la "Chronique paroissiale de Saint-Denis-la-Chevasse" par Hippolyte Boutin
rappel : avant toute utilisation d'extraits ou d'illustrations de ces pages, vous devez en demander l'autorisation à leur auteur.
La "Chronique paroissiale de Saint-Denis-la-Chevasse" fait partie d'un ensemble initié par Eugène Aillery (1806-1869) qui, devenu "prêtre habitué" (c’est-à-dire "prêtre retraité et résidant…") à Fontenay-le-Comte, se consacra à des recherches sur l’histoire religieuse du diocèse de Luçon. En 1860 il publia le Pouillé de l’évêché de Luçon (200 p.), et à sa mort il laissa un ensemble de manuscrits traitant de l’histoire des différentes paroisses du diocèse. Vingt ans plus tard, en 1889, l’évêché de Luçon décida de les actualiser de les faire paraître sous forme de cahiers mensuels d’une vingtaine de pages distribués à des abonnés, sous le titre de "Chroniques paroissiales". Jusqu’en 1895, les premiers cantons (ou "doyennés" dans la terminologie religieuse de l’époque) dont les "chroniques" furent publiées furent ceux de la Roche-sur-Yon, Chantonnay, les Essarts, Saint-Fulgent, les Herbiers et Mareuil, chacune de leurs paroisses y étant traitée en quelques pages. A partir de cette date, la prise en main de la publication par Pierre Pontdevie (1830-1893) puis par Hippolyte Boutin (1851-1901) leur donna plus d’ampleur, la part des textes dus à Eugène Aillery y devenant marginale, et leur contenu prenant un intérêt certain. Les "chroniques" des paroisses des cantons de Montaigu, de Mortagne et le début de celles du canton du Poiré (le Poiré, Aizenay, Beaufou), furent alors publiées. Puis, sous la direction de Julien Huet (1857-1925) et jusqu’en 1918, ce seront la fin de celles du canton du Poiré (Belleville, Saint-Denis, la Genétouze, les Lucs, Saligny), puis celles des cantons de Maillezais, de Rocheservière (celles de ce dernier rédigées essentiellement par Alain de Goué, 1879-1918) et de Fontenay-le-Comte. Après une interruption, la publication fut reprise, dans les années 1930, par Adolphe Poirier (1878-1957) pour le canton de Beauvoir, et elle se termina dans les années 1950 avec celles du canton de Pouzauges par Auguste Billaud. Soit 14 cantons sur les 30 que comptait la Vendée à cette époque, en plus des autres ébauches de "Chroniques" réalisées en son temps par Eugène Aillery pour la plupart des autres paroisses du diocèse de Luçon.
La "Chronique paroissiale de Saint-Denis-la-Chevasse" a bénéficié des apports d'Hippolyte Boutin. Elle est le résultat d’un important travail d’enquêtes, partant des faits, recourant systématiquement aux documents originaux, vérifiant et recoupant les sources… autant de garanties d'un sérieux que n'avaient pas eu jusqu'alors les "érudits locaux" de l'époque, tels le montacutain Dugast-Matifeux ou le fontenaisien Benjamin Fillon. Comme pour les autres "chroniques paroissiales", on y trouve un "État nominatif des curés (et vicaires) de la paroisse" dont la succession et les activités constituent a priori l’objet principal de chacune d’elles. On y trouve aussi de nombreux autres développements dont une évocation des us et coutumes (en 1906) de la vie quotidienne du "Saint-Denis d'autrefois", de longues successions généalogiques de titulaires de ses terres nobles, ou encore sur les tribulations d'un émigré entre 1790 et 1800...
--------------------
La "Chronique paroissiale de Saint-Denis-la-Chevasse" suit le plan suivant :
Saint-Denis et ses us et coutumes
Histoire de Saint-Denis
la seigneurie de Puitesson
- Charles-Désiré de Puitesson
la seigneurie du Breuil
la seigneurie de Chastenaye
la seigneurie de la Maisonneuve
la Bouttebouère
l'Enclave de Saint-Denis
le fief d'Essiré et la Marchegaisière
l'ancienne église de Saint-Denis-la-Chevasse
les chapellenies
les prieurés
la fabrique paroissiale au XVIIIe siècle
État nominatif des curés et vicaires Saint-Denis-la-Chevasse
Prêtres originaires de Saint-Denis-la-Chevasse
la famille Masson
--------------------
SAINT-DENIS-la-CHEVASSE et ses us et coutumes
Dans les vieux manuscrits ou livres anciens, Saint-Denis-la-Chevasse est dénommé de diverses façons. Dans le Grand-Gauthier du XIVe siècle on lit : "Sancti Dyonisii de la Chevece... Chevate... Chevette." Dans le manuscrit des visites de l'archidiacre Marchand, en 1533 et 1534, on écrit "De Cavacia" ; — dans un synode de 1606 "De Chavatia" — dans un Pouillé de 1648 "De Chavassia" — dans un autre Pouillé latin du XVIIIe siècle : "De la Chevece". Ce mot latin, écrit de tant de manières, a été traduit en français par "de la Chevasse". C'est le terme employé par le Pouillé d'Alliot, en 1648, et par dom Fonteneau dans ses Extraits du XVIIIe siècle. C'est encore de ce nom qu'est appelée aujourd'hui la paroisse dont nous commençons la chronique.
Ce mot de "Chevasse" n'a pas manqué d'exciter la sagacité des chercheurs d'étymologies.
"Ce surnom de Chevasse, dit Mr Aillery, vient d'un village de ce nom, ainsi appelé, de Caput vassalarum, chef-lieu des vassaux, ou de quercus vassolorum, chêne des vassaux. Ce village, autrefois de Saint-Denis, dépend aujourd'hui de Saint-Sulpice-le-Verdon : c'est là que les vassaux, dit la tradition, se rendaient sous un chêne séculaire qui existe encore aujourd'hui pour y rendre foi et hommage au seigneur suzerain du lieu."
D'autre part, nous lisons dans des notes sur la paroisse de Saint-Denis des détails presque identiques à ceux de M. Aillery :
"Le village de la Chevasse, y est-il dit, a joui autrefois d'une certaine célébrité. Un bailly y rendait la justice, et sa juridiction s'étendait sur Saint-Denis qui, pour cela, aurait conservé le nom de ce hameau ajouté à celui du premier apôtre des Gaules. Il existe encore à la Chevasse un vieux chêne d'une dimension extraordinaire et sous lequel on prétend qu'un seigneur des environs réunissait jadis ses vassaux : le chêne des vassaux, par contraction Chevasse, aurait donc donné son nom au village dont nous venons de parler."
La paroisse de Saint-Denis-la-Chevasse est située au cœur même du Bocage. C'est le pays des chênes qui semblent y croître comme dans leur terre de prédilection. De quelque côté que l'on tourne les regards, la vue est arrêtée par ces arbres robustes qui se succèdent sans fin autour des champs et dont les branches vont s'étendre au loin sur les sillons. L'étranger qui regarderait du haut d'une élévation se croirait au milieu d'une vaste forêt, où se dessinerait à peine çà et là quelques rares éclaircies.
Les habitants de ce Bocage ont dans leur caractère, dans leur esprit et dans leurs mœurs, quelque chose de la tranquillité et de la simplicité du pays où ils passent leur vie.
Leurs mœurs sont douces et faciles: ils ont entre eux un commerce agréable et aiment à se rendre toutes sortes de services; ils sont charitables et donnent volontiers un abri au pauvre voyageur qui vient frapper le soir à leur porte; ils ne lui refusent jamais le morceau de pain ou l'aumône destinée à soulager sa misère. A l'égard de leurs maîtres ils sont pleins de respect et de déférence, et on rencontre souvent chez eux les marques d'un vrai dévouement.
La foi a pénétré profondément leurs esprits et leurs cœurs. La religion n'est pas pour eux comme un habit de fête qu'on prend et qu'on laisse, et ce n'est pas seulement dans les grandes solennités, mais chaque dimanche, qu'ils remplissent leur vaste et magnifique église, et alors les hommes y sont à la place d'honneur, au milieu du transept. Ils sont aussi profondément religieux au foyer de la famille; ils ne rougissent pas de dire l'Angélus, le Benedicite et l'action de grâces après les repas. Aucun ne se couche ni se lève sans aller réciter sa prière au pied du crucifix; souvent la prière et le chapelet se disent le soir en commun dans la famille.
Les sentiments religieux, comme certains le prétendent, ne sont point pour eux un obstacle au développement de leurs facultés intellectuelles; ils sont gais et aiment les reparties joyeuses. Ils conservent, en bien ou en mal, quelque chose du caractère gaulois.
Presque tous adonnés à l'agriculture et respirant à pleins poumons l'air pur de leurs champs, ils échappent à bien des maladies, et leurs membres forts peuvent endurer la plus longue fatigue. Une vie sobre et frugale les maintient dans une heureuse santé et les conduit en grand nombre jusqu'à la vieillesse. Quelques-uns cependant n'observent pas toujours cette admirable sobriété et se laissent entraîner, le dimanche, dans des libations trop copieuses au cabaret. La chose n'est malheureusement pas rare dans les paroisses de foi.
Un autre point sur lequel les habitants de Saint-Denis sont surtout dignes d'éloges, c'est celui de la franchise et de la justice. Le vol et le larcin leur sont odieux et ils ne cherchent pas par des moyens frauduleux à s'emparer du bien d'autrui. Cela ne les empêche pas cependant d'être rusés et adroits quand il le faut.
Leur moralité est due à leur foi profonde et aussi au milieu dans lequel s'écoule leur existence. Disséminés pour la plupart dans les fermes isolées ou dans des villages, ils ne sont pas atteints par la corruption que l'on trouve dans les centres populeux.
Ils ont une confiance illimitée dans le prêtre qui, à leurs yeux, possède une science universelle. Si ce dernier voulait surtout se livrer à la médecine, il verrait les malades affluer à la porte de son presbytère.
Ils sont aussi facilement superstitieux et lorsqu'un malheur vient à les frapper, ils vont parfois jusqu'à croire qu'un de leurs ennemis leur a jeté un sort. Pour conjurer le mauvais destin ou la maladie qui les frappe ils ont alors recours à la puissance des sorciers. Ceux qui ont cette réputation de sorciers sont fort redoutés et souvent ce sont de pauvres malheureux qui ne se doutent guère du pouvoir qu'on leur attribue.
Dans leur langage, ils se servent d'un patois vulgaire lent et bref, accompagné souvent d'un accent local particulier. Voici quelques-uns des termes qu'ils emploient le plus fréquemment :
Accrére (accroire) ; adret (adroit) ; agueglan (aiguillon) ; broquin (brodequin) ; chambrère (servante) ; chardonnet (chardonneret) ; charras (charrois) ; cotion (cotillon) ; épale (épaule) ; esperge (asperge) ; luméro (numéro) ; moule (moelle) ; nèce (nièce) ; neveur (neveu) ; ortail (orteil) ; pougnet (poignet) ; pouétrène (poitrine) ; queneutre (connaître) ; rousine (résine) ; vegne (vigne) ; vreçou (versoir) ; pouvouèr (pouvoir) ; bié (blé) ; fein (foin).
Ils disent : "J’avions déjuné (nous avions déjeuné) ; le vindra tantout (il viendra tantôt) ; l’aviant, l’fesiant (ils avaient, ils faisaient) ; faut bé qu'i enge (il faut bien que j'y'aille) ; que tu vinges (que tu viennes) ; l'dicit (il dit) ; malhur malheru (malheur malheureux) ; abriai (abriter)."
Quand ils veulent exprimer qu'ils ne peuvent pas atteindre un objet hors de leur portée, ils emploient l'un de ces termes : "I pe pas y durchai, i pepaso z attenir". Ils disent tchuquin, pour quelqu'un ; que dire à in drôle, que dire à un méchant enfant ; o le faut bé, o faou, pour il le faut bien, il le faut ; qui g l’dicit, pour il dit.
Pour exprimer une quantité, un grand nombre de choses ou d'objets, ils disent : ine tralaie, ine belle foué, tot in foué.
Pour beaucoup d'adjectifs, ils changent la terminaison eux en oux ; pouroux (peureux) ; bouétoux (boiteux).
Les mots finissant en er se changent en ai : grenai (grenier), vregeai (verger) ; poumai (pommier). Ceux en eau en é ou en ia : couté, coutia (couteau) ; chapé, chapia (chapeau) ; Gaboria (Gaborieau).
Ils ajoutent une terminaison féminine aux noms propres masculins Chupine (la femme de Chupin) ; Sourisselle (la femme de Sourisseau).
Enfin voici quelques-unes de leurs phrases les plus usuelles O lé terjou bé sûr qu'ol a d’au mande bé mouvais (c'est toujours bien sûr qu'il y a du monde bien mauvais) ; nous gens sortirant de chez zeux, y marchiront tote la resciée, allirant peur tio chemin et s'en revinrant dans lur mésons peur tiel autre (nos gens sortirent de chez eux, ils marchèrent toute la soirée, ils allèrent par ce chemin et revinrent dans leurs maisons par tel autre) ; vous gêne jy (est-ce que je vous gêne ?) ; y é chanté tote la net (j'ai chanté toute la nuit).
Beaucoup des vieilles coutumes du temps passé sont encore conservées au pays de Saint-Denis, quoique malheureusement elles tendent bien à disparaître ici comme ailleurs. Voici cependant celles que l'on retrouve encore.
C'est dans la nuit de Noël la grosse bûche qu'on allume dans le foyer et qu'on nomme la cosse de Neau ; elle doit durer toute la nuit et même tout le jour de la fête. C'est l'alise pacaude, gâteau qui fait les délices du jour de Pâques, d'où son nom de pacaude. Chaque famille boulange le gâteau traditionnel et invite les parents et les amis à venir goûter le chef d'œuvre de la pâtissière rustique. Les invitations sont nombreuses et chacun doit donner son appréciation sur le gâteau dont la composition ne varie guère, du beurre, des œufs, du sucre et de la farine.
Au premier jour de mai, ce sont les branches d'aubépine en fleurs que l'on plante aux alentours des fermes ou à la porte des personnes que l'on aime. Gracieuse coutume dont il serait difficile d'expliquer l'origine et que l'on retrouve en plusieurs contrées de la France. Ces rameaux portent le nom de Mais.
Enfin, à la fête de l'Ascension, la ménagère ne manque jamais de préparer le plat si goûté des caillebottes sur lequel s'étend une magnifique crème de l'aspect le plus séduisant. Le plat est suffisamment connu, et tous ceux qui ont parcouru les fermes du Bocage ont savouré ce délicieux régal des jours d'été.
A Saint-Denis comme en plusieurs autres contrées de la Vendée, lorsqu'on s'aborde, on se salue de cette façon : "Bonjour, un tel, comment vous portez-vous ? Et chacun chez vous ? — Et votre femme, ma cousine ? — Et vos enfants, mes cousins ? — Et tout le monde ?" Et lorsque celui qu'on salue a répondu, il reprend à son tour la kyrielle interrogative, faisant avec la même invariabilité d'expressions les demandes qu'on vient de lui adresser.
Cette politesse agreste se manifeste surtout lorsque les gens sont invités à un repas. Alors, de peur de passer pour gourmands, ils se font supplier plusieurs fois avant d'accepter l'invitation ; puis lorsqu'ils se décident à s'asseoir, il faut les presser de s'approcher plus près de la table et enfin lorsqu'on leur présente les plats, ils n'en prendront que médiocrement si on ne redouble pas d'instances. C'est alors que l'amphitryon doit avoir recours à toute son éloquence pour vaincre les prétendus scrupules de ses convives : "Quoi ! vous ne mangez pas ? Sans doute que vous ne trouvez pas bon. Mais ne vous gênez pas, ne vous faites pas prier ; sans façon faites donc comme chez vous. Nous n'avons pas grand-chose, mais c'est de bon cœur."
Les invitations aux noces leur sont très agréables et ils y trouvent des réjouissances qu'ils affectionnent vivement. Après la cérémonie religieuse de l'église, les époux sont conduits devant un feu de joie dressé en leur honneur, non loin du lieu où doit se réunir la noce. C'est un arbre dont le tronc est garni de fagots très inflammables ; au sommet est suspendue une couronne autour de laquelle se balancent une vessie de cochon, des pommes de terre, des cornets de dragées (autrefois on y pendait aussi une gourde ou une bouteille pleine). On présente à la mariée une torche enflammée et elle met le feu à l'arbre qui s'embrase en un instant. Alors les hommes s'arment de fusils et tour à tour ils crèvent la vessie et abattent les pommes de terre et les cornets de dragées.
A la fin du dîner, au dessert, a lieu encore, à certaines noces, ce qu'on appelait autrefois la Pose des présents. Avant d'offrir son cadeau sur la table des époux, celui qui le présente l'élève dans ses deux mains au-dessus de la tête et pose ainsi quelques minutes. Le soir, au souper, on fait entendre la traditionnelle chanson de la Mariée et la fête se prolonge fort avant dans la nuit. Le lendemain matin, on ne manque pas de porter aux jeunes mariés ce qu'on appelle la soupe à l'oignon.
Dans l'intérieur de leurs familles, les habitants de la campagne ont une nourriture très simple. On ne voit guère sur leur table que les légumes qu'ils récoltent, assaisonnés du lait et du beurre de leurs vaches. Aux jours de fête ou de grands travaux, le menu s'agrémente du morceau de lard salé ou de la tranche de jambon.
En hiver ils font trois grands repas auxquels ils ajoutent, en été, un petit déjeuner, au sortir du lit le matin, et une collation dans la soirée. Quand ils prennent cette dernière ils disent qu'ils vont à bassurant.
Ils mangent tous à la même soupière et au même plat, économisant ainsi les assiettes. Chaque convive se sert de la même cuiller et de la même fourchette qu'il essuie à la nappe et qu'il accroche à une lanière fixée à la table ou dans un disque de bois qui descend d'en haut.
Lorsque la soif se fait sentir, on fait circuler le piché (pot à eau) et chacun peut se désaltérer à son aise. A certains jours et à certaines saisons, l'eau de la source est remplacée par le petit coup de vin clairet tout particulièrement affectionné du paysan et dont il dirait parfois comme le poëte :
I dounerais mès pirons, mès gorets,
Mès ouailles, mes prots et ma bourgeoise
Pus tout que de perdre mon vin cliaret
Qui roul' daus eils queum in' éloèse.
C'est une chose curieuse que l'étude de certaines coutumes des gens de la campagne. Comme on aime par exemple à entendre le laboureur conduisant ses bœufs et les excitant à tracer le sillon ! Il interpelle tour à tour chacun de ces laborieux travailleurs : "Ho, hé ! Maréchaux ! — Ho, hé ! Charbonné ! — Ho, hé ! mon valet !" Puis, il les entraîne par un chant le plus souvent langoureux et qui consiste pour quelques-uns dans des kyrielles de ah ! de oh ! qu'ils roucoulent sans prendre haleine et tant qu'ils ont du souffle. Le soir, lorsque les bruits se taisent, ces chants de paysans qui se font entendre à plus d'un kilomètre et qui se répondent de coteau en coteau, ne manquent pas d'un certain charme. Toutes ces voix qui boèrent prouvent qu'il y a là un peuple qui vit sans grands soucis et qui n'est point tourmenté par une insatiable ambition.
Après la journée passée dans les champs on regagne la ferme où l'on termine la tâche quotidienne par des occupations dans l'étable. Puis, si l'on est en hiver, on commence la veillée. Les hommes ont réservé pour ce moment certains travaux particuliers : les uns font des paniers d'osier qu'ils tressent avec un art remarquable, les autres des paillons où l'on met à lever la pâte qui doit cuire au four ; ceux-ci polissent des manches d'outils, ceux-là confectionnent l'un de ces nombreux objets qui sont nécessaires dans le ménage.
A certains jours, la veillée devient bruyante; les voisins et amis ont été invités ; le porc qu'on engraissait depuis plusieurs mois a fait la fin qu'on lui destinait et ses membres divisés en nombreux morceaux encombrent la table et les meubles de la cuisine. Dans un chaudron accroché au-dessus du feu dans la cheminée, mijote depuis plus de vingt-quatre heures la fameuse fraissure qui fait pâmer d'aise un vrai Vendéen. Mais comme on aime à partager les plats succulents, on fait appel aux voisins et ceux-ci arrivent tous et prêtent main-forte pour ramasser le chaudron.
Après avoir étudié les habitants il est intéressant d'étudier aussi l'habitation. Arrêtons-nous seulement à celle de la campagne. On y arrive ordinairement par la cour de la ferme où les volatiles de tout genre prennent leurs ébats. Pour empêcher ceux-ci de pénétrer dans la maison, une barrière en bois a été mise devant la porte. Ordinairement, les murs de l'habitation sont tapissés par des cordons de treilles dont les pieds furent plantés par les ancêtres.
La maison se compose le plus souvent de deux pièces au rez-de-chaussée ; il n'y a ni carreaux, ni planchers ; la place est seulement couverte d'un béton en cendre de chaux. L'une des pièces est réservée aux valets.
Au-dessus de la porte qui met en communication les deux chambres, on voit une planche qui supporte une statue de la Vierge, encadrée d'un chapelet de Lourdes.
A l'intérieur, l'ameublement est fort simple. Aujourd'hui on commence à y mettre un peu d'élégance et de confortable. Mais autrefois on n'y voyait qu'une table, quelques bancs, des lits à quenouilles et des coffres en bois. Le vieux lit à quenouille était pour ainsi dire un monument ; il était si haut qu'il fallait presque une échelle pour l'escalader. Façonné avec des planches de chêne solidement chevillées, il pouvait durer des siècles. Les montants ou quenouilles étaient de forme carrée à la tête du lit et de forme ronde au pied. Entre les deux quenouilles d'en haut montait un panneau plein où la ménagère accrochait sa pelote d'aiguilles à côté du bénitier aux dessins fleuris, et du buis ou brandon des Rameaux. Ces quatre montants soutenaient un baldaquin également en chêne autour duquel couraient quatre tringles de fer. A ces tringles de fer étaient suspendus les rideaux de coton de couleur et un peu plus haut, le long du baldaquin, on attachait les écheveaux de lin filés par les femmes et les filles de la maison. Une large bande d'étoffe de la même couleur que les rideaux et découpée de dents semi-circulaires environnait le baldaquin et en faisait comme une sorte de dais.
L'intérieur du lit était composé d'une grosse paillasse faite de paille choisie au temps de la moisson, d'une ballière (ou baline) remplie de bale d'avoine, d'une couette et de gros draps d'étoupes capables de résister à toutes les torsions des blanchisseuses ; puis, par-dessus tout cela, la lourde couette pleine de plumes d'oie recouvrant toujours le paysan, non seulement en hiver, mais même au milieu des chaleurs de la canicule. Enfin le tout était enveloppé d'une longue et large couverture (couverte) qui descendait jusqu'à terre et qui, pour entourer les pieds du lit, avait été fendue et fermée ensuite au moyen d'agrafes ou de boutons blancs.
Devant ce lit s'étendait un meuble à l'aide duquel on pouvait en atteindre le sommet c'était un coffre en bois de chêne qui servait à la fois de siège et d'armoire. II était remarquable par ses épaisses ferrures et le luisant de ses côtés extérieurs résultant du frottement depuis plusieurs générations. Là se trouvaient les objets précieux de la famille : la bourse en étoffe fermant par un cordon, le chapelet à chaîne de cuivre ou de gros laiton avec grains de coco, le catéchisme des premiers communiants, le paroissien de l'aïeul[1].
Sous le grand lit à quenouilles étaient entassés toute une catégorie d'objets et de choses les plus disparates. A côté des pommes de terre et des provisions de ménage gisaient pêle-mêle les souliers des grandes fêtes, les sabots de la semaine, les marmottes (chaufferettes en terre) des gardeuses de moutons, les manches d'outils, les fusées de lin, les travaux inachevés des clisseurs de paniers, les pièces démontées du dévouédour (instrument à dévider le lin), etc.
On rencontre encore en bien des maisons ce vieux meuble appelé desserte, aussi curieux que les autres parties du mobilier. Il se compose de deux parties : un buffet en bas et une série d'étagères en haut. C'est là, sur les rayons de cette dernière partie, qu'on voit exposée toute une collection d'assiettes aux dessins multicolores ; quelques-unes ont été fabriquées à une époque déjà lointaine et tentent plus d'une fois les amateurs d'antiquités. Là encore se trouvent le numéro que le conscrit a trouvé au sort, le biscuit que le soldat a rapporté comme souvenir de son séjour à la caserne, les verroteries gagnées dans une fête de village, les cadeaux offerts un jour de mariage.
A côté de la cheminée, sur les trous d'un potager, on fait chauffer les pones, vaisseaux de terre vernissés à l'intérieur qui servent à recueillir le lait des vaches de la ferme. Lorsque la crème est suffisamment refroidie la ménagère la recueille et l'introduit dans des barattes qui la transforment en un beurre jaune et parfumé qu'elle porte ensuite au marché dans un joli panier d'osier blanc.
Dans l'un des murs de la cheminée on voit encore une cavité formée par deux tuiles se joignant seulement par leurs rebords. C'était le dépôt des chandelles de résine fabriquées jadis par nos grand'mères et dont la lumière fumeuse éclairait pendant l'hiver les longues veillées passées au coin du feu. Si le mode d'éclairage était peu brillant, il était en revanche fort économique. Avec quelques sous on pouvait échapper aux ténèbres pendant tout un hiver. La fabrication était aussi des plus simples: la résine une fois fondue, la ménagère en enduisait de longues tresses découpées dans un vieux morceau de toile, qu'elle roulait prestement dans un mouvement de va-et-vient sur une planche et la chandelle était faite. Pour s'en servir point n'était besoin de chandelier ; un bout de bois fendu, appelé loube ou bois-bec, et enfoncé dans une anfractuosité de la cheminée, tel était le support qui recevait le précurseur des becs Auer.
Enfin, terminons cette description du mobilier en nous arrêtant d'abord quelques instants dans le fournil. Pour y arriver, il nous suffit d'ouvrir une porte, car le plus souvent ce lieu communique avec l'une des pièces de la maison d'habitation. C'est là que se trouve la grande maie où l'on boulange ces gros pains de ménage qui nourrissent si bien le travailleur et réjouissent son robuste appétit; ils sont un aliment si substantiel que la science en proclame la nécessité pour certaines constitutions maladives. Entre deux fournées, et jusqu'à la consommation du dernier, les pains sont placés dans la maie ou exposés sur un râtelier ou sorte d'échelle suspendue horizontalement et fixée aux chevrons par quatre liens de bois tordus. C'est une joie dans la famille du paysan lorsque vient le jour de faire une fournée nouvelle : manger du pain chaud dans lequel on coule du beurre frais ou que l'on trempe dans la piquette sucrée, cela vaut bien pour ces gens aux goûts simples le meilleur de tous les régals.
A côté de la maie j'aperçois le moulin ou les cribles à tamiser la farine. Cette dernière a été moulue par un meunier du voisinage qui vient régulièrement à semaines fixes chercher le sac de froment et le rapporte après l'opération, au bout de quelques jours. Pour prix de son travail, le meunier ne réclame aucun numéraire ; mais il se réserve dans chaque part une certaine mesure que le client ne contrôle guère.
Auprès du four, avec les pelles et l'écouvillon, il y a encore les melours ou claies en bois sur lesquelles s'étendent les fruits que l'on veut faire sécher, le grand chaudron dans lequel on jette pêle-mêle les pommes de terre, les tranches de citrouilles, le son, le lait caillé et des débris de toutes sortes avec lesquels on compose la brenaïe pour les porcs.
Enfin, montant dans un vaste grenier qui s'étend au-dessus de la maison, nous trouvons la provision de grains apportée là après la dernière moisson. De temps en temps, le fermier vient remuer cette masse pour l'aérer; il la retourne avec une large pelle en bois. D'autres instruments sont étendus sur le plancher : le large balai de bouleau avec lequel on pousse le grain en tas, la raballe avec laquelle on le tire, la planche à rager avec laquelle on rase le haut du boisseau rempli de froment.
Dans le grenier sont encore entassés les fruits récoltés dans la ferme : les cormes qui vont bientôt mollir et avec lesquelles on pourra faire une boisson délicieuse, les pêches qui achèvent de mûrir enfouies dans le tas de blé ; le murail (amas) de pommes et de poires se pressant les unes sur les autres ; les melages ou fruits séchés au four. Et enfin, au milieu de ce dépôt, la ménagère a placé les paquets de lin prêts à étendre sur la quenouille, la braïoche (broyeuse) pour travailler le lin en tige, le peigne pour la filasse, le travoïl, les fuseaux, etc.
En descendant du grenier, nous traversons l'étable toute tapissée d'innombrables toiles d'araignées qui, d'après la croyance populaire, sont avantageuses pour la santé du bétail. Tout à côté s'élève la grange remplie de foin odorant, de la réserve des raves et des bettes champêtres, et de ces feuilles de choux liées en fagots et que le paysan amène chaque jour, après les avoir cueillies dans les vastes carrés qu'il a plantés.
C'était autrefois une chose curieuse que l'habillement des vieux habitants du Bocage. Si aujourd'hui on voyait encore ces petites vestes des anciens, ces pantalons à godelis ou ces cotillons courts des grands-parents, plus d'un damoiseau ou d'une demoiselle se tordrait dans une folle gaîté. Assurément, la coupe n'était rien moins qu'élégante, et le lustre moëlleux de nos tissus modernes était chose inconnue, mais combien faut-il de vêtements de nos plus célèbres maisons de nouveautés pour égaler en durée l'étoffe filée par nos grand'mères et tissée par l'ouvrier du village ? Que de robes qui se portaient alors pendant vingt, trente ans et même davantage ? La vieille cape noire, par exemple, que l'on revêtait pour les solennités du dimanche, durait autant que la vie.
Cependant, si les vieilles modes ont disparu, il ne faudrait pas croire néanmoins que le luxe se soit développé à Saint-Denis dans les grandes proportions que l'on voit en nombre d'endroits. On conserve encore une sage mesure, et puissent les habitants de cette contrée garder le plus longtemps possible leur belle simplicité !
Les hommes portent toujours la chemise de grosse toile écrue ; mais le col est fait d'une autre toile plus blanche et plus fine et il est fermé par deux petits galons blancs. Autour du col s'enroule une cravate de forme plate et de couleur variée. Un gilet à longues manches couvre la chemise ; il est fait d'étoffes aux teintes foncées et on y a ménagé des poches à l'intérieur et à l'extérieur. C'est dans celles de l'intérieur que le bon Vendéen loge sa bourse et aussi son chapelet dont il ne se sépare jamais. Dans l'une du côté extérieur il met son mouchoir qu'il laisse pendre à moitié.
Par-dessus le gilet, aux jours de fêtes, les hommes revêtent une veste courte qui s'arrête à la naissance des reins. Elle est faite d'une grosse étoffe de couleur brune et porte un col droit et échancré; un bouton fixe par devant les parements du col. La veste ne ferme pas; d'ailleurs, elle n'a pas de boutonnière, mais seulement deux rangées de boutons cousus sur les côtés.
Le pantalon est de la même étoffe que le gilet ; deux choses surtout le distinguent : le pan (ou pon) et le godelis. Le pan est un morceau carré qui ferme le pantalon par devant et qui est retenu en haut par trois boutons ; celui du milieu est double et parsemé de dessins, il s'appelle tibi ; les deux autres sont simples et sont placés aux coins. Le godelis est un pli pratiqué sur les deux jambes du pantalon dans sa partie inférieure. Il a pour but d'allonger la culotte, quand l'enfant ou le garçon grandit.
Une blouse bleue remplace souvent la veste qui est incommode pour le travailleur.
Ajoutez encore les gros sabots de verne ou d'ormeau qui sont la chaussure la plus habituelle du paysan et qu'il noircit au moyen d'un chiffon humide imprégné de suie ; les sabarrons de cuir qui remplacent les guêtres et les bas, et avec lesquels l'homme peut marcher impunément à travers les ajoncs et les chemins bourbeux; le légendaire bonnet de laine brune qui était autrefois la coiffure la plus répandue, et vous aurez, de la tête au pied, la description du pittoresque costume de beaucoup de gens de la campagne.
Pour être complet, il faudrait encore parler de l'habillement des femmes, mais comment se retrouver dans tout cet assortiment divers où l'on rencontre les camisoles, les compères, les debas, les devantères, les caracos, les justins, les coiffes, les guimpes, les capes à capuchons, etc., choses qui changent comme la mode ? Nous laisserons à de plus experts l'entreprise de cette intéressante description.
Au recensement de 1901, la population de Saint-Denis s'élevait au chiffre de 1925 habitants, dont 540 dans le bourg. C'était une augmentation de 47 personnes sur le recensement précédent[2]. Le fléau de la dépopulation ne se fait donc pas sentir dans cette paroisse, et sans nul doute, elle le doit à ses croyances religieuses.
Dans le bourg, presque toutes les professions sont représentées, depuis le médecin et le notaire jusqu'au tanneur et au fripier. A la campagne, les gens sont exclusivement agriculteurs et leurs terres sont toutes cultivées. Autrefois bien des terrains étaient en friche et on cite des seigneurs qui firent de louables efforts pour transformer le sol improductif du pays.
Ainsi une pièce de procédure, en date du 10 février 1785, nous apprend qu'un seigneur de la Roussière tenta de faire défricher les cinq à six cents hectares qu'il possédait dans les landes des Jouineaux, en Saint-Denis-la-Chevasse.
"Le seigneur marquis de Torcy (de la Roussière), dit cette pièce de procédure, ayant projeté de faire défricher les landes des Jouineaux, le sieur Louis-Henri-Joseph Bonet, marchand à la Bauvinière, en Saint-Martin-des-Noyers, se présenta pour en prendre la conduite, veiller aux travaux, et à ce qui serait nécessaire pour l'établissement, sous la condition que le marquis de Torcy fournirait les fonds et que le sieur Bonet les recevrait, paierait les ouvriers et les objets de consommation qui seraient nécessaires; que du tout il en userait en bon père de famille et avec exactitude, à la charge de rendre compte de ses recettes et dépenses au fur et à mesure.
De ces conditions, il résulte que le sieur Bonet ayant reçu des fonds considérables qui montent à près de 40 000 livres, il demeurait obligé de payer aux fournisseurs et aux ouvriers ce qui leur était dû, relativement aux conventions et aux marchés qu'il faisait avec eux... On peut noter que le 2 juin 1782, cinq mois avant la cessation de son administration, il toucha quinze cents livres en un mandement sur le sieur Mercier.
Ce n'est pas ici le lieu de parler des comptes qu'il a rendus, des erreurs, des doubles emplois et des exagérations qui s'y rencontrent, puisque cela fait la matière d'un procès appointé à ce siège. Cependant on peut dire, et cela est d'une nécessité absolue, que le sieur Bonet, malgré qu'il ait gonflé et exagéré les dépenses, se reconnaît reliquataire de la somme de trois mille cinq cent trois livres douze sols…"
L'homme d'affaires infidèle fut congédié le jour de la fête de la Toussaint 1782, et remplacé par le sieur Hemeri. Puis vint la tourmente révolutionnaire qui fit suspendre les travaux commencés.
Aujourd'hui, les landes des Jouineaux, entièrement défrichées, appartiennent à de nombreux propriétaires qui, grâce à de bonnes fumures, en retirent d'abondantes récoltes.
Ce marquis de Torcy était réellement entreprenant. Après l'agriculture, il rêva encore d'enrichir son pays des productions de l'industrie. M. Benjamin Fillon dans "L'art de la terre chez les Poitevins" (p. 164), nous apprend comment le noble seigneur voulut créer une fabrique de porcelaine sur le territoire de Saint-Denis. Les documents qu'il cite ont été fournis par M. Millet, chef des fours à Sèvres, et sont tirés des Archives de France, cote F. 12, 494.
Voici ces diverses pièces
"Le marquis de Torcy a l'honneur de supplier M. de Calonne de vouloir bien lui accorder un privilège pour établir une fabrique de porcelaine dans sa terre de Saint-Denis-la-Chevasse, en Bas-Poitou, près Montaigu, La terre est d'une bonne qualité, la même que l'on emploie à Sèvres pour la manufacture de porcelaine. M. Guettard, un des médecins de M. le duc d'Orléans, a dit, que c'était une espèce de kaolin propre à faire de la porcelaine mêlée avec une matière vitrifiable. Ce serait un grand bien pour la terre et pour le pays qui n'a point de débouché."
A ce mémoire est jointe la lettre suivante de la main du seigneur de Saint-Denis :
"Monsieur,
J'ai l'honneur de vous envoyer un mémoire pour vous prier de m'accorder le privilège d'établir une manufacture de porcelaine dans une terre que j'ai en Bas Poitou. J'avais compté vous présenter le mémoire aujourd'hui, mais, comme vous n'avez pu me donner d'audience, et que je suis obligé de partir demain pour cette terre, je me trouve dans l'impossibilité de vous faire ma demande autrement que par lettre.
J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
Torcy.
Ce 1er juillet 1784, rue neuve des Petits-Champs."
Le Conseil royal s'occupait aussitôt de l'affaire et adressait la lettre suivante :
"A Monsieur de Blossac, intendant à Poitiers.
Ce 8 juillet 1784.
M. le Marquis de Torcy vient, Monsieur et cher Confrère, de présenter au Conseil le mémoire que j'ai l'honneur du vous envoyer, par lequel il demande la permission d'établir une manufacture de porcelaine dans sa terre de Saint-Denis-la-Chevasse en Bas-Poitou. Avant de rendre compte de cette demande à M le Contrôleur général, j'ai cru devoir, Monsieur et cher Confrère, vous la communiquer et vous prier de me mander ce que vous pensez de l'utilité que cet établissement peut procurer au commerce et des avantages que peut, en particulier, retirer de cette nouvelle branche d'industrie la province dont l'administration vous est confiée.
J'ai l'honneur d'être, avec un très sincère et respectueux attachement…"
A cette lettre M. de Blossac fit la réponse favorable que voici :
"Poitiers, 4 août 1784.
J'ai pris, Monsieur et cher Confrère, selon la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 8 du mois dernier, des éclaircissements relatifs au projet de M. le Marquis de Torcy d'établir une manufacture de porcelaine dans sa terre de Saint-Denis-la-Chevasse, en Bas-Poitou. Toute branche nouvelle d'industrie ne peut faire que du bien, et celle-ci n'en contrarie aucune autre. Elle vivifiera un peu le canton privé de tout commerce par le défaut de rivières navigables. Saint-Denis n'est éloigné que de deux lieues des grandes routes de Nantes à la Rochelle et des Sables à Saumur. Il sera facile de faire rendre sur ces routes, pendant la plus grande partie de l'année, les porcelaines qui s'y fabriqueront, et qui circuleront ensuite aisément dans tout le royaume et même chez l'étranger par les ports de Nantes et des Sables, qui ne sont distants chacun de Saint-Denis que d'environ dix lieues. Les deux lieues d'assez mauvais chemins pendant l'hiver, depuis Saint-Denis jusqu'aux deux grandes routes dont j'ai parlé, ne forment pas un obstacle au débouché immédiat, les chemins se répareront avec le temps, et cette manufacture fortifiera le motif. J'ai l'honneur de vous renvoyer le mémoire de M. le Marquis de Torcy.
J'ai celui d'être, avec un sincère et respectueux attachement, Monsieur et Cher Confrère, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Blossac."
Ainsi ce seigneur de l'ancien régime travaillait au bonheur de ses concitoyens et voulait leur procurer le bien-être et la prospérité. Malheureusement, la Révolution arrivait à grands pas et elle empêcha la réalisation du projet qu'avait conçu l'homme bienfaisant qui habitait Saint-Denis.
Les principaux villages sont : le Châtenay, l’Etaudière, Essyré, la Begaudière, le Temple, la Boulaye, l'Orgère et la Touzainière. Quelques-uns eurent autrefois des familles notables dont nous parlerons plus loin.
Le territoire de Saint-Denis est bien sillonné de routes; cinq d'entre elles partent de la place de l'église et s'en vont dans les directions de Belleville, de Chavagnes, des Lucs, de Boulogne et de Saint-Sulpice-le-Verdon.
La seule rivière qui arrose Saint-Denis est la Boulogne ; elle traverse la paroisse dans toute sa longueur, sur un espace de deux lieues. De distance en distance des moulins font entendre leur joyeux tic-tac. L'industrie n'est pas encore venue installer sur ses bords ces fabriques qui empoisonnent les eaux, au grand désespoir des pêcheurs à la ligne. Tout au plus, dans le bourg, y remarque-t-on une tannerie qui existe là depuis un temps immémorial.
La Boulogne est alimentée par une infinité de petits ruisseaux; elle prend sa source dans Saint-Martin-des-Noyers et passe à Boulogne qui lui donne son nom ; après avoir arrosé les trois quarts de la paroisse, elle traverse les Lucs, Rocheservière, se réunit à l'Isoire au-dessus de Saint-Philbert-de-Bouaine, et va se jeter dans le lac de Grand-Lieu.
Les rives de la Boulogne ne manquent point de charmes, et plus d'un touriste en a entrepris la description. Un beau pont à trois arches a été jeté sur cette rivière, non loin du village de la Bignonnière, et les trains de la ligne de la Roche à Nantes y passent à toute vapeur.
Un autre petit cours d'eau plus considérable que les autres mérite d'être mentionné ; il porte plusieurs noms : le ruisseau de la Bouillère, de l'Amblardière ou de la Bouteboire ; il prend sa source au premier de ces villages et va se jeter au dernier dans la Boulogne.
La superficie du territoire est de 3410 hectares ; elle se décompose en terres labourables, prairies, bois, taillis et landes. Vers 1850, les bois et taillis occupaient une étendue de 312 hectares et les landes une étendue de 565 hectares. Depuis, la culture a considérablement diminué ces terrains ; les landes surtout n'existent qu'en petites parties. Le bois le plus considérable aujourd'hui est celui de l'Essart, il peut avoir 80 hectares. Il y a aussi le bois de la Bouillère, 15 à 20 hectares, le bois de Nigré, le bois de la Maisonneuve et le bois de la Bouteboire, qui ont environ chacun une dizaine d'hectares.
La culture est celle de tout le Bocage vendéen et s'étend à toutes les céréales ; les vastes champs de choux se succèdent les uns aux autres.
Avant 1793 et jusqu'à 1808, il existait une foire assez renommée, le troisième mardi de chaque mois. Pour la favoriser on avait construit des halles spacieuses qui existent encore aujourd'hui. Mais elle perdit bientôt son importance lorsque l'administration eut tracé la route départementale de la Roche à Montaigu par l'Herbergement. La foire s'établit en ce dernier lieu et s'y tint toujours depuis. Il était d'ailleurs, à cette époque, assez difficile d'aborder à Saint-Denis. Les anciens rapportent encore aujourd'hui que lorsque Mgr Bailles venait visiter leur paroisse, le bon évêque, qui aimait cependant bien à marcher à pied, était contraint, pour s'en tirer, d'user du seul moyen de locomotion qu'on pouvait lui offrir en ce pays. Il lui fallait monter dans une charrette à bœufs enguirlandée pour la circonstance et pourvue d'un siège rustique solidement fixé ; puis traîné par un nombre respectable de paires de bœufs, à travers les bourbiers et les cahots, il s'avançait triomphalement vers Saint-Denis, bénissant la foule qui ne cessait de l'acclamer et qui lui faisait des ovations comme n'en connurent point les vieux rois de France sur leur passage. Il est vrai que le vénérable prélat s'exposait fort à trouver en nombre d'endroits du Bocage des chemins impraticables, car il faisait ordinairement ses visites dans la plus mauvaise saison de l'année, parce que les gens de la campagne avaient alors plus de loisirs.
La paroisse ne possède aucun monument remarquable par son antiquité. Les châteaux du Châtenay, du Breuil et de la Maisonneuve, dont nous parlerons plus loin, existent encore ; mais ceux de la Roussière, de la Bouteboire et de Romfort, célèbres jadis, ont disparu.
La Bignonnière possède un joli petit castel récemment construit tout près de l'ancien. De plus, depuis 1860, il y a le château de Laurière, habité par M. Roch.
En déblayant les rues qui avoisinent l'église, on a découvert, il y a cinquante ou soixante ans, plusieurs cercueils en pierre calcaire avec des couvercles de même matière, contenant des ossements et des pots de terre remplis de charbons.
--------------------
HISTOIRE DE SAINT-DENIS-LA-CHEVASSE
L'histoire de Saint-Denis-la-Chevasse n'est autre que celle de ses châteaux ou maisons célèbres. Nous allons donc passer en revue toutes ces nobles familles, en nous aidant des notes nombreuses recueillies pour cette chronique par l'érudit M. de Tinguy, de la Viollière, auquel nous exprimons tous nos remerciements.
