour marraine Mlle Marie Dugast, femme Guérin.

Ces trois cloches ont remplacé les deux qui avaient été fondues en 1810, grâce à la générosité de l'empereur Napoléon 1er. En outre. la Fabrique conserve encore, à titre de souvenir, dans le nouveau beffroi, une petite cloche qui a servi, pendant la Révolution, à appeler les fidèles à la prière. C'était, en effet, une relique à conserver. (Extrait analytique du procès-verbal.)

Le procès-verbal de la bénédiction des cloches est signé : baronne du Landreau ; baron du Landreau ; Charles Boivineau ; Armande Guicheteau ; André Badreau ; Marie Dugast ; Edmond Robert ; L. Cousseau, curé de Saint-Hilaire ; A. Naulin, curé des Brouzils ; P. de Suyrot, chanoine honoraire, missionnaire apostolique ; L. Rorthais, curé de Chavagnes ; F. Gagnier, curé de Treize-Septiers ; A. Arnaud, curé de Boufféré ; Ch. Brochard, missionnaire de Chavagnes ; J. Greffard, vicaire de Saint-Etienne-du-Bois ; O. Bouchereau, prêtre, ex-missionnaire de Haïti ; C. Freland, curé de la Bruffière ; Eugène Lhomme, vicaire de Montaigu ; R. Dumas, vicaire de Saint-Georges ; A. Gouraud, curé de Saint-Georges.

3 Décembre 1893. - Une nouvelle mission s'ouvre à Saint-Georges. Les missionnaires, les RR.PP. Gallais, J.-B David et Henri David, ont vite fait de gagner la population, qui répond à leurs appels avec le plus vif empressement.

La mission est close par la plantation de deux croix, l'une au village de la Bodinière, l'autre au village de la Rondaire.

                

Noms et dates de service de quelques prêtres originaires
de Saint-Georges-de-Montaigu

    

MM,

Louis Mechineau, curé de Saint-Hilaire-du-Bois, décédé en 1850.

J. .R. Brillouet, né le 9 septembre 1809, ordonné prêtre le 24 mai 1834. curé du Petit-Bourg-des-Herbiers, décédé en 1863.

Augustin Favrou, né le 15 août 1789, ordonné prêtre à la Flocellière, le 19 septembre 1818, en 1835, curé de Saligny, démissionnaire en 1854 ; décédé à Saint-Georges en 1860.

Jean Badreau, né le 19 décembre 1795, ordonné prêtre le 8 octobre 1824, curé de Foussais ; décédé en 1862.

Julien Chacun. né le 7 octobre 1787, ordonné prêtre à la Rochelle, 21 décembre 1811, curé des Moutiers-sur-le-Lay ; décédé à Chavagnes-en-Paillers le 24 août 1872.

Pierre Petit, né le 8 janvier 1822, ordonné prêtre le 18 décembre 1847, curé de Saint-Martin-Lars-en-Tiffauges; décédé le 12 juin 1886.

Auguste Méchineau, né le 9 avril 1815, ordonné prêtre le 9 juin 1838, chanoine honoraire, curé-archiprêtre de N.-D. de Fontenay-le-Comte, décédé le 29 novembre 1891.

Eugène Baffreau, né le 4 octobre 1843, ordonné prêtre le 21 décembre 1867, curé de Péreuil (Charente) ; décédé en 1888.

Pierre Besson, né le 12 octobre 1804, ordonné prêtre, le 28 mai 1831, curé de Saint-Sornin ; décédé à Saint-Georges, le 3 mars 1875.

Emilien Lige, jésuite, missionnaire en Chine.

Isaïe Herbreteau, jésuite de la résidence d'Angers.

Armand Chacun, né le 21 octobre 1857, ordonné prêtre en décembre 1881, professeur au Petit-Séminaire de Chavagnes-en-Paillers de 1880 à 1889. Vicaire aux Herbiers de 1889 à 1892, et depuis cette dernière date, curé de Notre-Dame d'Auzais.

 

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Notes et références


[1] La petite et la grande Maine (Meduallææ).