Châtellenie de Saint-Denis-la-Chevasse
et Seigneurie de la Roussière
Le fief de Saint-Denis-la-Chevasse faisait très anciennement partie des vastes et nombreuses possessions de la maison de Chabot en Bas-Poitou. Il en fut détaché vers la fin du XIIIe siècle. Œnor Chabot, fille de Thibaut V Chabot, dit Thibaudin, épousa, vers 1270, Eble de Rochefort ; duquel mariage vint Eble de Rochefort le jeune, qui, en 1299, fit accord avec la veuve de son oncle Sebrand III Chabot, dit Sebrandin, et avec leur fils aîné. Thibaud VI Chabot ; il eut en partage, du chef de sa mère, les Essarts, Oulmes, Aubigny et Saint-Denis-la-Chevasse (Diction. Beauchet-Filleau, art. Chabot-Duchesne, 7, 110)
Plus tard, au XVIe siècle, la châtellenie de Saint-Denis-la-Chevasse était entre les mains de la maison de Brosse, dite aussi de Bretagne. Jehan de Brosse, duc d'Estampes, vendit ce fief à René Durcot, écuyer, seigneur de la Roussière, lequel étant sans enfant, en fit legs particulier à son neveu, Pierre Durcot, fils aîné de son frère Gilles Durcot, écuyer, après lui seigneur de la Roussière, ainsi qu'il est dit dans un acte de transaction entre ledit Gilles Durcot, écuyer, seigneur de la Roussière, et son dit fils aîné Pierre Durcot, écuyer, seigneur de Chaulnes, relativement aux droits que ce dernier tenait du chef de sa mère, demoiselle Marguerite de la Musse, première femme dudit Gilles Durcot ; acte reçu par Robin et Pierre Jay, notaires de la Châtellenie de Saint-Denis-la-Chevasse, le 10 décembre 1573.
(Grosse aux arch. du château de Puitesson)
Seigneurie de la Roussière
La Roussière, dans la paroisse de Saint-Denis-la-Chevasse, appartenait aux Durcot depuis un siècle environ. Elle avait été possédée antérieurement par une famille qui en portait le nom. En 1445, Souveraine de la Roussière, demeurant en la paroisse d'Aizenay, fit échange avec Thomas de la Roussière, demeurant au bourg de Saint-Etienne-du-Bois. Celui-ci cédait ce qu'il possédait au tènement de la Boulaye et de la Naultière situées en la paroisse de Saint-Denis-la-Chevasse ; et il recevait en retour "tous et chascuns droictz noms raissons actions causes propriétés possessions et seigneurie quelconque que Souveraine de la Roussière pouvait avoir en tout le village terrouer quarteron au tènement de la Roussière etc. item une pièce de terre appelée le censis Bézieau, tenant d’une part au domaine de la Mestayrie d'aultre au tenement de la Fumoire, du bout au tenement de la Jobretière d'aultre au tenement de la Ranfraire..." suivant acte reçu par Jehan Cantin et Jehan Vrignaud, notaire de la cour et châtellenie de Palluau.
(Archives de la famille Gourraud de la Maisonneuve)
La Roussière fut, sans doute, achetée par Guillaume Durcot, écuyer, et demoiselle Marie Herbertin, sa femme, seigneur et dame de la Servantière, soit de Thomas de la Roussière lui-même, soit de ses héritiers, après 1445, et avant 1496. A cette dernière date, en effet, lesdits seigneur et dame de la Servantière, aux termes du contrat de mariage de leur fils aîné, Audet Durcot, écuyer, avec demoiselle Catherine Pelletier, consentaient audit Audet cession à perpétuité
"de leur hostel noble et mestayrie de la Roussière, avec deux moulins, lung à vent sis entre ladite Rouxère et la Nycollière, et l'autre à eau sis en la rivière de la Boulogne avec leurs deux mestavries de la Ranfrayre, leurs deux mestayries de la Nycollière, leurs mestayrie et bordage de Romefort et toutes et chascunes les choses qu'ils ont acquis en marroys de Mon de Jehan de Pont-de-Vie sieur de la court de Frosses avec toutes et chascunes les appartenances et despendances desdicts lieux et choses..."
Lequel contrat en date du 12 juillet 1496, reçu par Hilaire Burluet, notaire de la ville et châtellenie de Montaigu, et par Jehan Cuilly, prêtre, et notaire de la cour et doyenné de Talmondays (Grosse aux Arch. du chât. de Puitesson).
Ce Guillaume Durcot fonda, le 7 avril 1500, une chapellenie à Saint-Denis-la-Chevasse, et il en nomma chapelain son fils Maurice. Un acte signé, le 19 novembre 1517, par Pierre Dupré, nous apprend encore que Guillaume Durcot "étoit noble, vivant noblement, suivant les armées, bans et arrière-bans, et fut prins prisonnier à la guerre de Bretagne, 25 ou 30 ans environ". (Beauchet-Filleau, art. Durcot de la Roussière)
Il mourut en 1500, âgé de soixante-dix ans environ.
De son mariage avec Marie Herbertin Guillaume Durcot eut huit enfants. L'un d'eux, Guillaume, forma la branche des Durcot de l'Estang, dans la paroisse de Chavagnes en-Paillers.
Sur Audet ou Odet Durcot, fils aîné de Guillaume Durcot, voici les notes de M. Beauchet-Filleau (loc. cit.) :
Il était écuyer et seigneur de la Roussière, de la Roche et de la Coudraye. Il rendit aveu, le 4 février 1502, et obtint le 19 décembre 1517, des commissaires députés sur le fait des francs-fiefs, une sentence par laquelle il fut confirmé dans sa noblesse, ainsi que son frère Guillaume. Le 1er février 1523, il partagea la succession de ses père et mère dans la salle du palais de Poitiers. Il servit au ban de la noblesse du Poitou de 1534 et fut remplacé à celui de 1536 par son fils René, et à celui de 1537 par son fils Gilles. Par son testament daté du 9 février 1537, dans lequel il nomme son père et ses enfants, il augmenta les fondations de ses prédécesseurs à la chapelle de saint Antoine.
Il avait épousé, le 12 juillet 1496, Catherine Pelletier, fille de Etienne, écuyer, et de Marie Lyonne, et il eut pour enfants :
1° René, écuyer, seigneur de la Roussière, et de la Coudraye, qui mourut sans postérité, et
2° Gilles, qui suit :
Gilles Durcot, seigneur de la Roussière, Saint-Denis, la Roche-de-Mouzeil, Laubray, Saint-Aubin, etc. comparut, comme nous l'avons dit, au ban du Poitou à la place de son père, le 20 août 1537 ; il servit ensuite à ceux des 1er avril 1544, 1553 et 1557. Il épousa :
1° le 14 juillet 1539, Marguerite de la Muce, et
2° le 30 janvier 1549, Marie Dorin. Il mourut peu après 1557, laissant pour enfants,
du premier lit : Pierre, dont nous parlerons tout à l'heure ;
et du deuxième lit : René, chef des Durcot de Boireau, Claude, chef des Durcot de Puitesson, Pierre, qui a formé la branche du Breuil, et six autres enfants (voir Beauchet-Filleau).
Pierre Durcot, écuyer, seigneur de la Roussière, les Chaumes (Saint-Aubin-de-la-Plaine, Vendée), Saint-Denis-la-Chevasse, baron de la Grève, etc., fut un des fidèles serviteurs du roi Henri IV. Il le servit de ses biens et de sa personne, mais il n'alla pas jusqu'à l'imiter dans sa conversion, il resta calviniste. Malgré cela, le prince lui donna toute sa confiance et il voulut même l'attacher plus immédiatement à sa personne. Par des lettres, en date du camp de Provins, le 29 août 1592, il le nomma gentilhomme ordinaire de sa chambre "ayant esgard, est-il dit dans ses lettres, aux bons et agréables services que nous a cy-devant faictz et continue ch. un jour notre cher et bien aimé Pierre Durcot, sieur de la Roussière et Sainct-Denis..." (Original aux Archives du château de Puitesson). Enfin le roi alla encore jusqu'à exempter le seigneur de la Roussière de la contribution à laquelle furent taxés tous les nobles pour le ban et l'arrière-ban. Parmi les lettres d’Henri IV, publiées par le Ministère de l'Instruction publique, on en voit plusieurs du monarque à son favori de la Roussière. Ces lettres le convoquent à des réunions de guerriers qui devaient mettre le siège devant Montaigu et combattre dans le pays. Durcot était chargé de faire part de la convocation à ses frères et voisins. Elles se terminent par ces paroles :
"Votre affectionné et assuré ami, Henri."
Pierre Durcot mourut avant le 19 avril 1615, date d'un testament fait par sa veuve, Jeanne Chasteigner, et conservé aux Archives de Puitesson.
Voici, sur les mariages et les enfants de Pierre Durcot, les notes de MM. Beauchet-Filleau :
"Il épousa d'abord, par contrat du 18 juin 1578, Renée de Villeneuve, fille de feu Jean, écuyer, seigneur de Laspaye, et de Bonaventure Milon. Le mariage fut célébré au Plessis-Milon, paroisse de Boussay (Loire-Inférieure). En secondes noces, Pierre épousa, le 10 décembre 1590, Jeanne Chasteigner, fille de Jean, chevalier, seigneur de Saint-Georges-de-Rexe, et de Jeanne Villiers Saint-Paul qui, étant veuve, fit, le 19 avril 1615, son testament dans lequel elle nomme presque tous ses enfants. Il n'eut pas d'enfants du premier lit, mais seulement du second :
1. Alexandre qui suit ;
2. Paul, prêtre, protonotaire du Saint-Siège, aumônier du Roi, abbé commendataire de Saint-Benoît de Quinçay (Vienne), et de Saint-Hilaire de la Celle de Poitiers ;
3. Louis, écuyer, seigneur de Chaume, qui épousa d'abord, le 4 mars 1630 (Arnaud et Petit, notaires de Brandois), Jacquette Faucher, fille de Jean, chevalier, seigneur de la Barroire, et de Renée de Saint-Hilaire. Pour favoriser ce mariage, son frère Paul, abbé de Saint-Benoît, constitua aux futurs époux une rente annuelle de 400 livres. Jacquette, n'ayant pas eu d'enfants, nomma son mari légataire universel. Ce dernier épousa en secondes noces, le 31 janvier 1635 (Badereau, notaire à Montaigu), Madeleine Gastinaire, fille d'Anceaulme, chevalier, seigneur de la Landière, et de Françoise de Marbeuf, dont il eut au moins Françoise. Le 11 mars 1647, une transaction eut lieu au sujet de sa succession entre Claude de Gastinaire et Philippe Dreux (Gie de Gastinaire) ;
4. Samuel, écuyer, seigneur de Romefort[3], marié à Anne Gralibout qui était veuve et tutrice de leurs enfants, en 1673; l'un des fils épousa à Nantes N... de la Datière, et fut emprisonné comme protestant, en 1691 ;
5. Gabriel, écuyer, seigneur de Saint-Aubin ;
6. Jeanne, mariée, le 14 septembre 1613, à Jacques Bertrand, écuyer, seigneur de Saint-Fulgent ;
7. Marie qui épousa, le 19 juin 1622, Jacques de Béjarry, écuyer, seigneur de la Louerie ;
8. Hélène, mariée à Charenton, en 1630 Jean Favre, de Genève (France protestante V) ;
9. Antoinette, épouse de Renée Jaudouin, écuyer, seigneur de Passy ;
10. Susanne, femme de Renée Maingarneau, écuyer, seigneur du Vignault ;
11. Louise, mariée, le 23 février 1631 (Grataud et Gautron, notaires), à Elie Regnon, chevalier, seigneur de Chaligny.
Plusieurs des susdits furent mêlés dans une affaire qui fit un certain bruit à cette époque: l'inhumation d'un protestant dans l'église de Saint-Denis ; nous en parlerons plus loin.
Dans le testament de Jeanne Chasteigner, cité plus haut, on relève les legs suivants
1° à la dame de Saint-Fulgent, sa fille (Jeanne Durcot), sa litière avec son équipage ;
2° à l'église réformée de Saint-Fulgent cinquante livres de rente perpétuelle, tant et si longtemps que cette église sera audit lieu de Saint-Fulgent ;
3° à M. Tonans, ministre dudit lieu, trois cents livres, une fois payées, — le tout à la charge de sa fille aînée. Comme on le voit, Jeanne Chasteigner était, ainsi que son mari, une zélée calviniste.
Alexandre Durcot, fils aîné de Pierre Durcot, et chevalier seigneur de la Roussière, de Saint-Denis-la-Chevasse, l'Aubraye, le fief des Bessons, la Bouttebouère, etc. et baron de la Grève, hérita de la considération dont avait joui son père auprès du roi, malgré qu'il fut de la religion prétendue réformée. En 1620, il fut nommé par Louis XIII gouverneur de la ville de Royan, l'une des places de sûreté accordées aux protestants.
Il épousa dlle Marthe Palot, fille de Jean, conseiller secrétaire du roi, contrôleur de l'extraordinaire des guerres, et de dame Louise Thurault, suivant contrat passé à Paris, par devant Gibert et N..., notaires au Châtelet de Paris, le 10 août 1620. (Grosse aux archives du château de Puitesson)
En 1621, lors de la déclaration d'indépendance publiée à la Rochelle par les protestants, le baron de la Grève s'attacha au parti de ses coreligionnaires. Il suivit l'expédition de Soubise, en 1632, et, demeuré avec La Cressonnière à Mareuil, il prit part au combat dans lequel les huguenots furent écrasés par les catholiques commandés par Philippe de Chasteaubriant, seigneur des Roches-Baritaud. Le baron de la Grève fut blessé à mort dans la lutte, et le roi, pour témoigner sa satisfaction au vainqueur, le seigneur des Roches-Baritaud, lui donna les biens du baron de la Grève (Hist. du Poitou, par Thibeaudeau, t. III, p. 252).
Cette confiscation ne fut probablement que provisoire, puisque la fille du baron de la Grève hérita de ses biens. (La Fontenelle-Vaudoré-Duplessis-Mornay à la Forêt-sur-Sèvre, p. 25, et Histoire de Luçon, p. 409)
Celle-ci, dlle Marthe Durcot, épousa en 1646 Messire René de Montbourcher, chevalier, seigneur, marquis du Bordage, etc., auquel elle porta la Roussière, Saint-Denis-la-Chevasse, la baronnie de la Grève et les autres biens de la branche aînée de la maison Durcot.
Son fils, Messire René de Montbourcher, chevalier, seigneur, marquis du Bordage, fut aussi après elle seigneur de la Roussière, de Saint-Denis-la-Chevasse, baron de la Grève, seigneur de la Mortayère, de l'Aubraye, de Saint-Aubin, etc. Il s'allia avec dlle Elisabeth Gouyon, fille d'Amaury Gouyon, chevalier, seigneur de la Moussaye, comte de Quentin, etc., et de dame Henriette de la Tour d'Auvergne.
De ce mariage est issue demoiselle Suzanne-Henriette de Montbourcher, qui fut mariée à Messire François de Franquetot, duc de Coigny, maréchal de France.
Leur fille, demoiselle Henriette-Bibiane de Franquetot de Coigny, devint dame de la baronnie de la Grève, de la châtellenie de Saint-Denis-la-Chevasse, de la seigneurie de la Roussière et autres qu'elle porta à la maison de Colbert[4] par son mariage avec Messire Jean-Baptiste-Joachim Colbert de Torcy, marquis de Croissy, Sablé, Boisdauphin, etc. lieutenant-général des armées du roi, gouverneur de Crécy-en Brie, etc.
Un acte du 1er septembre 1775 nous donne les titres d'un autre seigneur de la Roussière, le même qui tenta de créer à Saint-Denis, en 1784, une fabrique de porcelaine et qui entreprit de faire défricher les landes des Jouineaux. Voici ces titres :
Charles-Antoine-Félix Colbert, chevalier, seigneur, marquis de Torcy, maréchal des camps et armée du roy, gouverneur pour sa Majesté en survivance de Crécy-en-Brie, seigneur des chastellenies de Saint-Denis-de-la-Chevasse, des terres et seigneuries de la Roussière, de la Mortayère, l'Aubray, Saint-Aubin et autres lieux.
Il paraîtrait que ce seigneur serait le même que le suivant :
Jean-Baptiste-Ménélas Colbert de Torcy, marquis de Sablé et lieutenant-général des armées du roi. Il était fils de Joachim Colbert et d’Henriette de Coigny. En 1763, il épousa demoiselle Adélaïde-Antoinette de la Roche-Rambuze, En 1788, il fut parrain de la grosse cloche de l'église paroissiale de Saint-Denis.
Il mourut en 1791, laissant comme seule et unique héritière et légataire universelle Mme Henriette-Bibienne Colbert, sa sœur, épouse de Mre Guy-François de la Porte de Ryantz.
Le 22 nivôse, an XII, cette dernière devenue veuve et demeurant à Paris, vendit à M. et Mme Syrot Legrand, de Paris, sa métairie de la Bouteboire, ainsi que d'autres domaines.
Note. - La châtellenie et seigneurie de Saint-Denis, dont nous venons de parler, relevait de la principauté de la Roche-sur-Yon, et consistait en la majeure partie du dit lieu, et dans la vingtième partie, ou environ de la dite paroisse, le surplus étant, comme la Roussière et ses dépendances, d'une autre châtellenie, relevant du marquisat de Montaigu.
La Grève, dont quelques Durcot furent barons, était une des vingt baronnies qui relevaient à foi et hommage du duché de Thouars. Bien qu'elle eût droit de haute justice, dit M. Léon Audé, c'était une petite baronnie comprenant seulement la paroisse de Saint-Martin-des Noyers et une partie de celle de Lairière ; elle n'avait point d'officiers judiciaires, c'étaient ceux de la baronnie de Bournezeau qui venaient y exercer la justice. Son manoir avait quelque importance comme poste commode pour les courses.
"La petite paroisse de Sainte-Agathe de la Grève avait son prieur curé qui y dit la messe jusqu'à la Révolution, époque à laquelle la Grève fut réunie à Saint-Martin-des-Noyers." (Durcot de la Roussière, baron de la Grève.)
Pour terminer ce travail sur les seigneurs de la Roussière, il nous reste à raconter deux faits auxquels ils prirent une grande part : l'inhumation de Jacques Bertrand, seigneur de Saint-Fulgent, dans l'église de Saint-Denis, le 15 octobre 1626, et la construction des Halles en 1783.
Inhumation et exhumation de Jacques Bertrand.
Ce Jacques Bertrand, seigneur de Saint-Fulgent et du Chastenay, était marié à Jeanne Durcot de la Roussière. Il était mort le 8 septembre 1626 dans la religion protestante. Nonobstant cette différence de religion, son beau-frère, Durcot de la Roussière, baron de la Grève, assisté de plusieurs autres gentilshommes protestants comme lui, le fit enterrer de vive force dans l'église de Saint-Denis-la-Chevasse. Une plainte fut aussitôt adressée à l'autorité royale par les prêtres et les habitants de Saint-Denis, et le 18 novembre, on leur donna gain de cause. L'arrêt suivant ordonna l'exhumation de la dépouille de Jacques Bertrand :
"Louis par la grâce de Dieu ... à notre sénéchal de Poitou... "Vu par notre cour de Parlement la requête présentée par les curés, prêtres et habitants du bourg et paroisse de Saint-Denys-la-Chevasse au diocèse de Luçon, contenant que depuis peu de temps leur église et paroisse aurait été polluée par la sépulture de ceux de la Religion prétendue réformée contre nos édits et arrêts de notre dite cour de Parlement le jeudi quinzième octobre dernier, les nommés Jacques Bertrand[5], sieur de Saint-Fulgent et Chastenay, beau-frère du baron de la Grève, assistés de plusieurs de leurs adhérans de la religion prétendue réformée rompirent les portes de lad. église, inhumèrent et enterrèrent par force led. religionnaire avec violence et port d'armes ; depuis led. temps le service divin a discontinué dans en lad. église non reconciliée, puis le service divin rétabli bien qu'ils aient requis l'évesque de Luçon et son grand vicaire à faire ce qu'ils auraient refusé (à savoir de réconcilier l'église), requéroient les suppliants qu'il leur fut pourveu de remède nécessaire et qu'il fut enjoint au gouverneur pour nous de la province et juges des lieux de tenir la main à l'exécution qui interviendrait... tout considéré, notre dite cour ayant égard à lad. requeste, ordonne qu'il sera informé de la contravention faite à nos édits, voyes de fait et violences susdites... et que si quelque corps de ceux de lad. religion prétendue réformée a été mis en lad. église de Saint-Denis-de-la-Chevasse, ordonne qu'il sera osté et porté au lieu le plus proche accordé à ceux de la religion P. R. pour y être enterré[6]."
En conséquence de cet arrêt, le corps de Jacques Bertrand fut enlevé de l'église et porté au cimetière voisin. Voici le procès-verbal de cette opération donné par dom Fonteneau (VIII, pp. 815 et suivantes), à la date du 29 novembre 1626 :
"Par devant nous, Jean Brunet, sieur de la Bressayre; conseiller du Roy et juge magistrat civil et criminel au siège royal et sénéchaussée de Fontenay-le-Comte, s'est comparu Messire Emeri de Bragelongne, conseiller du Roy, évêque et baron de Luçon, lequel nous a dit que dès cy-devant les fabriqueurs, manans et habitans de la paroisse de Saint-Denis-la-Chevasse auraient présenté requête à nos Srs de la Cour de parlement pour raison d'un corps mort de la Religion prétendue réformée, qui aurait été enterré en l'église du lieu, et que ensuite serait intervenu arrêt de la Cour, en date du 18 de ce mois, portant, qu'à la requête de M. le Procureur-général, il serait informé des contraventions faites aux édits du Roy et arrêts de la Cour, voyes de fait et violences commises audit enterrement, et que cependant si quelque corps de ceux de la Religion prétendue réformée a été mis à l'église, qu'il en sera ôté et porté au lieu le plus proche accordé pour ceux de la dite religion pour y être enterré, nous requérant nous y transporter, en présence du Roy, nous avons ordonné que nous nous y transporterions.
Et le dit jour, comme nous voulions procéder à l'exécution de notre présente ordonnance, l'évêque nous a remontré que le corps enterré étoit celui de feu Jacques Bertrand, escuyer, seigneur de Saint-Fulgent et du Chastenay, homme puissant en biens, amis et alliances, et beau-frère du baron de la Grève et de la Roussière, gentilhomme voisin, et d'intelligence dans le pays parmi ceux de la Religion prétendue réformée dont ils font profession, et qu'il avait eu avis qu'ils étoient résolus d'empêcher par voye de fait et violence le dit enterrement, et, pour plus grande facilité à l'exécution de l'arrêt et aux fins que la force demeurât au Roy, ils auroient requis François Gourdin, seigneur de la Mothe-Bremaud, conseiller du ,Roy, assesseur de la maréchaussée de Fontenay-le-Comte, de nous assister, et se seroit rendu, pour cet effet, au bourg de Luçon accompagné de nombre de ses amis et d'anciens archers de la maréchaussée, et serions partis sur les trois heures après-midi au nombre de six vingt hommes à cheval, et estant proche du bourg de Mareuil appartenant au sieur de Londrière, gentilhomme puissant, en ladite religion, aurions arrêté avec l'évêque, Gordien et autres, qu'il étoit expédient pour plus grande facilité et sûreté de l'exécution que ledit Gordien, avec quinze hommes de sa compagnie, print le devant, pour s'emparer de l'église de Saint-Denys deux ou trois heures avant le jour, d'aultant qu'il étoit à craindre, comme nous l'avions appris par de nouveaux avis, que le sieur de la Grève et adhérents vouloient se saisir de l'Église pour y empêcher notre entrée, et que ledit Gordien auroit faict et seroit arrivé au bourg de Saint-Denys, distant de Luçon de neuf grandes lieues environ, sur les deux heures après minuit, et seroit entré à 1'Eglise où il auroit fait allumer du feu attendant le jour, que nous y serions arrivés sur les six heures du matin avec le sieur Evêque et le parsus de notre compagnie, en étant et ayant avec nous ledit Goruis, commis du Greffier, se sont comparus : l'Evêque de Luçon, assisté de vénérable maître Henry Admirault, son grand vicaire, Jacques Canner, Gilles Lucas, Louis Gaudrion, Louys Buet, et autres chanoines et curés de l'Evêché de Luçon, et nous a dit le procureur du Roy avoir fait assigner vénérable Pierre le Baud, prêtre, curé de la dite paroisse, et Messire Jean Durand, prêtre, chapellain servant en ladite Eglise, François Turtand, Vincent Briant, secrétaires, pour être ouïs en l'information,,.
Signé : Emeri de Bragelongne, évêque de Luçon, J. Collardeau, — J, Brunet et Goruis, commis greffier, Les témoins déposent que le sieur de Romefort s'est emparé des clefs de l'Eglise et qu'il a fait enterrer son beau-frère, Jacques Bertrand, près de l'autel, et que depuis la veuve avait fait amener une tombe dans une charrette, et qu'elle avoit été mise, sur la fosse.
…Nous étant transportés dans l'Eglise, nous avons vu, à main gauche, proche et devant un autel, une tombe de pierre de grison nouvellement faite, et sur laquelle sont écrits :
"Cy-git le corps de hault et puissant Jacques Bertrand, sieur de Chastenay et de Saint-Fulgent, décédé le 8 septembre 1626... "
Le procureur du Roy a requis être procédé au désenterrement et ordonné que le corps sera porté avec sa bière et ornements dans le cimetière des catholiques, attendu que ceux de la Religion réformée n'ont aucun cimetière à part dans la paroisse. Avons fait ouverture de la fosse, en laquelle nous avons trouvé un coffre de bois de sappin presque tout neuf et entier en lequel était le corps de feu sieur de Chastenay, que nous avons fait porter au cimetière des catholiques et fait enterrer à main drète de la porte en entrant et joignant la muraille, et, ce requérant le procureur du Roy, nous avons fait défense à tous les habitans faisant profession de ladite religion d'enterrer leurs corps dans l'Eglise sous peine d'être punis comme réfracteurs du repos public, et ordonné que notre ordonnance soit signifiée à Damoiselle Jeanne Durcot, veuve du sieur du Chastenay et de Saint-Fulgent…
"Et ledit jour, environ midi, étant parti de Saint-Denys avec l'Evêque de Luçon, ledit Gordien et assistans, pour nous en retourner à Luçon, étant à demi-heure de Saint-Denys, seroient venus vers nous au petit galop, du côté de main gauche, et à la traverse, cinq hommes à cheval armés d'épées et de pistollets, entre lesquels nous reconnûmes le sieur de Chaume et le sieur de Romefort, beaux-frères du défunt sieur de Chastenay, et douze à quinze hommes, armés de longues arquebuzes et mousquets, qui marchoient le long d'une haye sur le chemin où nous devions passer, lesquels s'étant adressés audit sieur l'Evêque, ledit de Chaume lui dit en ces mots : "D'où venez-vous, Monsieur, ne venez-vous pas de Saint-Denys ?" - A quoi ayant été répondu que oui, lui répliqua : "Mord... vous venez de faire une action qui n'est pas fort louable. Vous avez désobligé beaucoup de gentilshommes qui vous eussent pu servir, je suis venu pour vous dire que je ne suis point votre serviteur, et que je me ressentirai de ce que vous avez fait jusques à vengeance, vous scavez qu'il n'y a rien de si doux." Et, à l'instant, auroit piqué son cheval et l'auroit fait sauter sur fossé proche dudit lieu, et tourné le visage vers l'Evêque, et nous uzant de ces termes : "Mord.., que ne suis-je en état de parler et que n'est-ce le temps !" Ce qu'il auroit réitéré deux ou trois fois, et ayant marché sept ou huit pas en avant, les dits de Chaume, Romefort et leurs complices se seroient aussi avancés et arrêtés sur la main gauche ; ce que voyant nous serions retournés avec ledit Gourdieu vers eux et leur aurions remontré qu'ils avoient tort d'user de telles façons de faire pour empêcher l'exécution des arrêts de la Cour conformes à la volonté du Roy, même avec armes prohibées et défendues, et accompagnés d'arquebuziers et mousquetaires, et que nous en dresserions procès-verbal pour l'envoyer à la Cour. Lequel de Chaume auroit répondu qu'il ne se souciait, ni de nous, ni de notre procès-verbal, et qu'il se pourvoiroit par devant le grand Prévôt pour raison de ce que nous avions fait; et, adressant la parole audit Gordien, lui auroit dit : "Mord... les voilà cinquante mousquetaires dans ces landes, allez les tailler en pièces et vous verrez bien rire." Et, ce fait, se seroit retiré avec ses complices, et aurions aussi continué notre chemin et serions arrivés à Luçon sur les six heures du soir où nous aurions dressé procès-verbal."
Une lettre particulière donne les renseignements suivants sur le reste de cette affaire :
"Monseigneur a purgé l'église de Saint-Denis. Il n'en reste aux Huguenots que la honte et l'étonnement. Le même jour, aussitôt que Monseigneur fut parti de Saint-Denis, s'y rendirent vingt ou trente gentilshommes avec un ministre et la veuve qui était venue dès le matin, et ôtèrent le corps de la fosse où nous l'avions mis, pour le transporter hors du bourg où il y a une chapelle demurée où ils l'enterrèrent. (Dom Fonteneau XIV, 815 et suiv.)
L'évêque de Luçon, après avoir fait dresser procès-verbal de la rencontre malencontreuse faite à la sortie de Saint-Denis, obtint un arrêt du Parlement, le 19 décembre 1626 ordonnant que les nommés de Chaume et Romefort seraient "pris au corps et amenés prisonniers en la Conciergerie du Palais, si pris et appréhendés pouvaient être, sinon assignés à trois briefs jours, leurs biens saisis et annotés (inventoriés) en la manière accoutumée."
On ne sait ce qu'il advint de cette affaire.
Où se trouvait la chapelle qui reçut définitivement les restes de Jacques Bertrand ? La Fontenelle, dans son Histoire de Luçon la place dans un cimetière hors du bourg et qui doit être le cimetière actuel, appelé depuis un temps immémorial "le grand cimetière". A diverses reprises on a cru retrouver des débris de la chapelle murée, notamment dans une pierre tombale que l'on voit encore devant la tombe de M. l'abbé Rousseau.
Les Halles de Saint-Denis.
— Messire Charles-Antoine-Félix Colbert a laissé à Saint-Denis un souvenir qui subsiste encore: ce sont les Halles. Un de leurs piliers, côté nord-est, porte le millésime de 1790, cependant la date de leur construction est de quelques années plus ancienne. En réalité, c'est en 1783 qu'elles auraient été inaugurées.
Ce fut pour favoriser les foires alors importantes de Saint-Denis que le noble seigneur entreprit le bâtiment en question. Cependant, si l'on en croit une certaine tradition, il ne résista pas à une mesquine idée de tracasserie, lorsqu'il choisit l'endroit propre à exécuter son dessein. Ce serait pour vexer un peu le curé d'alors qu'il aurait installé son bâtiment dans un voisinage absolument gênant pour les habitants de la cure. Quoi qu'il en soit, la Révolution vint bientôt mettre dans les esprits d'autres soucis que ceux d'une petite querelle domestique.
A cette époque, au rapport de M. Meunier, notaire aux Essarts, les Halles furent vendues, le 12 floréal an XI, à M. et Mme Jacques Bonnefond-Arnaud, décédés sans enfants, par dame Henriette-Bibienne Colbert, veuve de M. Guy-François de la Porte de Ryantz, demeurant à Paris. A la mort des acheteurs, les familles Bonnafond et Arnaud eurent chacune leur moitié, et chaque moitié des Halles eut trois propriétaires : Alexandre Bonnefond, Hubert Bonnefond et Mme Richard, née Léonie Renaudin Bonnefond, d'une part; et Pierre, Paul et Rose Arnaud d'autre part. En 1842, Pierre Arnaud de l'Imbretière et son frère Paul du bourg vendirent chacun leur sixième respectif à Pierre Bonnavre de Saint-Denis. L'année suivante, Rose Arnaud céda également son sixième des Halles au dit sieur de Bonnavre, marchand au bourg.
A l'exemple des Arnaud, M. Hubert Bonnefond vendit son sixième, à la date du 31 décembre 1843, au sieur Jean Fonteille. En 1858, les propriétaires se partagèrent les Halles à l'amiable : Pierre Bonnavre eut la moitié de la portion située au levant, et l'autre moitié resta indivise entre M. Alexandre Bonnefond, Madame Richard et la veuve Fonteille.
Tous les titres de cette propriété des Halles étant légitimes, on se demande pourquoi la municipalité de Saint-Denis ne manquait jamais l'occasion de tracasser les propriétaires, allant même jusqu'à vouloir leur en interdire la jouissance, alors qu'ils payaient les impôts et les réparations, et qu'ils percevaient les droits de péage soldés par les marchands qui venaient y déballer. C'était vraiment par trop fort; aussi le sieur Bonnavre recevait-il, le 14 mars 1855, de M. le Préfet de la Vendée une lettre ainsi conçue :
"Monsieur,
Vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, à la date du 10 de ce mois, une pétition contre l'arrêt de police municipale qui interdit les dépôts de buailles, etc. sous les Halles de la commune de Saint-Denis-la‑Chevasse. Il est évident que ces Halles étant une propriété privée, l'autorité communale ne peut en défendre la jouissance aux ayants-droit. J'écris à ce sujet à M. le Maire de cette commune."
Il y eut même un procès terminé, le 18 janvier 1860, à l'avantage des propriétaires. Enfin, le Conseil municipal, dans sa réunion du 2 décembre 1860, fut d'avis d'acheter les Halles qui devinrent, l'année suivante, propriété communale. Elles ont une longueur de 20m 42 du côté de l'ancienne cure sise au midi des Halles, et de 20m 70 du côté de la route du Nord, avec une largeur inférieure d'environ un tiers.
--------------------
La seigneurie de PUITESSON
paroisse de Saint-Denis
La seigneurie de Puitesson avait, au XVIe siècle, une importance considérable, ainsi que le témoigne la pièce dont l'entête et la clôture ci-après :
"sen sont les chouse q. ge ioh brunea de larabatele au lauctorite vol.nte et c) sent. m. t de Johanne de pruille ma me. et ge ladite iohanne come tuteresse ou leal ad ministeresse de Li havouons atenir et tenons a foy et a homage plain a dizhuyt deners de s)vige randuz x chn. an arachat p. muance de home qu. t Lecas y avet demonseign. de puytesson a cause de son harb. gment de puytesson Cest assav lagrange de Larabatele et la maison ou de meuret le mestayer et les Ruages quayreux, etc. Fayt et donne seulx le scel establi ex contratz en la chastellenie de montagu p. monsgr de Laval et de chastel briant a pouse anostre reqte le vme iour du moys de may Lan mil c xx (sceaux disparus)."
(Pièce originale en parchemin aux arch. du chât. de Puitesson)
Le seigneur de la Rabastelière rendait encore aveu à Puitesson, en 1618.
Le seigneur de Puitesson portait le nom de cette seigneurie. — De sable à la croix ancrée d'or.
A la fin du XIVe siècle, Johan de Puitesson, éc., sgr de Puitesson et de Chauché, était époux de dlle Johanne Auberre (sic) — d'argent à dix roses de gueules posées quatre, trois, deux et un — ainsi qu'il appert du contrat de mariage de leur fille, dlle Johanne de Puitesson, avec Sevestre du Chasteney, scellé à Rocheservière, en date du 9 janvier 1393, et signé Matard, notaire. (Pièce originale en parchemin aux arch. du chât. de Puitesson)
Johan II de Puitesson, éc., sgr de Puitesson et de Chauché, présidait à ce contrat de mariage de sa sœur, ainsi que les "tesm. pns. ad ce oir nomes requis et appeles Guille Chasteney et Jamet Beylaisme". Il comparut aux assises de la Merlatière, tenues, le 27 janvier 1410, par Pierre Royrand, séneschal de cette seigneurie, dont acte signé Fillon. (Expédition en parchemin aux arch. du chât. de Puitesson). Sa femme était dame Guillemette de Reffuge — d'argent à une fasce de gueules et deux serpents d'azur en pal affrontés et langues du second, brochant — d'après un arrêt du Conseil d'Etat rendu, le 7 août 1524, au sujet d'une succession.
(Expédition en papier, signée Guyot, greffier, aux arch. du chât. de Puitesson).
Il en eut cinq enfants Gilles, Millet, Jehan qui entra dans les ordres ecclésiastiques, Marguerite et Pierrette : ce fut la succession de cette dernière qui fut l'occasion du procès qui prit fin par l'arrêt du Conseil d'Etat précité.
Gilles Ier de Puitesson, éc., sgr de Puitesson et de Chauché, s'allia à dlle Jacquette de la Forest — d'azur à six crousilles d'argent, posées 3, 2 et 1 — fille de Guy de la Forest, éc., sgr de Vaudoré, laquelle vivait encore le 29 mai 1518, date d'un acte par lequel, d'accord avec son fils aîné, elle transporta une certaine rente à son frère, Jehan de la Forest, éc., sgr de Vaudoré. (Grosse en parchemin aux arch. du chât. de Puitesson). Gilles de Puitesson était décédé dès l'année 1488, et son frère, Millet de Puitesson, éc., pendant la minorité de ses enfants, recevait aveu et rendait hommage lui-même en qualité de seigneur de Puitesson et Chauché, ainsi qu'en témoignent plusieurs titres. (Aux arch. du chât. de Puitesson)
Jehan III ou Jehannot de Puitesson, éc., sgr de Puitesson et Chauché, fils aîné de Gilles, étant devenu majeur, reçut aveu de Christophe Bruneau, éc., de la Rabastelière, le 20 juin 1502, dont acte scellé du scel establi aux contrats en la baronnie de Montaigu, signé Delacour, nore, à la requête du dit Bruneau. (Pièce originale en parchemin aux arch. du chât. de Puitesson). Jehannot épousa, vers 1520, dlle Jacqueline Gillier — d'or au chevron d'azur accompagné de trois macles de gueules — fille de Jacques Gillier, éc., sgr de la Villedieu, et de dame Marie Le Ferrou. Il en eut deux fils et une fille : Gilles, aîné ; Jacques, éc., sgr de la Thabarière ; et Anne, dénommée dans l'acte de tutelle de ses neveux, en 1571.
Gilles II de Puitesson, éc., sgr de Puitesson et Chauché, fut commis avec plusieurs autres gentilshommes pour la défense des port et havre de Saint-Gilles, ainsi que de l'île de Riez, et ils furent tous "affranchis quittés et exemptés des bans et arrière-bans qui pourraient être tenus convoqués et assemblés pendant et durant le temps de leur service de ladite garde" par lettres patentes du roi Henri II adressées au cte de Lude, son lieutenant général en Poitou et gouverneur dudit pays, et au sieur d'Estissac, lieutenant dudit gouverneur, en date du 28 décembre 1551. (Recherches historiques sur le département de la Vendée.
(Annuaire de la Société d'Emulation de la Vendée, 25e année, 2e série, vol. 8, p. 182 et suivantes)
On voit, par son testament en date du 13 juillet 1566, par devant Gaymard et de la Bouttebouère, nres de la châtellenie de la Merlatière (copie collationnée en parchemin aux arch. du chât. de Puitesson), qu'il avait épousé damne Gillon Vigier — d'argent à trois fasces de gueules — fille de Jehan Vigier, éc., sgr de la Lardière, Chaillé, etc., et de dame Anne Caiffard. Il la désigne, en effet, pour la garde et la tutelle de leurs trois enfants, avec les conseils et avis de Jacques de Puitesson, son frère, éc., sgr de la Thabarière ; Jehan Gazeau, éc., sgr de la Brandasnière, son beau-frère ; et René Béjarry, éc., sgr de la Louherie, son cousin. Il dut mourir à la fin de 1570 ; puisque acte de dation à sa veuve de la tutelle de ses enfants fut dressé à l'hôtel noble de Puitesson, le 25 janvier 1571, par Mathurin Porteau, juge séneschal de la chastellenie de la Merlatière et Jarrie. (Expédition en parchemin aux arch. du chât. de Puitesson). Ses enfants étaient Gilles, Renée et Anne, cette dernière qui épousa Hélie de Saint-Hilaire — de gueules à deux épées passées en sautoir, les deux poignées d'or — fils de Philippe de Saint-Hilaire, éc., sgr de la Bougonnière et du Retail, et de feue dame Catherine Tinguy, ainsi qu'on le voit par le contrat de mariage de leur fille, dlle Anne de Saint-Hilaire, avec Claude Durcot, éc., sgr de la Couldraye, dont il sera fait mention plus loin.
Gilles III de Puitesson, éc., sgr de Puitesson et de Chauché, épousa dlle Marie Méance, fille de Jacques Méance, éc., sgr de la Chardière, et de dame Renée Royrand, suivant contrat du 27 sept. 1597, par devant Hierosme Le Jay et Charles Lesfaicts, nores de la chastellenie de Saint-Denis-la-Chevasse, ainsi qu'il appert de la citation de ce contrat dans un acte de transaction entre dame Marie Méance, alors veuve de Gilles de Puitesson, et dame Marie Royrand, sa mère, reçu par les mêmes nres et en date du pénultième jour d'août 1602. (Copie en papier aux arch de la Viollière). Gilles était décédé sans postérité et avait laissé sa veuve donataire de tous ses meubles et acquêts et du tiers de tous ses propres, le reste de sa succession échéant à titre universel à sa sœur, dlle Renée de Puitesson, et à Mélie de Saint-Hilaire et ses enfants représentant dame Anne de Puitesson, leur mère, deffunte.
Par l'effet de plusieurs échanges, ventes et transactions diverses, et après le décès de dame Renée de Puitesson, épouse de Me René Brandon, sans postérité, l'ancienne seigneurie de Puitesson fut reconstituée entre les mains de Claude Durcot, éc., sgr de la Couldraye, mari de dlle Anne de Saint-Hilaire. La tierce partie dernière lui fut cédée par son beau-frère Hélie de Saint-Hilaire, éc., seigneur de Grand'Landes et du Retail, lequel, est-il dit dans l'acte,
"s'est vollontairement et parce que ainsi Luy a pleu et plaist sans aulcune induction desmis desiste et departy et par ces présentes se desmet desiste et depart de tous et chascuns Les droictz noms raisons pretantions et demandes que esd. quallitez Luy pourroyent competer et ass. tenir en Ladicte maison de Puytesson appartenances et despendances quel'hconques sans rien retenir ni reserver....... a reconneu et recognoist Les Contracts d'iceluy sieur de Puytesson avoir été faictz par Luy en bonne foy. En cette consideration veult et consent qu'ilz portent Leur plain et Entyer effect Les confirmant et approuvant pour son intéret sans qu'il puisse jamais aller ny venir allancontre moyennant la somme de dix-huict cens livres tournois dont Led. sieur de Puytesson a baille et paye comptant aud. sieur de Grand Lande La somme de six cents Livres tournois en quartz d'escus et aultres bonnes espèces dont Il en tient quipte et pour les douze cens Livres restantes a promis les bailler et payer aud. sieur de Grand'Lande dans le jour et feste de Noël prochain par un seul payement dans ceste dite ville de Montagu apayne de tous despens..."
Lequel acte passé en la ville de Montaigu, le 17 juin 1620, signé : Hélie de Saint-Hilaire; Claude Durcot; P. Fermillon et Gabard, nres de la baronnie de Montaigu. (Copie en papier au arch. du chât. de Puitesson)
A partir de ce moment, Claude Durcot prit définitivement la qualité de seigneur de Puitesson et Chauché, et il ajouta même, ainsi que le droit lui en avait été reconnu, à son nom patronymique de Durcot le nom de Puitesson.
Claude Durcot était fils deuxième puîné de Gilles Durcot, éc., sgr de la Roussière, et de dame Marie Dorin. Il se destina d'abord à l'état ecclésiastique et fit ses études à l'Université de Paris. Le 10 février 1593, son père le présenta à l'évêché de Luçon pour la chapellenie de Saint-Antoine fondée par ses ancêtres dans l'église de Saint-Denis-la-Chevasse. Mais il renonça aux Ordres et se démit de son bénéfice. Il épousa dlle Anne de Saint-Hilaire, fille d'Hélie de Saint-Hilaire, éc., sgr du Retail, et de dame Anne de Puitesson, ainsi qu'il a été déjà dit. Le contrat de ce mariage fut fait et passé, le 7 octobre 1603, au bourg de Saint-Denis-la-Chevasse, par devant Caillé et Le Jay, nres de cette chatellenie. (Grosse en parchemin aux arch. chât. de Puitesson)[7]
Pendant la campagne contre les protestants en Saintonge les services de Claude Durcot de Puitesson furent particulièrement appréciés par le roi Louis XIII qui donna en sa faveur l'ordre suivant :
"A tous noz Lieutenans g. n. aux gouverneurs de noz provinces mareschaux de France et de nos camps et armées coullonels cappitaines chefs et conducteurs de nos gens de guerre tant de cheval que de pied de quelque langue et nation qu’ils soient marcaux des Logis fourriers d'iceux et a tous noz autres officiers et justiciers qu'il appartiendra auxquelz ces p. ntes seront monstrées Salut Desirant gratiffier et favorablement n.re chair et bien aimé le sieur de Puitesson en considera. on de ses bons services nous vous deffandons tres expressement Qu'en Laditte maison de Puitesson size en la paroisse de Saint-Denis-la-Chevasse pais de poictou appart. ces et dépendances d'icelle a luy apartenans vous naiez a loger ne soufrire estre logés aucuns de noditz gens de guerre ny... estre prins a force aulcune chose sans le gré et consentement dudict sieur de Puitesson ou de ses mestaiers et domestiques desquels ensemble leur famille et biens nous avons prins et mis en n. re protection et sauvegarde specialle : et afin que personne n'en pretende cause dignor. ce Nous Luy avons permis par ces p. ntes signées de n re main de faire mettre et apposer aux lieux plus esminens de laditte maison et choses qui en dependent nos Armoiries et bastons roiaux voullant aucun estant si osé de contrevenir a cet dictes p. ntes que punition en soit faite par le premier des prevotz de nos cousins Les conn. ble et mareschaux de France affin de servir d’exemple a tous autres nous mandant et enjoignant ainsi le faire Car tel est n. re plaisir. Donné au camp d'avant St-Jehan-d’Angely le quinziesme jour de juing mil six cent vingt et ung. (Ainsi ce signé) : Louis (et plus bas) : par le Roy, Phelipaux, et scellé de cire rouge."
(Copie en papier vidimée et collationnée aux arch. du chât. de Puitesson)
Claude Durcot de Puitesson mourut le 11 juillet 1627, ainsi qu'il est dit dans une pièce relative au rachat de la seigneurie de Puitesson, dû au sgr de la Jarrie à l'occasion de ce décès. (Pièce originale en papier aux arch. du chât. de Puitesson). Il laissait plusieurs enfants dont l'aine était Gilles.
Gilles IV Durcot de Puitesson. éc., sgr de Puitesson et Chauché, épousa dlle Louise du Trehant — gironné d'argent et de sable — fille unique de Jacques du Tréhant, éc., et de dame Olympe Bellinaud, sgre et dame de la Judaserie, suivant contrat passé au lieu noble de Larvoir, en la paroisse de Boufféré, le 7 septembre 1632, par devant Fleury et Badereau, notaires de la baronnie de Montaigu. (Grosse en parchemin aux arch. du chât. De Puitesson). Il mourut avant 1640, ainsi qu'il appert du testament de sa veuve, reçu par Fournier et Baud, notaires de la chatellenie de la Merlatière, Jarrie et Raslière, à cette époque.
(Grosse en papier aux arch. du chât. de Puitesson).
Il laissait quatre enfants Alexandre, Antoinette[8], femme de Paul de la Fontenelle, éc., sgr de la Viollière — d'azur à un croissant d'argent surmonté d'une étoile de même et accompagné de quatre étoiles de même aussi cantonnées — : Anne et Gilles.
Alexandre Durcot de Puitesson, chev., sgr de Puitesson, mourut sans alliance avant le 31 mai 1678. A cette date, en effet, ses deux frères et sa sœur convenaient ensemble de demander des lettres d'héritiers sous bénéfice d'inventaire de sa succession, par acte passé à la Viollière, par devant Pavageau et Dobigeon, notaires de la baronnie de Montaigu.
Anne Durcot de Puitesson, éc., sgr du Plessis, devint alors sgr de Puitesson et Chauché, comme successeur de son frère aîné. Il avait épousé dlle Elisabeth d'Auzy — d'azur à trois fasces d'or — fille de Pierre d’Auzy, éc., sgr de Saint-Romans, et veuve en premières noces de Marc de la Fontenelle, éc., sgr de la Maisonneuve. Il mourut vers 1684. Sa veuve, fervente huguenote, fut emprisonnée l'année suivante, parce qu'elle avait tenté de passer à l'étranger avec ses enfants qui étaient de son second lit : Marie, Esther et Jean. Ce dernier mourut jeune, et Marie Durcot de Puitesson aînée devint la principale héritière. Elle épousa Louis Le Franc, chev., sgr du Plessis de Saint-Laurent-de-la-Salle — d'azur à cinq lances d'argent, un en pal et quatre en sautoir — fils de Louis Lefranc, chev., sgr du Plessis, et de dame Jeanne Hélie du Bois Roux, suivant contrat du 26 juin 1696, fait et passé à la Rocheboursault, par devant Geveau et Proust, notaires des vicomtés de la Rabastelière, Jarrie et Raslière. (Grosse en papier aux archives duchât.de Puitesson). De ce mariage naquit une fille unique, dlle Suzanne Le Franc, qui fut dame du Plessis, de Puitesson et Chauché, du fief de la Brossette, etc. et qui recevait en ces qualités divers aveux, en 1714 et 1715.
(Pièces originales en papier aux archives du chât. de Puitesson).
Elle demeura sans alliance, et après elle la seigneurie de Puitesson et Chauché fit retour à son cousin Gilles Durcot de Puitesson, chev., sgr de la Maisonneuve, paroisse des Brouzils.
Il était fils de Gilles V. Durcot de Puitesson, chev., sgr de la Durasserie, du Clouzeau, de la Chaufrenière, dernier puîné de Gilles IV Durcot de Puitesson et de dame Louise du Tréhant. Sa mère était dame Antoinette-Françoise Dugast — d'azur à deux étoiles d'or en chef, un croissant d'argent en pointe, et une étoile du second en abîme — fille unique de René Dugast, éc., sgr du Fresne, et de dame Charlotte de la Grée, dame de la Caillottière, ainsi qu'il est dit dans le contrat de leur mariage, en date du 21 octobre 1679, passé audit lieu de la Caillottière, par devant Denès, notaire de la baronnie de Montfaucon, et en présence de deux témoins, René Chastelier et Joseph Brossier.
(Grosse en parchemin aux archives du chât. de Puitesson)
Gilles VI Durcot de Puitesson, chev., d'abord sgr de la Maisonneuve, puis de la Normandelière par acquisition et de Puitesson et Chauché par succession, épousa dlle Renée Marin — de gueules ou lion d'argent armé et lampasse de sable — dame de la Boucherie, fille de feu Louis Marin, éc., sgr de la Motte de Belleville, et de dame Renée Marin, dame du Tréhant, suivant contrat du 25 septembre 1709, fait et passé à la maison noble du Tréhant, paroisse des Brouzils, par devant Bernard, notaire royal, et Chaillou, notaire du marquisat de Montaigu.
(Grosse en parchemin aux archives du chât. de Puitesson)
Compris dans la conspiration contre le régent duc d'Orléans, en 1718, Puitesson allait être arrêté comme un des chefs du parti, lorsque son fils, qui était page du roi Louis XV, secrètement avisé par dame Suzanne de Montbourcher, maréchale duchesse de Coigny, sa parente, l'avertit du danger qui le menaçait. Il réussit à tromper les recherches et s'expatria en Italie. Il ne rentra en France qu'après la mort du régent. Puitesson avait obéi à un sentiment de dévouement à la légitimité menacée par l'ambition du duc ; ses craintes à ce sujet étaient justifiées par les morts prématurées et multipliées que l'on attribuait, non sans quelques apparences plausibles, à l'emploi du poison. (Mémoires manuscrits de M. de Puitesson aux arch. du chât. de Puitesson). Devenu veuf, il se remaria à dlle Marie-Marguerite Eveillard — de sable à trois étoiles d'or (alias trois molettes) posées deux et un, une coquille de même en abîme — fille de Jacques Eveillard, éc., sgr des Basinières, et de dame Jeanne Mourain, ainsi qu'il appert d'un acte du 10 juillet 1717, devant les notaires du marquisat de Montaigu (Dictionnaire des familles du Poitou, par MM. Beauchet-Filleau, art. Durcot)
Il mourut au château de Puitesson, âgé de soixante ans environ, et fut inhumé comme seigneur de Chauché dans l'église dudit lieu, le 1er juillet 1748. (Arch.com. de Chauché).
De son premier mariage il laissait deux enfants : Charles-Antoine et Angélique-Aimée, mariée en 1746 à René Hector, — d'azur à trois tours d'or — chevalier sgr de Tirpoil, fils de Louis-Hector, chev. sgr de Tirpoil et de dame Jeanne de la Fontenelle.
Charles-Antoine Durcot de Puitesson, chev. sgr du Tréhant de Puitesson et Chauché, de la Normandelière, etc., naquit le 19 avril 1712. Après avoir été page de Louis XV, il revint à Puitesson. Il épousa dlle Henriette de Tinguy — d'azur à quatre fleurs de lys d'or cantonnées — fille aînée de Jean-Abraham de Tinguy, chev., sgr de la Sauvagère et de dame Perrine Bruneau, dame de la Giroulière, suivant acte du 31 mai 1768 aux registres paroissiaux de Saint-André-Goule-d'Oie
(Archives de la fabrique de Saint-André-Goule-d’Oie).
Il mourut au château de Puitesson, le 27 oct. 1778, à l'âge de soixante-six ans et ne laissant qu'un fils unique.
Charles-Désiré Durcot de Puitesson, chev. sgr de Puitesson et Chauché, la Normandelière, le Tréhant, etc., naquit à Puitesson en 1769. Elève à l'école d'artillerie de Metz, il entra comme sous-lieutenant au régiment de Brie en oct. 1787 et y servit jusqu'en 1791. Il émigra, prit part au combat de Berstheim, fut blessé au bras à Ober-Kamlack, et se trouva aussi à Constance le 7 oct. 1799. Il rentra en France l'année suivante. Le 27 germinal an XIII, il épousa à Redon (Ille-et-Vilaine) dlle Marie Dondel du Faouëdic — d'azur au porc-épic d'or — fille de M. Jean-François Stanislas Dondel du Faouëdic, ancien capitaine d'infanterie et de dame Marie-Françoise Le Gouvello de Kergaval.
Lors de la prise d'armes de 1815 en Vendée, M. de Puitesson fut successivement chef de compagnie, de subdivision, de division, adjudant-général et colonel d'état-major. Il prit part aux combats du Pas-Opton, d'Aizenay et de Rocheservière, où il fut blessé au pied. En 1816, il obtint sa retraite avec le grade de chef de bataillon, et la croix de Saint-Louis.
Il décéda au château de Puitesson, le 26 oct. 1842, laissant plusieurs enfants :
1° Marie-Henriette-Désirée, mariée à M. Jacques-Gustave Imbert de la Sorlière — d'azur à la pluie d'or — ;
2° Marie-Louise Hermine sans alliance ;
3° Charles-Gabriel-Adolphe, officier sorti de l'école militaire de Saint-Cyr, et démissionnaire en 1830, demeuré célibataire ;
4° Benjamin-Ernest.
Benjamin-Ernest Durcot de Puitesson, né à Puitesson le 6 octobre 1813, épousa, le 14 novembre 1843, dlle Marie-Augustine-Jeanne-Arsène Pelletier de Montigny — losangé d'or et d'azur — fille de M. Auguste Pelletier de Montigny et de dame Arsène Letard de la Bouralière. Il mourut au château de Puitesson le 27 oct 1884. Dans un article nécrologique un journal de la région le dépeignait ainsi : "Aucune bonne œuvre ne lui était étrangère. Secondé par son pieux entourage, on le voyait partout, bien que cherchant le rang le plus modeste encourager avec ardeur celles qui avaient pour objet la défense de la religion catholique et le soulagement des pauvres".
Il laissait trois enfants :
1° Marie-Arthur Durcot de Puitesson, né à Poitiers en 1844, volontaire de l'Ouest en 1870 et 1871; mariée à dlle Clémentine-Marie-Sophie de la Grandière — d'azur au lion d'agent couronné, lampasse et armé d'or — fille de M. Félix-Marie de la Grandière et de dame Zénobie-Marie-Sophie de Tinguy. Il en eut trois enfants :
a) Sophie-Marie-Jeanne,
b) Germaine-Marie-Emilie-Ernestine, et
c) Guillaume-Marie Louis-Adolphe.
2° Marie-Gabrielle-Ernestine Durcot de Puitesson qui épousa à Saint-Denis-la-Chevasse M. Louis Roger Frotier, vicomte de la Messelière, capitaine d'infanterie, fils de M Eugène Frotier, mis de la Messelière — d'argent au pal de gueules accosté de dix losanges de même, cinq à dextre et cinq à sénestre, posés 2, 2 et 1 — et de dame Louise-Clémence de Volvire.
3° Maurice-Marie-Louis Durcot de Puitesson, aujourd'hui propriétaire du château et domaine de ce nom, qui a épousé à Nantes, le 5 avril 1893, dlle Marie-Joséphine-Charlotte Bacqua — de sinople à une vache furieuse d'or, accompagnée en pointe d'un croissant de même, au chef de gueules chargé de trois étoiles du second, et soutenu d'une triangle de même — fille de M. Xavier Bacqua, ancien capitaine au service du roi de Naples François II, en 1861 ; laquelle est décédée au château de Puitesson le 21 février 1895, laissant un fils Jean-Marie-Ernest-Amblard Durcot de Puitesson.
M. de Puitesson a épousé en secondes noces dlle Jeanne de Méhérenc de Saint-Pierre, le 12 oct. 1897 — d'argent au chef d'azur et à la bordure de gueules — fille de M. Alphonse, cte de Méhérenc de Saint-Pierre et de dame Louise-Marie-Lucie de la Noue.
Charles-Désiré DURCOT de PUITESSON
Cet homme remarquable dont nous venons de citer le nom mérite bien une petite biographie à part. Nous allons essayer de la faire en empruntant à une notice de M. l'abbé du Tressay les traits qui nous ont paru les plus intéressants.
Charles-Désiré était le fils unique de Charles-Antoine de Puitesson, gentilhomme plein d'honneur et de foi et très populaire pour sa charité envers les pauvres. Au moment de sa naissance, son père était âgé de cinquante-sept ans ; ce fut sans doute à cause de cela qu'on lui donna le nom de Désiré. A neuf ans le jeune Charles perdit son père qui lui légua en mourant des traditions religieuses et monarchiques qu'il sut conserver pendant toute sa vie.
Il fut alors placé sous la tutelle de sa mère à qui on donna un conseil de famille, composé de M. de Marin des Boulières et de M. de Suzannet. Afin de lui procurer des professeurs qu'il n'aurait pas trouvés à la campagne, on le mit pendant quelque temps, à Clisson, chez un de parents, M. de Chevigné, qui habitait cette ville, puis successivement à Montaigu, au collège de Juilly, à Nantes, à Paris et à l'école d'artillerie de Metz. Au moment de partir pour cette dernière ville, il fut tout à coup atteint de la variole qui épuisa ses forces et altéra sa mémoire.
Avec son visage couvert de taches et sillonné de larges coutures, il faisait triste mine en arrivant à Metz. Les collégiens ne pouvaient manquer de s'égayer du nouveau venu. Cela ne tarda guère. Malheureusement Puitesson était susceptible ; il prit mal la première mystification dont il fut victime ; les tètes ardentes de l’école envenimèrent la querelle et comme tous ces jeunes gens portaient l'épée au côté, un duel fut vite décidé. Puitesson alla donc sur le terrain et il donna au mystificateur un coup d'épée qui rendit les autres plus prudents.
Mais, bientôt d'autres occasions surgirent, et Puitesson qui avait obéi une fois à cette coutume détestable du duel, n'eut plus le courage d'y résister. Il eut ainsi plusieurs affaires. Plus tard, dans ses Mémoires, il blâmait ces faiblesses de sa jeunesse.
Cependant ces diverses affaires avait fait à Puitesson la réputation d'une mauvaise tête. Un M. de Goyon, capitaine à Metz et ami de la famille, voulut donner quelques remontrances au jeune homme. Puitesson, déjà de méchante humeur à cause des tracasseries de ses camarades, envoya promener son mentor. Grand fut le scandale. On saisit le malheureux élève et on le mit en prison dans la citadelle. Cependant, qui le croirait ? là encore il fut victime d'une nouvelle affaire. Parmi les prisonniers se trouvait le fils du commandant qui, excité par d'autres, obligea Puitesson à accepter un duel. Les deux adversaires, aidés par les officiers de la garnison qui leur prêtèrent leurs épées, sortirent de la citadelle et se battirent dans les fossés. Le fils du commandant fut blessé, mais son père n'en voulut nullement à Puitesson et sachant que ce dernier avait été indignement provoqué, il lui rendit justice et plus tard il lui témoigna une estime particulière et lui donna, à sa sortie de l'école, un bon certificat.
Puitesson avait passé à Metz les années 1785 et 1786. En 1787, il fut reçut avec le grade de sous-lieutenant dans le régiment de Brie, que quelques mois plus tard il rejoignait à Thionville. Il débuta dans sa nouvelle carrière par un duel qui lui attira une réputation bien imméritée de ferrailleur. Mais, dans ses Mémoires, il nous dit avec une satisfaction très marquée que ce fut là son dernier duel.
C'était l'époque où les révolutionnaires ourdissaient leurs trames et cherchaient à faire entrer dans l'esprit des officiers leurs idées subversives. Puitesson n'échappa point à leurs obsessions. Un certain chevalier de Férolles fit tout ce qu'il put pour le décider à se faire inscrire dans une loge, lui offrant en perspective un avancement dû aux hommes d'un caractère ardent.
"Cette proposition, dit Puitesson, ne m'inspira que de la défiance sur les francs-maçons et l'usage qu'ils pouvaient faire des hommes ardents, et je m'y refusai."
Au reste, Puitesson ne tarda pas à s'apercevoir à quels dangereux ennemis il avait affaire. Bientôt son régiment qui n'adoptait pas assez les idées nouvelles dut quitter Thionville et fut transféré à Lille en 1790. Là, on ne craignit pas de comploter contre la vie des officiers fidèles. Indigné de ces basses manœuvres, Puitesson adressa à la Gazette de France une protestation à laquelle adhérèrent plusieurs de ses compagnons d'armes.
Cette protestation et diverses émeutes dans lesquelles Puitesson prit le parti de l'autorité le rendirent bientôt suspect. On allait donc l'arrêter et le conduire en prison pour le faire passer devant une cour martiale. Mais Puitesson ne donna pas à ses ennemis le temps d'exécuter leur dessein, il se dirigea pendant la nuit vers la frontière et il se réunit aux émigrés qui formaient trois corps d'armée, cantonnés à Ath, Mons, Tournai et Coblentz. Puitesson fit partie de celui qui était commandé par les princes, frères du roi. Ce corps ayant été licencié, Puitesson se retira d'abord à Bruxelles, où se trouvait déjà sa mère, échappée aux massacres de la révolution.
Mais la Belgique ne tarda pas à être envahie par les armées républicaines. Puitesson, avec sa mère et d'autres amis fut contraint de passer en Hollande, puis dans les îles de la Zélande. Dans une ville, il fut incarcéré avec plusieurs de ses compagnons d'infortune. Enfin, délivré de prison par ordre du stathouder, il arriva avec les siens à la Haye, où il trouva pendant quelques mois protection et tranquillité.
On était au printemps de 1793, La Vendée avait commencé sa glorieuse lutte contre les destructeurs des autels. Lyon s'agitait et devenait un centre d'insurrection. Puitesson, se trouvant dans l'impossibilité d’aller rejoindre ses compatriotes de la Vendée, résolut de se rendre au moins à Lyon pour y prendre part à la lutte contre les révolutionnaires. Il communiqua son dessein à quelques amis, pensant les entrainer avec lui, mais tous refusèrent de se lancer dans cette périlleuse entreprise.
Désappointé, mais non découragé, Puitesson se mit sous la garde de Dieu et entreprit son voyage à travers toute l'Allemagne.
Près de Mons, il fut arrêté dans sa marche par la rencontre de recruteurs prussiens, qui paraissaient tout disposés à lui faire un mauvais parti. Puitesson n'était pas homme à se laisser tuer sans se mettre en défense ; il s'apprêtait à un combat inégal, lorsque la vue de son sabre et de ses pistolets apprit aux Prussiens qu'ils avaient affaire à un officier. L'habitude de la discipline suffit pour les faire rentrer dans l'ordre : l'incident n'eut pas d'autres suites.
Il arriva le soir à Senef, lieu célèbre par un combat du Grand-Condé en 1674. Il descendit dans une auberge avec l'espoir d'y reposer tranquillement pendant la nuit. Il y fut accueilli avec une rudesse républicaine qui lui sembla de mauvais augure. Il tâcha d'écarter ce présage. Il essaya de se persuader que cette froide réception tenait plus aux mœurs du pays qu'aux opinions politiques, et que, malgré sa qualité d'émigré, il serait en sûreté dans cette maison.
L'hôte l'invita d'un ton brusque à partager le souper de sa famille. Puitesson, à qui l'inquiétude enlevait l'appétit, ne mangea presque pas. Les gens de la maison en parurent piqués et lui dirent en murmurant que sans doute il avait mieux chez lui. Puitesson répondit sans mentir, qu'il était fatigué et même malade. Il paya avant de gagner sa chambre, résolu qu'il était de partir le lendemain de bon matin.
Un grand valet le conduisit dans un appartement où se trouvaient plusieurs lits, et lui recommanda de ne pas se mettre sous clef, parce que d'autres voyageurs, disait-il, devaient venir pendant la nuit.
Puitesson prit la précaution de ne pas se déshabiller entièrement et de placer son sabre et ses pistolets derrière son oreiller. Cette précaution prise, il s'endormit après s'être recommandé à Dieu, et être convenu avec lui-même qu'il ne dormirait que d'un sommeil léger.
Il reposait depuis quelque temps lorsque tout à coup le bruit d'un pas d'homme le réveille. Il aperçoit, entrant dans la chambre, le grand valet, seul, une lanterne à la main ; dans l'autre main, il croit distinguer une arme. Il se retourne et saisit vigoureusement son sabre. Voyant ce mouvement significatif, le domestique décampe en criant : "C'est bien ! c'est bien !" Puitesson saute en place, prend ceux de ses vêtements qu'il a quittés et descend avec l'intention de partir. Il ne faisait pas jour et déjà les portes étaient ouvertes.
Il reprit sa route. Il se rendit à Namur, puis à Liège, toujours seul, mais tranquille et sans mauvaise aventure.
A Liège, il rencontra M. de Bourmont, depuis maréchal de France, et M. de Becdelièvre, son cousin, qui se rendaient à l'armée de Condé. Puitesson voyagea quelque temps avec eux.
Arrivés sur les bords du Rhin, ils s'associèrent pour fréter un bateau et remonter le fleuve jusqu'à Mayence.
Comme ils partaient, quatre ou cinq fripons, s'imaginant avoir affaire à des gens faciles à exploiter, coururent après les émigrés, les accusant d'avoir volé leurs manteaux qui étaient restés dans la barque. Il fallut différer le départ et paraître devant le juge. Bourmont qui parlait correctement l'allemand plaida leur cause et fit condamner les accusateurs.
Le voyage se poursuivit sans encombre jusqu'à Mayence. Une épidémie de dysenterie qui sévissait dans la ville avait fait porter un ordre de police obligeant chaque habitant à brûler de l'encens devant les étrangers qui entraient dans sa maison. Puitesson et ses amis durent donc subir la cérémonie de l'encens, dans toutes les maisons où ils se présentèrent.
A Mannheim, Puitesson se sépara de ses compagnons et poursuivit sa route en compagnie d'autres voyageurs qui s'unirent à lui. Comme il traversait la Suisse il faillit être victime avec ses amis d’une mauvaise aventure. Ayant rencontré un officier qui leur vantait la liberté de ce pays, ils se permirent d'émettre quelques doutes à cet égard. Mais celui-ci prit mal l'observation et les dénonça aux autorités qui furent sur le point de les envoyer en prison méditer un peu sur les avantages et la nature de la liberté suisse. Ils se tirèrent cependant de cette embûche.
Bientôt Puitesson arriva dans la ville de Lausanne où il apprit de mauvaises nouvelles au sujet de l'insurrection lyonnaise. Cette annonce fut pour lui le sujet d'une vive contrariété, car elle l'obligea de changer son dessein. Ne pouvant plus se diriger vers Lyon, il prit le parti de rejoindre à pied l'armée de Condé, ses ressources pécuniaires ne lui permettant pas de faire autrement.
Il refit donc une partie de la route qu'il venait de faire, avec des incidents plus ou moins périlleux. A Liestall, il échappa à la rapacité d'un hôtelier ennemi des émigrés. A Bâle, il frappa à la porte de plusieurs, auberges sans pouvoir obtenir l'hospitalité. Comme il promenait son ennui dans les rues, un inconnu lui apprit qu'on lui refuserait un gîte tant qu'il n'aurait pas un billet de l'hôtel de ville, parce qu'il était émigré.
Puitesson se rendit alors auprès des magistrats qui lui firent un accueil sympathique et lui donnèrent un billet à l'adresse d'un aubergiste. Il se croyait donc tiré d'embarras. Mais lorsqu'il se présenta à la maison désignée, l'aubergiste lui refusa impitoyablement l'entrée de sa demeure.
Dans cette perplexité, Puitesson allait quitter la ville et continuer son chemin au milieu de la nuit, lorsqu'un nouvel inconnu l'accosta dans l'obscurité et lui dit : "Monsieur, vous êtes officier en France où j'ai été soldat. Je voudrais vous venir en aide dans l'embarras où vous jettent ces coquins d'aubergistes. Si je vous offrais un logement chez moi à prix d'argent, ils me feraient mettre à l'amende, car je suis tailleur et non aubergiste. Exiger quelque chose de vous n'est pas d'ailleurs dans ma pensée. Acceptez mon logement comme celui d'un ancien soldat de la France. Je tiendrai à honneur de vous donner asile comme je le ferais si vous étiez un des anciens officiers du régiment où je servais."
On devine la joie de Puitesson à ce langage plein de franchise. Il suivit le tailleur dans sa famille et il y reçut l'hospitalité la plus cordiale. Le lendemain, il remercia chaudement ces pauvres gens et tenta de leur faire accepter au moins un cadeau pour leurs enfants. Mais ils s'y refusèrent, alléguant qu'une récompense diminuerait la satisfaction qu'ils éprouvaient de lui avoir été utiles ; que les émigrés étaient bien malheureux ; que les cœurs généreux devaient savoir leur venir en aide. Il n'y eut pas moyen de vaincre leur résistance. "Veuillez seulement, dit le tailleur, prendre nos noms et nous laisser le vôtre." Puitesson le fit, et comme il avait la mémoire du cœur, il écrivit dans ses souvenirs, à la fin de sa vie, que ni les longues années, ni les vicissitudes de la vie ne lui ont fait oublier le brave tailleur.
Au poste autrichien, où il dut passer, Puitesson reçut l'ordre de présenter son passeport au commissaire. Ce dernier se montra presque grossier pour l'émigré, "et, dit Puitesson, il eut à son égard un flegme plus qu'allemand et quasi républicain".
Enfin, le proscrit arriva à Offenburg. L'armée de Condé était campée de l'autre côté du Rhin, en Alsace. Puitesson fit aussitôt offrir ses services et, grâce à la protection de quelques amis, il fut enrôlé dans la compagnie des chasseurs-nobles qu'on venait de former et qui devait remplir à l'avant-garde l'office de voltigeurs. Ce fut le 3 novembre 1793 que Puitesson entra sous les tentes des chasseurs-nobles, et il eut bientôt l'occasion de signaler son courage.
Le 2 décembre, l'avant-garde des émigrés occupait le village de Berstheim et une compagnie de chasseurs-nobles se trouvait dans un redan qui n'était même pas terminé. Soudain, l'armée républicaine envahit le village, et les soldats de l'avant-garde, cédant à un sentiment de rancune, s'enfuient et laissent les chasseurs-nobles seuls aux prises avec l'ennemi. Puitesson se trouve avec ses compagnons dans le redan ; la résistance semble impossible ; cependant les chasseurs-nobles combattent avec ardeur. Mais, tout à coup, ils aperçoivent une colonne formée de leur régiment qui tombe sur la droite de l'armée républicaine aux cris de "Vive le Roi !". A la tête de la colonne, le prince de Condé, à cheval, l'épée haute, commande et enflamme le courage de ses vaillants compagnons d'armes. La ligne des républicains est rompue, leur armée mise en déroute s'enfuit dans un désordre complet, abandonnant treize canons au vainqueur.
Pendant ce combat, les Autrichiens, alliés des émigrés, ne daignèrent même pas bouger. C'était, paraît-il, leur tactique de laisser les Français aux prises entre eux, et Puitesson va jusqu'à les accuser de trahison, disant qu'ils n'agissaient ainsi que pour amener la défaite de la France dont ils pensaient se partager ensuite les dépouilles.
Malgré le courage des émigrés, leur armée dut battre en retraite, par suite de la lâcheté des Autrichiens et elle repassa le Rhin, le 25 décembre.
Lorsque 1794 commença, Puitesson et ses compagnons d'armes étaient dans leurs quartiers d'hiver de la Forêt-Noire. Ils firent la campagne au camp de Stollorm, à la garde du Rhin. L'année suivante, ils passèrent encore l'hiver dans la Forêt-Noire et à la garde du Rhin, au camp de Steinsdstadt. Ces deux campagnes n'eurent que des succès et des revers assez modestes. Celle de 1796 fut plus féconde en gloire. Puitesson se distingua tout particulièrement au combat de Kamlach.
Ce combat fut engagé au milieu de la nuit. Au moment où l'on se mettait en marche, le lieutenant-général de la Saillais demanda par compagnie six jeunes gens pour marcher en tête d'attaque. Aussitôt Puitesson s'offre avec plusieurs de ses vaillants camarades. Le général en forme deux détachements et leur commande de marcher sur un seul rang à l'attaque des postes ennemis.
Le petit groupe part d'abord au pas accéléré, puis comme on craint d'éveiller l'attention de l'ennemi, on passe du pas accéléré à la course. Les sentinelles avancées reconnaissent les assaillants et s'enfuient en criant "Aux armes !" Les soldats de Condé les suivent de près, malgré leur commandant qui veut modérer leur ardeur. A un moment donné, Puitesson et un de ses amis saisissent ce dernier et lui font franchir malgré lui les palissades d'un jardin où se trouvait un poste. Tout fuit devant eux et ils arrivent au milieu d'Ober-Kamlach, où un groupe de fantassins ennemis et quelques cavaliers cherchaient à se rallier. Mais les émigrés culbutent en un instant ceux qui leur résistent, et les fuyards vont, dit-on, se réfugier dans l'église. Les émigrés pour s'en assurer font sortir un homme d'une maison avec une lanterne pour fouiller le monument. Cette imprudence leur vaut une décharge meurtrière des républicains qui se sont ralliés plus loin et qui ont reconnu leurs ennemis, grâce à la lumière de la lanterne.
Arrêté un instant par cette décharge soudaine, le petit groupe d'émigrés reprend bientôt l'offensive, avec le concours d'un bataillon qui vient enfin de le rejoindre. On traverse un pont au pas de course et on arrive de la même manière au milieu des ennemis qui s'enfuient, laissant un lieutenant-colonel et plusieurs prisonniers blessés.
Le combat recommence plus meurtrier dans un bois voisin ; les principaux officiers qui guident la colonne des émigrés tombent les uns après les autres, et bientôt le commandement général n'est plus guère exercée que par des fourriers qui crient sans cesse : "En avant ! et Vive le Roi !". Les ennemis sont en nombre plus que quadruple, et cependant ils reculent toujours devant les héroïques guerriers qui ne leur laissent pas de répit. Enfin la colonne royaliste s'aperçoit que, par suite de ses pertes, elle ne présentait plus que l'apparence d'un bataillon. Elle s'arrête et, pendant ce temps, Puitesson avec quelques compagnons s'en va en reconnaissance.
Le jour commençait à poindre. Le petit groupe ne tarde pas à découvrir un détachement ennemi. Puitesson tire sur le chef. Mais au moment où il relève le chien de son fusil, une balle l'atteint lui-même au bras entre la main et le coude. Il n'éprouve d'abord qu'un fort engourdissement ; mais bientôt un jet de sang qui s'élève à la hauteur des yeux l'avertit de la gravité de sa blessure. Il ne peut plus soutenir son bras qui tombe et qu'il croit cassé.
Il cherche alors à se mettre à l'abri dans le bois, mais, pendant qu'il se dirige de ce côté, il rencontre un chasseur ennemi qui l'ajuste de son arme. Rassemblant ses forces pour le menacer de sa baïonnette, Puitesson le voit reculer, mais en même temps, il éprouve lui-même dans son bras une douleur extrême et il se sent frappé au-dessus du genou. Pendant quelques minutes il est comme privé de l'usage de ses sens. Toutefois, il se relève bientôt, ranimé par le sifflement des balles, et appuyé sur son fusil, il marche dans le fossé de la route au milieu des morts et des blessés.
Au bout de quelques instants, Puitesson put rencontrer un de ses amis qui l'aida à rejoindre les voitures d'ambulance. Là on constata qu'il n'avait aucun os brisé. Un muscle seul du bras droit avait été traversé, mais la balle n'était pas restée. Il avait aussi reçu une forte contusion au genou ; cette partie était enflée ; toutefois, la peau était à peine enlevée.
Après un premier pansement, Puitesson fut dirigé avec les autres blessés sur Tittmoningen, en Autriche. Pendant ce trajet et surtout en Bavière, il constata, ainsi que ses compagnons, les effets du travail de la propagande révolutionnaire sur les populations. A Landsburg, les habitants se montraient heureux de voir souffrir les blessés et leurs insultes prouvèrent aux émigrés que, sans l'escorte imposante qui les accompagnait, ce peuple égaré se serait fait une joie de les piller et de les massacrer. Des guides les égarèrent et tout porte à croire qu'ils voulaient les livrer aux républicains, qui cependant ne parurent pas.
Dans plusieurs endroits de ses Mémoires, Puitesson signale les funestes effets produits par les idées révolutionnaires en Allemagne et il y voit la cause de certaines victoires remportées par les armées de la République française.
A l'hôpital, Puitesson rencontra un de ses cousins, Gabriel de Gouë, qui, n'ayant que le nécessaire, lui offrit cependant de partager sa bourse. Il rencontra aussi le chevalier de Lemoëlan, de Nantes. Au témoignage de Puitesson, c'était un brave gentilhomme auquel le plus noble patriotisme et les sentiments les plus chrétiens inspiraient un admirable dévouement. C'est le même qui, plus tard, fut compris par Fouché, ministre de la police, parmi les inventeurs de la machine infernale contre le premier consul. Mais, au dire de Puitesson, tous ceux qui connaissaient Lemoëlan croient que Fouché, ex-oratorien, battu par Lemoëlan dans une insurrection de collège, supposa, pour se venger, la présence de son ancien élève parmi les conspirateurs. Le gentilhomme nantais échappa sous le nom de Rivière aux recherches de la police. Il s'embarqua pour les Etats-Unis, et, sous le même nom, il entra au séminaire de Baltimore. Il fut ordonné prêtre et mourut en Amérique aumônier de religieuses.
Puitesson raconte que dans cet hôpital il fut un jour témoin d'une scène qui faillit tourner au tragique. Un blessé républicain était mêlé avec les autres malades. C'était un véritable énergumène qui répondait par des grossièretés aux soins de ses charitables infirmiers parmi lesquels se trouvait surtout un prêtre. Outré d'une conduite si scandaleuse, un chasseur-noble grièvement blessé qui gisait à côté ne peut maîtriser son indignation et se jette sur l'insulteur : "Misérable brute de la République, s'écrie-t-il en grinçant des dents et en s'approchant du républicain sans tenir compte de ses propres blessures, faut-il, pour te rendre sensible te déchirer avec les dents ?..."
L'arrogance du fier républicain s'évanouit aussitôt, il se croit perdu; heureusement pour lui, ceux qu'il insultait viennent à son secours et le sauvent d'une correction méritée. A partir de ce jour il sut garder un prudent silence.
Pour se remettre définitivement de ses blessures, Puitesson obtint du prince de Condé un congé de prés d'un an et il le passa dans la ville de Constance. Il se mit ensuite en devoir de rejoindre l'armée des émigrés qui, pour lors, se trouvait en Russie. Il partit donc en compagnie de trois camarades, avec la perspective de faire toute la route à pied, à travers l'Allemagne, la Moravie et la Pologne. Cependant, dès le lendemain, grâce à la protection d'un colonel hongrois qu'il rencontra, il put obtenir, pour lui et ses amis, l'autorisation de requérir des voitures, en les payant au prix de la taxe militaire. Ces voitures étaient loin sans doute d'avoir l'avantage de la rapidité, car elles étaient le plus souvent traînées par des bœufs, mais elles épargnaient toujours les fatigues d'un voyage à pied.
L'année après l'arrivée de Puitesson en Russie, au mois de juillet 1799, le corps des émigrés reçut l'ordre de se diriger sur la Suisse pour y soutenir l'armée russe qui faisait partie de la coalition contre la France. Dans cette campagne, Puitesson se distingua tout particulièrement au combat de Constance. C'était à la fin du jour, le noble émigré avait été désigné avec cinq de ses camarades pour occuper un poste sur le rempart ; mais il dut bientôt l'abandonner pour rejoindre l'armée de Condé. Il errait à l'aventure, au milieu des ténèbres et séparé de ses compagnons, Après avoir manqué d'être piétiné dans une rue par la cavalerie russe lancée au pas de charge, il arrive au milieu d'un détachement qu'il croit composé de soldats alliés. Il écarte de la main gauche les baïonnettes qu'on lui opposait sans prononcer une parole, puis élevant enfin la voix, il dit en russe : "Je suis un Russe de Condé". Le mot Tue ! accompagné d'un juron en français, lui apprend soudain qu'il se trouve au milieu des soldats républicains.
"Nous n'agissons pas ainsi, nous, royalistes, répondit-il à la voix inconnue ; nous ne massacrons pas l'homme qui ne peut plus se défendre..."
Sans l'écouter, on le saisit par son baudrier, par le bras, on le pousse, on le tire, on est près de le renverser tout à fait. Puitesson peut croire que sa dernière heure va sonner. Cependant une autre voix s'élève :
"C'est un émigré, dit-elle, un d'eux m'a sauvé la vie. Camarades, ne déshonorez pas les armes de la république; ne massacrez pas des émigrés hors de combat. Ne sommes-nous pas tous Français ?..."
Celui qui parlait ainsi était un caporal, nommé Angibault. En même temps d'autres voix sympathiques se firent entendre. On cessa de bousculer Puitesson, qui, sans autres blessures que quelques contusions, resta prisonnier entre les mains des soldats de la république. Ce ne fut que clandestinement que quelques ennemis moins généreux et moins honnêtes lui dérobèrent sa bourse et son portefeuille. Puitesson qui ne perdait jamais le sang-froid, fut d'autant moins affligé de la perte de sa bourse qu'il en avait une seconde en réserve. Il espérait, ce qui arriva, que le vol de la première arrêterait les recherches et lui assurerait la possession des quelques pièces d'or qui lui restaient. Cependant il protesta, et entendant les républicains se vanter d'être aussi généreux que les émigrés, il leur répondit "Vous êtes, dites-vous, aussi généreux que nous. Pourquoi donc vient-on de m'enlever ma bourse, que j'abandonne bien volontiers, et mon portefeuille, que je n'abandonne pas de même ? Gardez la bourse; mais rendez-moi mon portefeuille".
A l'instant même, on fit glisser doucement le portefeuille dans sa poche d'habit, sur sa poitrine, a l'endroit même où on l'avait pris. "Citoyen, lui crièrent plusieurs voix, tu seras en sûreté sous la garde du drapeau".
Tout ceci se passait pendant que le détachement marchait, en effet, vers le drapeau, tout en cherchant à mettre de l'ordre dans les rangs. Tout à coup le bruit d'un corps de troupes marchant au pas accéléré se fait entendre à quelque distance. Le cri : "Voilà les Russes !" jeté par plusieurs à la fois, est suivi d'une décharge qui couvre de feu Puitesson et le bataillon républicain. L'effet en est meurtrier et le désordre à son comble. Les républicains font volte-face, associant à leur fuite Puitesson, qui avait saisi la main d'Angibault.
"Il faut se défendre, disent quelques voix. Il n'y a pas à capituler avec les Russes". Cette idée lancée parmi les soldats et la vue d'une porte ouverte inspirent à Puitesson une résolution soudaine. Par cette porte, il se jette dans une maison, entraînant avec lui Angibault, à qui il dit : "Je puis vous sauver à mon tour. Je puis vous faire épargner par les Russes". Quelques républicains les suivent, et, parmi eux, le capitaine commandant le bataillon. "C'est le cas de capituler, dit Puitesson, car il devient incertain à qui resteront bientôt la ville et les prisonniers. Je vous donne ma parole d'honneur d'exposer ma vie pour sauver la vôtre. Je suis officier, je parle la langue des Russes, je puis facilement m'aboucher avec les chefs et je le ferai. Mais donnez-moi votre parole de militaire français que vous ne me livrerez pas aux exécuteurs de vos lois contre les émigrés et que vous prendrez tous les moyens de faciliter mon évasion". Angibault répondit en affirmant la sincérité de ses promesses.
Cependant à l'extérieur le combat continuait toujours avec plus ou moins de violence. Revenus de leurs émotions, Puitesson et les soldats républicains avaient engagé une conversation intime et bruyante qu'on entendait facilement du dehors.
Tout à coup une voix frappe leurs oreilles : "Qui vive là ? leur criait-on. Sortez et venez, si vous voulez éviter les derniers malheurs". — "Ce sont des nôtres" disent les compagnons de Puitesson qui ont oublié que les émigrés parlent français comme les républicains.
Une espérance contraire à la leur porte Puitesson à s'avancer. Il reconnaît les casques des grenadiers de l'armée du prince. C'était une patrouille qu'un sergent commandait. Puitesson lui livra ses prisonniers, y compris le capitaine, mais après avoir obtenu sa parole de militaire, de royaliste et de Français, qu'il joindrait ses efforts aux siens pour les faire respecter, ajoutant que leur conduite méritait tous les ménagements possibles, et qu'ils devaient être présentés au prince. Le sergent promit de faire tout ce qu'il pourrait, mais il dit que ses camarades avaient la tête fort montée parce qu'ils venaient de retrouver leur commandant indignement massacré et mutilé par les soldats républicains, alors qu'il était déjà blessé et incapable de se défendre.
Puitesson eut, en effet, beaucoup de peine à sauver ses prisonniers, malgré tous les efforts du brave sergent. Convertis par la peur, les prisonniers appelaient plus souvent Puitesson : Monsieur le chevalier, que Citoyen. — "Monsieur le chevalier, répétaient-ils souvent, nous avons eu des égards pour vous ; nous comptons sur votre parole". Le mot Tue naguère poussé contre Puitesson par les républicains était prononcé par les soldats de Condé contre les prisonniers. Puitesson avait le cœur trop bien placé pour manquer à ce que demandaient de lui la fidélité à la parole donnée et la reconnaissance. Luttant contre les siens en faveur d'ennemis devenus ses protégés, il cherchait à traverser la colonne de Condé. Angibault s'évanouit. Puitesson appela à lui des hommes généreux qui s'empressèrent autour du malheureux caporal. Lorsqu'il reprit l'usage de ses sens, ses premières paroles furent celles-ci : "Ce n'est pas la peur, c'est le besoin, Nous avions déjà souffert de la faim lorsqu'on nous a dit : Il ne peut y avoir de distributions que dans la ville. Prenez-la d'abord".
Enfin Puitesson avec ses prisonniers réussit à joindre le prince de Condé. Celui-ci, en voyant arriver le chasseur-noble eut un cri d'étonnement, car il avait cru le voir tomber mort dans la mêlée. Il écouta donc avec bienveillance son rapport sur les prisonniers et il donna des ordres pour qu'on les traitât avec égards.
Un major général qui assistait à l'entretien ne put s'empêcher de faire observer que, suivant les règlements russes, la prise d'un chef de bataillon donnait droit à la décoration de l'Empire moscovite, mais que Puitesson préférait sans doute celle de Saint-Louis, que ses années de service et ses blessures lui assuraient d'ailleurs dans un avenir prochain. Le prince de Condé fut tout à fait de cet avis; il promit au brave gentilhomme que cette croix brillerait bientôt sur sa poitrine et il rappela par plus d'une allusion cette promesse dans le certificat qu'il lui donna "Mais, ajoute Puitesson, les ministres de Louis XVIII ne voulurent pas y faire attention et mon brevet de chevalier de Saint-Louis n'est daté que de 1815 au lieu du 7 octobre 1799, de l'affaire de Constance".