[2] Avec un grand nombre d'historiens sérieux, nous croyons que Durinum, ou Durivum, est une forme latinisée de l'ancien nom de Saint-Georges après l'invasion des Romains dans le pays, mais dont l'origine, bien antérieure à cette invasion, doit remonter à quelque appellation celtique ayant le même sens de confluent de deux rivières, empruntée à la nature des lieux. Quant à l'interprétation donnée par M. le vicomte de Kersabiec, dans sa Vie de saint Félix, p. 209 (Du, noir ; run, tertre, colline), elle nous semble plus fantaisiste que fondée en raisons.      N. D. L. R.

[3] Les savants travaux du bénédictin Dom Chamard, d'après lesquels a été réformée et reconstituée, en 1890, la légende de saint Martin de Vertou, dans le nouveau Propre de l'église de Luçon, démontrent péremptoirement que cette date est erronée. Saint Martin de Vertou vivait au IVe siècle, et non au VIe ; il mourut le neuvième jour des calendes de novembre, vers l'an 370.
Pour les preuves, voir l'Histoire ecclésiastique du Poitou, par D. Chamard, t. 1er, p. 403, 404 et 405. - Bulletin des antiquaires de l'Ouest, 2e trimestre de l'année 1886. - On les trouvera aussi résumées dans nos Légendes des saints du propre de l'église de Luçon, p. 441, et dans les annotations que nous avons écrites pour le Poème de saint Martin de Vertou, par l'abbé Gonet, p. 222.      Hte Boutin.

[4] Voici comment Dom Lobineau rapporte et précise le fait, d'après la Chronique de Nantes :

"Begon, duc d'Aquitaine, après la mort de Ranulfe, 1er du nom, à qui le voisinage de Guaifre, de Ramire et de Giraud, détenteurs des pays de Mauge, Herbauge et Tiffauge, donnait de l'inquiétude, résolut, en 844, de les attaquer l'un après l'autre. Il marcha d'abord contre Guaifre. A son approche, celui- ci évacua et abandonna le territoire d'Herbauge aux ravages de l'ennemi. Fier de cette victoire facile, Begon revenait plein d'une aveugle confiance, lorsqu'il fut attaqué au gué de la rivière de Bléson par Guaifre, qui avait réuni ses armes à celles de Ramire et de Giraud. Mis en déroute et obligé de prendre lui-même la fuite, Begon ne put échapper à la mort. Son corps fut transporté à Durinum, où il reçut la sépulture."

(Dufour, citant Dom Lobineau, ajoute en note : Begon était comte de Paris ; il put être créé duc d'Aquitaine, c'est-à-dire chargé de gouverner et défendre les deux comtés de Poitiers et de Nantes contre les Normands. Il avait épousé Alpaïde, fille de Louis-le-Débonnaire et d'Hermengarde, sa première femme).    N. D. L. R.

[5] Ce prieuré existait encore après la destruction des deux monastères ; il dépendait de l'abbaye de Saint-Jouin-de-Marne.

[6] De toutes ces antiquités, je possède un petit cochon avec son auge, en bronze, et d'une exécution médiocre, mais parfaitement conservés ; deux petites cruches intactes, d'une forme gracieuse, dont l'une est en terre rougeâtre extrêmement dure et condensée, et l'autre, en terre grise, présente, au-dessous de l'anse, une ligne circulaire en couleur, de la largeur d'une livrée ; divers autres vases dont nous ne connaissons ni le nom ni la destination, et divers fragments de poterie, dont l'un, analogue à un bol ou petite soupière, était enjolivé d'un dessin en relief que ne désavoueraient pas les plus habiles ouvriers de nos jours. Il existe à Saint-Georges un nombre infini de puits qui sont comblés depuis huit à neuf siècles ; la plupart de ceux qu'on déblaie offrent quelques antiquités plus ou moins bien conservées, dont une fouille bien dirigée produirait encore une abondante moisson.      (Note de M. Dugast-Matifeux)
Voir aussi L'art de terre, de Benjamin Fillon, p. 32.

[7] Les archéologues se sont livrés à bien des conjectures relativement à ces poids en plomb. Servaient-ils aux tisserands d'alors, pour tenir tendus sur leurs métiers les fils dont se composaient leurs toiles ? Ou bien étaient-ils le produit d'une industrie particulière ? C'est ce que l'on ne saurait dire d'une manière certaine. "Adhuc sub judice lis est."