Après plusieurs mois d'opérations diverses en Bavière, en Autriche, en Vénétie, une trêve fut conclue, au mois d'août 1800, entre les armées républicaines et nations coalisées. Puitesson reçut alors une lettre de sa mère qui le pressait vivement de rentrer en France pour sauver ce qui leur restait encore de leur patrimoine. Avant aussitôt obtenu un congé, il se mit en route avec son oncle, M. de Tinguy, ancien officier d'Armagnac, qui voulait aussi lui revoir sa famille. Pour échapper à la vigilance des républicains, ils prirent tous les deux des habillements bourgeois et des passeports de marchands suisses. Mais dès le début de leur voyage ils faillirent être arrêtés. A Munich, la première auberge où ils se présentèrent était pleine de soldats républicains qui se doutèrent aussitôt de leur qualité d'émigrés. Puitesson ne voulut pas rester plus longtemps dans ce lieu et ayant lu l'adresse d'un marchand de mouchoirs de Cholet, il sortit pour trouver la maison de ce compatriote. Mais à peine fut-il dans la rue qu'un inconnu lui intima l'ordre de passer au bureau du lieutenant-général de la police. Puitesson dut s'exécuter et se rendre auprès du haut fonctionnaire. Celui-ci ayant examiné le passeport de l'émigré déclara qu'il était faux. Puitesson voulut protester. Mais le chef de la police répliqua : "Si vous n'en convenez pas, je vais vous faire mettre en prison ou vous livrer au général français qui commande les troupes de la république." — "Eh bien ! dit Puitesson en se tournant vers les employés du bureau, je déclare que je suis Français et je me réclame du général français. Fût-il mon ennemi sur les champs de bataille, Français, il répondra à ma confiance."
Le chef de la police rougit de colère, mais il fut contraint de faire droit à cette demande et d'ordonner qu'on conduisît Puitesson au général français. Ce général, nommé Debilley, était un ancien professeur de mathématiques à Besançon ; il était même prêtre lorsque la révolution éclata. Le malheureux avait apostasié et s'était lancé dans la carrière militaire où il n'avait pas tardé à se distinguer. Sans doute plus d'une fois le remords vint l'assaillir sous son uniforme de général, et rappelant peut-être les passages de l'Ecriture où il est dit que l'aumône rachète les péchés, il se montrait bienveillant pour les émigrés.
Il accueillit donc le soldat de Condé avec la plus grande cordialité. Il visa son passeport et celui de M. de Tinguy pour tout le territoire occupé par sa division.
Les deux émigrés se remirent en route en bénissant la Providence de l'heureuse rencontre qu'ils venaient de faire. A Francfort, ils rencontrèrent un pauvre prêtre émigré qui faisait trafic de passeports. Ce prêtre se trouvait muni du visa du général qui commandait la division sur la frontière de France. Il leur donna à chacun un passeport, moyennant la somme de douze francs l'un ; c'était beaucoup pour les deux gentilshommes, c'était peu pour le prêtre : la pauvreté aidait la pauvreté.
Enfin les voyageurs purent arriver à la frontière et entrèrent en France. Après bien des péripéties, après avoir couru maintes fois le danger d'être reconnus, ils parvinrent heureusement à Paris. Mme de Puitesson avait recommandé son fils à des amis qui l'accueillirent avec empressement.
Napoléon commandait alors en maître. Les chefs du parti royaliste, chouans de la Bretagne, de la Vendée et du Midi, étaient forcés d'accepter des amnisties dans lesquelles ils tâchaient de faire comprendre les émigrés qui revenaient de l'armée de Condé. Le comte de Paulo, de Toulouse, proposa à Puitesson de l'inscrire sur la liste des chouans du Languedoc. Celui-ci accepta et fut, en conséquence, obligé d'aller à Toulouse afin d'obtenir des certificats de résidence.
En passant à Bordeaux, il fut très mal reçu par le préfet qui lui enjoignit de quitter la ville dans les vingt-quatre heures. Toutefois un des employés de bureau fut plus aimable, et voyant que Puitesson était de Chauché, il lui dit : "Vos paysans nous ont bien reçus, lorsque notre zèle républicain nous porta comme volontaires dans la Vendée. Nous fûmes battus tout près de Chauché. Mais vous aviez raison : qu'allions-nous faire dans ce pays ?"
Quelques jours après Puitesson arriva à Toulouse, et grâce aux démarches multipliées de ses amis il put obtenir les certificats demandés. En même temps, à Paris, on lui accordait l'autorisation de faire ses affaires sous surveillance jusqu'à sa radiation de la liste des émigrés. Finalement cette radiation fut effectuée et bientôt Puitesson fut nommé maire de sa commune.
Cependant malgré toutes ses démarches, Puitesson ne réussissait pas à rentrer en possession de ceux de ses biens qui lui avaient été frauduleusement soustraits. Sur ces entrefaites, l'empereur, revenant d'Espagne traversa la Vendée. Il voulut que les maires du département lui fussent présentés à la Roche-sur-Yon. Le préfet conseilla à Puitesson qu'il estimait de profiter de cette circonstance pour demander la restitution de ses biens. Puitesson suivit cet avis et présenta à Bonaparte une pétition après l'audience générale.
L'empereur, à qui il donna de vive voix le résumé de sa pétition lui dit :
— Vous étiez donc émigré ?
— J'ai fait partie de l'armée de Condé jusqu'au consulat, répondit Puitesson.
— Il y a beaucoup de mal impossible à réparer ; mais, en son temps, je m'occuperai de votre pétition, répliqua l'empereur en appuyant la main sur le bras du gentilhomme vendéen.
Puitesson se retira, et, lorsque l'empereur et sa suite furent partis, le préfet lui dit qu'après son audience, l'empereur avait donné la pétition au duc de Bassano en lui disant : "Voici une pièce que m'a présentée la main d'un émigré. Je désire que ce qu'elle demande soit accordé, s'il n'y a rien de contraire aux lois. Lisez-la". Le préfet ajouta : "Le duc de Bassano a lu et a déclaré que, l'auteur de la pétition ne demandant de son bien que ce dont le conseil d'Etat avait jugé devoir priver l'acquéreur, l'affaire restait à la disposition du gouvernement : "Ecrivez donc en marge "Accordé," a répliqué l'empereur."
Hélas ! Puitesson attendit vainement l'expédition de cet ordre ; de nouvelles instances n'eurent pas meilleur résultat. Il ne fut pas plus heureux sous la Restauration si ingrate envers ses serviteurs les plus dévoués.
Aux Cent-Jours, la Vendée essaya de reprendre les armes. De Suzannet, parent de Puitesson reçut le grade de général et Auguste de Chabot fut nommé chef de division pour le canton de Saint-Fulgent. Puitesson adhéra au soulèvement et reçut l'ordre de faire sonner le tocsin à Chauché et de réunir les royalistes de cette commune à un jour indiqué. Comme il était toujours maire, son appel fut vite entendu. Il réunit neuf cents hommes dont cent soixante fournis par les paroisses de Chauché, de la Rabatelière et de la Copechagnière, et aussitôt il se dirigea sur Palluau, lieu fixé pour le rendez-vous.
Puitesson et sa troupe traversèrent Saint-Denis-la-Chevasse, où leur exemple et leur parole ne décidèrent qu'un seul homme à les suivre.
A Palluau, Puitesson fut investi du commandement d’une division, puis s'étant remis en marche, on lui commanda de se porter avec ses hommes sur Saint-Gilles, où les Anglais avaient promis de débarquer des munitions et des armes.
Plus de la moitié des volontaires n'avaient que des bâtons ; les autres avaient des fusils de chasse avec peu de munitions. Puitesson fit appel aux hommes armés de fusils et ayant au moins cinq coups à tirer. Deux cents volontaires se présentèrent ; il se mit à leur tête et il se mit aussitôt en route.
Au Fenouiller, on réquisitionna des charrettes pour recevoir à Saint-Gilles les armes qu'on devait délivrer. On se hâta car l'ennemi était proche; on craignait de n'avoir pas assez de charrettes ; on eu eut trop. Le convoi n'avait pas l'importance annoncée, aussi un certain nombre d'hommes ne purent recevoir de fusils.
Pendant la distribution, arriva un messager du chef de division des Sables, demandant du secours contre les ennemis qui venaient de l'attaquer. Puitesson se mit en devoir de répondre a cet appel. Il passa la rivière de la Vie au Pas Optons ; puis guidé par le bruit de la fusillade, il arriva sur le champ du combat avec sa troupe composée en grande partie de volontaires de Chauché. Il divisa ses hommes en quatre compagnies ayant chacune pour chef un ancien soldat vendéen. Il plaça son drapeau au centre, et il fit avancer son détachement en bon ordre, parallèlement à la grande route, à travers une lande.
Le bruit de la fusillade se rapprochait. On ne tarda pas à apercevoir des fuyards. Alors Puitesson entraîna sa petite troupe vers l'ennemi en criant : "En avant ! Vive le Roi !" Il s'avança ainsi en bon ordre vers le champ de bataille que les Bleus venaient de prendre sur les Vendéens et qu'ils durent abandonner à leur tour devant les gars de Chauché. Les Bleus, suivant leur propre déclaration, avaient cru voir dans cette petite troupe un détachement d'anciens soldats, tant le commandement de leur chef avait paru habile.
L’ennemi déconcerté battait donc en retraite devant les volontaires vendéens, lorsque ceux-ci prirent peur devant une attaque inattendue. Des chasseurs bonapartistes embusqués à côté firent sur eux une décharge. Sans attendre l'ordre de leur chef, les Vendéens abandonnèrent aussitôt leur position pour se jeter dans des fossés, d'où ils continuèrent à tirer sur l'ennemi. Puitesson fit en vain tous ses efforts pour les arracher à leur refuge et son dépit était d'autant plus grand qu'il voyait à quelques centaines de pas les Bleus débandés, irrésolus et n'obéissant que lentement au chef qui voulait les ramener au combat.
Avec des soldats que rien ne pouvait décider à se porter en avant, la retraite devenait nécessaire. Puitesson dut s'y résoudre et, avec l'aide d'officiers et de vieux soldats, il eut le bonheur de l'accomplir heureusement. Le soir il arriva à la Bonnière, maison de campagne près de Maché, où l'abbé Herbert, curé d'Aizenay, s'était retiré. Il y reçut l’hospitalité mais il se coucha sans souper, le chagrin le rendait malade, Le vaillant officier s'était flatté de contribuer à la première victoire des Vendéens: il avait été obligé de diriger leur première retraite.
Arrivé à Palluau, il y rencontra les trois principaux chefs des armées vendéennes : de Suzannet, de la Rochejaquelein et de Sapinaud. On lui donna le commandement de la division de Saint-Fulgent. Bientôt on se mit en marche dans la direction d'Aizenay. Mais cette armée, composée en grande partie de volontaires qui n'avaient pas vu l'ancienne guerre, marchait sans beaucoup de discipline; elle allait comme au hasard, sans recevoir de ses chefs une direction suivie. A Aizenay, Travot surprit, à onze heures du soir, les Vendéens mal gardés et endormis. Ce fut une déroute complète. Au milieu de ce désordre, Puitesson, placé entre deux feux avec sa division, ne pouvait que recevoir des coups sans en donner. Une balle vint se fixer dans ses chairs, une autre resta dans le talon de son soulier. Ces balles venaient des rangs vendéens.
Pendant que la guerre continuait, Puitesson fut privé pendant quelques jours d'y prendre part. Bientôt la division se mit parmi les chefs vendéens et les porta à prêter l'oreille aux propositions de paix des généraux bonapartistes. Dans une réunion tenue à la Tessoualle, vingt-deux officiers vendéens sur trente-quatre se déclarèrent pour l'acceptation des pourparlers avec le général Lamarque. Puitesson fut au nombre des douze qui votèrent la résistance.
Quelques jours après, la défaite de Waterloo et la chute définitive de Napoléon amenaient la Vendée à déposer complètement les armes.
Sous la Restauration, Puitesson ne vit pas sans douleur les concessions faites par la royauté aux idées révolutionnaires. Il s'en plaint amèrement dans ses Mémoires. Pour lutter contre la franc-maçonnerie dont il avait su deviner l'influence funeste, il avait conçu le projet de former une société secrète chrétienne. Il avait même déjà recueilli un certain nombre d'adhésions, lorsque la police de Fouché et de Decazes eut vent de son projet: défense fut faite de continuer. Puitesson se soumit et ne se mêla plus aux événements politiques qui se déroulèrent sous ses yeux.
Il mourut en 1842 subitement, dans la cour de son château, au moment où il mettait le pied à l'étrier pour faire à cheval une de ses promenades accoutumées.
Le château de Puitesson. — Jusqu'au milieu du siècle dernier, c'était un lourd château féodal avec des tours qui le défendaient autrefois solidement ; il était entouré d'un mur d'enceinte auquel les siècles avaient donné une teinte grisâtre. Le vieux manoir s'élevait sur un rocher abrupt, entre la Boulogne et deux petits étangs. De l'enceinte des murailles, on pouvait voir, à cinquante mètres en-dessous, les eaux caresser la base de ce promontoire.
Vers 1852, un édifice moderne a remplacé l'antique donjon, C'est une coquette construction avec de sveltes tourelles, des cheminées aériennes et d'élégantes fenêtres. A quelques pas, une vieille tour reste seule comme vestige d'un passé glorieux.
--------------------
La seigneurie du BREUIL
Deux nobles familles identifiées l'une dans l'autre habitèrent cette maison seigneuriale : les Masson et les Durcot.
Le regretté M. Trichet, ancien curé de Saint-Denis, a recueilli sur les Masson des notes précises que nous sommes heureux de publier.
La famille Masson était sans doute originaire du Bas-Poitou et elle paraît avoir habité uniquement dans nos contrées auxquelles elle emprunte tous ses titres. Elle portait : d'argent à cinq losanges de gueules posés 3 et 2.
I. Le premier du nom fut Guillaume Masson, écuyer, seigneur de la Vayronnière, qui existait en l'an 1500. Il épousa demoiselle Marguerite Chrestien, fille de Gérard Chrestien, écuyer, et de dame Jacquette du Puy du-Fou.
II. Après lui, mais sans qu'on puisse dire s'il était le fils, parait André Masson, écuyer, seigneur de la Vayronnière, qui fit un arrentement à plusieurs habitants du village des Robertières, en la paroisse de Beaulieu-sous-la-Roche, par acte du 1er février 1527, reçut par Pre Pineau et Mathurin Paturot, ptres et notaires de la baronnie des Essarts et du doyenné de Talmont. Il avait épousé dlle N*** Robineau, fille de Claude Robineau, écuyer, seigneur de la Chauvinière, comme on le voit dans un acte de cession de rente que fait sa sœur utérine dlle Fse Théau, épouse de maistre Rebillard, licencié ès loix, sieur du Verger à Jehan Jupille, écuyer, licencié ès-loix, seigneur des Forgettes, absent et représenté par Jehan Surineau, son gendre, lequel acte reçu par Guillaume Suyrot et Jehan de la Vayronnière, notaires des châtellenies de Commequiers et de la Mothe-Achard, le 20 oct. 1533.
De ce mariage naquirent plusieurs enfants :
1° René Masson, écuyer, seigneur de la Vayronniére, marié vers 1560, à dlle Loyse Chasteigner, dame de Réaumur, fille d'Antoine, chevalier, seigneur de Réaumur, etc., et de dame Arthuse de Champgirault Le 13 mars 1564, il reçut de Christophe Chabot, écuyer, seigneur du Chaigneau, hommage de l'hôtel noble du Chaigneau, hommage qu'à cinq dates antérieures (1515, 1517, 1518, 1533, 1534) le père de Christophe avait déjà rendu à Jehan Robert et à André Masson, écuyer, seigneur de la Baritaudière. Il fut adjourné à comparoistre à la réunion de famille ès-dation de tutelle et curatelle aux enfants mineurs de Jacques Poictevin, suivant acte donné par Fçois Bureau, sénéchal de la Mothe-Achard, le 10 mars 1581. Il n'eut qu'une fille, Antoinette Masson, qui épousa Antoine Boscher, chevalier, seigneur de Saint-André-d'Ornay, fils de Jacques, écuyer, seigneur de la Boscherie et de dame Jacquette Buet, dame du Plessis-Buet.
2° André qui suit ;
3. N***
4° Marguerite Masson, dame de la Naulière, qui se maria à René de Chiché, écuyer, avec lequel elle fut convoquée, comme cousine, au conseil de famille ès-dation de tutelle et de curatelle aux enfants mineurs de Jacques Poictevin, écuyer, seigneur du Plessis Landry, par acte du 10 mars 1581 déjà mentionné.
5° Marie Masson, unie à Timoléon de Montauzier, écuyer, seigneur de la Charouillère, des Chasteigners et de la châtellenie du Mayron, dont elle était veuve le 25 novembre 1617, date d'une quittance de droits à elle dus pour un contrat de vente.
6° Gilles Masson, écuyer, seigneur de la Nouhe et de la Perraye, chef de la branche de la Perraye, dont nous parlerons plus loin.
7° Jehan Masson, écuyer, seigneur du Breuil, qui épousa, vers 1605, dlle Jacquette Boscher, fille de Gilles, écuyer, seigneur de la Guyonnière et de dame Marie Rivandeau. Leur fille, croyons-nous, Jacquette Masson, contracta mariage avec Claude Robert, écuyer, seigneur de Chaon, vers 1625.
Ici il y aurait plusieurs points obscurs à élucider. Un Jehan du Breuil, seigneur du Breuil, en Saint-Denis-la-Chevasse, épousa vers cette époque, dlle Catherine Durcot, fille de Pierre Durcot, seigneur de l'Estang. Ce Jehan serait-il le même que Jehan Masson qui aurait été primitivement marié à Catherine Durcot, puis ensuite à Jacquette Boscher ? Ou bien la terre seigneuriale du Breuil aurait-elle été possédée alors par deux propriétaires ? Nous ne savons ce qu'en penser.
Nous donnerons plus loin quelques notes sur les Durcot du Breuil.
III. André Masson, écuyer, seigneur de la Perraye, qui prit pour épouse, avant 1628, dlle Charlotte Maynard, fille de François, écuyer, seigneur de la Vergne-Péault, etc., et de dame Andrée Chabot. Le 1er avril 1628, il reçut, à la requête de Charles Surineau, chevalier, seigneur de la Tousche, assignation à comparoir par devant Mre le Sénéchal de la principauté de la Roche-sur-Yon. Les enfants furent :
1. Alexis Masson, chevalier, seigneur de la Guyonnière, le Plessis-Buet, etc., qui épousa dlle Renée Baudouin, fille de Jehan, écuyer, seigneur du Payré, et de dame Louise Jousselin de Marigny, d'après une transaction passée, le 18 novembre 1649, entre le dit Masson et Jehan Jousselin, ci-devant curateur de la dite Renée. De ce mariage il n'y eut pas de postérité.
2. Marie Masson qui fut unie, le 8 mai 1664, à Paul-Philippe de Morays, chevalier, seigneur, marquis de la Flocellière, fils d'Urbain, chevalier, seigneur de Lory, Fartille, etc., et de dame Fse d'Angennes.
Branche de la Nouhe-Perraye,
I. Gilles Masson, chevalier, seigneur de la Nouhe-Perraye, etc., se maria, le 15 février 1610, à Loyse Aymon, suivant contrat reçu par Chauvet et Guillebeau, notaires à Aizenay. Celle-ci étant devenue veuve rendit aveu, et comme tutrice de Louis Masson, son fils aîné, le 16 juillet 1616, à Jacqueline de la Trémoille. Outre Louis Masson qu'on ne retrouve plus, Gilles eut pour autre fils :
II. Gilles Masson, chevalier, seigneur de la Nouhe, la Perraye, etc., qui prit pour épouse, le 28 février 1627, dlle Charlotte Buor, fille d'Abraham, écuyer, seigneur de la Jarrie, et de dame Suzanne Mauclerc. Il eut deux enfants, Gilles et Louise, qui furent parrain et marraine à, Aubigny, en 1653.
III. Gilles Masson, chevalier, seigneur de la Nouhe (psse de Landeronde), la Perraye, etc., né aux environs de 1650 et dont fut probablement :
IV. Louis Masson, chevalier, seigneur du Gast, qui épousa, en 1700 ou 1701, dlle Jeanne de Laurant, morte le 4 février 1744, à l'âge de soixante ans, et inhumée dans l'église de Saint-Denis-la-Chevasse. De ce mariage naquirent :
1° Marie-Madeleine Masson de la Perraye, morte célibataire au Breuil et à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, le 20 novembre 1786.
2° Louis, né en 1709 et mort probablement sans avoir été marié ou du moins sans enfants, le 19 septembre 1793, âgé de quatre-vingt-quatre ans. Sa sépulture eut lieu dans le cimetière de Saint-Denis, en présence de sa nièce, Angélique Masson, qui fut témoin à l'acte de décès qu'elle déclara ne savoir signer.
3° Antoine, chevalier, seigneur de la Maulière et de la Perraye, marié en 1735 à dlle Marguerite Gervier.
V. Charles, chevalier, seigneur de la Fumoire, époux de Jeanne-Angélique de Guerry. De cette union sont issus :
VI. Louis Masson de la Perraye, chevalier, seigneur du Gast, de l'Amblardière, qui demeurait, en 1787, dans sa maison du Breuil.
Pendant la Révolution, il habitait avec ses sœurs, Louise et Renée-Françoise, à la Morissière (commune de Nieul-le-Dolent). Ce fut lui qui, avec ses deux sœurs, acheta, le 24 pluviôse an VII, pour la somme de 3420 francs, qui est huit fois le revenu annuel du capital de l'estimation, attendu qu'il n'y a pas eu d'enchère à la première estimation, la part de Gabriel-Charles Masson de la Fumoire, son frère émigré, dans la métairie du Breuil devenu par confiscation domaine national. L'acte observe que ce domaine provient du partage du 3 frimaire an VII, entre la République aux droits de Gabriel Masson et les autres héritiers "républicoles". Si Louis et ses sœurs apostasièrent leurs traditions de famille et devinrent d'ardents républicains, on l'ignore ; mais il serait étonnant que Françoise-Renée, chassée de son couvent de Thouars par le gouvernement impie qui pesait alors sur la France, ait pu se rattacher avec zèle et dévouement au régime néfaste qui entassait partout tant de ruines. Le même jour et de la même manière fut adjugée aux mêmes acquéreurs, au prix de 3150 francs, la métairie également partagée de l'Amblardière, sises commune de Saint-Denis-la-Chevasse, canton des Brouzils. Ainsi en était-il de la métairie de l'Etaudière qui cessait d'être mise sous séquestre pour devenir la propriété personnelle du dit Louis Masson.
2° Madeleine-Bénigne Masson de la Perraye qui se maria, le 13 septembre 1755, à Bonaventure-Florent Le Bœuf, chevalier, seigneur des Moulinets, et continua d'habiter au Breuil avec sa famille. Une de ses filles, dite Olympe-Aimée Le Bœuf des Moulinets, dame de Villeneuve, fut unie, le 23 novembre 1790, à François-Aimé-David de Tinguy de Soulette, né à la Grolle (paroisse supprimée de Rocheservière), le 3 août 1757, de Aimé, chevalier, seigneur de Soulette et de dlle Rose Bodin de Saint-Bris.
Devenu veuf par la mort de Renée de Goulaine, Aimé de Tinguy avait, le 10 février 1755, convolé à de secondes noces avec dlle Rose-Aimée Bodin de Saint-Bris, fille majeure de messire François Bodin, chevalier, seigneur de la Boucherie, et de dame Jeanne de Lyris. Ce fut cette union qui l'amena à Saint-Denis, où il se fixa avec sa jeune épouse.
On ne sait si François-Aimé de Tinguy demeura au Breuil avec les parents de sa jeune femme. Mais au moment de la Révolution, il partit pour l'exil et servit comme volontaire dans la troisième compagnie de l'armée des princes. Restée en Vendée, sa femme se mit à la suite des armées catholiques et elle mourut, sans lui avoir donné d'enfants, dans la triste campagne d'au-delà de la Loire. Les jours sanglants de la Terreur étant passés, François-Aimé revint de l'émigration et se fixa à Saint-Denis-la-Chevasse, dont il fut le maire depuis 1808 jusqu'à 1820. Le 16 octobre 1816, le roi, voulant le récompenser de sa fidélité et de ses services, le fit chevalier de Saint-Louis. Il mourut, le 20. février 1838, à l'âge de quatre-vingts ans, dans la maison qu'occupe maintenant Mme Cormier, dont la propriété ainsi que d'autres terres avaient été vendues à M. Richard, son père, notaire à Saint-Denis, par M. le chanoine du Tressay, héritier du défunt.
3° Louise Masson de la Perraye qui acheta de la nation comme nous l'avons dit, les métairies du Breuil et de l'Amblardière (18 pluviôse an VII).
4° Gabriel-Marie-Charles Masson de la Fumoire, dont la Révolution confisqua les biens, qui furent ensuite vendus à ses frères. Marié, d'après contrat passé au Puybelliard, le 21 août 1787, à sa cousine Marie-Céleste Le Bœuf, il mourut probablement en exil.
5° Angélique Masson de la Perraye qui, en 1793, assista comme témoin à l'acte de décès de son oncle Louis.
6° Renée-Françoise Masson de la Perraye, ancienne religieuse du couvent de Thouars, qui mourut, le 28 avril 1828, dans sa maison du Breuil, à l'âge de quatre-vingts ans Elle fut sans doute la dernière survivante de la Perraye et avec elle s'éteignit la noble famille,
Les Durcot du Breuil.
Une pièce conservée aux Archives départementales de la Vienne (E2, 235) nous apprend que Jehan du Breuil, écuyer, seigneur du Breuil, épousa dlle Catherine Durcot, fille de Pierre Durcot, chevalier, seigneur de l'Estang. C'est ce que l'on voit dans le testament de la susdite Catherine Durcot devenue plus tard veuve de René Cailhault, écuyer, seigneur de la Guérinière. Dans ce testament, en date du 22 novembre 1584 il y a une disposition en faveur de dlle Marie du Breuil, nièce de Catherine, (Beauchet-Filleau dit sa fille).
Cette dlle Marie du Breuil porta, du moins en partie, le domaine patrimonial du Breuil dans la maison Durcot par son mariage avec Pierre Durcot, écuyer, seigneur de l'Aumosne, fils troisième puiné de Gilles Durcot, écuyer, seigneur de la Roussière, et de dame Marie Dorin ; duquel mariage contrat en date du 19 novembre 1590 (Acte énoncé dans la maintenue de noblesse de la famille Durcot en 1671).
Les Durcot portent : d’or à trois pommes de pin tombantes de sinople. La famille qui possédait primitivement le Breuil portait : d'argent à la croix ancrée de gueules.
Du mariage de Pierre Durcot et de Marie du Breuil naquirent, dit Beauchet-Filleau :
1° Charles, écuyer, seigneur du Plessis, qui comparut pour son père dans un procès en 1617 ; marié le 25 juillet 1618 à Charlotte de Marbeuf, il ne parait pas avoir eu d'enfants.
2° Judith, mariée le 18 décembre 1628, à Gilles de Marbeuf, écuyer, seigneur de Malvoisine et de Laudriére.
3° Gilles.
Ce dernier, Gilles Durcot, chevalier, seigneur du Breuil, épousa dlle Anne Mauras, laquelle était sa veuve, tutrice garde noble de leurs enfants, et demeurant ès-chastel noble du Breuil, paroisse de Saint-Denis-la-Chevasse, le 16 janvier 1639, date d'un acte de vente par elle, et passé par devant Fournier et Hermouët, notaires de la châtellenie de Saint-Denis-la-Chevasse.
Sur Anne Mauras, on lit dans le catalogue des nobles de la Généralité de Poitiers dressé par Colbert et Barentin :
"Saint-Denis-la-Chevasse : Mauras Anne, dame du Breuil, veuve d'un Durcot, maintenue noble (avec les Durcot) par arrêt de MM. les Commissaires généraux".
Du mariage de Gilles Durcot et d’Anne Mauras naquirent plusieurs enfants. L'aîné des garçons, Paul, écuyer, seigneur du Plessis et de la Mortayère, ne parait pas avoir eu le titre de seigneur du Breuil.
Cette branche des Durcot s'éteignit à la quatrième génération.
Le château du Breuil. Ce vieux manoir existait encore en 1837, mais il était tout lézardé ; l'intérieur surtout était dans un état déplorable; il n'y avait de passable qu'une chambre qui servait de chapelle. A cette époque, il fut vendu avec la métairie du même nom et celles de l'Emblardière et de la Grande-Motherie à M. Mathurin-Jean Jousseaume. Les derniers survivants de la famille Masson n'existaient plus, comme nous l'avons dit, et ceux d'entre eux qui vivaient encore en 1808 avaient vendu l'héritage paternel à un M. Palierne, de Nantes.
Aujourd'hui, sur l'emplacement de l'ancien château, on voit un castel moderne construit, vers 1860, par Jousseaume, fils cadet de l'acquéreur de la terre du Breuil. Décédé sans postérité, ce dernier a laissé le château du Breuil à sa petite-nièce Marie-Herminie Roch-Jousseaume, mariée, en 1892, à M. Deshayes de Luçon. C'est la famille qui habite aujourd'hui le Breuil.
On conserve encore dans cette famille la petite cloche de l'ancienne chapelle.
-------------------
La seigneurie du CHASTENAY
Sevestre du Chastenay, écuyer, seigneur du Chastenay, épousa dlle Jehanne de Puitesson, fille de Jehan de Puitesson, écuyer, seigneur de Puitesson et Chauché, et de dame Jehanne Auberre, suivant contrat scellé à Rocheservière, en date du 9 janvier 1393, et signé Matard notaire.
(Arch. du chât. de Puitesson)
Le 20 juin 1433, Jehan du Chastenay, écuyer, seigneur de la Rocheboursault recevait d'un nommé Philippon un aveu pour le fief des Baconnières, dont acte signé Danyot et Graton, notaires de la cour de Montaigu. (Id.)
Le 16 septembre 1460, Jehan du Chastenay rendait hommage à Maurice de Volvire, seigneur de Nieul-sur-l'Otize (sic) et de Rocheservière, et à cause de son chastel et chastellenie de Rocheservière pour raison de son hostel et hebergement du Chastenay. Dans cet acte il est fait mention des héritiers de feu Guillaume du Chastenav, et des héritiers de feu Jehan du Chastenay, seigneur de la Rocheboursault.
(Arch. de la Viollière).
En 1464, Silvin du Chastenay devait à Rocheservière, sur son censif, près du Bois-Rousseau, un sol et huit deniers.
(Arch. de la Viollière).
Jehan Bertrand, seigneur de la Rocheboursault, fut sans doute un des héritiers de Jehan du Chastenay, seigneur de la Rocheboursault, desquels héritiers il est fait mention dans l'acte précité du 16 septembre 1460: il prenait la qualification de seigneur de Rocheboursault dès 1440, date des mariages de ses deux filles, Matheline et Marie, qui épousaient : la première Pierre Chasteigner ; la deuxième Jean Chasteigner.
(Dict. Beauchet-Filleau d'après les notes de M. de Gouttepagnon).
La famille du Chastenay disparut au XVIe siècle et la seigneurie du Chastenay, comme celle de la Rocheboursault passa aux mains des Bertrand.
Le blason de cette famille porte : de gueules au lion d'argent ayant la queue fourchue et passée en sautoir.
Voici la généalogie des Bertrand d'après Beauchet-Filleau :
1° Jehan Bertrand, marié vers 1420 à Guillemette de Pruillé (ou Poillé).
2° Pierre Bertrand, fils aîné du précédent.
3° Bertrand Bertrand, fils cadet de Pierre, qui servit comme brigandinier du sieur de l'Aigle, au ban du Poitou, en 1467.
4° René Bertrand, fils aîné du précédent. Dans un acte de 1512, il est qualifié de maître et bachelier ès-lois. Il épousa une dlle de Rezay, dont il eut :
5° Roland Bertrand, écuyer, seigneur de la Rocheboursault. C'est le premier qui prit le titre de seigneur du Chastenay où il établit sa résidence. Il fut marié, vers 1540, à dlle Robinette Maignen.
6° Après lui la terre du Chastenay appartint à son fils, Christophe Bertrand qui est qualifié dans plusieurs actes de haut et puissant seigneur. Il se maria, en 1579, à dlle Charlotte Chasteigner qui lui apporta la seigneurie de Saint-Fulgent.
7° Jacques Bertrand, écuyer, seigneur du Chastenay et de Saint-Fulgent, fils du précédent, épousa, par contrat du 14 septembre 1613, dlle Jehanne Durcot. Il appartenait à la religion prétendue réformée, et c'est lui, dont l'inhumation, comme il a été dit plus haut, fut l'occasion de si regrettables désordres à Saint-Denis-la-Chevasse.
8° René Bertrand, écuyer, seigneur de Saint-Fulgent et du Chastenay, fils de Jacques, épousa en 1640 Suzanne Boussiron, fille de Jacques sieur de la Brochetière.
9° De ce mariage vint René Bertrand, baron de Saint-Fulgent seigneur du Chastenay et de la Rocheboursault, maintenu noble par Barentin en 1667. Il épousa dlle Marie Loiseau et habita surtout sa terre de Saint-Fulgent. Ce fut un personnage dur et cruel, dont Colbert de Croissy, intendant du Poitou, se vit obligé de flétrir les violences et les exactions de tout genre dans un rapport présenté au Roi.
Voici en quels termes l'intendant dépeignait les cruautés de cet homme que M. Vallette appelle un autre Gilles de Retz. (Rev.de la Soc. archéol. de Fontenay, 1er liv., 3e année.)
"Le sieur Bertrand de Saint-Fulgent, âgé de vingt-cinq ans ou environ, professe la religion prétendue réformée ; mais en effet il ne connoit ny Dieu ny de religion. Quand il est hors de vin, il paroist aucunement raisonsable, mais il est presque toujours yvre, et dans le vin il est capable de toutes sortes de cruautés, de violences et de vexations. Il en a tant commis et commet encore tous les jours de différentes manières dans sa terre de Saint-Fulgent et aux environs, qu'à bon droit on le peut appeler le tyran et le fléau des pauvres de ce pays-là. Il est toujours accompagné de bohémiens à qui il donne retraite chez lui pour partager leur butin. Il a encore avec lui plusieurs sergents faussaires qui font tous les jours mille méchancetés et friponneries aux pauvres paysans, supposant de fausses dettes, de faux exploits et de fausses sentences, en vertu desquelles ils enlèvent de celui qu'ils veulent piller tout ce qui leur plaît, sans que celuy qui souffre puisse ou ose se plaindre. Enfin, c'est un homme contre lequel la Province s'escrie si généralement et si unanimement, que nous nous sentons obligé, après avoir tiré un mémoire, que nous avons, du détail de ses principaux crimes, de dire qu'il est de la- bonté et de la justice que le roy doit à ses peuples de le débarasser de ce fléau. La terre de Saint-Fulgent est à trois lieues environ de Mauléon. Il ne jouit que de 3.040 livres de rente, sa mère jouissant du surplus. Il est parent du sieur du Bouchage."
10°Jeanne-Renée Bertrand, dame du Chastenay, fille cadette de René Bertrand, établit sa demeure dans son manoir de Saint-Denis-la-Chevasse, Elle se maria à Jean-François Mauclerc, chevalier, seigneur de la Muzanchère (Mauclerc porte : d'argent à la croix ancrée de gueules). Elle survécut à son mari pendant de longues années et mourut sans postérité. Son héritière fut sa petite nièce, dlle Mélanie-Sophie-Marie-Françoise-Aimée Gazeau de la Brandasnière. Elle était fille de Louis-Gabriel Gazeau de la Brandasnière, chevalier, seigneur de Saint-Fulgent et de la Sauvagère, et de dame Louise-Sophie de Bonnestat.
(Notes de M. de Gouttepagnon).
Le premier auteur connu de la famille Gazeau a été Jehan Gazeau, écuyer, seigneur de Champdoré, en 1446, lequel ayant épousé dlle Catherine de Marsais en reçut la terre et seigneurie de Marsais (paroisse de Marsais-Sainte-Radégonde). Il eut au moins six fils, Denis, Yvon, Guillaume, prêtre, Artus, tige des branches existantes, Pierre et Colas, tous deux religieux.
Arthus Gazeau fut écuyer, seigneur de la Brandasnière (psse de Cezais) et du Langon en partie du chef de sa femme, dlle Marie Audouard qu'il épousa le 5 janvier 1471 (Arch. du chât. du Plessis-Gastineau). Gazeau porte : d'azur à un chevron d'or, accompagné de 3 trèfles de sinople.
Léon Gazeau, écuyer, seigneur de la Brandasnière et de la Boutarlière (psse de Chauché), quatrième descendant d'Artus Gazeau, acquit dans le service de la marine une situation assez importante, si l'on en juge par une lettre qu'il reçut du roi Henri III pour lui permettre d'armer, en faveur d'Antoine, roi titulaire de Portugal, en date de Saint-Germain-des Prés, le vendredi 7 septembre 1584. On y voit que
"ledit seigneur de la Brandasnière donnera à Sa Majesté Portugaise l'un des trois vaisseaux qui ont été pris en mer sur les Espagnols par les navires dudit seigneur de la Brandasnière en vertu d'un congé que Sa Majesté lui avait fait expédier pour faire la guerre ; qu'outre ledit vaisseau dont elle aura le choix il lui sera livré deux pièces d'artillerie des meilleures qui se trouveront sur lesdits vaisseaux avec deux tonneaux d'huile d'olive et six milliers de poisson au moyen de quoi sa dite Majesté remettra audit seigneur de la Brandasnière tous les droits qui, en conséquence de la dite lettre de congé, lui appartiennent sur la prise des trois vaisseaux, etc…"
Cette première branche de la Brandasnière s'éteignit dans la seconde moitié du XVIIIe siècle (Arch. du Plessis-Gastineau) et le nom de la Brandasnière fut relevé par un membre d'une branche cadette, et précisément Louis-Gabriel Gazeau, chevalier, seigneur de Saint-Fulgent, père de la nouvelle dame du Chastenay.
Celle-ci épousa son cousin-germain, Joseph Gazeau de la Brandasnière, le 21 février 1778, et lui apporta le Chastenay. Elle n'a pas laissé d'enfants et ses héritiers furent ses cousines-germaines dlles Jeanne-Henriette-Louise-Hercule Mercier de -Marigny et Marie-Rose-Victoire Mercier de Marigny.
Pendant la Révolution le vieux château du Chastenay fut longtemps occupé par les armées royales, puis en partie incendié après la dispersion des troupes de Charette. Il n'était guère resté qu'une vieille tour en ruine au centre de la pièce d'eau et qui fut démolie peu après (Notes de M. de Gouttepagnon).
Dans la première partie de l'année 1812, le Chastenay appartenait à Mlle Jeanne-Henriette-Louise Hercule Mercier de Marigny, laquelle, par testament fait à Angers le 18 octobre 1809, institua ses légataires, ses petits neveux et nièces dont les noms suivent :
1° Firmin Pasquier, receveur de l'enregistrement, Laurent Pasquier, Michel Pasquier, Agathe Pasquier et Henriette Pasquier, cette dernière mariée à M. Auguste des Portes, tous enfants de Jeanne-Henriette-Florence Adélaïde Mercier de Marigny et M. Jean-Baptiste-Michel Pasquier ;
2° Alexis-Marie-Jean-Joseph des Nouhes de Loucherie, fils de M. Alexis-Hilaire des Nouhes de Loucherie et de dame Jeanne-Françoise-Marie Mercier de Marigny.
Le Chastenay fut vendu par eux, par acte du 15 décembre 1815, en l'étude de Me Bossu, notaire à Saint-Denis-la-Chevasse, à M. Auguste-Aimé Querqui de la Pouzaire, et dame Marie-Anne-Henriette Marchegay de la Marchegaisière, son épouse. Cette dernière est décédée le 19 août 1826, et le premier le 8 février 1836.
Lors du règlement de leur succession, cette terre devint la propriété de leur second fils, M. Théodore-Aimé Querqui de la Pouzaire, marié le 12 novembre 1833, à dlle Marie Zoé de Goué, fille de Louis Alexandre de Goué, chevalier de Saint-Louis et de dame Marie-Charlotte-Rosalie du Tressay. Ils moururent, le premier, le 24 mars 1850, et la seconde le 24 mars 1854.
C'est à l'occasion de leur mariage qu'avait été construite la nouvelle habitation du Chastenay, où les jeunes époux s'étaient fixés dans le courant de l'année 1838.
Dans le cours des travaux, la cloche de l'ancienne chapelle fut découverte, enterrée dans un coin du jardin. Elle portait les noms de Mélanie-Sophie-Marie-Françoise-Aimée Gazeau et fut rendue à ses héritiers, les Gazeau de Ramberge.
Le partage de leur succession n'eut lieu entre leurs sept enfants, par suite de l'existence de mineurs, que le 25 septembre 1865 suivant acte en l'étude de M. Biré, notaire à Saint-Denis -la- Chevasse.
Cette propriété passa successivement aux trois enfants qui suivent :
1° M. Georges-Charles-Marie Querqui de la Pouzaire, sous-officier dans les mobiles de la Vendée, décédé pendant le siège de Paris ;
2° M. Auguste-Jules-Charles-Marie Querqui de la Pouzaire, ancien zouave Pontifical, sous-officier aux volontaires de l'Ouest, pendant la campagne de France, décédé le 12 novembre 1886.
3° Mlle Céline-Marie-Emilienne Querqui de la Pouzaire, décédée en 1901 à l'âge de soixante-quatre ans.
(Notes de M. de Gouttepagnon).
Querqui porte : d'argent à trois coqs de gueules, posés 2 et 1.
Cette famille de la Pouzaire était la Providence de la paroisse de Saint-Denis.
En 1897, la famille Roch de Saint-Denis-la-Chevasse fit, de la famille de la Pouzaire, l'acquisition du château du Chastenay dont l'architecture est ordinaire.
Laurière.
C'était jadis une simple métairie dépendant du château du Châtenay. En messidor de l'an XI de la République, Maître Etienne Renaudin-Cauneau, boucher de son état, en fit l'acquisition de Mme veuve Gazeau de Ramberge en la Gaubretière. Plus tard, son petit-fils, M. Mathurin Jousseaume, fit construire en ce lieu, vers 1860; une belle habitation qui est aujourd'hui le château de Laurière. C'est là qu'habite M. Alcime Roch marié en 1868 à Mme Herminie Jousseaume.
--------------------
La MAISONNEUVE
Cette demeure seigneuriale fut primitivement habitée par la famille de la Fontenelle, dont les principales branches furent celles de la Viollière, de Vaudoré et de la Maisonneuve.
Jehan de la Fontenelle, écuyer, fils de César de la Fontenelle, écuyer, seigneur de la Viollière et de la Gernigaudiere, etc., et de dame Jeanne Goullard, est qualifié seigneur de la Maisonneuve au commencement du XVIIe siècle. Il épousa dlle Anne de Lescorce, suivant contrat du 18 novembre 1603, reçu par Girard, notaire à Belleville.
(Arch. du vicomte Paul de Chabot).
Vint après lui son fils aîné, Benjamin de la Fontenelle, écuyer, seigneur de la Maisonneuve, qui s'allia avec dlle Jeanne Gourde, fille de Jean Gourde, écuyer, seigneur de la Villehervé et des Ardillers et de dame Marie de de Bourdigalle. Duquel mariage est né entre autres enfants Marc de la Fontenelle, écuyer, seigneur de la Maisonneuve, époux de dlle Elisabeth d'Auzy (Arch. du vicomte Paul de Chabot). Il vécut peu longtemps et sa veuve se remaria à Anne Durcot, chevalier, seigneur du Plessis-Puitesson, dont elle était encore veuve en 1684 (Arch. du chât. de Puitesson). Huguenote fervente, elle essaya de passer à l'étranger après la révocation de l’édit de Nantes, emmenant avec elle ses quatre enfants, dont deux de chaque lit ; mais elle fut arrêtée et emprisonnée.
Les deux enfants qu'elle avait eus de Marc de la Fontenelle étaient :
1° Pierre de la Fontenelle qui aurait réussi à s'expatrier en Hollande, aurait épousé à Bruxelles dlle Claire-Eugénie Le Riche, d'une famille notable de cette ville. Ayant pris du service dans l'armée, il serait devenu brigadier en chef des troupes hollandaises dans les Indes, et serait mort à Batavia en 1748, laissant deux enfants, Antoine et Guillemine (Note du vic. Paul de Chabot).
2° Jeanne-Honorée de la Fontenelle, mariée avant le 8 octobre 1689, à Charles de Lescorce, chevalier, seigneur de la Bergerie, auquel elle apporta la Maisonneuve. (De la Fontenelle porte : d'azur à un croissant d'argent surmonté d'une étoile de même et accompagnée de quatre étoiles cantonnées de même aussi).
Le fils de dame Jeanne-Honorée de la Fontenelle et de Charles de Lescorce, messire Marc de Lescorce, écuyer, seigneur de la Maisonneuve, prêtre, curé de Bessay, céda les fiefs et domaine de la Maisonneuve à Jacques-Daniel de Marchegay, seigneur de la Marchegaisière à la date du 6 octobre 1750. (De Lescorce porte : d'azur à une épée d'argent posée en fasce et accompagnée de trois fleurs de lys de même, 2 en chef et 1 en pointe). Les conditions de vente furent celles-ci : Une rente viagère de 1400 livres, un pot de vin de 3000 livres payé en louis d'or, et les rentes en nature qui suivent : 50 livres de beurre, un tonneau d'avoine, douze boisseaux de mil, et une charretée de charbon.
Jacques-Daniel Marchegay est décédé le 1er septembre 1751, laissant deux enfants :
1° Jacques-Daniel II Marchegay, seigneur de la Marchegaisière, officier de la maison du duc d'Orléans, marié le 22 juin 1769 à dlle Marie-Jeanne Querqui, sa cousine-germaine.
2° François-Constant Marchegay, seigneur de Ludernière, époux de dlle Marie-Marguerite Majou.
Lors de leur partage le 22 avril 1769, la Maisonneuve fut comprise dans le lot de Jacques-Daniel.
Il est décédé le 6 août 1778, laissant deux filles, qui partagèrent le 26 mai 1800.
1° Marie-Anne-Henriette, née le 28 juin 1771, mariée en 1790, à Auguste-Aimé Querqui, seigneur de la Pouzaire.
2° Félicité-Adélaide-Esther, dlle de la Maisonneuve, mariée à M. Marie-Joseph Gourraud, sieur du Buttay, docteur-médecin. (Notes de M. de Gouttepagnon)[9].
(Marchegay porte : d'azur au chevron d'or, accompagné en chef de deux étoiles d'argent et en pointe d'une épée de même).
La famille Gourraud est connue depuis le commencement du XVIe siècle. Jehan Gourraud vivait à Chavagnes-lès-Montaigu, en 1522. Son fils, ou plutôt son petit-fils, Pierre Gourraud, était notaire à Saint-Fulgent en 1598 et 1628 (Arch. de la Viollière). Il épousa dlle Jeanne Laheu, dont il eut André Gourraud, sieur de la Guibonnière, qui était en 1640 époux de dlle Marguerite Le Geay qui lui apporta la terre de la Proustière, en la paroisse de Chavagnes-en-Paillers, laquelle demeura désormais dans la famille. Son fils fut Alexandre Gourraud, sieur de la Bonnelière, et l'un de ses petit-fils Pierre Gouraud, seigneur de la Proustière, avocat en parlement, sénéchal de Saint-Georges, de la Rabastelière et de la Jarrie (Pierre Gourraud portait : de gueules à une croix d’or alaisée et cantonnée de quatre trèfles d'argent). Il se maria quatre fois et eut au moins dix enfants, au nombre desquels huit garçons, dont un fut, du moins on peut le présumer, le père du mari de dlle Marchegay de la Maisonneuve.
--------------------
La BOUTTEBOUERE
La terre noble de la Boutebouëre faisait partie des possessions de la puissante maison de Belleville, étant comprise dans la seigneurie de Montaigu.
Au XIVe siècle, on la trouve aux mains de la famille Gestin.
Jehan Gestin se qualifiait seigneur de la Bothbouëre, dans son testament en date de 1341, par lequel il donnait, entre autres choses au chapelain de la chapelle de Notre-Dame de Saint-Denis-la-Chevasse, tout ce qu'il pouvait avoir au tènement et aux appartenances de la Trotinière, sans en excepter le bois Nigré.
Vers le milieu du XVIe siècle, la Bothbouëre fut acquise par dame Catherine Faguelin, ainsi qu'il est dit dans un acte de partage de la succession de sa fille entre ses petits-enfants. Fille de Jehan Paguelin et de dame Marie Gourdeau (Histoire de la maison de Chasteigner, livre VI, p. 558), seigneur et dame de la Faguelinière et de la Raslière (Challans), elle avait épousé Arthus Chabot (d'or à trois chabots de gueules nageant amont l'eau), écuyer, seigneur de la Chaboterie dont elle avait eu deux enfants :
1° Sulpice Chabot, écuyer, seigneur de la Chaboterie, qui épousa damlle Noëmie Aubert (d’argent à dix roses de gueules posées 4 3 2 et 1), fille de Jacques Aubert, écuyer, seigneur de la Normandelière, et de dame Catherine Ayrault ; il la laissa veuve sans enfant.
2° Perrette Chabot, qui s'allia à Jacques Aubert, dit le Jeune, écuyer, seigneur de la Normandelière, fils des dits Jacques Aubert, l'Ancien, et de dame Catherine Ayrault, suivant contrat de ces deux mariages ensemble reçu par Renaudin et Trutel, notaires de la châtellenie de Rocheservière, le 11 février 1554.
(Vidimus en papier aux Arch. de la Viollière).
Perrette Chabot hérita de son frère, et devenue veuve elle se remaria avec Gabriel Darrot (de sable à deux cygnes affrontés d'argent, les têtes contournés et les cols passés en sautoir portant chacun dans le bec un anneau d'or), écuyer, seigneur de la Fromentinière.
Dans le partage qui fut fait de la succession de dame Perrette Chabot entre ses enfants, la seigneurie de la Bothbouëre et la moitié des bois de la seigneurie échurent à sa fille, dame Elisabeth Aubert, épouse de Charles Darrot, écuyer, seigneur de la Fraynaye, fils du premier mariage du seigneur de la Fromentinière avec dame Louise de Crunes ; acte dudit partage reçu par F. Rigaudeau et J. Legeay, notaires de la cour de la Flocellière, le 7août 1593 (Vidimus en papier aux Arch. de la Viollière). Elisabeth Aubert convola en secondes noces avec Jacob de Crunes (de sable a trois losanges- d'or posés 2 et 1, accompagnés de trois étoiles du second rangés en chef).
En 1620, Alexandre Durcot (d’or à trois pommes de fin tombantes de sinople), chevalier, baron de la Grève, seigneur de la Roussière, l'Aubraye, le fief des Bessons, Saint-Denis-de-la-Chevasse, etc., se qualifiait aussi seigneur de la Bothbouëre, aux termes de son contrat de mariage avec dlle Marthe Palot, en date du 20 août 1620, par devant Gibert et N..., notaires au Châtelet de Paris. (
Grosse aux arch. du chât. de Puitesson).
A partir de cette époque, la Bothbouëre (alors Boutebouère), passa, comme les seigneuries de la Roussière et de Saint-Denis-la-Chevasse, des Durcot aux de Montbourcher, puis aux Franquetot, duc de Coigny et Colbert de Torcy, marquis de Croissy et de Sablé.
Par testament, en date du 10 décembre 1788, Jean-Baptiste-Ménélas Colbert, marquis de Sablé, décédé en 1791, laissait la propriété de la Bouteboire (comme on dit aujourd'hui), à dame Henriette-Bibienne Colbert, sa sœur, veuve de M Guy-François de la Porte de Ryantz. Le 22 nivôse an XIII, cette dernière vendit la Bouteboire avec d'autres domaines à M. et Mme Sirot-Legrand, de Paris, qui, à leur tour, la vendirent, en 1817, à Etienne Renaudin-Cauneau de Saint-Denis-la-Chevasse, propriétaire de Laurière.
--------------------
L'ENCLAVE de SAINT-DENIS-la-CHEVASSE
Le fief de l'Enclave de Saint-Denis-la-Chevasse fut détaché de la seigneurie de Rocheservière et fut attribué, ainsi que le fief de Choisy (en plus grande partie de Saint-Christophe de la Chartreuse), à dlle Françoise de Volvire, fille de Messire Joachim de Volvire, chevalier, seigneur, baron de Ruffec, seigneur de Rocheservière, etc., et de dame Marguerite de Belleville.
Françoise de Volvire épousa, en 1460, Messire Joachim Rouault, chevalier, seigneur de Gamaches, maréchal de France. Leur fille, dlle Anne Rouault, femme de Messire Adrien de l'Hôpital, fut dame de Choisy et de l'Enclave de Saint-Denis-la-Chevasse. Ce dernier fief lui fut laissé et à son frère, Messire Aloph Rouault, chevalier, seigneur de Gamaches, en assiette de rente par Messire François de Volvire, chevalier, baron de Ruffec, seigneur de Rocheservière, leur cousin-germain, pour ce dernier être quitte et libéré de la rente ou supplément de partage de 310 livres tournois qu'il leur devait sur la terre et seigneurie de Rocheservière. Ce fief avait été composé de plusieurs articles de cens, rentes et autres devoirs dus par différents censitaires et teneurs de la terre et seigneurie de Rocheservière, sur des domaines situés et enclavés dans la paroisse de Saint-Denis-la-Chevasse, dont la nomenclature serait difficile à préciser aujourd'hui.
Messire Adrien de l'Hôpital et dame Anne Rouault, sa femme, cédèrent les deux fiefs de Choisy et l'Enclave de Saint-Denis-la-Chevasse à Messire Jacques Aubert, écuyer, seigneur de la Normandelière, mais ce dernier fief seulement pour deux tierces parties, la troisième ayant été vendue à Messire Rolland Bertrand, écuyer, seigneur du Chastenay, suivant acte du 14 février 1557 par devant les notaires royaux du baillage et de la sénéchaussée de Blois.
(Tout ce que dessus rapporté dans une pièce de procédure, aux Arch. de la Viollière).
Après Jacques Aubert, les deux tierces parties de l'Enclave de Saint-Denis-la-Chevasse appartinrent à son fils, Jehan Aubert, écuyer, aussi seigneur de la Normandelière, qui n'eut point de postérité. Son héritage passa à sa nièce, dlle Hélène Darrot, petite-fille de sa sœur, dlle Elisabeth Aubert, et de Messire Charles Darrot, écuyer, seigneur de la Fromentinière.
Hélène Darrot prit alliance avec son cousin-germain, Messire Gilbert Darrot, écuyer, seigneur de Luslière.
De ce mariage vint entre autres enfants Messire Gabriel Darrot, puîné, auquel furent attribués la Chabotterie, Choisy et l'Enclave de Saint Denis-la-Chevasse en partie, et qui épousa, vers 1651, dlle Gabrielle Constant.
Leur fils, Messire Gabriel-François Darrot, écuyer, fut seigneur des mêmes lieux dont il faisait hommage à la baronnie de Montaigu, le 20 mai 1701, par devant Musset et Thomazeau (Original aux Arch. de la Viollière). Marié à dlle Hélène-Gabrielle Thomasset, dont il n'eut point d'enfants, il l'institua sa donataire universelle, ainsi qu'il est dit dans l'acte aussi de donation universelle faite par cette dernière en faveur de sa nièce, dlle Anne-Renée Thomasset de la Gestière, épouse de Messire Charles-Alexandre de la Fontenelle, chevalier, seigneur de la Viollière, lequel acte par devant Gautreau et Bouron, notaires royaux de la ville et marquisat de Montaigu, en date du 18 novembre 1737.
(Grosse aux Arch. de la Viollière)
Après elle, son fils, Messire Charles-Alexandre de la Fontenelle, chevalier, seigneur, marquis de la Fontenelle, seigneur de la Viollière, la Chabotterie, Choisy, etc., fut aussi seigneur de l'Enclave de Saint-Denis-la-Chevasse, pour les deux tiers Il mourut sans postérité de sa femme, dlle Suzanne-Thérèse-Henriette Poictevin du Plessis Landry, laissant pour seule héritière, sa sœur, dame Gabrielle-Anne de la Fontenelle, épouse de Messire Joseph-Charles-Marie de Goué, chevalier, seigneur du Marchais.
Armoiries de quelques familles qui ont possédé, depuis le XVIe siècle, la châtellenie et seigneurie de Saint-Denis-la-Chevasse, la seigneurie de la Roussière et le fief de l'Enclave. (Les armoiries déjà décrites plus haut ne le sont pas ici.) :
De Brosse : écartelé, au premier et quatrième d’hermine plein, au deuxième et troisième d'azur à trois gerbes d'or liées de gueule,
De Montbourcher ! d'or à trois channes (sorte de marmite à trois pieds et une anse) de gueule.
De Franquetot de Coigny : de gueules à une fasce d'or chargée de trois étoiles d'azur, accompagnée de trois croissants du second, deux en chef et un en pointe.
Colbert : d'or à la bisse (ou couleuvre) d'azur tortillée en pal.
De Volvire : burelé d'or et de gueules de dix pièces.
Rouault : de sable à deux léopards d'or l’un sur l'autre.
De l'Hôpital : d'azur à la tour d'argent posée sur un rocher de même, au chef cousu de gueules chargé de trois étoiles d'or.
Thomasset : d’argent à cinq mouchetures d’hermine de sable posées 2, 2 et 1, au chef d'azur chargé d'un griffon passant d'or, soutenu d'une divise du second.
De Goué : d'or au lion de gueules sommé d'une fleur de lys d'azur.
--------------------
Le fief d'ESSIRE et la MARCHEGAISIERE
Voici, sur ces deux endroits, les notes fournies par M. de Gouttepagnon de Saint-Hilaire-le-Vouhis.
Le fief d’Essiré
était le plus important des nombreux petits fiefs qui ont fini par donner naissance au village qui porte ce nom dans la paroisse de Chauché pour une de ses parties et dans celle de Saint-Denis-la-Chevasse pour l'autre.
Il se trouvait délimité comme il suit dans un aveu du 9 juillet 1774 :
"lequel dudit fief confronte d'un bout au ruisseau, qui le sépare du fief de la Rocheboursault ; d'autre part à la rivière de la Boulogne, d'un coté au ruisseau qui descend du Bonnifou, et d'autre côté aux terres de la Marchegaisière". Il est souvent appelé le fief Royrand.
Tout à côté se trouvaient les fiefs au Blanc ou Aublanc et Rambaud, et le fief de la Vergne-Ortye qui relevait de la châtellenie de la Merlatière et de la Jarrie.
Quand aux terres dites de la Marchegaisière,
elles faisaient primitivement partie des fiefs du Bouchou et du Bonnifou qui appartenaient aux seigneurs de la Chabotterie, de la Normandelière et de la Babinière, et relevaient de ce dernier fief.
L'acquisition en fut faite en 1643 par André Marchegay, sieur de la Simignonnière, lequel, dès l'année suivante, y fit choix d'un emplacement pour l'habitation dont la construction commença presque aussitôt et qui devait prendre le nom de la Marchegaisière.
En 1445, le 5 avril, Jehan Royrand seigneur d'Essiré, demeurant à Saint- Denis-la-Chevasse, figure dans un contrat d'échange.
Le 29 avril 1462, Estienne Royrand, son fils et successeur, rend hommage à Puitesson pour le fief Rambaud. Il avait épousé Jehannette Pelletier, et ses enfants furent Philippe, Pierre, Françoise et Simonne, cette dernière mariée à Jehan Caillaud.
Philippe Royrand qui avait épousé Perrinne Morelle (Moreau) est décédé avant son père, laissant pour héritiers : Jacques, Denis et Jacquette.
Le 20 mai 1502, Jacques Royrand, écuyer, seigneur d'Essiré, fils aîné dudit Philippe rend hommage pour le fief d'Essiré au seigneur de Puitesson.
En 1510, le même aveu est rendu par Denis Royrand, frère germain du précédent et son héritier.
En 1543, Denys Royrand, écuyer, seigneur d'Essiré, fils du premier Denis, rend de nouveau hommage au seigneur de Puitesson.
Le 15 avril 1565, Claude Royrand, chevalier, seigneur de l'Aubariere et de la Vergne-Ortye, rend hommage à noble homme François Ortye, écuyer, seigneur de la Barre de Commequiers, au nom et comme tuteur de noble et puissant Gilles de Chasteigner, écuyer, seigneur de la Merlatière et de la Jarrie.
Le 1er juin 1606, honorable homme André Nicou, sieur de la Mesleray, et dame Marie Royrand, sa femme, reçoivent un aveu de Christophe Bertrand, écuyer, seigneur du Chastenay, à cause de leur fief d'Essiré. Marie Royrand était décédée le 20 juillet 1609, date à laquelle son mari, agissant comme père et loyal administrateur de son fils André, fait un échange avec Pierre Durcot, écuyer, seigneur de Puitesson.
En 1630, le même, agissant encore au nom de son fils, rend hommage à Jehan Aubert, chevalier, seigneur de la Chaboterie, de la Normandelière et de la Babinière, pour raison de son fief de Bouchon.
Vers 1640, son fils, André Nicou, seigneur d'Essiré, et qui habitait dans la région de Luçon, cède ses droits à André Marchegay, sieur de la Simignonnière, demeurant en ce moment-là à la maison noble de la Roussière, en Saint-Denis-la-Chevasse.
C'est trois ans après, en 1643, que André Marchegay se rendit acquéreur d'une portion des fiefs et tènements du Bouchou et du Bonifou, sur laquelle fut bâtie presque aussitôt la Marchegaisière.
Cette habitation construite dans le goût de l'époque a été conservée presque toute entière, et on remarque, sur la façade nord, une porte du commencement de la Renaissance, en granit, d'un joli dessin.
Les vendeurs étaient:
1° Dame Hélène Darrot, veuve de Messire Gilbert Darrot, chevalier, seigneur de l'Huilière, en son vivant lieutenant colonel du régiment de Mgr le duc de Brézé, et dlle Charlotte Darrot, dame des Raslières, toutes les deux demeurant à la Fromentinière, paroisse de la Flocellière.
2° Messire Gabriel des Nouhes, chevalier, seigneur de Beaumont et du Pally, le chevalier Jacob des Nouhes et Messire Gabriel des Nouhes, du prieuré de l'Angle, ses deux frères.
Dès 1645, André Marchegay tient les assises de son fief d'Essiré à. la Marchegaisière, où il ne s'installe d'une manière définitive que quelques années plus tard.
André Marchegay, seigneur de la Simignonnière, paroisse de Saint-Hilaire de-Vouhis, était le second fils de noble homme Ozée Marchegay, sieur de Leslanière, et de dame Esther Charretier. Il avait épousé damlle Jeanne Robin, d'une famille des environs de Chantonnay. Il est décédé en 1679, ainsi qu'en témoigne une quittance de rachat délivrée cette même année, par Anne Durcot, seigneur de Puitesson.
La Marchegaisière passa à son second fils Pierre Marchegay, sieur d'Essiré, avocat au parlement, époux de dlle Marie Béranger, fille de Jacques Béranger, sieur de Ludernière, et de dame Marie Basché, Il est décédé en 1694.
Daniel Marchegay, sr de la Marchegaisière et d'Essiré, fils aîné du précédent, agissant au nom de ses cohéritiers, fait en 1701 une déclaration des biens de famille qui sont sujets aux droits de francs-fiefs, dont, entre autres, le fief d'Essiré relevant de la seigneurie de Puitesson, qui en rend aveu au seigneur de la Jarrie, lequel le rend au baron des Essarts, et ce dernier au seigneur baron de Thouars, et le seigneur de Thouars au Roi.
Il épousa demoiselle Madeleine Hersant, fille de Ruben Hersant, sieur du Chaumet, et de dlle Judith Loyau, famille protestante de la Copechagnière. Madeleine Hersant reçut cependant la sépulture catholique, ainsi que le prouve une quittance de quarante-deux livres, délivré par le Curé de la Copechagnière à l'occasion du paiement de ses obsèques.
Dans le courant de l'année 1707, son mari réclame la main-levée de la saisie opérée sur les biens de son aïeule maternelle Marie Basché, et de son oncle Charles Béranger, sieur des Margatières "considérés autrefois comme religionnaires fugitifs". Cette main-levée fut accordée sur un certificat de catholicité délivré par Mgr Jean-François de Lescure, évêque de Luçon.
Daniel Marchegay est décédé en 1719, et sa veuve en 1749. C'était une femme de grand sens, qui jouissait de beaucoup de considération dans son entourage et qui a fait preuves en maintes circonstances de sentiments vraiment généreux.
Jacques-Daniel Marchegay, sieur de la Marchegaisière et d'Essiré, avocat en parlement, le fils aîné des précédents, épousa dlle Anne-Charlotte Clémenceau, fille de Jacques Clemenceau, écuyer, seigneur des Chaffauds, officier de la maison royale, et de dame Marie Charretier. Il est décédé le 1er septembre 1751, laissant deux jeunes fils : Jacques-Daniel, né en octobre 1744, et François-Constant, sieur de Ludernière, qui s'est fixé par la suite à Chantonnay.
Jacques-Daniel (IIe du nom) Marchegay, écuyer, seigneur de la Marchegaisière, d'Essiré et de la Maisonneuve, gentilhomme de S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans, se maria, le 22 juin 1769, à sa cousine-germaine dlle Marie-Jeanne-Félicité Querqui, fille de Jacques Querqui, écuyer, seigneur du Châtelier et de feu dame Marie-Marguerite Clémenceau. Duquel mariage sont issues deux filles : Marie-Anne-Henriette, mariée à Auguste-Aimé Querqui de la Pouzaire ; et Félicité-Adélaïde Esther, épouse de Marie-Joseph Gourraud du Buttay, de la Maisonneuve.
La famille Querqui dont le nom a été écrit quelquefois Querrequi est originaire du Bas-Poitou, où plusieurs de ses membres étaient honorablement établis dès le commencement du XVe siècle dans les baronnies du Puybelliard, Chantonnay et Sigournais et dans le vicomté de la Chaize, où un Jacques Querqui figurait en 1502 sur la liste des fabriqueurs de l'église paroissiale de Saint-Johan. Le plus ancien titre est fourni par les archives de la maison de Brandois. Le 20 décembre l401, Johan Querrequi, prêtre, figure sur une procuration donnée par Galéhas de Ploër, écuyer, seigneur de Buygnon et de Saint-Benoist, pour rendre foy et hommage en son nom, à cause de son fief Orson (jadis Arsson) à Messire Jehan Foucher, chevalier, seigneur de la Sauzaie.
André Querqui, fils d’Hilaire Querqui et Jehanne Imbert, cette dernière fille de Jean Imbert, lieutenant-criminel à Fontenay-le-Comte et célèbre jurisconsulte, était, en 1620, avocat en parlement de Paris, et pendant de longues années, il fut l'intermédiaire choisi de toutes les personnes notables du pays auxquelles sa grande expérience des affaires lui permit de rendre d'importants services. Il est décédé en 1663, laissant une fille, dlle Marie Querqui, épouse de Messire René-Antoine de Ramberge, écuyer, seigneur de l'Epinay, et un fils Jean Querqui.
Ce dernier revint habiter le Bas-Poitou, et se maria, en 1670, à dlle Jeanne Moussyan, dame de la Pouzaire.
De ce mariage est né un seul fils François-Alexandre Querqui, écuyer, seigneur de Challais, qui entra dans les Mousquetaires noirs commandés par le Mis de Viris, et obtint, en 1696, des lettres de noblesse. De son mariage avec dlle Françoise-Aimée Bousseau, fille de Jean Bousseau, sieur de la Cholletiere, et de Anne Béranger, il eut entre autres enfants :
1° Jean-Alexandre Querqui, écuyer, seigneur de Challais, dont il va être parlé ci-après ;
2° Jacques-Auguste Querqui, écuyer, seigneur du Chatellier, marié, en 1741, à dlle Marie-Marguerite Clémenceau, fille de Jacques Clemenceau, écuyer, seigneur des Chaffauds et de dame Marie Charretier, et qui fut l'auteur de la branche fixée au Puybelliard.
Jean-Alexandre Querqui, écuyer, seigneur de Challais, fut admis dans les gendarmes de la Garde du Roi, et fit en cette qualité la campagne de Philipsbourg. Il épousa, le 16 juin 1748, dlle Louise-Françoise Reignier, fille de Jean-Louis Reignier, écuyer, seigneur de Champeau et de dame Marie-Louise Nau, suivant contrat reçu par Debout et Cahaie, nores à Melle. Il laissa huit enfants, dont seulement deux fils :
1° Auguste-Aimé, qui continue la descendance ;
2° Salomon, écuyer, seigneur de l'Angle, officier dans l'artillerie royale, décède sans alliance.
Auguste-Aimé Querqui, écuyer, seigneur de la Pouzaire, né le 27 octobre 1760, s'est allié, en 1790, à dlle Marie-Anne-Henriette Marchegay, fille de Jacques-Daniel Marchegay, écuyer, seigneur de la Marchegaisière, d'Essiré et de la Maisonneuve, et de dame Marie-Jeanne-Félicité Querqui du Chatelier, ainsi qu'il a été dit plus haut. C'est seulement vers la fin de l'année 1796 qu'il put s'installer d'une manière définitive à la Marchegaisière qui était échue à sa femme dans la succession de son beau-père. Il est décédé le 8 février 1836, à l'âge de soixante-seize ans, laissant six enfants vivants.
Auguste-Aimé-Constant Querqui de la Pouzaire, l'aîné de tous, dut, par ordre de Napoléon 1er, s'engager dans les Gardes d'honneur et prit part, en cette qualité, avec de nombreux gentilshommes vendéens qui se trouvaient dans les mêmes conditions aux dernières campagnes de l'Empire. Il y reçut, le 12 mars 1814, la décoration de la Légion d'honneur. Il avait juste vingt-deux ans. Lors du licenciement des Gardes d'honneur, en 1815. il refusa le grade d'officier qui lui était offert pour rentrer dans sa famille, à la Marchegaisière, et, après le décès de son père, il continua à y résider avec ses deux sœurs, Mlles Sophie et Esther de la Pouzaire, dont le souvenir est toujours vivant dans la contrée. Demeuré sans alliance, M. Auguste de la Pouzaire est décédé le 10 avril 1851.
Après la mort de Mlle Esther de la Pouzaire, la dernière survivante, survenue en 1868, la propriété de la Marchegaisière fut attribuée par partage à son neveu, M. Louis-Armand-Louis-Théodore-Marie Querqui de la Pouzaire, fils aîné de M. Théodore Aimé Querqui de la Pouzaire et de dame Marie Zoé de Goué.
Nommé membre du Conseil d'arrondissement pour le canton de Saint-Fulgent, puis membre du conseil général, M. Armand de la Pouzaire est décédé le 17 août 1880, à l'âge de quarante-deux ans, des suites d'un malheureux accident de voiture. Il avait épousé, en septembre 1864, dlle Armande-Marie de Buor de la Voye, fille de M. Hippolyte de Buor de la Voye, et de dame Emilianne de Barbarin des Cousteaux, dont il laissait deux filles : 1° Emiliane-Marie-Armande et 2° Marguerite-Marie.
La propriété de la Marchegaisière est actuellement habitée par l'aînée, mariée depuis le 13 octobre 1886 à M. Henri-Honoré de Béjarry, auquel elle a donné deux fils, Armand et Henri.
Les deux héritières de M. Armand de la Pouzaire célébrèrent ensemble leur mariage le même jour dans la vieille église de Saint-Denis et elles eurent l'honneur de voir leur union bénite par Son Eminence le cardinal Richard, archevêque de Paris. Pendant que Mlle Emilianne se mariait à M. Henri de Béjarry, Mlle Marguerite-Marie épousait M. Albert de la Vergne, de la paroisse de Boussay, dans la Loire-Inférieure et petit-neveu de Son Eminence.
Ce jour-là, l'antique sanctuaire avait été richement orné et il cachait ses ruines sous de précieuses tentures; une aristocratique assemblée se pressait autour des jeunes époux et leur apportait le témoignage de sa sympathie. En même temps, le vénéré Cardinal adressait aux heureux mariés une touchante et paternelle allocution qu'il terminait ainsi :
"Mes chers enfants, j'aurais pu prononcer aujourd'hui des noms chers à vos familles, remonter à plusieurs siècles en arrière, je préfère vous dire simplement, si vous avez besoin de leçons et d'exemples, regardez le passé, regardez le présent, demeurez fidèles aux traditions catholiques et vendéennes. J'en ai l'espoir, puisque le Souverain Pontife, qui compta l'un des vôtres[10] parmi les défenseurs du Saint-Siège, a daigné m'envoyer pour vous une bénédiction dont je suis heureux de vous laisser le témoignage."
Pour terminer cet article sur la Marchegaisière, nous ajouterons :
1. Au sujet des Marchegay. Divers membres de la même famille sans doute se trouvaient aussi jadis au bourg de Saint-Denis et à Essyré. Les registres notariaux nous donnent, en 1678, le nom d'André Marchegay, sieur des Davières, habitant au bourg, et en 1735, ceux d'Alexis Marchegay, sieur de la Martinière, et de son cousin, Pierre Marchegay, sieur des Daviéres.
Le distingué archiviste Marchegay descend de la branche cadette des Marchegay de la Marchegaisière qui s'était fixée à Chantonnay, comme on l'a dit plus haut.
2. Au sujet des Querqui. Querqui porte : d'argent à trois coqs de gueules, la patte levée et posés 2 et 1. Famille d'échevinage de la Rochelle. Alexandre Querqui, écuyer, seigneur de Challais, reçut des lettres de noblesse en 1696. Elle est divisée en deux branches: l'une est restée protestante ; l'autre, celle de la Pouzaire est revenue au catholicisme.
3. Au sujet des Béjarry. Vieille famille qui existait dans le Bas-Poitou dès le XIIIe siècle. Dans son livre de la "Vendée à travers les âges" (t. 1. p. 262), M. Brochet mentionne quatre Béjarry parmi les croisés du Bas-Poitou : Gaspard, Bonaventure, Achille-Louis et Armand-Charles. Ce dernier était page du grand maître de l'ordre du Temple. Le blason de la famille porte : de sable à trois fasces d'argent.
--------------------
L'ancienne église de SAINT-DENIS-la-CHEVASSE
Voici ce que M. l'abbé Rousseau, curé de la paroisse, écrivait sur ce vieil édifice, le 18 décembre 1893, lors de la bénédiction de la première pierre de la nouvelle église :
"Appartenant à plusieurs époques, il avait beaucoup souffert de l'injure des temps, aussi bien que de la main des hommes.
Restauré une première fois vers 1567, sous le gouvernement du marquis de Sainte-Hermine[11], gouverneur du Poitou au nom d'Henri III, il avait vu l'ancienne abside romane a petites fenêtres faire place à un chœur à fond plat et à pignon pointu dans le goût du XVIe siècle, le reste de la nef et la façade principale restant ce que les avaient faites les logeurs du Bon Dieu de la fin du XIe siècle.
Une pierre tombale trouvée en dehors de la première travée et portant la date de 1091, avec les noms de Guillaume Preillaud et Nicolas Preillaud, avec Denise Pradeau, sans doute l'épouse de Guillaume, une croix en saillie et un marteau de maçon de même, semblé nous révéler et la date de la construction primitive et les noms des ouvriers qui l'auraient bâtie[12].
En tout cas, la façade un peu frustre, avec ses corbelets et ses lignes nettement accusées, est bien sûrement de cette époque.
Au commencement du XVIIe siècle, vers 1626, l'église avec son chœur nouvellement construit et sa litre armoriée, courant sur trois côtés d'un chapiteau à l'autre, fut saccagée et incendiée par les Huguenots de la contrée.
La grande verrière qui s'ouvrait au fond ayant été détruite, on se décida à l'aveugler complètement ou à peu près, et tout le fond du chœur fut revêtu d'un vaste rétable Louis XIII, qui, après avoir subi les injures et les atteintes des Vandales de 1793, fut restaurée par M. l'abbé Poisson, ancien curé de la paroisse, aujourd'hui chanoine titulaire de la cathédrale de Luçon, et a subsisté jusqu'à l'ouverture des travaux de la reconstruction actuelle.
Ce rétable, bien qu'il fût un hors-d'œuvre dans l'édifice du XVIe siècle, avait cependant des parties et des motifs d'une véritable valeur. Il fut même question, à plusieurs reprises, de le conserver et de l'encadrer dans le monument à construire. Mais c'était sacrifier un monument à un meuble et compliquer, d'autre part, une situation déjà bien difficile.
Il fut alors décidé qu'on le descendrait pierre à pierre, avec toutes les précautions possibles — ce qui fut heureusement exécuté par M. Roulain, entrepreneur des travaux — sauf à le replacer, tout ou partie, sur les plats réservés des murs du transept de la construction nouvelle.
En 1793, l'incendie dévora l'église et endommagea notablement les sculptures du rétable. Quand, à la paix religieuse de 1801, on voulut rendre l'église au culte, ce fut sans aucun art et sans les conditions ordinaires de solidité qu'on releva les murs. La seule richesse de la nouvelle restauration — si on peut l'appeler ainsi — consistait dans une forêt de poteaux de chênes supportant une charpente remarquable surtout par une profusion de fermes et de demi-fermes, plutôt que par l'habileté des ouvriers et le fini de l'ouvrage".
La reconstitution du rétable projetée plus haut n'a jamais été faite dans la nouvelle église et ne le sera probablement jamais. On le voit encore, tel qu'il a été déposé dans la cour du Presbytère, subissant depuis lors toutes les intempéries des saisons.
D'après M. Mandin, architecte de Périgueux, qui a donné les plans de la nouvelle église, ce rétable était en calcaire de la Vendée, et les colonnes en marbre noir de la Sarthe.
Au sujet de la restauration de l'église, après la Révolution, on raconte une légende qui ne manque pas de charmes, et que R. Thiverçay a reproduite dans ses intéressantes Chroniques vendéennes.
Le malfaiteur qui avait incendié l'église pendant la tourmente révolutionnaire prenait, après son forfait, la route de Chavagnes-en-Paillers. A la sortie du bourg de Saint-Denis, il s'arrête un moment et tourne la tête pour contempler son œuvre. Voyant alors les flammes qui s'élevaient en tourbillonnant vers le ciel, il se serait écrié dans les accents d'une joie sinistre :
"Tu brûles, Saint-Denis". Mais la punition divine ne tarda pas à l'atteindre. A peine a-t-il prononcé cette parole que sa tête demeure retournée en arrière. Reconnaissant alors la main qui le frappe, il demande pardon à Dieu de sa faute et lui promet de reconstituer à ses frais la charpente de son temple si sa tête revient dans son état normal. Le Seigneur l'exauça, et l'incendiaire, repentant, accomplit si généreusement sa promesse, que cent ans après, M. Rousseau, dans l'article précité, pouvait parler, dans son style poétique, "d'une forêt de poteaux de chêne supportant la charpente de l'église".
Ces poteaux étaient au nombre de quatorze, sept de chaque côté, recevant, à 7m 50 au-dessus du sol de l'église, les sept fermes maîtresses qui portaient la toiture en tuiles creuses, cachée par un plafond en bois légèrement cintré, à 8m 80 de hauteur. La nef ainsi recouverte mesurait 26 mètres de longueur sur 12m 40 de largeur. D'après M. Mandin, elle devait avoir deux collatéraux, ainsi que semblaient l'indiquer les contreforts de la façade d'entrée, construite en granit et avec une grande sévérité, ne comprenant comme ornementation, au-dessus de la porte d'entrée de 1m 81 de largeur, qu'un cordon mouluré reposant sur neuf corbelets sculptés.
Cette nef, qui avait le défaut d'être mal éclairée, était percée d'une petite porte au sud s'ouvrant sur l'ancien cimetière qui entourait l’église depuis bien des siècles.
Deux gros piliers en granit, aux profils convulsés, qui délimitaient la nef, recevaient les retombées d'un arc ogival triomphal de 9m 10 de largeur sur 9m 40 de hauteur.
A la suite, formant le sanctuaire, le mur goutterot nord de 10m 25 de longueur. Il était ajouré, à 0m 69 du nu du gros pilier intérieur, d'une petite porte latérale dont les montants moulurés se terminaient en accolade.
D'après M. Rousseau, cette porte aurait été à l'usage du Prieuré situé tout près, au nord du cimetière.
Une grande baie ogivale, à arc aigu de 2m 80 de largeur entre ses arêtes extérieures, et de 1m 80 de vide, avait été ménagée au nord, à 2m 40 au-dessus du dallage, sur une hauteur de 5m 30. Les meneaux, qui divisaient ce vide, n'existaient plus, et la partie inférieure était murée sur 3m 50 de hauteur. Une autre grande baie, en partie murée, avait également été ménagée dans le mur sud du sanctuaire, au-dessus de la porte de la sacristie.
A 0m 75 du pilier séparatif de la nef romane de la travée du sanctuaire, avait été ouverte, au commencement du XVIIe siècle, une baie de 3m 20 de largeur et de 5m 40 de hauteur, donnant accès à une chapelle latérale de 3m 90 de côtés, sous le clocher de forme rectangulaire de 7m,40 sur 5m,20. Un élargissement de 0m 60 de profondeur sur 2m 05 de largeur avait été fait dans le mur est de cette chapelle pour recevoir un autel. En face s'ouvrait la porte du clocher qui s'élevait à 17m 50 au-dessus du dallage, avec une toiture en pavillon à croupes, de 1,15 seulement et couverte en tuiles creuses. Là encore, une grande baie, en partie murée, de 1m 40 de largeur sur 2m 75 de hauteur, éclairait la chapelle du clocher.
La voûte du sanctuaire, de 10m 42 de côtés et de 0m 55 d'épaisseur, bâtie en moellons schisteux recouverts d'un enduit, reposait, à 3m 60 au-dessus du dallage, sur des chapiteaux grossièrement sculptés, d'où s'échappaient de chaque angle trois nervures de 0m 39 de saillie, dessinant une étoile à quatre branches, et s'élevait ainsi à 13 mètres au-dessus du dallage. Deux nervures, partant des sommets des arcs formerets, à 9m 30 au-dessus du dallage, divisaient ainsi l'étoile en huit parties égales. Tous les points de jonction des nervures étaient accusés par des clefs en pendentifs de 0m 40 de saillie, portant des armoiries. La ligne génératrice de l'intrados était une droite, et la forme générale une pyramide. Des solutions de continuité existaient sur plusieurs points de cette voûte.
A cette description de la vieille église, faite par M. Mandin, ajoutons les détails très intéressants fournis par M. le chanoine Poisson, ancien curé de la paroisse, sur le retable dont nous avons parlé plus haut.
Le rétable, œuvre du XVIIe siècle, avait un développement de dix mètres sur le mur du fond du chœur et masquait presque entièrement un vitrail primitif, fin du XVe ou commencement du XVIe siècle. Il surmontait les trois autels, dont le principal, l'autel majeur, était en retrait sur l'alignement des autels latéraux.
I. Au -dessus de l'autel majeur, un tableau de très grande dimension, formé par une forte moulure décorée de feuilles d'acanthes finement travaillées, encadrait la scène de la Nativité de Notre-Seigneur. Cette scène, dont les personnages en haut relief, dégagés aux trois quarts, étaient de grandeur naturelle, se composait seulement de l'Enfant-Jésus au milieu couché sur la paille, levant doucement les mains vers le ciel, de la Sainte-Vierge du côté de l'Evangile, et de l'autre côté, de Saint-Joseph, l'un et l'autre à genoux dans la posture et l'expression de l'adoration la plus profonde. Dans le fond, quelques détails de perspective, plutôt indiqués que dessinés, ressortaient très sobrement pour ne pas détourner l'attention du mystère représenté. Ce tableau très remarquable captivait les regards par sa position, ses dimensions, et surtout par l'expression vivante et religieuse de ses personnages.
Dans les dégagements qui reliaient, par une ligne courbe, cette partie centrale du rétable avec l'ornementation des petits autels, se trouvaient à droite (style liturgique, coté de l'Evangile), la statue de saint Denis, heureusement conservée dans la nouvelle église, et à gauche (côté de l'Epitre), la statue d'un saint mitré dont aucune caractéristique n'avait permis de fixer l'identité. Sur des données bien imprécises fournies par un vieillard de la paroisse, on croyait y reconnaître un Saint‑Augustin. M. l'abbé J.-J. Rousseau voulait y voir un Saint-Clément.
Au-dessus de la belle scène de la Nativité, se trouvait la scène du Crucifiement : Jésus en croix, à sa droite sa Sainte-Mère, à sa gauche Saint-Jean. Ces statues, de grandeur naturelle comme toutes les autres, formaient le couronnement de la partie centrale du rétable.
C'est le lieu de faire ressortir le symbolisme si pieux et d'une théologie mystique si bien comprise qui avait présidé à la composition de cette partie du rétable. Trois grands mystères y étaient rappelés, ou plutôt deux, comme nous venons de le voir, y étaient représentés, et le troisième s'y renouvelait chaque jour à l'autel. Le peuple chrétien n'avait qu'à lever les yeux pour se rappeler les trois mystères de l'Incarnation, de la Rédemption, de l'Eucharistie ; les trois abaissements du Fils de Dieu dans la crèche, sur la croix, sur l'autel.
II. La décoration de l'autel de la Sainte-Vierge, qui devait avoir été dédié à Notre-Dame du Rosaire, consistait en un tableau principal représentant la Vierge-Mère tenant sur ses genoux l'Enfant-Jésus. Celui-ci présentait le rosaire à Saint-Dominique à genoux, placé à gauche. De l'autre côté, à droite, Sainte-Catherine de Sienne à genoux recevait le rosaire de la main de la Sainte-Vierge. Auprès de Saint-Dominique, un peu au-dessous était représenté un chien tenant dans sa gueule une torche allumée, symbole sous lequel le vit sa mère avant sa naissance. Les personnages de ce tableau, traités en ronde-bosse, étaient de grandeur demi-nature[13].
Au-dessous, entre ce tableau et le gradin de l'autel, était un tableau de moindre dimension, où se trouvait représenté en bas-relief le mystère de l'Annonciation, premier mystère du Rosaire. On y voyait, sur un fond complètement uni, seulement la Sainte-Vierge à genoux et l'ange Gabriel.
III. L'ornementation de l'autel de Saint-Antoine était disposée dans ses grandes lignes comme celle de l'autel de la Sainte-Vierge. Ce troisième autel était évidemment dédié à Saint-Antoine, ermite, comme le prouve le tableau principal qui faisait pendant au bas-relief du Rosaire. La scène qui y était représentée était la sépulture par Saint-Antoine de Saint-Paul, premier ermite, dont deux lions creusaient la fosse avec leurs pattes. Cette scène, vivante et rendue avec une grande perfection, était remarquée des visiteurs et à bon droit.
Au-dessous de ce tableau principal se trouvait, comme à l'autel du Rosaire, un bas-relief de moindre dimension. La scène qui y était représentée était l'apparition de l'Enfant-Jésus à Saint-Antoine de Padoue. Pourquoi Saint-Antoine de Padoue ? Était-ce ignorance de l'histoire et confusion de deux vies sous un seul nom ? Ce n'est guère croyable dans un travail aussi étudié que celui dont nous nous occupons. N'était-ce pas plutôt dans le but d'unir la dévotion à ces deux saints à cause de leur communauté de nom, étant donné que Saint-Antoine de Padoue a eu, à certaines époques, comme de nos jours, des triomphes plus marqués dans les manifestations de la piété chrétienne ? Toujours est-il qu'on a pensé à conserver cette dévotion dans la nouvelle église ; et nous savons pertinemment que Sa Grandeur Monseigneur l'Evêque en octroyant très gracieusement l'autorisation d'y ériger et d'y bénir solennellement une statue de Saint-Antoine de Padoue, a vu, dans la demande qui lui en était faite, non pas un engouement du moment, mais le désir très légitime de continuer et de conserver une tradition religieuse paroissiale qui, si petite soit-elle, a droit au respect et à l'attention des fidèles.
Pour compléter cette notice, disons un mot de la valeur artistique des différentes parties de ce travail. Tout ce qui était d'ornementation, feuillages, moulures et modillons des corniches était supérieurement traité. Une mention particulière est due aux chapiteaux corinthiens en pierre blanche, comme tout le reste, lesquels chapiteaux couronnaient des colonnes en marbre noir ardoise très commun.
Aux statues ci-dessus mentionnées, il faut encore ajouter celles de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Sébastien, placées dans des édicules formant le couronnement du rétable au-dessus de chacun des autels latéraux. Comme toutes les autres, sans être trop défectueuses, elles pouvaient laisser à désirer aux yeux des fins connaisseurs ; cependant celle de la Sainte-Vierge au pied de la croix était supérieure aux autres, surtout comme expression.
Enfin, mentionnons les petites statues de Saint-Pierre et de Saint-Paul placées de chaque côté du Tabernacle, et celles de Saint-Etienne et de Saint-Laurent qui encadraient l'exposition située entre le Tabernacle et la Nativité.
Quant aux sujets traités en haut et en bas-relief dont nous avons parlé, il y avait entre eux, au point de vue de l'esthétique, des différences si marquées qu'à n'en pas douter ils ont été travaillés par divers artistes, deux au moins, trois peut-être. La sépulture de Saint-Paul, nous l'avons dit, était admirablement représentée. On pourrait en dire autant de la scène de la Nativité, sans pouvoir affirmer qu'elle fût l'œuvre du même ciseau. — Quant à la scène du Rosaire, sans être grand connaisseur, il était facile de reconnaitre que l'ouvrier était inférieur. Si la mise en scène des personnages était assez bien comprise, les types en étaient communs et trapus, les vêtements raides, le drapé sans grâces : l'ensemble était lourd et dur.