[8] Voir Chroniques Fontenaisiennes, p. 426 et suiv.

[9] Dans son histoire de Saint-Martin-de-Vertou, l'abbé Auber dit que les derniers restes de l'église de Saint-Martin furent démolis en 1834 (p. 338-339).- Quant à l'église paroissiale dont parle ici l'abbé Aillery, on verra plus loin qu'elle a été remplacée par une église neuve, de 1880 à 1882.      N. D. L. R.

[10] Nous avons mis à contribution notamment un manuscrit de M. P. Remaud, ancien cure de Saint-Georges, rédigé en 1865, et continué par son successeur M. Amand Gouraud.

[11] C'est le nom que la tradition a conservé à la place publique de Saint-Georges, nom qui rappelle clairement qu'un forum important avait été primitivement établi en ce même lieu, au temps de la domination romaine.

[12] De gloria martyrum, lib. I. ch. CL.

[13] Lib. II. Carm. 15.

[14] "Fuit ideo satis ejus gloria et fama, ut ei, devotione universorum acceptâ, templum Durini ædificaretur" (Bolland. t. X d'octobre).

[15] Sur la route des Brouzils.

[16] La Gestière appartient aujourd'hui à M. le comte d'Estienne d'Orves. Il ne reste plus du château qu'une petite partie du corps de bâtiment et le rez-de-chaussée d'une tour. Dans un salon qui sert de grenier aux gens de la ferme on découvre, avec beaucoup d'attention, les décorations anciennes des chevrons. Sur un fond noir se dessinait, au centre, un grand carreau de couleur jaune ; à droite et à gauche, dans toute la longueur du chevron, étaient peintes des séries de petits pois, se suivant comme les grains d'un chapelet.... Les encadrements en pierre des fenêtres et la rampe de l'escalier sont finement sculptés. La cheminée du salon, au manteau large et élevé, dans le goût de cette époque, est aussi remarquable : elle est en granit bleu. Les moulures en sont bien poussées. Il n'y a pas, jusqu'aux fermetures des portes, verroux et targettes, etc., qui n'indiquent l'art d'un serrurier habile. Les portes, en cœur de chêne, étaient consolidées et ornées par d'énormes clous, les uns à tête de diamant, les autres à forme arrondie. Dans le rez-de-chaussée de la tour, on voit aussi une grande cheminée ; cette pièce est voûtée avec clé de voûte en forme de rose ; les murs ont plus d'un mètre d'épaisseur…
                          (Communication de M. Gouraud, curé de Saint-Georges.)

[17] La Goyère est une ferme de Saint-Georges, bâtie sur les ruines d'un ancien château. Nous en reparlerons plus loin, en racontant la mort tragique de M. Louis de Bonnechose en 1832. On y comptait 7 tours reliées par un mur d'enceinte. Il n'en reste plus que des ruines. On lit la date de 1541 sur un palâtre de porte avec les initiales I. R. - Sur le rôle des 36 chasteaux, maisons-fortes et autres occupés par les Huguenots et dont s'empara l'armée du duc de Nevers, en 1588, se trouve mentionné le castel de la Goyère, n° 33.
En 1736, Antoine-Jean de Masclary, sieur de Champmoreau, demeurant à son château de Champmoreau, paroisse de Lorcy, en Gastinois, était propriétaire de la Goyère, de la Gachère et de la Masure, du chef de sa femme, Françoise de la Primaudaye.
C'est, sans doute, des Masclary que l'amiral Duchaffault acheta les trois métairies susdites.
La Goyère, métairie démembrée de Melay et passée dans la famille de Beauregard par les Royrand, a été rachetée par M. l'abbé Paul de Suyrot, qui en est actuellement propriétaire.

[18]  Les la Primaudaye, seigneurs de la Goyère, portaient "d'azur semé de fleurs de lis d'or à un écusson de même en abisme chargé d'un tourteau de sable et brochant sur une patte de griffon d'or posée en barre." (D'Hozier.)

[19] Les anciens registres de la paroisse et les papiers de la mairie ont été brûlés, pendant la Révolution, dans un incendie allumé par l'armée de Mayence.

[20] On montre encore, à l'extrémité orientale du bourg, une petite maison, autrefois plus considérable de moitié, qui servait de pied-à-terre au seigneur évêque, lorsqu'il venait à Saint-Georges.

[21] Toutes ces dates et ces faits se trouvent gravés sur une pierre qui est conservée dans l'église de Saint-Georges.

[22] C'était la mère du vice-amiral Hector de Tirpoil, né à Fontenay, paroisse de N.-D., le 24 juillet 1722, du mariage de Louis-Charles-Hector de Tirpoil, écuyer, seigneur de la Chéfretière, enseigne de vaisseau, et de Madeleine Ragaine, créole d'origine, mariage qui avait eu lieu à la Martinique. Devenue veuve en 1731, elle s'était remariée avec ce Robert, bourgeois de la ville d'Angers.

[23] Imprimé de six pages qui ne se retrouve qu'aux archives nationales, f° 19, 481.

[24] Registres de la commune des Sables.

[25] Le lecteur ne sera pas fâché, croyons-nous, de connaître cette pièce curieuse. La voici :

                                               1.

Allons, armées catholiques,
Le jour de gloëre est arrivé.
Contre nous de la République
L'étendard sanglant est levé. (bis)
Ontondez-vous dans quiés campagnes
Les cris impurs dos scélérats ?...
Gle venant jusque dans vos bras
Prendre vos feilles et vos femmes !
Aux armes, Poitevins, formez vos bataillons ;
Marchons, marchons,
Le sang des blleux rougira nos seillons.

                                               2.

Quoë ! dos infâmes hérétiques
Feriant la loë dans nos foyers !
Quoë ! dos muscadins de boutiques
Nous écraseriant sous leux pieds ! (bis)
Et le Rodrigue abominable,
Infâme suppôt do démaon,
S'installerait en la mésaon
De notre Jésus adorable !...

                                               3.

Tremblez, pervers et vous timides,
La bourée dos deux partis ;
Tremblez, vos intrigues perfides
Vant enfin recevoir leur prix ! (bis)
Tot est levé pre ve combattre ;
De Saint-Jean-de-Mont à Beaupréau,
D'Angers à la ville d'Airvault,
Nos gars ne velant que se battre.

                                               4.

Chrétiens, vrais fails de l'Eglise,
Séparez de vos annemis
La faiblesse à la paour soumise
Que voirez en pays conquis. (bis)
Mais quiés citoyens sanguinaires,
Mais les adhérents de Camus,
Quiés prétres jureux et intrus,
Causes de toles nos misères.

                                               5.

O Sainte Vierge Marie,
Condis, soutiens nos bras vengeurs
Contre ine sequelle annemie,
Combats avec tes zélateurs ! (bis)
A nos étendards la victoëre
Est promise de quiau moument ;
Que le régicide expirant
Voie ton triomphe et notre gloëre.
Aux armes, etc. ....

M, Dugast-Matifeux, qui publiait ces couplets dans le Phare de la Loire du 12 avril 1892, les a accompagnés de quelques réflexions où nous recueillons un précieux aveu. "Du roi et de la noblesse provinciale, dit-il, dont font mention tous les chants patriotiques de la Vendée, postérieurs à celui-ci, ici, on ne trouve pas un mot. Ceci est le point caractéristique de l'œuvre…" - Qu'est-ce que cela prouve ?... Cela prouve que la cause première et vraiment déterminante de l'insurrection vendéenne n'a pas été, comme on l'a répété tant de fois, la pression, l'excitation de la noblesse, mais la persécution exercée par les révolutionnaires contre la religion et ses ministres fidèles, qui refusaient de prêter le serment à la Constitution civile du clergé et de reconnaître Rodrigue, l'évêque constitutionnel de Luçon.

[26]  Manuscrit de M. Remaud. - M. Marion figure dans la liste des prêtres présents au synode du Poiré-sur-Vie, le 4 août 1795.