Nous avons parlé de la scène du crucifiement. Il est juste de dire que le personnage principal y manquait; car on ne peut regarder comme faisant partie du monument le mauvais christ en bois, œuvre d'un ouvrier du lieu qui y avait mis moins d'art que de bonne volonté, œuvre de la fin du XVIIIe siècle ou du commencement du XIXe, nous ne savons. Nous ignorons également s'il remplaçait un christ primitif qui certainement aurait eu quelque valeur Peut-être celui-ci avait-il disparu pendant la tourmente révolutionnaire avec les trois autels qui furent remplacés dans le courant du siècle dernier par des autels en bois ou en marbre sans valeur artistique et sans caractère archéologique.
Il en est sans doute qui regretteront la disparition de cette œuvre qui ornait si bien la vieille église, mais en la sacrifiant, le nouvel édifice y a certainement gagné comme ensemble, comme proportions, comme harmonie de ligne. En tout cas, le problème était difficile à résoudre avec des ressources insuffisantes.
---------------------
Les CHAPELLENIES
I. Chapellenie de Saint-Antoine-de-l'Estang.
Elle était à la présentation des seigneurs de l'Estang et rapportait douze charges de blé évaluées cent vingt livres, à la charge de deux messes (Voir le Pouillé de Luçon).
Elle fut fondée au commencement du XVIe siècle. Guillaume Durcot, écuyer, seigneur de la Servantière et de l'Estang, par son testament, en date de Saint-Denis-la-Chevasse, 30 avril 1517, reçu par Champrepus et Frayneau, notaires de la chatellenie "…élit sa sépulture en la chapelle de Saint-Antoine dans l'église de Saint-Denys-la-Chevasse auprès de l’ensépulture de déffunt Guillaume Durcot son père et fonde une stipendie et désigne chapelain son frère, Maurice Durcot, prêtre." (Copie en papier aux arch. du chât. de Puitesson).
Les Insinuations ecclésiastiques nous donnent les noms de deux prêtres qui ont joui de cette chapellenie :
1° Le Bacle, curé de Cirière, au diocèse de la Rochelle. (Registre de 1719 à 1724).
2° René-Philippe Violeau, également du diocèse de la Rochelle. (Registre de 1736 à 1741).
Enfin le Registre des Délibérations du Bureau de la Chambre ecclésiastique nous donne, à la date du 7 février 1774, le document suivant qui porte pour titre : Modération de la taxe de la Chapelle de l'Etang, à Saint- Denis-la-Chevasse :
"Le Bureau ayant égard à la requête présentée par le titulaire de la Chapelle de Saint-Antoine-de-l'Etang désservie dans l'église paroissiale de Saint-Denis-la-Chevasse, et sur la représentation faite par Monsieur le Syndic que ladite Chapelle n'était affermée que 120 livres et était sujette à 2 messes par semaine, a modéré et réduit à 12 livres la taxe de 45 livres à laquelle ladite Chapelle était imposée aux décimes, à compter du terme de février présent mois".
Cette délibération est signée par Mgr Jacquemet Gaultier d'Ancyse et Serin de la Cordinière, doyen du chapitre.
II. Chapellenie de .Saint-Antoine de la Cantinière et Créancière.
Elle était à la présentation de l'aîné des Durcot de Puitesson et rapportait 90 livres et douze charges de blé, le tout estimé 200 livres, à charge de deux messes.
Le premier fondateur de cette chapellenie avait été Guillaume Durcot[14], écuyer, seigneur de la Servantiére, ce qui appert du testament de ce dernier, en date du 7 avril 1500, par devant Burluët et Guyard. notaires des cours de Montaigu et du doyenné de Mareuil. Dans ce testament il parle d'abord de sa sépulture, "laquelle sépulture je eslit en la chapelle par moi fondée devant l'autel Saint-Antoine en l'église dud. Saint-Denis… Item ajoute-t-i1, j'ordonne et eslit Maurice Durcot, prestre, mon fils chapellain de la dite stipendie par moi fondée... Le patronnage de laquelle stipendie Je donne et ordonne à Audet Durcot, mon fils ayné et à ses futurs successeurs masles d’ayné en ayné O ce qu'ils seront tenus la conférer au plus proche chapellain de ma ligne descendue de moi et de damlle Marie Herbertine ma femme..." Par ce même testament, il imposait au chapelain quelques obligations nouvelles, et lui donnait le bénéfice de sa métairie de la Cantinière et ses appartenances et autres choses.
"Audet Durcot, écuyer, seigneur de la Roussière, fit comme son père un testament portant, en outre du partage de ses biens entre ses deux fils René et Gilles Durcot, diverses clauses dont les suivantes : "je eslis la sépulture de mon corps en la chapelle de Saint-Anthoine jadis fondée par mes prédécesseurs en Léglise paroissiale de Saint-Denis la-Chevasse... Item Je fonde un lays ou stipendie pour estre desservie en laditte Chapelle Saint-Anthoyne pour le service duquel lays ou stipendie Je veux et ordonne estre dit et célébré à Lautel de ladite Chapelle après mon debcez et de Catherinne Pelletier damoiselle ma femme et du survivant de nous deux une messe de requiem etc. pour la fondation et dotation duquel lays et stipendie Je donne et délaisse à jamais perpétuellement audit Chapelain d'icelles les choses qui s'ensuivent sçavoir est sept septiers seigle mesure de la Roche-sur-Yon, de rente noble féodalle a moi dhue par chascun an sur le lieu village et tènement de la Créancière paroisse de Dompierre et soixante-dix sols de cens ou rente noble aussy a moi deubz sur ledit village... et avecq Je donne tout et tel droit de fief et juridiction qui me peut compter audit village et tènement sur les teneurs d'icelluy sans en faire aucune Reservation Lesquelles choses autrefois furent vendues à Guillaume Durcot en son vivant seigneur de la Servantière mon père par feu messire Louis Voyer en son vivant chevallier, seigneur de Lesraudière etc. Je ledit Testateur ay nommé et constitué messire Guillaume Gautreau, prestre mon nepreu chapellain de ladite stipendie Saint-Anthoine pour jouir d'icelle par moy présentement fondée sa vie durant et après le decez de moy et de maditte femme advenu que dessus, et le decez dudit Guillaume Gautreau advenu veux et ordonne que la provision et collation et toute disposition de laditte stipendie soit et appartienne à René Durcot escuyer mon fils ayné et à ses enfants d’ayné en ayné et où il n'auroit d'enfans au temps de son decez a Gilles Durcot, aussy escuyer mon fils puisné et a ses enfans d'ayne en ayne comme dit est, et en deffaut d'enfans des dits Rene et Gilles veux et ordonne que laditte collation et totalle disposition de Lad.Stipeudie soit et appartienne au plus proche heritier aisne et d'aisne en aisne de laditte Catherinne Pelletier mon espouze et regardant son Branchage pourveu touttefois que Lesdits Collateurs de Laditte stipendie et chascun d'eux en son regard en cas qu'il vienne un clerc de ma lignée ou de celle de maditte femme qui soit constitué en temps de la vacation de laditte stipendie des ordres saincts ou s’y fait pourvoir dans un mois après laditte vacation seront tenus Luy conférer laditte Stipendie et non a aulcuns autres qu'il sera tenu se faire pourvoir à Lordre de prestrise le plus tort qu'il lui sera possible... Item je donne et lègue à la fabrice de Laditte esglise de Saint-Denis pour aider à parfaire La struction et bastiment du Cœur d'icelle jadis encommencée La somme de cent Livres une fois payée sur Laquelle J’ay ja baillé la somme de vingt sept livres cinq sols pourveu et non autrement que le recteur ou curé de laditte église et paroisse d'icelle que que soit la plus saine partie d'iceux consentent que moy et mes héritiers ou successeurs puissent à l'advenir et foys qu'il nous plaira a faire eslargir a nos despens Laditte Chapelle Saint-Anthoyne et prendre sur le cimettière contigu et joignant icelle autant de longueur que porte à présent laditte chapelle de largeur huit pieds ou environ..."
(Copie collationnée à l'original daté du 9 février 1537 passé par les notaires des cours de Montaigu et la Roche-sur-Yon et qui était ès-mains de Messire le Protonotaire de la Grève par Ribardeau, notaire de la baronnie de la Grève, le 5 avril 1628, aux arch. du chât. de Puitesson).
Gilles Durcot, éc., seign. de la Roussière et le chef de sa famille par la mort de son frère aîné René Durcot, présenta à Monseigneur l'évêque de Luçon, pour recueillir ce bénéfice, son fils Claude Durcot, alors clerc-tonsuré, étudiant à l'Université de Paris, dont acte du 10 février 1593. Mais celui-ci renonça aux ordres ecclésiastiques, se démit de sa chapellenie, devint seigneur de la Couldraye, et, s'étant marié, fut l'auteur de la branche des Durcot de Puitesson.
Il eut pour successeur messire Mathurin Gorbeil.
Il se trouve, en effet, que Pierre Durcot, éc., seig. de la Roussière et de Saint-Denis-la-Chevasse usant de son droit de patronage, présenta pour cette chapellenie et pour y succéder à Messire Mathurin Gorbeil, dernier chapelain, Messire Salomon Damo, clerc-tonsuré, suivant acte signé par lui-même et par Charryer et Caillé, notaires de la châtellenie de Saint-Denis-la-Chevasse, en date du 20 février 1595 (Original en parchemin aux Arch. du chât. de Puitesson).
Le titulaire suivant fut Messire Paul Durcot, fils premier puîné du même Pierre Durcot, lequel Paul Durcot étant entré dans les Ordres ecclésiastiques devint aumônier du Roi, protonotaire du Saint-Siège, abbé commendataire de Saint-Benoît de-Quinçay et de Saint-Hilaire-de-la-Celle, à Poitiers, ainsi qu'il est qualifié en divers actes de partage et divers contrats de mariage (Arch. du chât. de Puitesson).
Un registre de collation de Titres de l'Evêché de Luçon, donne, à la date du 10 mai 1668, le nom de Me Antoine Decellières, prêtre du diocèse du Puy, mis en possession de la chapellenie de Saint-Antoine de la Cantinière. Le procès-verbal nous apprend que la collation fut faite après la mort de Paul Durcot, et à la présentation de l'évêque (Nicolas Colbert), parce que le patron avait embrassé l'hérésie calviniste.
On trouve ensuite Claude Durcot, éc. seign. de Boisreau, fils aîné après le décès de son frère Charles Durcot, de René Durcot, éc. seign. de Boisreau, et de dlle Marguerite de Sabla, dame de la Bremaudière. Claude Durcot embrassa l'état ecclésiastique et fut, comme son oncle, protonotaire du Saint-Siège, et chapelain de Saint-Antoine de la Cantinière et de la Créancière (Arch.. du chât. de Puitesson).
Nous ne savons quel chapelain vint immédiatement après.
Jacques Gobin, prieur-curé de Boulogne, fut présenté par Louis Durcot de Puitesson, éc., seign de Boisreau et de la Brémaudière, alors écolier étudiant à Nantes, suivant le visa qu'en fut donné à l'évêché de Luçon, le 10 décembre 1671, signé : Froment, vic. gén. et contresigné Cognet (Arch. du chât. de Puitesson).
Pierre des Francs fut présenté par Gilles Durcot de Puitesson, éc., seign. de la Caillottière et de la Maisonneuve (des Brouzils) aux termes du visa délivré, en date de Luçon, 7 octobre 1690, signé : Henricus, Epus Luçionensis, et contresigné Ferrand (Arch. du chât. de Puitesson).
Deux ans plus tard, un autre visa fut également délivré à M. Ouvrard (insin. eccles.).
Vers 1695, prise de possession de la chapellenie par M. Vrignaud (id.)
Le registre de Collation de Titres de l'Evêché de Luçon nous donne pour cette époque plusieurs procès-verbaux qui nous apprennent des nominations de chapelains à Saint-Denis-la-Chevasse :
31 mars 1713. Collation à Me Daniel-Joseph de Monsorbier de la chapellenie ou stipendie sub invocatione Sti Antonii ad altare in cornu Epistolæ situm ecclesiæ parochialis Sti Dionisii de la Chevasse. Ce chapelain est présenté par Gilles Durcot, écuyer et seigneur de la Maisonneuve, et il remplace Étienne Vrignaud, chanoine de l'église cathédrale de Luçon, lequel est décédé. Collateur Mgr de Lescure.
16 juin 1713. Collation à Me Pierre Gaubert, prêtre, recteur de l'église paroissiale de Saint-Denis-la-Chevasse, de la chapellenie Sti Antonii, vulgo de la Cantinière et Créancière muncupatam in ecclesia parochiali prœdicta Sti Dionisii de la Chevasse fundatam. Ce chapelain est présenté par Me René-Amaury de Monbourcher, écuyer, marquis du Bordage et seigneur de la Roussière, et il remplace Etienne Vrignaud, qui est ici qualifié seulement de prêtre. Collateur Mgr de Lescure.
22 juin 1713. Collation à Me Daniel-Joseph de Montsorbier de la chapellenie sub invocatione Sti Antonii ad altare in cornu Epistolœ situm parochialis ecclesiœ Dionisii de la Chevasse. La collation, provisio, institutio et omnimoda alia dispositio, dit encore le procès-verbal, appartiennent à l'évêque en raison de sa dignité. Comme dans les deux actes précédents on ajoute que la chapellenie est vacante pat la mort de son dernier possesseur, Etienne Vrignaud, Collateur, Gabriel Desnouhes de Beaumont.
Ces trois procès-verbaux de 1713 semblent bien présenter quelque obscurité. On y voit trois patrons différents, deux collations de la même chapellenie. Nous signalons la difficulté sans la résoudre.
8 novembre 1718. Collation à Me Gabriel-Elie de Montsorbier de la chapellenie ou stipendie de Saint-Antoine de la Cantinière. Ce dernier est présenté par Gilles Durcot de Puitesson et il succède à son frère plus âgé, Daniel-Joseph de Montsorbier, écuyer, seigneur de la Rancunelière, et prêtre, qui a voulu démissionner en sa faveur. Collateur, Mgr de Lescure.
Gabriel de Montsorbier fut mis en possession de son bénéfice par acte du 12 janvier 1719, fait et passé dans l'église de Saint-Denis-la-Chevasse, en présence de Joseph Riquet, curé, et Jean Peschereau, aubergiste, assistant comme témoins. Cet acte fut rédigé par Me Gouraud, notaire royal et apostolique. (Grosse en papier aux arch. du. chat. de Puitesson).
Henri-René de Tinguy de la Sauvagère fut présenté par Charles-Antoine Durcot, chevalier, seigneur de Puitesson et de Chauché, dont acte fut fait et passé en l'hôtel de Puitesson, en présence de Frappier huissier, et Fleury de Lépinay, maître chirurgien aux Essarts, par Caillé, notaire royal et apostolique, le 5 janvier 1767. (Grosse aux arch. du chât. de Puitesson).
René de Tinguy n'était encore qu'étudiant ecclésiastique : il reçut les ordres mineurs seulement ; en 1789, il renonça définitivement à la carrière d'Eglise, se démit de son bénéfice, et se maria avec dlle Thérèse-Ursule du Plessis de Grénédau[15].
C'est alors que Mme de Puitesson, exerçant le droit de présentation qui appartenait à son fils mineur désigna à l'agrément de Mgr L’Evêque de Luçon deux chapelains à la fois, savoir :
1° Pour le bénéfice dit de la Cantinière Messire Pierre-Charles de Buor, prêtre, curé de Boufféré. qui fut mis en possession par acte du 17 juin 1789, fait et passé en l'église paroissiale de Saint-Denis-la-Chevasse, en présence de Messire Jean-Henry Mady, prêtre, curé dudit lieu, et Messire Jean-François Audureau, prêtre, vicaire de la même paroisse, par Claude-Joseph Frappier de la Rigournière, notaire royal et apostolique. (Grosse aux arch. du chat. de Puitesson).
2° Pour le bénéfice dit de la Créancière, Messire Chartes-Alexis-Benjamin de Landerneau, prêtre, chanoine de Luçon, lequel fut mis en possession par acte du 20 juin 1789, fait et passé en l'église paroissiale de Saint-Denis-la-Chevasse, en présence de Messire Jean-Henry Mady, prêtre, curé dudit lieu, et Messire Jean-François Audureau, vicaire de la même paroisse, par Claude-Joseph Frappier de la Rigournière, notaire royal et apostolique.
(Grosse aux arch. du chât.de Puitesson).
Ils furent les deux derniers chapelains.
III. Chapellenie des Frémillon.
Elle était à la présentation de l'évêque et rapportait 60 livres, à charge de deux messes.
En voici l'acte de fondation par Guillaume Frémillon, de Saint-Denis-la- Chevasse :
...Item fonde, institue et ordonne une chapellenie de deux messes la semaine pour être desservie en ladite église de Saint-Denis devant ledit autel de Saint-Jasme de laquelle je veux et ordonne que le patronage et presentation... soient perpétuellement à l'héritier ou héritière principale qui sera en temps à venir en mon hostel dudit lieu Saint-Denis et l'institution et collation d'icelle à Révérend Père en Dieu, Mgr l'Evêque de Luçon, auquel je supplie... qu'en icelle chapellenie, après mon trépas, il institue ledit messire Jean Fremillon, mon neveu et non autre. Laquelle chapellenie je dotte de dix livres de rente...
Ce testament est en date du 3 janvier 1452. (Arch.de Fouchier de Billy. — D. Fonteneau, t. 8, p. 529).
Suivant la volonté du défunt, Jean Fremillon fut le premier titulaire de cette chapellenie. Il était en même temps curé de Dissais et on a de lui un curieux testament, dont l'original, un parchemin jadis scellé, se trouve dans la collection de M. le docteur Mignen, de Montaigu. Voici un extrait de cette pièce intéressante pour la paroisse de Saint-Denis :
"Pardevant les notaires de la chatellenie de Mareuil et de la vielle Tour, moi Jehan Fremillon, prestre, curé de Notre Dame de Dissais, ai fait mon testament, le 19 novembre 1495 laquelle ensépulture,... je esliz et ordonne en cas que je décéderaye au lieu de Sainct Denys la Chevasse, en l’église dudict lieu de Sainct Denys devant laucter de Monsieur Saint-Jacques, o (avec) le bon pleisir des paroissiens dud. lieu; et en cas que je décéderaye aud. lieu de Dissay, en l’église parochialle dud. lieu de Dissay devant laucter Notre Dame, o le bon pleisir des paroissiens dud. Lieu ; el pour ce souffrir et consentir je donne et ordonne à lad. église et fabrice, une chasuble bonne et honeste et me fourrnissant d’une autre de moindre valeur et ung escu au lieu où seroye ensépulturé.
Item, je ordonne estre dictes et célébrées pour le salut de mon âme et de tous feaulx chrétiens cinquante messes le jour de mon ensépulture avecque la vigile des morts et la létanie solenpnellement comme il est accoustumé et qu'il se doit faire en tel cas, et au tel nombre de messes au septime et au tel nombre à mon anuan qui pourra fixer tant de chappelains et si non le plus brief que l’on pourra avoir chappelains au lieu où sera mon ensépulture, avecque le luminaire tel qu'il sera advisé par mes executeurs cy dessoubz nomez…
Item, je veuil et ordonne estre baillé, poié et délivré de mes biens meubles, Sçavoir est sur mes saux ( ?) la somme de trente livres tournois pour avoir et achepter une messal à ma chapelle de Sainct Thomas desservie en l'église de Notre-Dame de Mons à laucter Saint Thomas, lequel messal sera achepté par mesd. Exécuteurs...
Item. moy considerant qu'il est grant bien et prouffit de permucter les choses temporelles o les choses spirituelles, je fonde et ordonne six messes perpetuelles et ung vigille de morts, sçavoir est : trois à notes (chantées) et troys en segret (basses), sur mon pré de Loreére, assis et perceant en la sud. paroisse de Sainct Denys de la Chavesse, que je acquietz par retraict de Guillaume Turcot ainsi qu'il apert par lectres, lesquelles messes et vigille susd je vueil estre dictes et célébrees aud. lieu de Sainct Denys à lauter Sainct Jacques au jour de mon obit, et pour ce faire oblige led. pré seulement.
Item, je ordonne et esliz, fais et constitue Messire André Badereau, prestre, Renault et Louys Fremillon, mes frères, mes exécuteurs dud. mon présent testament et dernière volunté…"
En 1452, comme nous l'apprend le procès-verbal de visite de l'archidiacre Marchand, que nous rapporterons plus loin, le bénéficiaire (le la chapellenie est Louis Fremillon, et deux prêtres, Pierre Roirand et Jehan Brodeu font le service.
D'un autre côté, les Insinuations ecclésiastiques nous donnent les noms suivants des titulaires de cette chapellenie :
Payraudeau (Registre de 1692 à 1699, n° 386 et 400). Le même registre au n° 554 indique encore Peraudeau. Sans doute c’est le même personnage.
René Giraudeau (Registre de 1699 à 1704, n° 243).
Jean-François Charbonnel (Registre de 1724 à 1728, n°100).
François Dautour (Registre de 1736 à 1741, n° 255 et 272).
Pierre-Claude Rouaud (Registre de 1746 à 1753, n° 381 et 387).
Joseph Rouaud (Registre de 1746 à 1753, n° 586).
Pierre-François Jouet, curé des Pineaux (Registre de 1753 à 1761, n° 423).
Pierre François Jouet fut nominé le 30 septembre 1750, mais il ne prit possession que le 30ct oobre suivant. Le revenu de son bénéfice, est-il dit aux archives de la Roche-sur-Yon, consistait surtout dans une borderie appelée "la Rechignière", située en Beaulieu-sous-la-Roche, qui avait alors un pressant besoin de réparations. A cet effet, sans doute, M. Jouet assigna devant la justice seigneuriale de la Mothe-Achard Rouault, chevalier, seigneur de la Rallière et héritier de l'ancien chapelain, pour voir dire que visite serait faite des domaines dépendant de la chapelle des Frémillon.
Enfin, le registre de Collation des Titres nous donne la date de l'institution canonique de Jean-François Charbonnel (ce manuscrit écrit Cherbonel) ci-dessus nommé. Elle fut faite par François d'Andigné, vicaire général du diocèse, le 6 septembre 1724. Ce même vicaire général, sur un rapport de Me Grelier, curé de Beaulieu, réduisit à une seule messe les services religieux établis dans la chapelle des Frémillon.
IV. Chapellenie de Sainte-Cécile des Aubert.
Elle était à la présentation de l'Evêque de Luçon et rapportait soixante livres, à la charge d'une messe.
Les fondateurs en furent les Aubert de la Normandelière qui achetèrent, en 1557, d'Adrien de l'Hôpital et de dame Anne Rouault, sa femme, le fief de l'Enclave de Saint Denis pour les deux tierces parties. C'est un peu avant cette époque que fut établie la chapellenie de Sainte-Cécile dans l'église paroissiale. (Note de H. de Tinguy de la Viollière).
L'archidiacre Marchand, dans son procès-verbal de visite de la paroisse de Saint Denis-la-Chevasse, en 1534, mentionne cette chapellenie comme récemment fondée par défunte Cécile Aubert, épouse de feu Aymeric Roirant. Le bénéficiaire était Jehan Bouhier et la fondation consistait en deux messes qu'on devait acquitter chaque semaine, la première, le mercredi (office des défunts), et la seconde, le samedi (office du Saint Esprit). La charge d'acquitter ces messes incombait à René Caillaud, prêtre de Saint-Denis.
Voici les noms de quelques titulaires de cette chapellenie.
Jehan Bouhier, ci-dessus mentionné.
Pierre Moreau. Il était décédé en novembre 1665, comme nous l'apprend un procès-verbal de collation faite au suivant
Jean Ravechet, sous diacre du diocèse de Laon. La collation est faite, le 24 novembre 1665, par Guillaume Para, official et vicaire général de Mgr Colbert. Il y eut sans doute quelque opposition, car le 17 mars suivant, une nouvelle collation est adressée au même par le vicaire général, Antoine Froment. Dans ces deux circonstances la présentation est faite par l'Ordinaire, "ob negligentiam Patroni Capellaniæ".
Jean du Bos de Mombrisson, prêtre du diocèse de Saint-Flour, est nommé titulaire, le 23 juillet 1667, le bénéfice étant vacant par l'abandon et la désertion de Jean Ravechet. Le collateur est Mgr Colbert. C'est lui aussi qui présente, les Patrons ayant embrassé l'hérésie de Calvin.
Les insinuations ecclésiastiques donnent les noms des titulaires suivants :
Fromant (registre de 1699 à 1704, n°20).Rayé (même registre, n° 219).
Jean-François Coutouly (registre de 1728 à 1731, n°105).
Allabrée (reg. de 1732 à 1736, n° 485, et reg. de 1736 à 1741, n°115).
C'était un prêtre du diocèse de Bourges.
Jean-Baptiste-René Coutin (reg. de 1741 à 1746, n° 8).
Pierre Sireday, chanoine de Luçon (même registre, n° 18, 23 et 44).
V. Chapellenie des Gestins.
Elle était fondée dans la chapelle de N. D. de Saint-Denis la-Chevasse et rapportait 60 livres.
Les Gestins auxquels cette chapellenie emprunte son nom étaient, comme nous l'avons vu, des propriétaires de la Bouttebouëre. L'un d'eux, Jehan Gestin, donna, en 1341, au chapelain de Notre-Dame de Saint-Denis-la-Chevasse, tout ce qu'il pouvait avoir au tènement et aux appartenances de la Trotinière.
A cette époque, la famille des Gestins habitait probablement la Mothe Gestin ou la Sénardière, en Boufféré. Jehan, dont nous venons de parler, eut un fils qui s'appela Jehan comme lui et qui hérita de ses titres et de ses biens. Religieux comme son père, il fonda également, eu 1407, une chapellenie avec charge de trois messes par semaine, dans l'église de Saint-Jean de Montaigu, à l'aultier crucifix. Sa fille unique, Durable Gestin, avait épousé vers 1400 Thibaud du Chaffaud, à qui elle apporta en dot les terres de la Sénardière, la Mothe-Gestin, la Maulionnière et la Marzelle. C'est ainsi que les du Chaffault, qui étaient originaires de la Loire-Inférieure vinrent en Vendée.
Les descendants des du Chaffault continuèrent de présenter à cette chapellenie dont la collation appartenait à l'Evêque. En 1534, le procès-verbal de l'archidiacre Marchand cité plus loin fait mention de cette stipendie à la présentation des du Chaffault, dont Bertrand du Chaffault était alors titulaire et que desservait Jean Nycolleau.
Au commencement du XVIIIe siècle, la terre de la Bouttebouére étant passée à René Amaury, chef de nom et d'armes de Montbourcher, chevalier, seigneur marquis du Bordage, la présentation à la chapellenie fut dévolue à l'Evêque (Notes manuscrites de M. l'abbé Trichet, ancien curé de Saint-Denis).
Cette fondation que la piété chrétienne avait inspirée et que semblaient assurer pour toujours les précautions de la sagesse humaine, donna lieu, dans la suite, à de nombreuses discussions.
La pièce suivante trouvée par M. l'abbé Trichet dans une maison de Saint-Denis-la-Chevasse nous en fournit la preuve
"A la requeste de Messire Nicolas Manory, prestre, chappelain de la chapelle des Gestins, en vertu de l'ordonnance de Messieurs les Présidiaux de Poitiers et d'un procès-verbal de vidimus faist en conséquence ce jourdhui neufiesme jour du mois de janvier mil sept cent trois pour foy y être adjoutée comme aud. original et servir aud. sieur Manory ce que de raison ; faict en l'estude de Maistre Pierre Thomazeau notaire, sise aud. lieu des Rochettes, en présence desd. partyes qui ont signé mond. procès-verbal, signé Bochet, huissier.
Nicolaus[16] et sanctœ sedis apostolicæ gratia episcopus et dominus Lucionensis, universis præsentes litteras inspecturis et audituris dilectum in Domino sempiternum. Dudum orta lytes (pour ortœ lites) et controversia in perennis et assidue in causa et materia oppugmenti (sic) inter discretum virum Petrum Arrivé, prœsbyterum capellanum capellanniæ in capella Beatæ Mariæ Virginis Beati Dionisii de la Chevasse nostræ diœcesis ad majus altare ejusdem ab olim fundatœ et deserviri solitœ par defunctos Les Gestins dominos de la Bouttebouére et ad causam dictæ capellaniœ ex unâ, Joannem Caillé , Joannem Malteste Petrum Beranger juniorem Petrum Béranger seniorem et Stephanum Caillé, Pascham Gerfaud relictam defuncti Jacobi Caillé et (ex) aliis partibus, ratione et ad causam unius tenamenti terræ quod olim fuit herbergatum appellatum les Tortinières, continens decem septeratos terræ vel circa, quod quidem vult ductor, auctores et deffensores ad se pertinens dicebant dictæ capellaniœ ex unâ, et Pascazia Gerfaud, Joannes Malteste et Petrus Beranger junior adversæ partes et aliæ partes post litigiorum offrantes super hoc enim bene-placiti nominis et assu (mot incompréhensible) transigerunt invictum connuerunt (id.) et pepigerunt prout et ad nos conetur (id). in litteris auctanturis transactionis et accordii prœsentibus inde confectis quibus hoc nostrœ prœsentibus inde confettis quibus hoc nostre prœsentes sunt annixœ et vidimus per easdem contineri et quœ valiturœ finem litibus calumnios... (4 lignes en partie déchirées) nos episcopus præfatus dictæ…concordium ratas et gratas volen… laudamus, ratificamus, aprobamus..... In quorum testimonium sigillum nostrum rotundum transactioni jussimus apponendum. Datum in castro nostro monasterio super Liudum (Moutiers-sur-le-Lay), die decima quarta mensis decembris anno Domini millesimo quadringentesimo sexagesimo octavo. Ansy signé : de la Coussaye[17] et scellé.
La coppie cy-dessus et des autres parts à esté vidimée et collationée sur une grosse originalle représentée par Messire Claude Duchaffault, chevalier, seigneur de la Sénardière, qui l'a à l'instant retirée, ce requérant Messire Nicolas Manory, prestre, chappelain de la chapelle des Gestins, en vertu de l'ordonnance de Messieurs les Présidiaux de Poitiers, ce premier décembre dernier, et de mon procès-verbal de vidimus de jour dix janvier mil sept cent trois pour valloir et Servir aud. sieur Manory ce que de raison, par moy Pierre Bochet, huissier royal contresigné, résident aux Rochettes, paroisse de Saint-Hilaire-de-Loulay, immatriculé au siège royal de Fontenay-le-Compte ,en estude de Pierre Thomazeau, notaire, siège aud. lieu des Rochettes, en présence des srs de la Sénardière et Manory qui ont signé mond. procès-verbal.
Signé : Bochet."
Par ordonnence du présidial de Poitiers, du 1er décembre 1702, Messire Nicolas Manory, prêtre, vicaire de Saint-Denis-la-Chevasse, fit assigner en l'étude de M. Thomazeau, notaire aux Rochettes, son conseil, le 9 janvier 1703, Messire Claude du Chafault, pour que, devant M. Bochet, huissier royal, il représentât les titres et papiers et renseignements justificatifs de la fondation... pour être vidimés... Finallement, pour le bien de paix et pour éviter perte de procès, lesd. parties o (avec) le bon congé et licence de vérendissime perre en Dieu et seigneur Monseigneur Lévesque de Luçon, sçavoir est, ledit Me Pierre Arrivé prestre, comme chappelain susd. d’une part, et Jean Malteste, Pasquette Gerfaude, veufve dud. Caillé, Pierre Béranger- le jeune, tant pour lui que pour led. Pierre Béranger l'aisné, et mesmement led. Malteste pour une tierce partie, lad. Pasquette Gerfaude pour une autre tierce partie, et Pierre Béranger le jeune, tant pour lui que pour lesd. Béranger susd. a ce pour lequel il s'est faict fort et ayant le faict pour agréable, pour une autre tierce partie, établis en droit en la cour de Montaigu pardevant Jean Bauffis et Gabriel Boursier, notaires jurés de lad. cour, lesquels Malteste, Gerfaude et Pierre Béranger le jeune tant en son nom que comme soy faisant fort pour led, Pierre Beranger l'aysné, ont promis, doivent et sont tenus rendre, payer et dors et avant continuer pour raison desd. lieux et aud. Arrivé comme chappelain susd.et autres futurs successeurs chappelains de lad. chappelenie, sçavoir est, trois septiers et demy seigle, un septier froment à la mesure dud. lieu de Montaigu, et trois oizons en chascune feste de miaoust, dix sols en chascune feste de Noël, rendables et payables lesd. devoirs et choses par les dessus nommés, leurs héritiers successeurs aud. Arrivé chappelain susd. et ses futurs successeurs chascun an ès festes et termes susd. à la maison où led. Arrivé fait à présent sa demeure et autres lieux à distance d’une lieu dud. lieu de Saint-Denis et en outre de payer les droits féodaux, etc.
De cette mauvaise copie, en partie déchirée et faite sur un acte infidèlement reproduit, on peut cependant tirer plusieurs renseignements précieux pour la chapellenie des Gestins :
1. En 1648, le chapelain de Notre-Dame des Gestins se nommait Pierre Arrivé, et il était prêtre.
2. Un différend s'éleva entre lui et les personnes chargées de payer les rentes de la chapellenie, ce qui occasionna un jugement de Mgr Nicolas Boutaud en faveur de Pierre Arrivé.
3. En 1702, le chapelain de Notre Dame des Gestins était Nicolas Manory, vicaire de Saint-Denis, et le représentant de la famille fondatrice, Claude du Chafault, seigneur de la Sénardière. Un différend semblable à celui de 1468 s'éleva entre ces derniers. Le chapelain Manory en appela, au jugement de Mgr Boutaud et requit une copie de cet acte qui établissait les droits des desservants de Notre Dame des Gestins.
VI. Chapellenie des Nicoleaux.
Elle était à la présentation des héritiers et rapportait 50 livres avec charge d'une messe. Nous n'avons retrouvé le nom que d'un seul chapelain : Benjamin Fumoleau, du diocèse de Luçon (Insinuations ecclésiastiques, reg. de 1753 à 1761).
En 1641, une taxe de 10 livres fut imposée sur cette chapellenie.
VII. Chapellenie des Revaux à l'autel de la Sainte-Vierge.
Le procès-verbal de l'archidiacre Marchand nous apprend qu'elle était, en 1534, à la présentation des Revaux. Le bénéficiaire était alors Guido (nom latin) Roirant., clerc. Le prêtre desservant se nommait Mathurin Seigneuret, et il avait la charge de dire une messe par semaine.
Plus tard, cette chapellenie fut à la présentation de la famille Roirant. Elle avait d'ailleurs été fondée par Etienne Roirant (Pouillé latin du XVIIIe siècle).
En 1641 on lui imposa une taxe de 6 livres 10 sols.
VIII. Chapellenie Saint-Jacques.
Elle est indiquée par les Insinuations ecclésiastiques qui insèrent la prise de possession d'un bénéficiaire, M. Masson (registre de 1709 à 1719, n° 352).
IX Chapellenie ou stipendie de Saint-Laurent, dans la maison-noble de la Bignonière.
Les Insinuations ecclésiastiques nous donnent les noms des deux titulaires :
André de Putiers de la Treille, curé de Saligné (reg. de 1746 à 1753, n° 282 et 287). Il fut nommé le 20 juillet 1749, par Mgr de Verthamon et succéda à Pierre Brodu, sous-diacre, qui venait de mourir.
Guillaume Legardien, prêtre du diocèse de Tréguier (reg. de 1753 à 1761, n° 49 et 51).
"Les restes de cette chapelle, disait M. Aillery vers 1850, servent aujourd'hui de magasin à blé. Le curé de Saligny y disait la messe deux fois par semaine".
La Bigonnière eut d'abord pour seigneurs les Lejay qui possédaient dans la vieille église de Saint-Denis un banc seigneurial, près duquel on lisait cette inscription gravée sur une pierre dans le mur méridional, sous une fenêtre : Laurens : Lejay. Au-dessus il y avait un écusson : trois oiseaux, 2 et 1. C'étaient sans doute des geais (armes parlantes).
Plus tard la Bigonnière appartint aux de Sarode dont nous parlerons plus loin.
X. Chapellenie de Saint-Christophe.
Elle est indiquée dans le Grand Gauthier du XIVe siècle : "Capellania Sti Christophori quam tenet capellanus loci". Le Livre Rouge du XVIIIe siècle dit également : "In parochia... est capellania Sti Christophori et alia quas tenet capellanus loci (alibi est de abbatia de Niolio)."
--------------------
Les PRIEURES
Y avait-il deux prieurés à Saint-Denis-la-Chevasse ? C'est possible, toutefois nous n'oserions l'affirmer. Les Insinuations ecclésiastiques (reg. de 1692 à 1699, n° 221) inscrivent la prise de possession pour M. de Bessay du prieuré de Bellefontaine, dans la paroisse de Saint-Denis-la-Chevasse. Mais il se peut que ce prieuré soit le même que celui des Greniers, au sujet duquel nous allons reproduire les notes laissées par M. l'abbé Trichet :
"Le prieuré des Greniers dut être fondé au commencement du XIVe siècle. Il était établi au village de la Bouillère et dépendait de l'abbaye de Breuil-Herbaud (paroisse de Falleron), de l'ordre de Saint-Benoît. C'était donc, selon toute vraisemblance, des moines bénédictins qui l'occupaient.
Piocheurs infatigables, ils étaient venus défricher ce coin de terre couvert de broussailles et de bois ; religieux zélés, ils apportaient à ce pays la bonne édification de leurs exemples et de leurs paroles. Il ne reste plus à présent de leur séjour en ce lieu qu'une douve à moitié comblée, près de la ferme récemment construite, un champ voisin qui porte encore le nom de champ des Greniers, et, à quelque distance, au milieu d'un petit bois-taillis, un puits qui disparaît sous les ronces qui le couvrent.
Depuis longtemps, le souvenir de ces hommes de Dieu serait effacé de la contrée, s'il n'y avait pas, dans la Boulogne, un trou profond appelé la Fosse aux Moines. C'est là que, selon la légende, furent noyés tous les religieux de la Bouillère, à l'époque peut-être des guerres de religion qui firent tant de ruines dans notre contrée et dans d'autres parties de la France.
Malgré son importance secondaire, le prieuré des Greniers avait ses armoiries. Il portait : de gueules à une croix écartelée d'or et de vair (Armorial général). L'Abbé de Breuil-Herbaud avait le droit de présentation. Les ressources étaient modestes comme l'établissement lui-même : elles n'étaient que de 250 à 400 livres, avec la charge de deux messes. L'évêque avait aussi ses droits sur la petite communauté, et c'était sans doute son prieur, Etienne Guittons qui était imposé à 11 sols au synode de Saint-Luc "Stephanus Guittons, XI solidos, de parochia Sti Dyonisii la Chevece, ad synodum Sti Lucæ".
Bien qu'exempt du droit de procuration, dit M. Aillery, le prieuré, d'après le Livre Rouge, payait un droit de décimes de sept livres annuelles : "Prioratus Sti Dyonisii de la Chevece son solvens procurationem (Jura : septem solidor)".
"Les luttes religieuses du XVIe et du XVIIe siècle accumulèrent, hélas ! dans nos contrées bien des désastres et bien des deuils. Tous les efforts des catholiques n'avaient pu réussir à abattre l'audace toujours croissante des protestants, et les finances publiques étaient épuisées. Une contribution de guerre fut alors imposée au clergé, dans une assemblée générale que Richelieu avait convoquée d'abord à Poitiers (6 février 1628) et qui se tint à Fontenay le 27 avril 1628, où se trouvèrent réunis vingt-sept archevêques, évêques et abbés, les seigneurs députés du Clergé de France, etc. (Voir Hist. des guerres de Religion en Bas-Poitou, II p. 352). Ce fut sans doute pour acquitter cette contribution qu'en 1641 le prieur de Saint-Denis était taxé à 30 livres, le curé à 12 livres, le légat des Roirands à 6 livres 10 sols, et la stipendie des Nicoleaux à 10 livres.
Des prieurs qui gouvernèrent la Bouillère nous n'en connaissons qu'un seul, dont le nom a été retrouvé dans les Archives du Vatican, n° 1372, page 46, et qui est ainsi désigné : "Anno 1540, 4 cal. nov. Renatus de Jovilli, prior de paroc de Sti Dyonisii de Cavacia". Que devinrent les religieux des Greniers, et combien de temps vécurent-ils encore à la Bouillère ? Il est bien probable qu'ils disparurent peu à peu, peut-être même complètement, comme les moines de Breuil-Herbaud, auxquels ils étaient attachés. Ce qu'il y a de certain, c'est que la métairie de la Bouillère, provenant du prieuré des Greniers et appartenant alors, d'après la tradition, à la fabrique paroissiale, fut acquise par adjudication devant le Directoire, district de Montaigu, le 21 juin 1791, par Ardouin-Aimé Thériot, médecin, pour la somme de 12 200 francs. Le 2 septembre 1792, Pierre-Jacques-Aimé Thiériot l'achetait à son tour et pour le même prix. Enfin, le 11 novembre 1810, Mme Pierre Thiériot vendit sa propriété à M. Tortat, avoué à Bourbon-Vendée, et c'est des mains de ce dernier que, après paiement de 15 000 francs, Etienne Renaudin-Cauneau la reçut, le 5 août 1816".
Devant le même Directoire du district de Montaigu fut également vendue, le 28 m .. 1791, la borderie de la cure de Saint-Denis. Elle fut acquise à l'adjudication par Pierre Thomazeau, notaire à Belleville, pour une somme supérieure à 5200 francs. C'était l'époque des vols de toutes sortes.
A leur tour, la cure et son jardin furent vendus nationalement, le 3 messidor an VI, au citoyen Pierre Favroult du Poiré, pour la somme de 25 000 francs. La même année. Antoine Bossu affermait la maison curiale pour 50 livres. Plus tard, en octobre 1813, la cure fut rachetée (Arch. nation.).
--------------------
La Fabrique paroissiale au XVIIIe siècle
Le Pouillé de M. Aillery nous apprend qu'à cette époque elle possédait une rente en nature de 33 boisseaux de blé, et une autre en argent de 52 livres et 14 sols. Ce revenu provenait sans doute de la borderie dont nous venons de parler.
Procès-verbal de visite de l'archidiacre Marchand en 1534
Die Prœdicta secunda mensis junii, anno Dni milesimo quingentesimo XXXIIII, visitata fuit ecclesia parochialis Sti Dyonisii de Cavacia.
Nomina presbyterorum :
Magister Jacobus de Montdoulcet, rector,
Dominus Franciscus Giraud, vicarius,
— Petrus Roirant,
— Johannes Nycolleau,
— Andreas Fresneau,
— Johannes Robion,
— Johannes Vilain,
— Nicolaus Hervé,
— Johannes Brodeu,
— Dyonisius Bésiau,
— Franciscus Duret,
— Petrus Baranger,
— Dyonisius Malleteste,
— Miletus Bertrand.
Domitius Jacobus Roirant, moratus Mauceliæ (?) prope
Rupellam (ou Rupellas).
— Mathurinus Seigneuret,
— Johannes de la Chèze,
— Americus Jay,
— Renatus Caillaud,
— Œgidius Grandet.
Prœsens administrator fabricæ prœdictæ ecclesiœ Johannes Brenenereau qui exhibuit inventarium mobilium dictæ fabricæ et est administrator pro secundo anno finiendo in festo Assumptionis Bte Mariæ et sibi fuit injunctum facere unum velum reponendum super frontes (sic) baptismales ac reparari facere unum calicem argenteum diruptum et continuare describi facere per minuta oblationes fiendas dictæe fabricæ singulis dominicis.
Est capellania ad prœsentationem domini du Chafault quam tenet Bertrandus du Chafault, cui deservit de tribus missis, quâlibet hebdomada, videlicet die lunæ de defunctis, die Mercurii de Sto Spiritu et die sabbati de Bta Maria dictus Johannes Nycolleau.
…Alia des Fremillon ad prœsentationem hœredis Frémillon, quam tenet Ludovicus Frémillon et ei deservit personnaliter de duobus missis qualibet hebdomada dicti Petrus Roirant et Johannes Brodeu.
…Alia est capellania des Revaut ad prœsentationem des Revaut, quam tenet Guido Roirant, clericus, et ei deservit de una missa qualibet hebdomada dictas Mathurinus Seigneuret.
Est stipendia modo decreta in capellania fundata per defunctum Coeciliam Aulbert, uxorem deffuncti Aymerici Roirant, de duabus missis qualibet hebdomada quam tenet dominus Johannes Bouhier et ei deservit dictus Renatus Caillaud, videlicet die Mercurii de officio defunctorum et die sabbati de Sti Spiritu.
Est confratria de Beata Maria, cujus est administrator Franciscus Guillaut et Petrus Draon.
Le procès-verbal se termine par une curieuse sentence prononcée par l'archidiacre au sujet d'un différend qui s'était élevé entre deux prêtres de Saint-Denis :
"Judicatus, comdemnatus et monitus fuit dictus Dyonisius Beziau, presbyter reus, judicatus prœsens restituere et traddere domino Renato Caillaud, etiam presbytero actori instanti et judicato prœsenti tanquam heredi presbyteri proximi defuncti domini Francisci Caillaud presbyteri, infra diem crastinam, calicem argenteum cum patena ejus, et unà cum ornamentis unius casulœ sericei rubei coloris cum vollà et manupulo et una alba, quœ dictus Beziau reus habebat in depositum et custodiam a presbytero defuncto Caillaud, quœ idem defunctus donavit et legavit Petro Caillaud filio Johannis Caillaud sui fratris, prœviso quod sid presbyter, alioquin alteri proximiori suo parenti, veluti dicto Caillaud actori, consequendo testamentum dicti defuncti judicialiter exibitum, quem calicem cum prœdictis ornamentis prœfatus Caillaud presbyter actor tenebitur accomodare et prœstare prœnominato Petro quando erit Presbyter, utendo illis commoditer.
Actum, apud præfatum locum die tertia junii, anno prædicto."
(Extrait d'un manuscrit conservé à la bibliothèque communale de Luçon, sous le n° 3,270).
--------------------
Les biens des émigrés à l'époque révolutionnaire
Nous devons à Mr le docteur Mignen, de Montaigu, un relevé qui nous apprend ce que devinrent quelques-unes des nombreuses et magnifiques propriétés possédées par les nobles châtelains de Saint-Denis-la-Chevasse. Il intéressera sans doute ceux qui connaissent l'histoire de la paroisse.
Enregistrement
Canton des Brouzils – Commune de Saint-Denis-la-Chevasse
|
NOM |
DESIGNATION |
OBSERVATIONS |
|
Les héritiers Colbert émigré |
château de la Roussière, le jardin, l’affiage, la vigne, le pré de la Jaubretière, la garenne, le pré du moulin. |
Par arrêté du préfet du 15 Fructidor an IX, la main-levée du séquestre a été accordée à la citoyenne Colbert, comme éliminée ; elle ne jouira qu’à compter du 12 messidor, an IX, date de sa radiation. |
| id. | métairie de la Roussière, et ½ du pré commun. |
id. |
| id. | métairie de la petite-Roussière. | id. |
| id. | métairie de la Rifraire | id. |
| id. | métairie de la Galfaudière. | id. |
| id. | métairie de la Guilmandelière. | id. |
| id. | métairie des deux Romfort. | id. |
| id. | métairie de la Boulaye. | id. |
| id. | borderie de la Chevrolière. | id. |
| id. | borderie du Temple. | id. |
| id. | métairie de la Bouteboire. | id. |
| id. | landes des Jouineaux (5 à 600 ha). | id. |
| id. | pré Gouin, près le bourg. | id. |
| id. | pré Mourain. | id. |
| id. | maison du champ de foire. | id. |
| id. | les Halles de Saint-Denis. | id. |
| id. | métairie de la Nicollière. | id. |
| Durcot de Puitesson, émigré. |
métairie de Foliot. |
Vendue au citoyen François Pineau, vitrier à Montaigu, le 3 messidor an VI |
| Les héritiers Masson, émigré. |
métairie du Breuil. |
Par résultat du partage fait avec le gouvernement et les héritiers, le 3 frimaire an VII, ce domaine est échu à la République. Il a été vendu le 24 pluviôse an VII, au citoyen Masson, de Nieul-le-Dolent. |
| id. | la grande et la petite métairies, appelées les Deux Moteries. |
Par résultat du partage fait avec le gouvernement, ce domaine est échu à la citoyenne Lebœuf demeurant au Bois-Potuyau. - main-levée du séquestre. |
| id. | métairie de l’Emblardière. |
Cette métairie a fait partie du partage fait avec le gouvernement, lettre du Directeur du 24 nivôse an VII. Elle a été vendue au citoyen Louis Masson, de Nieul-le-Dolent, le 24 pluviôse an VII, moyennant 3150 fr. |
| id. | métairie du Douet. |
Par résultat du partage fait avec le gouvernement, ce domaine est échu aux citoyennes Lebœuf, demeurant au Bois-Potuyau, en la Merlatière. |
| id. | métairie de l’Etaudière |
Par résultat du partage fait avec le gouvernement, ce domaine est échu au citoyen Louis Masson, de Nieul-le-Dolent. - main-levée du séquestre. |
| Masson, émigré. |
maison et deux jardins, borderie de l’Ouvrardière, borderie de la Pinière. |
|
| Merland-Montreuil, mère d’émigré. |
métairies de la Fumoire et de la Jaubretière |
Par résultat du partage qui a été fait le domaine est échu à la citoyenne Merland. - main-levée du séquestre. |
| id. | métairie de la Pinière. | id. |
| id. | métairie du Bourg. | id. |
--------------------
ETAT NOMINATIF
des curés et des vicaires de Saint-Denis-la-Chevasse
1° François Durcot.
Curé de Saint-Denis-la-Chevasse en 1531. C'est sans doute le même que l'on trouve mentionné de cette façon dans le dictionnaire de Beauchet-Filleau :
Durcot (François), prêtre, notaire sous la cour du doyen de Mareuil, signe le contrat de Alexandre Goulard et de Jacquette Durcot, fille de Guillaume, seigneur de l'Estang, le 2 avril 1531. (Bibl. Niort, dossiers de la Fontenelle).
2° Jacques de Mondoulcet.
Il est qualifié de recteur (rector) dans la liste de prêtres de Saint-Denis que donne l'archidiacre Marchand, en 1534.
Le vicaire d'alors se nommait François Giraud.
3° René de Jovilli.
Il est mentionné aux Archives du Vatican (n° 1572, p.46)
1540. (4 Calend. Novemb.) Renatus de Jovilli prior de parochia de Sancti Dionisii de Cavaciâ.
4° Maurice Lejay.
Curé de Challans et de Saint-Denis-la-Chevasse. Le 12 avril 1568, il répond à une enquête faite pour connaître les pillages des Huguenots et il dit : "son église et une chapelle étant dans la paroisse et la plus grande part de la maison presbitéralle avoir esté brulez, et tous les biens qui y estoient volez et emportez, comme ainsy tous les autres prêtres de lad. paroisse avoir été entièrement saccagés." — (Dom Fonteneau. XIV, 610.)
5° Pierre Lebault,
Curé de Saint-Denis-la-Chevasse, le 7 mars 1620 (Dom Fonteneau, XIV, 206). Ce fut en son absence que le corps du protestant, Jacques Bertrand, fut enterré dans l'église, le 15 octobre 1626.
6° Maurice Gaudereau.
Curé de Saint-Denis en janvier 1636, il le fut au moins jusqu'au 23 juillet 1652, date à laquelle on trouve sa signature sur un acte de fondation passé sous le ballet de l'église.
En cette même année 1652, il est fait mention d'un prêtre appelé N*** Goichon. C'était peut-être un vicaire de la paroisse.
7° Jacques Audureau.
Curé de Saint-Denis en 1667 et au moins jusqu'en. 1681. Tout porte à croire qu'il était originaire de Saint-Denis même.
8° Pierre Gaubert.
Curé de Saint-Denis en 1685, ce vénérable prêtre gouverne cette paroisse jusqu'en mars 1717. Il était originaire de Saint-Front ou de Champsegré (diocèse de Séez). Sa famille avait en ce lieu un certain rang, car elle portait des armoiries qui étaient : de gueules à 4 clous d’or, appointés en cœur, en forme de croix.
Son ministère fut long et fructueux et son testament nous révèle que l'instruction religieuse des enfants fut l'une de ses plus vives préoccupations. Pour assurer ce bienfait à la jeunesse il fit une fondation qui a subsisté jusqu'à nos jours et qui n'a pu être détournée de sa destination première que par la plus criante injustice. Nous reviendrons plus loin sur cette affaire. En attendant donnons le testament si touchant de l'homme de bien qui était alors à la tête de la paroisse de Saint-Denis :
"Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
Je, Pierre Gaubert, prestre, curé de Saint-Denis-la-Chevasse, sachent (sachant) qu'il n'y a rien de plus certain que-la mort et rien de sy incertain que son heure, afin de n'en estre pas surpris sans avoir mis ordre à mes affaires et disposé des biens qu'il a pleu à Dieu me donner, ay fait cettuy mon prégent testament et ordonnance de dernières volontés que j'ai escrit de ma propre main, sans induction, suggestion, ny persuasion de personne, mais parce qu'ainsy m'a pleu et plaist en la forme et teneur qui s'ensuit :
Premièrement : Je recommande mon âme à Dieu, le Père Tout-Puissant, le supplie par les mérites de Jésus-Christ, mon Sauveur, par l'intercession de la bienheureuse Vierge Marie, refuge des pécheurs, dont je suis le plus grand, de mon ange gardien que je prie de ne m'abandonner pas dans le dernier passage de cette vie, des glorieux apostres Saint Pierre et Saint Paul, et de Saint-Denis aussy, nostre patron, et généralement de tous les Saints et Saintes du Paradis de vouloir luy donner place après estre séparée de mon corps parmi les bienheureux dans le séjour de la gloire.
A l'esgard de mon corps, je n'ordonne rien, ainsi laisse à la discrétion de mes exécuteurs testamentaires ci-après nommés, de lui donner la sépulture en tel lieu que bon leur semblera.
Mais, pour mon âme, je veux et ordonne que pour le repos d'icelle, outre la cérémonie des funérailles auxquelles je prie Messieurs les Curés de la conférence d'assister par charité et de me dire la messe, il soit fait un service dans la huitaine où les Prestres qui y assisteront seront payés de leur peine par mes dits exécuteurs testamentaires qui leur donneront en outre à chacun cinq livres pour dire incessamment chacun dix messes.
Item, je veux qu'il soit donné quarante escus aux Capucins de Luçon pour dire un annuel à mon intention, et autant au couvent des Cordeliers de Clisson pour un autre annuel.
Item, je donne la Borderie que j'ay à la Galfaudière, acquise de Charles Faverous, pour contribuer à l'entretien d'une maîtresse d'école pour l'instruction de la jeunesse, particulièrement des filles de la paroisse pour leur apprendre surtout les principes de la foy et les prières du soir et du matin, ce qu'elle fera gratis pour les pauvres au moins trois fois par sepmainne. Elle sera choisie et nommée par Monseigneur l'Evesque de Luçon, et comme il n'y a point encore de demeure assurée pour la loger je laisse deux cents livres pour en acheter une au cas que Dieu me retire de ce monde avant de l'avoir fait.
Item, je donne à la Charité de cette paroisse un de mes lits composé d'une couette ou d'un matelas, d'un travers, d'une couverte et de deux linceux, outre ce, cinquante boisseaux de seigle et dix de froment.
Item, je donne à l'église de ce lieu, mes deux aubes, la dellice sullement pour servir aux bonnes festes et un de mes surpelis dont mon exécuteur testamentaire en choisira un pour luy. Le reste de mes meubles seront vendus et de l'argent qui en reviendra seront payés mes serviteurs et acquitté le peu de dettes que je peux avoir, et le reste sera partagé aux pauvres et à prier Dieu pour moy et mes parens et amys, comme aussy pour ceux a qui je pourrais estre redevable.
De plus, la Bordrie que j'ay acquize de François Chobelet située au village du Temple, en cette paroisse, je la donne à la Charité de ce lieu pour luy servir de fond.
Tout ce que je veux entend estre exécuté de point en point, chargent (chargeant) devant Dieu la conscience de ceux qui voudraient s'y opposer et, pour l'exécution de ce mien testament, je choisis et nomme la personne de discrete et vénérable Messire E. Vrignaud, prestre, curé du Grand Luc avec Mre Pierre Caillon, sr de la Cantinière, que je prie tous deux d'avoir cette charité pour moy et d'en prendre la peine.
Item, en disposant des biens de mon patrimoine, je donne à l'église de Saint-Front la somme de dix livres de rentes annuelles et perpétuelles pour estre fait dans ladite église deux services par chacun an à perpétuité pour le repos de mon âme et de mes défunts parents et amis trépassés dont l'un se fera le jour de mon obit et l'autre un jour dans la semaine de la Passion. La dite rente de dix livres sera prise sur le lieu et revenus de la thuillerie, paroisse de Champsegré lequel j'y affecte positivement.
Item, je donne la somme de deux cent quarante livres une fois donnée pour estre employée savoir : la moitié à dire des messes tant à l'église de Champsegré qu'à celle de Saint-Front à la mesme intention que dessus. L'autre moitié sera distribuée aux pauvres de l'une et l'autre paroisse par mes exécuteurs testamentaires, savoir Monsieur le Vénérable Prieur de Saint-Front et Monsieur le Prévost lesquels je choisis pour cela comme mes meilleurs amis et qui ne me refuseront pas cette dernière marque de leur amitié, les priant dans la distribution de ces aumosnes d'avoir esgard à ceux de mes parents qu'ils connaîtront en nécessité comme la justice le demande.
Quant au reste de mon patrimoine, je le laisse à mes tiers, les priant de s'en contenter et de le partager amiablement entre eux, car pour le bien qui est venu de l'Eglise il doit nécessairement y retourner. Et, en faveur de ce mien testament, je casse et annule tout autre qui se pourrait trouver cy-devant fait au moins au contraire, car telle est ma dernière volonté.
Faict audit Saint-Denis, en la chambre où je demeure, ce dix-septième jour de novembre mil six cent quatre-vingt-seize. Signé P. Gaubert, curé de Saint-Denis."
Quelques jours avant de mourir, M. Gaubert voulait ajouter quelques dispositions dernières à son testament et il le faisait en ces termes :
"Plus, en ajoustant à mes dites dispositions, je donne mes deux bordries de la Galfaudière et de la Malveille pour l'entretien d'une maîtresse d'école qui résidera dans ma maison du bourg acquise de dame Charlotte Gauvreau, qui ira au moins deux jours par semaine au village de la Jobretière apprendre les prières et le catéchisme aux enfants.
Item, je donne à l'église de Saint-Denis la somme de huit cents livres pour l'entretien d'une lampe ardente devant le Saint-Sacrement, qui seront pour cet effet mis en rente.
Item, je donne tout le bled, l'argent et mèbles qui se trouveront après mon décès, une partie pour prier Dieu pour moy et une partie aux pauvres et nommément tous mes autres acquests sy aucuns sont à la charité de ce lieu. Item, je donne à la cure de cedit lieu la pipe de vin que j'ay acquise de Monsieur de la Bertelandiére à la charge auxdits sieurs curés, mes successeurs, de dire par chacun an à perpétuité trente messes basses et deux services, sinon c'est à leur refus, je la donne à la Charité comme ci-dessus.
Item, je donne vingt livres de rente à perpétuité à l'église de Champsegré pour dire deux messes par semaine pour le repos de mon âme et de mes défunts parents et amis trépassés, laquelle somme sera prise sur mon arrentement de la thuillerie faite à mon cousin Passavent et quant aux arrérages eschus j'en donne le tiers à son petit-fils qui estudie, l'autre au petit-fils de X… qui estudie aussy, et l'autre tiers aux pauvres, leur laissant aux uns et aux autres le fond de mon patrimoine qui peut leur appartenir de part et d'autre à condition qu'ils ne s'opposeront pas à ce que les lais cy-dessus ordonnés retourneront à ce dont ils sont venus, je veux dire à l’église et aux pauvres, et, pour mes dits exécuteurs testamentaires, je choisis la personne de discrete et vénérable Messire Jean Coursouille, ancien prieur de St-Front ou à son défaut Monsieur le curé de Champsegré, et pour l'exécution des lais de ma paroisse de Saint-Denis la personne de Mre René Proust, notaire, sr de la Caillauderie, et dame Magdelaine Proust, sa sœur, voulant qu'ils soient salariés de leur peine que je les prie de prendre pour moy en cette occasion tout ce que dessus je veux et entend estre exécuté de point en point.
Fait et escrit de ma propre main sans induction, suggestion ny persuasion de personne ce septième jour de mars mil sept dix-sept. Signé P. Gaubert, curé de St-Denis."
Quelques jours après, la mort vint visiter celui qui avait écrit ces lignes, car, le 21 du même mois, un autre curé occupait le poste de Saint Denis. Le 2 mai suivant, le testament du défunt était contrôlé et ansigné (enregistré) aux Essarts, puis, le onze du même mois, contresigné par le sénéchal de Saint-Denis, et déposé au greffe dudit lieu, pour être mis à exécution.
A partir de cette époque, une institutrice choisie par l'Evêque du diocèse fut installée dans les immeubles légués par M. Gaubert et, tout en se conformant aux charges et aux clauses du testament ci-dessus, elle eut la jouissance du petit domaine que lui avait procuré le généreux bienfaiteur. Il en fut ainsi jusqu'à ces dernières années, comme nous le verrons plus loin.
M. Gaubert eut sans doute plusieurs vicaires. Nous n'avons retrouvé le nom que d'un seul : Nicolas Manory, Voir plus haut une requête adressée par lui en 1793, au sujet de la chapellenie des Gestins.
M. Gaubert fut inhumé dans l'église et jusqu'à ces dernières années on y voyait sa pierre tombale sur laquelle les mères venaient faire prier leurs petits enfants débiles. Cette pierre était placée dans l'ancienne église, au milieu de la grande allée et tout près de la sainte Table. Elle rappelait à tous le souvenir de ce saint prêtre dont les œuvres ont fait tant de bien dans la paroisse et qui se sont perpétuées si longtemps après sa mort.
9° Louis Savarieau.
Précédemment curé de Maché (Insin. eccl. p. 74) il fut nommé à la cure de Saint-Denis le 21 mars 1717, il n'y resta que trois mois et il fut remplacé par...
10° Joseph Riguet.
Ce dernier n'avait que 29 ans lorsque, le 31 juillet 1717, il fut mis à la tête de la paroisse qui lui était confiée et il la gouverna pendant 49 ans. Durant ce long stage il travailla avec ardeur au renouvellement matériel et moral de la paroisse. D'après M. Trichet, ce fut lui qui fit placer dans l'église le magnifique rétable dont nous avons parlé plus haut. Il sut aussi donner tous ses soins à l'éducation de la jeunesse et les pauvres furent aussi favorisés que les riches. Nous savons déjà ce que M. Gaubert avait fait pour les petites filles ; un acte, relevé dans un registre de 1737, nous apprend que depuis de longues années les petits garçons pauvres recevaient les leçons d'un maître plein de dévouement.
Cet homme qui sans doute aurait pu vivre tranquillement dans l'aisance s'appelait Messire Jacques Cailleteau, sieur du Marchais, et il passa, dit M. Riguet, la majeure partie de sa vie à pratiquer une austère pénitence et à enseigner les pauvres. Il mourut âgé de soixante et quelques années et fut inhumé dans le cimetière derrière le grand autel.
Voici quelques faits du ministère de M. Riguet.
En 1737, des différends s'élèvent entre les paroissiens de Saint-Denis ; M. Riguet est choisi comme arbitre et il ramène la concorde sans frais coûteux de procédure.
En 1738, il a la douleur de perdre sa digne mère, Madeleine Merland, veuve de René Riguet, âgée de 76 ans, et elle est inhumée dans l'église, en présence des prêtres du voisinage.
En 1757 et 1758, il est poursuivi en justice par deux fiancés qui veulent être publiés malgré l'opposition du père de la jeune fille.
Parmi les sépultures faites par M. Riguet nous remarquons :
Charles de l'Ecorce (1742) ; dame Jeanne du Laurent, épouse de Louis Masson, seigneur du Gast (1744) ; Anne-Renée Baudry-d'Asson (1744) ; Simon Boiscorbeau de la Touzainière (1748) ; Marie-Catherine Ruchaud, veuve Brisson, inhumée dans l'église (1750) ; damoiselle Catherine Brisson, inhumée dans l'église en présence de ses neveux, Louis Brisson, sieur de la Gillerie, et Gabriel Brisson, sieur de la Motte (1751) ; Gabriel Marchegay, sieur de la Gaubretière, décédé à la Marchegaizière (1752) ; damoiselle Charlotte-Aimée Le Maignan (1754) ; Jeanne Audureau, veuve de Pierre Gauvreau, sieur de la Brosse (1754) ; Joseph Proust, notaire et procureur (1756) ; Joachin-Alexandre Voyneau, sieur de la Couperie, inhumé dans l'église (1758) ; damoiselle Marie-Madeleine de Rossy de Rorthau, décédé au bourg (1759) ; Pierre Gobin, de l'Orgère, inhumé dans l'église (1760) ; dame Marie-Louise de Rossy de la Bouchardière (1760) ; dame Jeanne-Bénigne de Liris (1762).
Parmi les mariages voici quelques-uns des plus notables :
Messire Jean-François Desamoureux, écuyer, seigneur de la Croix, de la paroisse de Fougeré, avec dlle Aimée Bousseau, fille de feu Me Alexandre Bousseau, sieur du Sablier (1744) ; Me Pierre Audureau, praticien, avec dlle Françoise Proust (1746) ; Me Nicolas-François-Marie Guitter, sénéchal de la chastellenie de Rocheservière, de la paroisse de Mormaison, avec dlle Anne-Agathe Marchegay, fille de feu Pierre Marchegay, sieur des Davières (1753) ; Messire François-Aimé de Tinguy, chevalier, seigneur de la Naulière, avec dlle Rose-Aimée Bodin de Saint-Bris, fille de François Bodin, chevalier, seigneur de la Boucherie, et de Jeanne de Lyris (1755) ; Mre Louis-Jean Maillocheau, sieur de la Daunière, de la paroisse de Saint-Jean de Montaigu, avec dlle Renée Voyneau, fille de Joachim Voyneau, sieur de la Couperie (1755). Parmi les témoins du ce mariage on remarque le beau-frère de l'époux, Jean-Baptiste de la Revellière, licencié ès-lois, conseiller du roy, lieutenant juge au siège royal des traites de Montaigu, et Pierre Gourraud, sieur de la Bonnelière, sénéchal de Saint-Denis, Messire Philippe de Bronde, écuyer, seigneur du Chaigneau, de la paroisse de la Chaize-le-Vicomte, avec dlle Louise-Charlotte de Lépinay, fille de Messire Marc de Lépinay, seigneur de la Flotterie, de la paroisse de Saint-Denis (1757).
Sous M. Riguet on trouve comme vicaires de Saint-Denis :
1. Audureau, depuis au moins 1737 (les registres antérieurs faisant défaut) jusqu'au 27 février 1739.
2. Placide Desainjean. La première signature est du 1er mai 1739. (manquent les registres des années 1740 et 1741)
3. Vergne, 1742 au 29 décembre 1748.
4. Foulon, 27 janvier 1750 au 25 mai 1751.
5. Blanchard, 18 juillet 1751 au 23 novembre 1752.
6. Callanan ou Callanave, 28 mars au 2 mai 1753.
7. Tanquerey, 30 juin au 24 août 1753.
8. J-D. Guignard, 28 octobre 1753 au 24 novembre 1754.
9. J. Suzenneau, 10 décembre 1754 au 19 octobre 1759.
10. Gilbert,
Sa première signature est du 31 octobre 1759. A partir du 7 novembre 1760, M. Gilbert signe seulement "prêtre", et le 28 janvier 1763, date de sa dernière signature, il ajoute : "Prieur de Saint-Ouen."
11. J. Vinet, 20 avril 1763 au 31 mai 1764.
12. Jean-Henry Mady, Sa première signature est du 13 août 1764. A cette date, M. Riguet qui administrait la paroisse de Saint-Denis depuis 1717, était-complètement épuisé par les fatigues de l'âge, il cessa presque tout ministère et, au mois de mars suivant, il démissionna volontairement en faveur de son vicaire, M. Mady.
Cependant, il fut question de donner un autre successeur à M. Riguet. Les Insinuations ecclésiastiques nous apprennent, en effet, que trois pièces furent alors signées en cour de Rome pour transmettre la cure de Saint-Denis à un certain M. Blanchard, peut-être l'ancien vicaire de 1751-1752. Mais ce M. Blanchard ne dut jamais venir prendre possession de son poste, car on ne trouve nulle part trace de son passage.
Vers cette époque, les registres nous donnent les noms de plusieurs prêtres qui semblent originaires de Saint-Denis : M. Charles Marais, prieur de Saint-André-Treize-Voies, parrain d'un enfant Marais, né au village du Châtenay, le 2 avril 1760, et décédé à Saint-André, le 15 mai 1767 ; — M. Proust, prêtre, qui assiste en 1737 et en 1746 aux mariages de plusieurs membres de sa famille, dans l'église de Saint-Denis ; — M. Jacques-Bernard Buet, vicaire de Saint-Pierre du-Luc desservant de Boulogne et de la Merlatière, et oncle de M. Benjamin Buet, lequel, en 1813, vendit à la commune la maison qui servit de presbytère jusqu'en 1868.
M. Riguet vécut encore quelques mois après qu'il eut donné sa démission. Il mourut le 12 septembre 1766, au milieu de ses paroissiens qu'il n'avait pas voulu quitter. Voici son acte de sépulture :
Le 13 septembre 1766, a été inhumé dans l'église de ce lieu le corps de Messire Joseph Riguet, ancien curé de Saint-Denis, décédé le jour précédent à la maison presbytérale, âgé d'environ soixante-dix-huit ans, sept ans, sept mois (sic), ayant été curé quarante7neuf ans, en présence des soussignés : Blanchard, curé de la Copechagnière ; Bourasseau, curé de Saligné ; Mercier, curé de Mormaison ; Jousbert de la Cour, curé de Beaufou ; Servant, prieur de Belleville ; de la Barre, prieur de Boulogne ; Ménard, prêtre ; Bouet, curé de la Merlatière ; Forestier, curé de Chauché ; Mady, curé de Saint-Denis.
11° Jean-Henry Mady.
Comme nous l'avons vu, c'est le 13 août 1764 que M. Mady signait pour la première fois, en qualité de vicaire, sur les registres de catholicité de Saint-Denis. D'où venait le nouveau curé et quel était son lieu d'origine ?
Tout ce que nous avons pu découvrir c'est qu'il avait été précédemment vicaire de Chavagnes-en-Paillers, de 1759 à 1764, et que dans son acte de sépulture on lui donne pour père Henry Mady et pour mère Françoise Droits.
En échangeant son titre de vicaire pour celui de curé, M. Mady ne voulut point se séparer du vénérable vieillard dont il avait été le zélé collaborateur. Il lui offrit dans son presbytère une filiale et généreuse hospitalité et jusqu'à la fin il l'entoura de ses soins les plus assidus.
Le ministère de M. Mady, comme celui de ses prédécesseurs, fut remarquable par sa durée, car il se continua jusqu'en 1806, et certainement il dut être fécond en œuvres. Nous pouvons être sûrs qu'il était un prêtre au zèle ardent, celui qui fit preuve d'une si courageuse énergie pendant la tourmente révolutionnaire et qui montra un attachement si paternel à ses paroissiens en faveur desquels il brava si souvent les persécutions et la mort, afin de leur procurer quelques secours religieux.
"Quand éclata la Révolution, dit M. Baraud (Clergé vendéen, t. 2, p. 402), M. Mady n'abandonna pas le poste où la Providence l'avait placé. Il continua d'y exercer son ministère avec la même activité et le même zèle, sans faire serment. Les registres paroissiaux, qu'il a rédigés de 1793 à 1796, nous apprennent qu'en pleine Terreur il administrait les sacrements comme autrefois, baptisant les nouveau-nés, assistant les malades, bénissant la tombe des défunts et célébrant les mariages. Où et comment se faisaient ces cérémonies religieuses, il est difficile de le dire. C'était, sans doute, à la faveur des ténèbres, dans les profondeurs du bois de- l'Essart ou dans les fourrés de la Roche Boursault, où d'ordinaire il se tenait caché, qu'il réunissait les fidèles et leur prodiguait les secours religieux, de concert avec son vicaire, M. Audureau, qui resta avec lui pour partager ses dangers et ses fatigues, en même temps que son dévouement et son apostolat.
Pour échapper aux cruautés des bandes sanguinaires qui parcouraient les campagnes, les habitants étaient obligés de chercher, dans des lieux écartés ou au milieu des forêts épaisses et impénétrables, un asile pour s'abriter et pour éviter la mort. Ce fut un de ces campements que le général Renaud découvrit un jour dans la forêt de Grasla. Dans un endroit retiré, il trouva des baraques récemment abandonnées, un atelier pour réparer les armes et un autel pour célébrer la messe.
Comme c'était bien là toute la Vendée à cette époque ! L'autel et le foyer que nos pères ne séparaient jamais dans leur amour et dans leur culte, et à côté ou même ensemble, un atelier d'armes pour défendre au prix de leur sang et de leur vie ces deux choses sacrées qu'ils aimaient uniquement ici-bas. Qu'elle était donc touchante et pieuse cette messe célébrée en cachette dans des temples improvisés au milieu de dangers de tout genre !
Ce fut ainsi que, pendant l'année 1794, M. Mady dut rassembler ses paroissiens pour leur permettre d'assister aux offices divins. Car le 18 juillet de cette même année, le farouche Hoche (Huché ?), général républicain, après avoir pillé et incendié Saligné et le village des Jouineaux, se porta vers Saint-Denis qu'il trouva désert.
Malgré cela, il y mit le feu ainsi qu'aux métairies voisines. L'église eut assurément le même sort que les maisons qui l'entouraient, et elle disparut aussi, du moins en partie, dans l'incendie que les barbares soldats avaient allumé. Ce qui le donne à penser c'est que pendant toute cette année, M. Mady et M. Audureau, proscrits et fugitifs, sans demeure et sans asile, n'ont laissé que trois actes de baptêmes et deux actes de sépulture."
Ce fut sans doute à l'occasion de ces incendies que les gens du pays inventèrent la légende du chef révolutionnaire qui vit sa tête fixée en arrière, pendant que, d'une hauteur voisine, il contemplait les flammes qu'il venait d'allumer.
"Cependant l'église n'avait pas disparu tout entière au milieu des ruines accumulées dans le bourg. Ses vieux murs que les siècles n'avaient pas ébranlés et les voûtes de pierre qui couvraient le chœur et le transept résistèrent à l'incendie. Ce fut probablement dans cette partie du lieu saint que le culte commença à être célébré de nouveau dans les premiers jours de 1795. L'éloignement des bandes républicaines, qui terrorisaient alors d'autres contrées, et la présence des troupes de Charette, dont le camp était à Belleville, procurèrent sans doute au pays une sécurité relative. M. Mady et son vicaire en profitèrent pour exercer plus librement leur ministère.
A partir de ce moment, les actes de catholicité sont régulièrement transcrits, preuve certaine que les cérémonies religieuses étaient célébrées ; les promesses de mariages sont publiées au prône de la messe et les mariages faits dans l'église même. Il en fut probablement ainsi jusqu'au Concordat, à part quelques interruptions plus ou moins prolongées, lorsque les Bleus reparaissaient dans la contrée et que le danger devenait plus pressant[18]. Mais les registres s'arrêtent au mois de juin 1796 pour ne continuer qu'en 1804. Il ne reste dans les annales de Saint-Denis d'autre souvenir de cette époque douloureuse que l'assistance des deux vaillants confesseurs de la foi au Synode du Poiré, le 4 août 1795.
"Les faits suivants, racontés par les anciens du pays à M. Poisson, curé de Saint Denis, montrent bien la vie errante et pénible de M. Mady.
Un vieillard a rapporté qu'une première communion avait été faite par ce prêtre dans une prairie située sur le bord de la Boulogne, entre le Châtenay et l’Orgère. L'autel était placé sous un grand chêne.
Une femme âgée, nommée Fournier, a parlé aussi d'un mariage d'une personne de sa famille bénit par M. Mady dans un champ de genêts.
Enfin la tradition rapportait qu'un jour les Bleus, arrivant par une porte pour surprendre M. Mady dans son presbytère, le prêtre n'eut que le temps de leur échapper par une autre porte. Un vieillard disait avoir plusieurs fois la nuit servi la messe à son curé, caché chez ses parents, au village de l'Imbretière.
Ici apparaît une phase pénible de la vie de M. Mady.
Elle nous est révélée par la correspondance de Mgr de Mercy, dont l'abbé Sicard, dans un ouvrage récent (L'Ancien Clergé de France), a publié une partie.
Quand par le coup de Brumaire (9 et 10 novembre 1799), Bonaparte s'érigea en maître de la France, il voulut s'attacher les catholiques. Aussi bien le serment à la constitution civile ne fut plus exigé du clergé, mais seulement la promesse de fidélité à la nouvelle Constitution, celle de l'an VIII. Sur cette question, le clergé français, et le clergé vendéen en particulier, fut divisé, ses principaux chefs surtout, dont l'un était M. Mady, ayant pouvoir de vicaire général.
En l'absence de Mgr de Mercy et de M. Paillou, tous deux en exil, trois vicaires généraux gouvernent le diocèse comme un pays vendéen, écrit M. Sicard, c'est-à-dire avec une grande intransigeance de principes et détournent le clergé de la promesse de fidélité."
"L'évêque de Luçon, dit M. Baraud, séduit par le caractère au moins apparent de force et de modération du gouvernement consulaire, désireux de la paix et confiant dans le nouveau maitre, est partisan résolu de la promesse de fidélité. Il ne pouvait guère compter, pour transmettre ses ordres au clergé, sur ses vicaires généraux qui ne sont pas éloignés d'offrir leur démission. Ecrivant à M. Paillou, le prélat se plaint notamment du principal d'entre eux, "le vénérable M. Mady". Il s'étonne, observe M. Sicard, que ce vieillard, aussi entêté que vertueux, ne comprenne point que "gouvernant écrit le prélat, mon troupeau en mon nom et de ma part, ce n'est point son opinion qui doit être sa règle, mais la mienne. Il me laisse avilir, calomnier[19]". M. Mady reste sourd à ces remontrances. Sa conviction est faite au sujet de la promesse de fidélité à la constitution de l'an VIII. Sa confiance dans le gouvernement consulaire est bien faible.
Alors, l'évêque de Luçon écrit à son sujet :
"Je le vois dans une grande obstination, et j'avoue que je ne peux la concilier avec ce que je lui crois de vertus. Je conçois bien qu'il puisse avoir son opinion à lui, qu'au fond il puisse la croire meilleure que la mienne, mais il doit être assez instruit pour savoir que, gouvernant mon troupeau en mon nom et de ma part, ce n'est pas son opinion qui doit être sa règle, et que tant que je n'enseigne pas une erreur condamnée par l'Eglise, il doit se conformer à mon enseignement. Et cependant, au lieu de cela, c'est son opinion particulière qu'il prêche, et il soustrait mes instructions à mes diocésains... Je voudrais bien savoir comment il pourra justifier une pareille conduite. Je suis toujours persuadé que c'est son extrême timidité et la crainte qui règlent et son opinion et sa conduite. Il voit le troupeau divisé, il craint d'augmenter la division et d'être la victime des troubles qui en peuvent naître. Quand vous lui aurez rendu un peu plus de courage par votre présence et par votre exemple, j'ai la confiance qu'il sera ce qu'il doit et qu'il aura honte de lui-même."
M. Mady fait répondre à son évêque qu'il lui obéirait s'il était présent, mais qu'en son absence il croit devoir suivre l'exemple des diocèses limitrophes. M. de Mercy, convaincu de ses droits, continue l'abbé Sicard, de la sagesse de sa conduite, s'indigne de ces résistances. "Craignent-ils donc, s'écrie-t-il, que je veuille me perdre pour avoir le plaisir de les égarer, moi qui voudrait me rendre anathème pour eux !"
Et dans une autre lettre, le prélat dit de ses grands vicaires : "Ils n'ont trouvé en Nous que charité et complaisance ; il n'y a point de preuves de confiance, d'estime et d'amitié que Nous leur ayons donnée... Le mal est venu de ce que chacun n'a pas su se tenir dans la place où Nous l'avons mis, de ce que le chef (M. Mady) s'est subordonné à ses suppléants, parce qu'il a manqué de courage pour se déterminer et agir d'après lui-même que trop facilement il s'est laissé effrayer."
Cependant M. de Mercy ajoute qu'ils ont fini par se rapprocher de ses intentions. Il rendit sa confiance à. M. Mady, car, en 1800, après la rentrée de Paillou, en Vendée, le curé de Saint-Denis demeura seul, avec ce dernier, chargé d'administrer le diocèse."
On s'étonnera peut-être de ce conflit survenu entre l'évêque de Luçon et le vénérable M. Mady. Il est cependant facile de l'expliquer. Le curé de Saint-Denis vivant au milieu des prêtres et des familles vendéennes qui avaient tant souffert de la Révolution, et croyant inutiles et nuisibles, dans ce petit coin de France encore fervent, tant de modifications et de concessions que les Evêques et le Pape durent faire pour rétablir la religion, se trouva comme naturellement en opposition avec celui dont il était le mandataire. On a pu dire qu'il était sur le point de verser dans le schisme de la Petite-Eglise. On l'a dit aussi du P. Baudouin et de plusieurs prêtres des meilleurs en notre Vendée. Avant la fin du siècle présent, nous subirons peut-être aussi nous les jugements sévères de nos arrière-neveux ; mais Dieu, qui voit là-haut les intentions, jugera souvent sans doute autrement que les hommes.
"Quand la paix eut enfin été rendue à l'Eglise M. Mady, demeuré dans son ancienne paroisse se mit aussitôt à l'œuvre pour réparer les ruines que la Révolution y avait faites. Il restaura son église et continua d'administrer Saint-Denis jusqu'au 19 novembre 1806 date de sa mort ; il était âgé de soixante-treize ans.
Pendant les deux dernières années de sa vie, il signe plusieurs dispenses en qualité de grand vicaire de la Rochelle, l'évêché de Luçon étant alors supprimé[20]."
Sur la fin de sa vie, M. Mady fut aidé par M. Gabriel Rezeau, desservant de Coëx, originaire de Saint-Denis. Ce dernier lui succéda, comme nous le verrons plus loin.
Pendant les quarante ans qu'il gouverna sa paroisse M. Mady eut sept vicaires dont voici les noms :
1. André Morenne, du 8 janvier 1772 au 24 décembre 1773, plus tard curé de Saint-Mars-la-Réorthe, où il était encore au moment de la Révolution. Ayant alors refusé de prêter le serment il fut poursuivi puis emprisonné à Fontenay et relâché en vertu d'une amnistie proclamée par la Constituante. Au sortir de prison, il exerça pendant quelque temps le ministère à Saint-Mars et dans les environs et voyant que sa vie n'était pas en sûreté il se joignit à l'armée vendéenne en mars 1793, mais il périt, en octobre suivant, dans le désastreux passage de la Loire.
2. Joseph Gaudin, du 19 février 1774 au 24 mars 1775, époque de sa mort. Il était âgé de cinquante-quatre ans et fut inhumé dans l'église.
3. Mac-Carthy, du 26 mai 1775 au 16 décembre 1777.
4. Bonnet, du 20 décembre 1777 au 29 avril 1778.
5. Savary, du 11 mai 1778 au 9 juin 1785.
6. Chauvet, du 8 juillet 1785 au 22 septembre 1785.
7. Jean-François Audureau, du 30 janvier 1786 jusqu'au mois de juillet 1796. Ce fut l'ami dévoué de M. Mady qu'il n'abandonna pas durant les jours sanglants de la Révolution. Grâce au dévouement de ces deux vertueux prêtres, la paroisse de Saint-Denis conserva intactes ses croyances et ses pratiques religieuses et leur présence constante au milieu du troupeau confié à leurs soins fit reculer les prêtres intrus qui n'y parurent jamais.
Les paroisses voisines la Copechagnière, Saligny et Belleville étant sans pasteurs, M. Audureau leur prêta le secours de son ministère. Le 25 juillet 1796, il commença la rédaction d'un registre de catholicité pour les paroisses de Saligny et de Belleville et dès le premier acte, nous trouvons sa signature libellée de cette manière : Audureau, prêtre catholique romain.
Il administra la paroisse de Belleville jusqu'à sa mort, arrivée en 1835.
*
* *
Il nous faut maintenant revenir en arrière pour donner quelques extraits des registres de catholicité, depuis le commencement du ministère de M. Mady.
1771. M. Jousbert de la Cour, curé de Beaufou, bénit le mariage de son cousin, Claude Jousbert, écuyer, de la paroisse d'Aizenay, avec Angélique Bodin, fille de François Bodin, seigneur de la Boucherie.
La même année, autre mariage de Maître René Bouliau, fils de Maître Bouliau, chirurgien juré, avec dlle Marie-Anne Audureau, fille de Maitre Audureau, notaire et procureur.
1772. Sépulture dans l'église de dame Jeanne-Renée Bertrand, veuve de Mre Jean-François Mauclerc, chevalier, sr de la Musanchère, décédée en son château du Châtenay, à l'âge de quatre-vingt six ans.
1773. Sépulture de Me Alexis-Gabriel Marchegay, sieur de la Martinière, décédé à la Marchegaisière.
1775. Le 24 mars, sépulture dans l'église de Messire Joseph Gaudin, prêtre, vicaire du lieu, âgé de cinquante-quatre ans. Le 25 juillet, sépulture de Jacques Buet, fabriqueur. La fille de ce dernier, Jeanne, se marie en 1777 avec Me Jean-Pierre Marais, notaire royal.
1777. Baptême à Saligné de Marie-Henriette de Sarode, fille de Messire Henri-Philippe de Sarode, chevalier, seigneur de la Bignonnière[21].
Le 24 novembre de la même année, mariage d’Etienne Renaudin, de Saint-Denis, avec Marie Cauneau, de Chauché. L'acte nous apprend que le mariage avait été précédé par la cérémonie des fiançailles célébrées, deux jours auparavant, dans l'église de Chauché[22].
1778. Mariage de Messire Joseph Gazeau de la Brandanière, écuyer, chevalier, fils du seigneur de Ramberge, avec dlle Sophie-Aimée Gazeau de la Brandanière, dame du Châtenay. Par une permission de Monseigneur, le mariage fut célébré dans la chapelle du Châtenay.
1781. Sépulture de Jacques Voyneau, sieur de la Couprie, notaire royal de la principauté de la Roche-sur-Yon.
Id. Sépulture de dame Madeleine-Marie-Victoire Gazeau de la Brandanière, veuve de feu écuyer Alexandre Gourdon de l'Archenault, gendarme de la garde du Roy, chevalier de Saint-Louis.
1788. Bénédiction de la grosse cloche. "Aujourd'huy, cinq août, mil sept cent quatre-vingt-huit, a été bénite la grosse cloche de ce lieu, pesant environ sept cent quarante livres, par moi curé, et a été mise sous l'invocation de saint Denis, par très haut et très puissant seigneur Jean-Baptiste-Ménélay Colbert, marquis de Sablé, lieutenant général des armées du Roy, seigneur de ce lieu, et par très haute et très puissante dame Adélaïde-Antoinette de la Roche Rambuze, son épouse, et représentés par Maître Alexandre-Honoré Verdon, notaire royal, procureur fiscal de la baronnie des Essarts et des châtellenies de ce lieu, et dlle Henriette-Jeanne Landais, son épouse, en présence des soussignés
Verdon ; Marie-Félicie Querqui, veuve Marchegay ; Henriette Marchegay ; Félicité-Adélaïde-Esther Marchegay ; Landais ; Morisson ; Belliot, prieur-curé de Boulogne ; Rousseau ; Audureau, vicaire de Saint-Denis ; Mady, curé de Saint-Denis[23]."
1793. Le 19 septembre, sépulture de Louis Masson du Gast, quatre-vingt-quatre ans.
Le 3 nivôse an V, sépulture de dame Sophie-Aimée Gazeau de la Brandanière, dame de Châtenay.
Le 11 messidor an V, mariage de Maître Pierre-Alexis Bonnefond, de Saint-Denis, avec demoiselle Gabrielle Gouin, de Belleville. A cause du malheur des temps, la bénédiction nuptiale est donnée aux époux, dans la sacristie de l'église de Belleville, par M. Audureau, qui signe alors "desservant de Belleville et Saligné".
Dans les registres, nous voyons que les mariages, malgré les troubles de cette époque, se célèbrent avec les mêmes formalités qu'autrefois. De plus, lorsqu'il s'agit de soldats vendéens, il est spécifié qu'ils ont la permission des chefs qui les commandent. Le 27 janvier 1795, M. Mady bénit le mariage d'un nommé Charles Leymarie, maréchal-ferrant de l'armée catholique et royale. La publication est faite dans la chapelle du Recredit, pendant la messe de l'armée, et le général de Charette donne son consentement par écrit.
Le brave commandant Rezeau, dont nous parlerons plus loin, autorise aussi lui plusieurs mariages, tels que ceux de Pierre Arnaud et de Marie-Louise Cauneau, de Jacques Brenet et d’Aimée Favroul, de Jean Vircoté et de Gabrielle Giraud. Evidemment il s'agissait de soldats de sa division, car on ne comprendrait pas cette ingérence du chef vendéen.