- Voici les noms de quelques habitants de Saint-Georges tombés victimes de la Révolution, à Savenay, en décembre 1793 : François Barreau, Mathurin Biffon, Jean Birax, Jean Blanchard, Pierre Bonnet, Pierre Chardonneau, François Fortier, Louis Guérin, Mathurin Lallemand, Gabriel Levreuil, Pierre Rousselot, Mathurin Sasselay.
- Le Martyrologe du clergé français pendant la Révolution, de l'abbé Guillon, renferme le nom d'un Gourot (sans doute pour Gouraud), Jacques-Pierre, que l'auteur dit, à tort, Curé de la paroisse de Saint-Georges. "Il se retira, dit-il, en Angleterre, lors de la loi de déportation, revint en France à l'époque de l'expédition de Quiberon; arrêté par les persécuteurs, à son débarquement ; fusillé en même temps que le digne évêque de Dol et treize autres ecclésiastiques, le 30 juillet 1795."

D'autre part, le même nom se retrouve dans la liste des victimes de Quiberon avec des détails qui permettent de rectifier l'erreur du Martyrologe. On y lit : "Gourot, J.-Pierre, prêtre, né à Saint-Georges en 1739, curé de Saint-André, canton de Mareuil ; arrêté, 9 thermidor, à Auray ; fusillé, le lendemain, à Vannes ; émigré."

[27] Les Cordeliers. (V. dans la Monographie de N.-D. de Garreau, par l'abbé Pontdevie, le ch. Ve).

[28] S'il s'agit vraiment ici du supérieur, ou gardien, ce dernier point ne doit pas être exact. Le P. Jean-Baptiste Triquerie, qui eut ce titre jusque vers l'époque révolutionnaire, refusa le serment et fit une mort de martyr de la foi, le 21 janvier 1794. - Le dernier gardien d'Olonne, le P. Mathurin-Etienne Mauclerc, s'embarquait aux Sables pour l'Espagne dès le 24 juin 1792. - Abbé Pontdevie. (Loc. cit. p. 52-53.)

[29] Il s'agit ici de l'ancien presbytère. Cela va de soi.

[30] Nous rappellerons au lecteur qui s'étonnerait de voir parler ici de grand'route, que la grand'route des Sables à Nantes et celle de Montaigu à Nantes dont il est question dans ce récit, étaient construites dès 1787, (V. Thibaudeau, Histoire du Poitou ; préface du tome 1er).

[31] C'est ainsi qu'en patois vendéen on désigne souvent les petits merciers ou colporteurs qui vendent des lacets, des aiguilles, etc. et parcourent les campagnes, ce qu'ils appellent chiner.

[32] Le bon gendarme dont il est ici question vint, quelques années plus tard, faire visite à M. Girard, en son presbytère de Saint-Georges. On devine avec quelle affectueuse et chaleureuse reconnaissance, le curé lui serra la main.

[33]  Le dernier des Horaces, vainqueur des trois Curiaces.

[34] Louis-Charles de Bonnechose naquit à Nimègue, le 17 avril 1811 ; dans une vieille famille normande jetée en Hollande par le flot de la Révolution française. Il fut admis par le roi dans sa maison des Pages, en 1828, où son goût pour la vieille chevalerie lui valut, de la part de ses camarades, le surnom de Moyen-Age.

[35] Les détails et les citations de cette tragique et lamentable histoire sont empruntés à un opuscule palpitant d'intérêt, intitulé : Dernière légende de la Vendée. Louis de Bonnechose, page du roi Charles X (Paris, Dentu, 1860.) L'auteur est M. Ch. de Bonnechose, le neveu même du jeune héros. Nous le remercions d'avoir bien voulu mettre à notre disposition un exemplaire de ces pages émouvantes qui nous ont permis de faire revivre ici un glorieux souvenir presque effacé, hélas ! aujourd'hui, à Saint-Georges-de-Montaigu.

[36] Nous n'avons pu savoir ce qu'est devenu le tableau dont parle ici M. Remaud. Nous supposons que M. Douillard a dû s'en servir pour la gravure à l'eau forte, dont il a illustré la 4e livraison de la 4e  année des Echos du bocage. (Le forum de Saint-Georges).

[37] "Dès 1802, dit Cavoleau, le maire de Saint-Georges vendait aux cultivateurs la terre noire qui avoisinait l'église." "Presque tout le sol de ce bourg, ajoute M. le docteur Clénet, dans une intéressante étude sur Durinum, a été bouleversé et transporté comme engrais dans les paroisses voisines. Il était composé d'une terre noire, mélangée de toutes sortes de débris où l'on distinguait de la cendre et du menu charbon, vestiges d'un immense incendie..."

 


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