L'un des registres de cette époque est "cotté et paraffé par René Bouliau, inspecteur particulier, ce 10 novembre 1794, an deuxième du règne de Louis XVII". Ainsi à Saint-Denis on restait fidèle au vieux gouvernement.
Sans doute, bien des habitants de cette paroisse durent s'enrôler dans l'armée de Charette, dont le quartier général se trouvait tout près, à Belleville, et un certain nombre durent périr sur les champs de bataille. Bien peu de noms ont échappé à l'oubli. Voici ceux que nous avons trouvés :
1. "Le 1er octobre 1793, a été inhumé dans le cimetière de Saint-Denis le corps d'un homme venant de l'armée de Charette, dont on ignore le nom et qu'on dit être de Saint-Etienne-du-Bois, décédé la veille, à l'Orgère ; de cette paroisse." Signé : Mady, curé.
2. "Le 23 novembre 1793, a été inhumé dans le cimetière de Saint-Denis le corps de Pierre Charriaud, laboureur, décédé de ce matin, à la Galfaudière, de ses blessures à l'armée catholique et royale, âgé de vingt ans et six mois." Signé : Mady, curé,
3. Marie Renaudin, épouse du suivant.
4-7. François Verger et ses trois garçons qui prirent les armes.
8. Geneviève Buet, âgée de 18 à 20 ans.
9. Masson (René), chevalier, émigré, quarante-neuf ans, vétéran dans Loyal-Emigrant, condamné, le 14 thermidor (1er août 1795), à Vannes, avec les Vendéens qui furent fusillés à la suite de l'expédition de Quiberon. L'un de ses frères et son cousin-germain, Masson de la Fumoire, périrent également dans les guerres de l'émigration.
10 et 11. Antoine Hermouet et Louise Creuzé, son épouse, tués au village de Sablé en Saint Denis.
12. Olympe-Aimée Le Bœuf des Moulinets, épouse de François-Aimé David Tinguy de Soulette, décédée dans la campagne au-delà de la Loire.
13. François Ouvrard, maçon, 25 ans, mentionné par la Vendée historique (année 1902, p. 167).
14. Pierre Merlet, garçon laboureur (Id. 1905, p. 274).
Il n'y eut point de grands combats sur le territoire de la paroisse. Cependant les soldats des deux partis le sillonnèrent plus d'une fois. Après ses victoires de Chauché, Charette écrasa une colonne républicaine venant de Saint-Denis (février 1794).
Le 18 juillet 1794, le général Huché se porta au bourg de Saint-Denis ; n'y trouvant personne, il se vengea en faisant mettre le feu aux maisons de l'endroit et aux fermes des environs.
Le 24 décembre 1795, Lucas-Championnière attaqua dans les landes de Saint-Denis un convoi républicain qui se dirigeait sur le château du Châtenay. Dans cette affaire périt l’un des meilleurs lieutenants de Charette, le vaillant Pajot. Cet officier, voyant que les ennemis résistaient courageusement, se jette avec impétuosité dans leurs rangs et les met en déroute, puis il se met à la poursuite d'un peloton de fuyards ; mais bientôt il est atteint d'un coup de feu qui l'étend sans vie. En apprenant cette mort, Charette ne put s'empêcher de- pleurer et de dire "Vous m'avez laissé tuer l'un de mes plus braves soldats ![24]"
Quelques semaines plus tard, l'héroïque Charette tombait aussi lui aux mains de ses ennemis dans le bois de la Chaboterie, sur les confins de Saint-Denis.
Le vénérable M. Mady mourut le 19 novembre 1806 et laissa comme successeur :
12° Gabriel Rezeau.
Ce prêtre était né à la Copechagnière, en 1762. Cependant on le considérait comme de Saint-Denis, sans doute parce qu'il y habita plus tard et qu'il y comptait divers membres de sa famille.
M. Gabriel Rezeau était frère du général vendéen, Pierre Rezeau, décédé à Saint-Denis[25], et beau-frère du général Cailleau, décédé à Château-Fromage et inhumé dans le cimetière du Bourg-sous-la-Roche.
M. Rezeau débuta dans le ministère, comme vicaire d'Aizenay, où l'on trouve sa signature de 1788 à 1790. A l'approche de la Révolution il était vicaire de Beaufou, sous la direction du vaillant Jousbert de la Cour.
Ayant refusé le serment il fut condamné à l'exil et embarqué pour l'Espagne sur l'Heureux-Hasard, le 10 septembre 1792. En revenant de l'exil, il retourna à Beaufou, fut présent à la mort de M. Jousbert et lui succéda. En 1801, il desservit la Ferrière, puis Fougeré en 1803. Le 6 mars 1806 il était curé de Coëx. Six mois après, il venait aider M. Mady et il lui succéda le 19 novembre de la même année.
M. Rezeau gouverna la paroisse de Saint-Denis jusqu'au mois d'août 1817, puis il revint à Fougeré où il vécut encore dix ans. C'est là qu'il mourut, le 1er mai 1828, et il fut inhumé dans le cimetière de cette paroisse.
Pendant le séjour de M. Rezeau à Saint-Denis, l'administration préfectorale s'occupa de faire racheter par les municipalités les édifices paroissiaux qui avaient été aliénés pendant la Révolution. A cet effet, le gouvernement alloua une somme de 300 000 francs au département de la Vendée pour venir en aide aux communes qui auraient besoin de secours. Presque partout les acquéreurs des presbytères s'empressèrent de céder ces immeubles à des prix modérés pour les rendre à leur primitive destination. A Saint-Denis, la municipalité se heurta à des prétentions excessives de la part de l'acquéreur. Le Préfet consulté répondit qu'il n'y avait aucun moyen de contraindre ce dernier à une vente raisonnable et il conseilla de chercher une autre maison. La municipalité de Saint-Denis, dont le maire était alors M. de Tinguy, jeta les yeux sur une maison située près de l'église et qui avait été achetée, en 1811, par Benjamin Buet de Constant Thoumazeau. Cette maison fut payée 3752 francs. Sur cette somme 1800 francs furent fournis par le gouvernement, comme part affectée à la commune dans l'allocation ci-dessus mentionnée. L'acquisition fut autorisée par un décret de Napoléon, en date du 2 septembre 1813 et signé au quartier impérial de Dresde.
Le prêtre fut logé dans cette maison jusqu'en 1868, époque de la construction du presbytère actuel qui fut élevé tout à côté. Il reste encore une partie de cette habitation et sur le manteau de la cheminée dans la chambre qui servait de salon, on peut lire cette vieille inscription : Pierre Caillé, greffier de Saint-Denis et de la Merlatière.
En 1820, la commune agrandit l'habitation curiale en achetant une petite maison avec jardinet touchant l'ancien cimetière.
13° M. Desers.
Ce prêtre succéda à M. Rezeau, en août 1817. Il ne fit pour ainsi dire que passer. Il était d'une chétive santé et malheureusement le physique agissant sur le moral, il ne réussit pas à s'attirer l'affection de ses paroissiens. Au bout d'un an, ne pouvant supporter les ennuis qui lui arrivaient, il se décida à quitter Saint-Denis et il se retira, dit-on, à Bretignolles où il ne tarda pas à tomber tout à fait malade et à mourir d'une fièvre chaude.
14° M. Laveille.
Son premier acte est signé du 7 octobre 1818 et son dernier du 18 février en 1819, ce qui fait un peu moins de cinq mois de séjour. Il passa de là dans la paroisse voisine de Chauché.
15° M. Pierre Girard.
Ce nouveau curé, qui arrive au mois de juin 1819, reprend la tradition des longs pastorats à Saint-Denis, car il gouverne la paroisse pendant plus de quarante-six ans. Peu de prêtres ont laissé comme lui dans le diocèse un pareil souvenir du bon curé qui connaît tout son monde, appelle chacun par son nom, son petit nom (vocat eos nominatim), tutoie les trois quarts de ses paroissiens, est accueilli dans toutes les familles dont il sait les secrets, aimé et respecté de tous. Du haut de la chaire, chaque dimanche, il donnait son prône simple et familier avec lequel se formait l'esprit public. Quand il le fallait, il savait aussi user d'une certaine sévérité qui le faisait soupçonner d'être légèrement janséniste.
M. Girard, né à Saint-Hilaire-de-Loulay, était le neveu de l'ancien curé de Saint-Georges-de-Montaigu, M. Jean Girard, qui eut l'honneur de recevoir et de haranguer l'Empereur en 1808, et sur lequel M. Baraud a écrit une si émouvante notice, dans son deuxième volume du Clergé vendéen, M. le curé de Saint-Denis avait un frère plus jeune, M. Gabriel Girard, qui fut vicaire puis curé de Saint-Georges-de-Montaigu, après la mort de son oncle.
M. Pierre Girard avait été ordonné prêtre le 27 décembre 1813 et, avant de venir à Saint-Denis, il avait été vicaire à Aizenay, du 1er janvier 1815 à la fin d'avril 1819.
Peu après sa nomination à la cure de Saint Denis, au mois d'octobre 1821, à veille de la restauration du siège épiscopal de Luçon, Mgr Paillou, évêque de la Rochelle, communique à M. Girard une lettre écrite de la Flocellière à M. de Puitesson, par laquelle il rattache la maison de ce dernier à la paroisse de Saint-Denis, quoique cependant elle soit située au-delà de la rivière, c'est-à-dire sur le territoire de Chauché.
Le 24 juin 1827, le conseil de fabrique accepte "une somme de cent francs que Monseigneur offre à la fabrique de Saint Denis pour faire célébrer chaque année, le lundi de la Passion, une messe à perpétuité pour le repos de l'âme du général de Charette et autres victimes morts pour la défense de la cause sacrée du trône et de l'autel". Parmi les signataires de cette délibération, on remarque le nom de Jean Hermouet qui, dans son enfance, servait la messe au vénérable M. Mady, lorsque celui-ci se cachait chez ses parents, à l'Imbretière.
Le registre de fabrique tenu par M. Girard commence avec l'année 1826. La recette comme la dépense n'étaient pas fortes à cette époque : elles se chiffrent pour cette première année par un total de 239 fr. 30. Cependant, quelques années plus tard, grâce à une plus fructueuse adjudication des bancs, le petit budget fabricien monte assez vite et dépasse bientôt le billet de mille, ce qui suffit en ce temps pour les frais du culte et les petites réparations ordinaires.
Les signatures que l'on trouve à la fin des délibérations rappellent les vieilles familles de la paroisse : Bossu, Jousseaume, Chauvin et Gouraud qui tiennent tour à tour la mairie de 1820 à 1870, Charles Marais, trésorier pendant plus de vingt ans, Bouilliau et Procest, Bouliau et Proust. Viendront plus tard, vers le milieu du siècle, les noms des Sellier, Boisseleau, Amiaud. Moreau, Bonin et du vénérable nonagénaire, Isidore Hermouet, dont le nom figure depuis un demi-siècle, comme trésorier d'abord et comme président, lorsqu'il eut passé la caisse à son parent Eugène Arnaud.
En 1832, la fabrique achète une horloge qui a dû servir jusqu'à la reconstruction de la nouvelle église.
En 1847, les deux vieilles cloches sont échangées contre deux nouvelles. Sur la grosse donnant le fa naturel on lit cette inscription :
L'an 1847, a été bénite pour l'église de Saint-Denis-la-Chevasse par M. Girard, curé, et nommée Marie-Hermine Sophie par M. Auguste Querqui de la Pouzaire, chevalier de la Légion d'honneur, et Mlle Hermine Durcot de Puitesson. M. Chauvin, maire. MM. L. Hermouet, P. Sellier, Marais, J. Hermouet, Bouliau, fabriciens. Bollée, fondeur au Mans.
La petite cloche donnant le sol naturel porte cette inscription :
L'an 1847, a été bénite pour l'église de Saint-Denis-la-Chevasse par M. Girard, curé, et nommée Louise-Adélaïde-Gabrielle par M. Hubert Bonnefond, propriétaire, et Mlle Louise Rezeau, propriétaire.
(Le reste de l'inscription comme la précédente.)
Vers le commencement de l'année 1846, M. Girard s'empresse de signaler à son nouvel évêque, Mgr Baillès, le succès d'une grande mission qu'il venait de faire donner à ses paroissiens. Le saint évêque lui répond aussitôt en des termes qui rappellent les lettres de saint Paul à ses chers Corinthiens Nous y lisons "Au milieu des sollicitudes que nous donne l'administration naissante de toutes les églises de ce beau diocèse, nous avons voulu vous écrire de notre main pour vous dire tout ce que votre générosité, votre zèle, votre ferveur répandent de douces consolations dans notre âme... Et sera notre présente lettre pastorale lue et publiée au prône de la messe de paroisse, le dimanche de la Sexagésime, dans l'église de Saint-Denis, et déposée dans les archives."
Une autre mission non moins fructueuse fut prêchée en 1862 par les Pères de Chavagnes. A cette occasion, on érigea sur un terrain donné par René Boisseleau, le calvaire dit "du Châtenay." C'est au pied de ce calvaire que, pendant la guerre franco-allemande de 1871, on voyait les gens du village et un certain nombre d'habitants du bourg se réunir chaque soir pour réciter le chapelet, la prière et d'autres invocations de nature à fléchir le cœur de Dieu.
Depuis la Révolution jusqu'à 1850 il n'y avait pas eu de vicaire à Saint-Denis. Vers cette époque, les évêques, ayant sous là main des prêtres plus nombreux et secondés par les dispositions libérales du gouvernement, en profitèrent pour fonder des vicariats dans les paroisses plus populeuses. Saint-Denis fut du nombre de ces dernières. Les vicaires qui aidèrent M. Girard furent :
M. Jean Verdon (avril 1850 à décembre 1855, plus tard curé de Saint-Germain-le-Princay et de Vendrennes,
M. Alcide Rossignol (janvier 1856 à décembre 1857), décédé curé de Cheffois, le 17 janvier 1887.
M. Jean-Baptiste Bécot (novembre 1858 au mois d'octobre 1866), actuellement prêtre habitué à Chauché.
Enfin le bon M. Girard, âgé de soixante-quatorze ans, dont quarante-six passés à Saint-Denis, dut se retirer du ministère et laisser la place à un prêtre plus jeune. Il vécut en prêtre habitué dans une maison voisine des halles et il y mourut, le 19 mars 1870, à l'âge de soixante-dix-neuf ans.
16° M. Ferdinand Poisson.
Précédemment curé de la Tranche, M. Poisson vint succéder à M. Girard en 1855. Son premier soin en arrivant à Saint-Denis fut de s'occuper de la reconstruction du presbytère qui n'était plus guère convenable. Des plans et un devis furent dressés par M. Guillerot, architecte à Napoléon-Vendée. Les travaux commencés en août 1868 furent terminés l'année suivante.
Le jour de la saint Denis 1868, une cérémonie réunissait dans l'église vingt-et-un prêtres et un grand concours de fidèles, Pour la première fois on exposait à la vénération des paroissiens les précieuses reliques obtenues de Rome par l'intermédiaire de Mgr Baillés et parmi lesquelles on remarquait des parcelles du berceau de N-S., du sépulcre de la sainte Vierge, de la maison de S. Jean-Baptiste, de S. Joseph et de Ste Anne ; de l'autel de S. Pierre, apôtre ; du bâton de S. Paul, apôtre ; du suaire qui enveloppa les ossements de S. Antoine, abbé, etc., des ossements de S. Denis, évêque et martyr, et de S. Paul, premier ermite. Le tout était renfermé dans trois reliquaires déposés dans une châsse de cuivre verni or.
Le sermon de circonstance fut donné par M. Gonet aumônier du collège de Fontenay.
Le nouveau curé était infatigable : le zèle de la maison de Dieu le dévorait et son grand désir eût été d'entreprendre la restauration et l'agrandissement de son église. D'après les procès-verbaux du conseil de fabrique on voit avec quel soin, quelle activité et quelle compétence liturgique il commence par en faire le nettoyage pour en entreprendre ensuite l'ornementation. C'est vers l'année 1868 qu'il fait venir un artiste de Luçon, M. Renaud, pour réparer le magnifique retable qui garnissait le fond du sanctuaire.
Ce retable, que nous avons déjà décrit plus haut, avait beaucoup souffert pendant la Révolution, la nef ayant été brûlée et les fenêtres du chœur probablement brisées. Il est à croire aussi que quelques mutilations qu'on y voyait en 1865 avaient été faites à cette époque. Depuis on n'y avait fait qu'un nettoyage superficiel et souvent inintelligent.
Le bon curé, dans les notes qu'il a laissées sur son retable, nous parle aussi des souches anti liturgiques qui, par leur longueur démesurée, semblaient menacer le ciel. Pour les maintenir dans une position verticale, on avait fixé dans le retable même, d'énormes barres de fer munies d'un anneau pour chaque souche. — "Par ce moyen, l'interminable tuyau d'orgue était maintenu fixe et vertical".
Dans les lignes qui suivent, le descripteur accable de ses anathèmes le rustique sacristain qui, chaque année, à la veille des grandes fêtes, passait un balai de frangonettes pour enlever les toiles d'araignées et la poussière, caressant ainsi chaque tête, chaque main, etc. Et surtout il ne peut retenir son indignation, quand il parle du procédé employé pour les colonnettes de marbre que le pauvre homme enduisait d'encaustique et frottait à la brosse pour les faire reluire comme des bottes de gendarme.
L'artiste appelé par M. Poisson eut d'abord à gratter ces épaisses couches de cirage, ensuite à refaire les parties décoratives qui manquaient : consoles, rosettes, feuillage, etc. Plusieurs statues étaient mutilées et leurs attributs distinctifs avaient disparu.
Un peu avant cette restauration, le zélé pasteur avait fait ériger un calvaire, sur la route des Lucs, dans un terrain de la famille Belobre. Ce calvaire, à sept ou huit cents mètres du bourg, fut plus tard restauré par M. Trichet, en 1898, à la suite d'une autre mission prêchée par les Rédemptoristes.
Le vieux cimetière paroissial, où les ancêtres dormaient à l'ombre du clocher, étant devenu tout à fait insuffisant, il fallut alors chercher un endroit plus spacieux pour la sépulture des morts. A cette fin on choisit un terrain distant de quatre cents mètres de l'église et auquel la tradition attribuait certains souvenirs religieux. De fait, on y avait trouvé les fondations d'une ancienne chapelle et il portait déjà le nom de Grand Cimetière; à chaque instant la pioche y découvrait des ossements et on mit aussi à jour une grande pierre tombale en granit qui fut déposée au pied de la croix dans le nouveau cimetière.
Cette croix, due au ciseau de M. Renaud, est vraiment remarquable. La base est en granit et sort des carrières du Rouet, en Chavagnes Au sommet du faisceau de colonnettes qui portent la croix sont représentés les quatre animaux évangéliques, avec chacun une devise se rapportant au crucifiement.
La bénédiction de cette croix fut faite solennellement par M. Millasseau doyen du Poiré, le jour de la saint Denis, 9 octobre 1871. La dépense totale s'éleva à 18 000 francs, dont la plus grande part fut payée par la fabrique et le reste par des dons particuliers.
Le cimetière lui-même avait été bénit précédemment le 28 juin 1871, à la suite de la Confirmation donnée par Mgr Colet. "Après la cérémonie de confirmation, est- il dit au procès-verbal du visite, Nous avons procédé à la bénédiction solennelle du nouveau cimetière établi conformément aux prescriptions canoniques. La partie réservée de ce cimetière pour les sépultures non catholiques a été délimitée par un arrêté municipal ; la séparation du cimetière bénit devra être faite au moyen d'une haie vive."
Le dernier acte important du pastorat de M. Poisson fut l'établissement d'une confrérie des Mères chrétiennes, pendant le carême de 1872. La pieuse association fut approuvée par Mgr Colet le 30 mars de la même année et affiliée à l'Archiconfrérie de N.-D. de Sion, le 23 avril suivant.
Le zélé pasteur préparait la restauration de son église. En 1871, l'encaisse de la fabrique atteignait 12 000 fr. C'était encore peu, sans doute, mais dans une population chrétienne et généralement aisée, comme celle de Saint-Denis, on pouvait compter sur une riche souscription. Aussi M. le curé, autorisé par le Conseil de fabrique et approuvé par son évêque jugea qu'il pouvait se mettre en relations avec M. Mandin, architecte à Périgueux, pour lui commander un plan de restauration.
Mais, dans les vues de la Providence, M. Poisson n'était pas le Salomon qui devait reconstruire le temple du Seigneur. A la fin de 1872, il était nommé curé-doyen de Mortagne et remplacé, le 13 janvier 1873, par M. Jean-Jacques Rousseau, précédemment curé de Sainte-Croix-de-Vie.
Avant de parler du prêtre éminent que nous venons de nommer, citons les vicaires qui se sont succédé pendant le séjour de M. Poisson à Saint-Denis.
Après M. Bécot, précédemment vicaire sous M. Girard et qui reste avec M. Poisson jusqu'au mois d'octobre 1866, viennent :
M. Henri Baudry (janvier 1867 août 1870) décédé curé de la Jaudonnière le 24 août 1898.
M. Edmond Maire (août 1870 décembre 1874) actuellement prêtre habitué à Saligny.
17° Jean-Jacques Rousseau
M. l'abbé Rafin, dans sa préface des Œuvres poétiques de M. Rousseau, nous donne sur ce prêtre cette notice fort intéressante :
"L'abbé Jean-Jacques Rousseau naquit en 1836, à Magné, sur les confins des Deux-Sèvres et de la Vendée.
Devenu prêtre à la fin de l'année 1859, après de brillantes études littéraires et théologiques, il fut d'abord vicaire à la Roche-sur-Yon, puis aux Sables-d'Olonne. Nommé curé de Sainte-Croix-de-Vie en 1870, il fut, trois ans plus tard, transféré à Saint-Denis-la-Chevasse, où il demeura jusqu'à sa mort, brusquement survenue le 24 octobre 1894, dans la pleine maturité de son âge et de ses riches facultés.
On sait qu'il était d'origine genevoise, et qui plus est, de la famille de son homonyme, le trop célèbre auteur de l'Emile et du Vicaire savoyard.
Voici d'ailleurs les notes très précises que me communique à ce sujet M. l'abbé Martineau, curé de l'Ile-d'Elle, cousin de l'abbé Rousseau, et qui se trouve lui-même, par sa mère, dans les mêmes conditions d'origine et de parenté :
En même temps que J.-J. Rousseau, le trop fameux philosophe, entrait en France un sien frère, lequel vint s'établir à Niort où il fonda une maison de quincaillerie. L'un de ses enfants épousa une sœur de l'abbé Garnier, onzième supérieur de Saint-Sulpice, mort en 1835 et dont la famille était originaire de Villiers-en-Plaine. De cette union naquit Jacques Rousseau, père de Jacques Rousseau (ancien curé de Bouin), et grand-père de notre cher Jean Jacques. Cette origine a été vérifiée, paraît-il, par mon oncle de Bouin et par l'abbé Jean-Jacques lui-même."
"Il m'a semblé qu'il n'était pas sans intérêt de consigner ici ces curieux renseignements et d'établir ainsi que, outre la similitude de noms, il y avait entre le poète et le philosophe de Genève une réelle parenté de sang, doublée de celle du talent."
Quant à ce dernier point, nous en dirons quelque chose ailleurs ; racontons d'abord l'histoire du ministère pastoral.
Le nouveau curé allait se trouver dès son arrivée, en face de l'œuvre absolument urgente de la restauration de l'église, mais bien des difficultés allaient également surgir devant lui. Malgré les études déjà faites pour l'avant-projet, bien des hommes compétents hésitaient entre un agrandissement avec amélioration des parties conservées et une reconstruction complète, comme le conseillait l'architecte. Et puis, pour une dépense de 140 à 150 000 francs l'encaisse de la fabrique était insuffisante. Force était donc d'attendre encore pendant plusieurs années durant lesquelles on grossirait les ressources.
A chaque visite pastorale, l'évêque reconnaît la nécessité de la restauration et 1’augmentation des économies fabriciennes. Il est dit au procès-verbal de 1876 : "Nous avons trouvé une église peu décente et beaucoup trop petite pour la population. Aussi M. le Curé, de concert avec les membres de la fabrique, a-t-il résolu d'entreprendre prochainement une complète restauration de l'édifice religieux. Les économies réalisées dans ce but s'élèvent aujourd'hui à plus de 20 000 francs et elles pourront facilement s'augmenter chaque année de 3000 francs, sans nuire à l'exercice du culte divin."
Au mois de juin 1879, le nouvel évêque Mgr Catteau fait les mêmes constatations : les réserves pour bâtir l'église vont atteindre 30 000 francs, mais rien n'est encore commencé. A la visite pastorale de 1883, on redit les mêmes choses : l'encaisse est montée à 37 000 francs, malgré les dépenses faites pour l'agrandissement du jardin curial et quelques autres améliorations.
En 1887 et 1891, les choses sont toujours dans le même état par rapport à l'église. L'encaisse grossit toujours et avec l'intérêt des fonds placés atteint 70 000 francs. Et cependant, après dix-huit années écoulées, après tant de patience pour arriver à ce chiffre d'économies, M. Rousseau ne voyait pas la réalisation de ses espérances. Etre si près du but et ne pas l'atteindre. Comme il devait souffrir dans son âme ardente.
Cependant, il est juste de dire qu'à cette époque (1891) les plans et devis dressés par M. Mandin, avec tout le dossier préparatoire, étaient enfin envoyés à la Préfecture de la Vendée. La dépense s'élevait à 135 000 fr.
On était à la veille de construire.
Mais avant de parler du magnifique monument élevé à Saint-Denis au Dieu de nos tabernacles, il nous faut raconter divers incidents qui eurent un certain retentissement, puisqu'ils furent cause de procès ou de poursuites devant les tribunaux.
C'était en 1878. Une mission venait d'être donnée et s'était clôturée par l'érection d'un beau calvaire sur la route de Belleville. Peu de temps après, un conflit s'élève entre la fabrique et l'administration municipale. Celle-ci, représentée par le maire, s'était crue en droit de faire fermer une fenêtre située au couchant dans les dépendances du presbytère. A la suite de cet acte, une longue procédure s'engage. Commencée en 1879, elle ne se termine qu'en 1883. La fabrique demande d'abord à la préfecture la permission de poursuivre et ne l'obtient pas. Elle en appelle au Conseil d'État qui annule la décision préfectorale et lui accorde la faculté d'ester en justice. Le procès se plaide en première instance et les délinquants sont condamnés. L'un d'eux interjette appel et l'affaire se poursuit jusqu'à la cour suprême de cassation qui ne fait que confirmer le premier jugement.
Cette affaire n'était pas terminée qu'une autre était engagée. Le 23 novembre 1883, M. Rousseau comparaissait devant le tribunal correctionnel de la Roche-sur-Yon sous l’inculpation d'un double délit, savoir :
1° Critique et censure des actes du gouvernement ;
2° Provocation à la désobéissance aux lois.
Voici comment le Journal, la Vendée, dans son numéro du 26 novembre, racontait cette nouvelle affaire :
"C'est dans son sermon du 15 août que M. le curé de Saint-Denis aurait, d'après la prévention, censuré et critiqué le gouvernement, et provoqué à la désobéissance de la loi du 28 mars. Il aurait dit que les écoles neutres étaient des écoles athées, sans Dieu et sans mœurs, et que les parents qui y envoient leurs enfants encourent le refus de l'absolution.
Six témoins à charge ont été entendus. Sur les six trois seulement ont affirmé l'exactitude des propos prêtés à M. le curé dans son sermon du 15 août. Les trois autres ont été moins affirmatifs.
Trente témoins à décharge étaient cités. La défense a jugé inutile d'en faire entendre plus de huit.
Il résulte assez clairement de ces dépositions que M. l'abbé. Rousseau, commentant le mandement de Monseigneur l'Evêque de Luçon, relatif à la loi scolaire, a distingué entre l'école neutre, telle que la loi l'a définie, et l'école athée ou hostile à la religion, telle que la réprouvent également et la législation et les divers ministres qui ont été chargés de la faire appliquer. Le curé a dit que, en cas de coexistence d’une école religieuse et d'une école neutre, les parents devaient préférer l'école religieuse, l’école neutre étant simplement tolérée par l'Eglise. Mais que si l'école neutre devenait hostile, il serait du devoir le plus étroit des catholiques d'en retirer leurs enfants, et que ceux qui ne le feraient pas encourraient le refus des sacrements Tel est bien le sens du sermon, tel qu'il résulte des témoignages de M. Maigre, ancien receveur de l'enregistrement, de M. Laborde, notaire, suppléant du juge de paix, de Mme Samuel Bossu et des autres témoins à décharge. Ceux-ci étaient assez rapprochés du prédicateur pour ne perdre aucune de ses paroles, tandis que les autres témoins, et notamment le sieur G..., étaient placés à une distance de l'orateur, qui, dans la pensée de plusieurs des personnes entendues, ne pouvait leur permettre de saisir nettement ses paroles.
L'affaire a occupé l'audience de jeudi et une partie de celle de vendredi. M. Bourgeois a défendu, jeudi, M. le curé de Saint-Denis avec une vigueur, une clarté, une conviction et une connaissance des principes juridiques qui régissent la matière extrêmement remarquables.
M. le substitut, qui tenait le siège du procureur de la République, a renoncé à un des chefs de la prévention. Il a soutenu l'autre, celui qui résulte des termes de l'art. 201 du Code pénal, dans un langage froid et correct, en se plaçant sur le terrain vague des généralités et dans le domaine délicat des devoirs du prêtre. Son réquisitoire a été marqué par une sortie des plus malheureuses et qui a motivé le jugement le plus sévère de la presque unanimité des auditeurs à propos d'une personne des plus honorables que les circonstances particulières de la cause devaient, aussi bien que les convenances les plus élémentaires, mettre à l'abri des écarts de langage du ministère.
Le jugement a été remis à huitaine."
Ce jugement, rendu le jeudi suivant par le tribunal de la Roche-sur-Yon, renvoyait M. Rousseau de la poursuite sans dépens.
En 1884, un autre procès ramenait M. Rousseau devant le tribunal correctionnel de la Roche-sur-Yon, à propos de l'école libre de filles de Saint-Denis.
On se rappelle que l'un de ses prédécesseurs, M. Gaubert avait fait, en 1696, un legs en faveur de l'éducation religieuse dans la paroisse. Ce legs comprenait à la fois une maison destinée à loger une institutrice nommée ou agréée par l'évêque, et, en outre, une ferme, dite de la Malveille, dont les revenus devaient être employés à subvenir aux frais de l'œuvre fondée.
Jusqu'à la Révolution l'institution fonctionna sans difficulté. Mais à cette époque de troubles, où le droit de propriété, comme bien d'autres, dut s'incliner devant les revendications de l'arbitraire, l'œuvre fondée en 1696 parut avoir fait son temps : la maison d'école et ses dépendances furent confisquées.
Lorsque l'ordre fut enfin rétabli, et sur des instances réitérées qui commencèrent le 29 nivôse an XIII, pour n'aboutir que le 20 février 1806, c'est à-dire après deux longues années d'examen, la propriété Gaubert fut rendue à sa primitive destination. L'arrêté ordonnant cette restitution fut signé le onze frimaire an XIV. Voici quelques extraits de cette pièce importante pour l'histoire de fondation Gaubert :
"Vu la pétition présentée, le 29 nivôse an XIII, par le Maire de la commune de Saint-Denis-la-Chevasse, tendant à ce qu'une borderie, appelée la Malveille, une maison et deux jardins, situés tant au bourg de Saint-Denis qu'aux environs, soient rendus à leur primitive destination qui était le logement et l'entretien d’une maîtresse d'école chargée d'instruire les filles de la paroisse tant à lire et écrire que dans les principes de la Religion.
Vu le titre joint à la présente pétition (expédition du testament Gaubert) ;
Vu d'après le renvoi au Maire de la commune, du 1er pluviôse an XIII, pour que le conseil déclare si ces dons étaient distincts de ceux affectés à la Légion d'Honneur, la réponse… de laquelle il résulte que la borderie affectée à la Légion d'Honneur est autre...[26]
Vu la loi du 25 messidor an V, relative aux fondations de bourses dans les ci-devant collèges de la République. Considérant que cette loi est appuyée sur ce que rien n'est plus instant que de rétablir en France l’instruction publique, et qu'un des moyens le plus efficace pour y, parvenir est, de la part du Gouvernement, de tendre une main secourable aux enfants des pauvres.
Considérant que la fondation de la régence (école) pour les filles de Saint-Denis-la-Chevasse est un établissement de bienfaisance tendant à l'instruction publique et aux bonnes mœurs, dans une commune dans l'intérieur du bocage de ce département, que c'est à ce titre que l'administration centrale, d'après la loi ci-dessus, n'en mit les biens en vente, et qu'ils furent exceptés de ceux qui furent désignés pour former la dotation de la Légion d'Honneur ; et qu'il serait à désirer que cette commune ne fut pas, comme elle l'est, la seule favorisée de cet avantage,
Le Préfet de la Vendée est d'avis que le petit domaine légué par le feu curé Gaubert., et dont a toujours joui la Régente des filles de la commune de Saint-Denis-la-Chevasse soit rendu à primitive destination, et que la Régente en constitue la jouissance aux charges énoncées au testament, sous la surveillance du Maire, de l'Adjoint et du Prêtre desservant la commune.
Et arrête que le présent, avec les pièces à l'appui, sera soumis à l'approbation de son Excellence le Ministre des finances.
En Préfecture,- à Napoléon, les jour, mois et an que dessus."
Cet arrêté fut définitivement approuvé par le ministre des finances, le 20 février 1806.
Depuis cette époque, l'école continua de fonctionner sans trop de difficultés jusqu'à l'année 1884. Les institutrices se succédaient, nominées ou agréées par l'autorité épiscopale, et elles touchaient les revenus de leurs biens sans ingérence de l'administration civile. Cette tranquille situation se trouble soudain par une prétention inattendue de la Préfecture. On intime au conseil municipal de Saint-Denis d'avoir à inscrire à son budget la rente provenant de la ferme de la Malveille. Celui-ci refuse, alléguant que les biens légués par l'abbé Gaubert n'étaient pas propriété communale. Mais ce n'est pas tout, l’administration départementale veut contraindre l'adjoint, M. Amiaud, faisant fonctions de maire, à renouveler au nom de la commune, le bail avec le fermier de la Malveille. M. Amiaud l'avait fait, il est vrai, en 1873, mais par pure complaisance et sur les instances de l'institutrice ; il n'avait pas agi comme représentant de la commune. Il refuse l'acte qu'on lui demande. On réitère les instances, mais il n'accepte jamais de prêter son concours dans une opération qu'il considère comme illégale.
Le conflit tournait à l'aigu entre l'administration départementale et l'administration municipale. Le moyen d'arranger les choses aurait été, ce semble, de porter le différend devant un tribunal et de s'en remettre à sa décision. On aima mieux tenter une autre solution.
Le 6 avril 1884, intervient un arrêté préfectoral. L'institutrice religieuse qui dirige l'école de Saint-Denis est révoquée et on l'invite à remettre son immeuble entre les mains d'une laïque nommée par l'autorité académique. C'est à la suite de cet arrêté que se passent diverses scènes que M. Bourgeois a si bien racontées dans sa plaidoirie.
"Le 16 avril, M. Morin, inspecteur primaire, chargé d'installer la nouvelle institutrice, Mlle Montlau, arrive en voiture à Saint-Denis, en compagnie de cette dernière. On va trouver le maire, qui s'oppose formellement non pas à l'installation de Mlle Montlau, mais uniquement à l'installation dans la maison léguée par l'abbé Gaubert, de la nouvelle institutrice, qui n'avait point été agréée par l'évêque, ne remplissant pas les conditions imposées par le donateur.
L'inspecteur primaire a beau insister, le maire, ou plutôt l'adjoint faisant fonctions de maire, l’honorable M. Amiaud refuse obstinément de livrer les clefs de la maison d'école, et, comme on lui demande en quelle qualité il refuse, il répond que c'est à titre de président de la commission de surveillance autrefois instituée pour veiller à l'administration de la régence (école).
L'inspecteur demande alors que le refus du maire soit constaté par un procès-verbal rédigé en présence de quatre témoins dont deux désignés par le maire. Le maire accepte, mais le procès verbal reste à l'état de projet, deux des témoins ayant refusé de signer, comme n'étant pas l'expression de la vérité, la rédaction proposée par M. l'inspecteur Morin.
Ce dernier se vit obligé de plier bagages pour retourner à la Roche-sur-Yon. Ce fut M. Frize, secrétaire général de la Préfecture, qui fut chargé de se transporter le surlendemain à Saint-Denis pour y réparer, la force en mains, l’insuccès de l'inspecteur Morin.
M. Frize, qui avait eu soin de s'assurer à l'avance du concours de la force publique s'était donné la peine de faire avertir le maire, à dix heures du matin, par les gendarmes, afin qu'il eût à se trouver à la mairie à dix heures et demie ! Une demi-heure pour se préparer à recevoir le délégué du Préfet, ce n'était vraiment pas trop ! — De son côté, M. l’inspecteur d'académie Paisant — qui, lui aussi, paraît-il, a désormais la gendarmerie sous ses ordres — avait chargé les gendarmes de M. Frize de convoquer pour la même heure l'institutrice révoquée.
M. Frize et ses compagnons de voyage, à peine arrivés se transportent devant la maison d'école où se trouvaient déjà M. Amiaud, M. le curé Jean-Jacques Rousseau, un certain nombre de conseillers municipaux, parmi lesquels MM. Cormier et Querqui de la Pouzaire, entourés d'une foule considérable.
M. Frize invite alors M. le maire à lui donner les clefs de la maison d'école. Le maire refuse. Tandis que M. Frize, se prévalant des textes de loi, cherche à persuader M. le maire du peu de fondement de sa résistance, M. l'abbé Rousseau intervient et déclare qu'il s'oppose également à l'exécution de la mesure réclamée par le secrétaire général. — Qui êtes-vous, monsieur, lui demanda ce dernier, et de quel droit intervenez-vous dans cette affaire — Je suis le curé de la paroisse, répond l'abbé Rousseau, et j'interviens en ma qualité de tuteur, comme membre de la commission de surveillance dont vous devez connaitre parfaitement l'existence.
M. Frize déclare qu'il va se rendre à la mairie où il est prêt à entendre les observations du maire, celles du curé, celles de la commission de surveillance, en même temps que le conseil municipal dont l'abbé Rousseau a exigé la présence.
A la mairie où l‘on se trouve en présence de l'institutrice congréganiste récemment révoquée, M. Frize présente à cette dernière l'acte de nomination qui lui avait conféré ses pouvoirs (et qui lui avait été soustrait quelques semaines auparavant par M. Paisant), Mme Buet, la religieuse, prend la pièce en question, et, comme elle refuse de la rendre en disant que c'était sa propriété, M. Frize, qui a commencé par des supplications, passe aux menaces et veut faire constater par les gendarmes que Mme Buet lui a arraché cette pièce des mains. Les personnes présentes protestent ; des interpellations se croisent, Bref, la religieuse reste en possession de la pièce.
M. Frize sort de la mairie, tout le monde le suit, et les gendarmes vont chercher un serrurier, Car, désormais il n'y a plus qu'une chose à faire : ouvrir la porte de la maison d'école.
Le sieur Chauveau, serrurier de Saint-Denis, requis au nom de la loi par les gendarmes, se rend à l'hôtel. Là, M. le secrétaire général lui explique la position. Chauveau muni de ses instruments, se dirige, à la suite du délégué de la préfecture, vers la porte dont il s'agit de forcer la serrure.
Mais le brave ouvrier, ébranlé à la vue de la foule qui l'entoure, n'hésite plus à retourner en arrière dès qu'il a reçu de M. le maire la défense formelle d'obéir aux ordres de M. Frize. C'est en vain qu'on aura réquisitionné Chauveau : il s'incline devant l'ordre du maire et disparaît.
Troisième tentative manquée. Alors M. Frize envoie une dépêche à la Roche pour requérir Galipaud ; il fait atteler sa calèche pour l'envoyer chercher.
Galipaud est arrivé ; il n'y a plus qu'à le conduire à la maison d'école où il va travailler.
C'est alors que se passe une scène impossible à rendre avec précision. Le maire, fortement appuyé contre la porte de l'école, barre le passage, ayant à ses côtés M. l'abbé Rousseau, et refuse de laisser envahir une propriété dont il a la garde. Le secrétaire-général invoque la loi. Le maire l'invoque de son côté ! M. le curé veut intervenir. M. Frize le traite de révolté. La foule murmure, mais se contient, grâce aux recommandations plusieurs fois répétées par M. l'abbé Rousseau et par M. de la Pouzaire. — Au nom de la loi, s'écrie enfin M. le secrétaire-général, gendarmes, enlevez le Maire ! — Au nom de la toi, riposte celui-ci en s'adressant aux mêmes gendarmes, faites respecter mon écharpe ; c'est moi qui suis le maître ici ! — Après un moment d'hésitation et sur une nouvelle invitation de M. Frize qui leur donne lui-même l'exemple, les gendarmes saisissent M. le maire qui résiste de toutes ses forces, de toutes les forces dont est capable un vieillard de soixante-treize ans ! La jeune femme Amiaud se jette entre les gendarmes et son beau-père ; les gendarmes la repoussent brutalement ; son mari intervient et saisit l'un des agents. Un mouvement de bousculade se produit dans la foule, que les gendarmes ne peuvent disperser. M. Frize lui-même est malmené. Enfin, la foule, calmée par M. le curé, se contient. Galipaud après avoir été frappé, dit-il, parvient jusqu'à M. Frize qui a pris la place du maire, celui-ci ayant considéré sa résistance comme désormais suffisante. Le secrétaire général s'empresse de couvrir Galipaud qui peut travailler maintenant, et, au bout de quelques minutes, la serrure cède et on ouvre la porte !"
Le reste de la scène est ainsi décrit par le Publicateur dans un de ses numéros de la fin d'avril :
"A l'instant où la serrure a été forcée, M. le curé a protesté contre la violence. M. le secrétaire-général n'a pas voulu l'entendre. Alors le Pasteur indigné, se tournant vers son peuple, a lu à haute voix sa protestation qui a été couverte par des bravos et des applaudissements frénétiques. Un quart d'heure après, les conquérants sortaient de la maison envahie. Un silence glacial et des regards qui ont dû leur paraître bien cruels les ont accueillis au passage. Puis la foule s'est massée autour de M. le maire et lui a fait une ovation jusqu'à son domicile. M. le curé, à son tour, a dû souffrir une conduite triomphale jusqu'à son presbytère."
Tels furent les faits qui marquèrent cette journée au sujet de laquelle un journal républicain, le Télégraphe, donnait le 9 mai suivant, cette curieuse appréciation :
"M. le Préfet ignore la loi. Retenu au chef-lieu par les travaux de l'assemblée départementale, il envoya son secrétaire général. Or, cet agent n'est pas officier de police judiciaire ; il ne figure pas dans la désignation étroite du code d'instruction criminelle, art. 9 et 10 ; il n'avait donc pas qualité. Le maire, un simple ouvrier cependant, connaissant ses droits, refusa d'obéir."
Les incidents de Saint-Denis eurent leur répercussion jusqu'au Conseil général. La séance du 21 avril fut si mouvementée que le Préfet quitta la salle, pendant que la majorité du Conseil, composée de dix-sept de ses membres, flétrissait énergiquement la conduite de l'autorité préfectorale et adressait ses plus vives félicitations au vaillant adjoint de Saint-Denis.
Enfin, l'affaire eut son épilogue en police correctionnelle, les 5 et 6 juin. Six prévenus comparaissaient à la barre du tribunal :
1° M. l'abbé Rousseau ;
2° Blouin, marchand de. chaussures à la Roche-sur-Yon ;
3° Rambaud, domestique de Mme de la Pouzaire, à Chauché ;
4° Léontine Guilbaud, femme Amiaud ;
5° Jules Amiaud, époux de la précédente et fils de l'héroïque adjoint ;
6° enfin Isidore Hermouet, trésorier de la fabrique.
Quant à l'adjoint, qui avait été l'âme de la résistance, il ne fut pas inquiété ; on n'aurait pas osé, il était dans son droit.
Le défenseur, M. Bourgeois, déploya le plus beau talent et il fit une admirable plaidoirie. Son éloquence ne put écarter les coups d'une condamnation. Le tribunal, après avoir relaxé Rambaud, prononça les peines suivantes 16 francs d'amende à Blouin, Isidore Hermouet et Léontine Guilbaud ; six jours de prison à Jules Amiaud et vingt-quatre heures de la même peine à M. Rousseau.
Le 27 juin, M. le curé de Saint-Denis purgeait dans la prison de la Roche la condamnation encourue. Le lendemain, à midi, au moment où la porte du cachot s'ouvrit devant lui, il trouva une foule nombreuse, parmi laquelle un groupe compact de ses paroissiens. Toutes les mains se tendirent alors vers le prisonnier qui les serra affectueusement ; un grand nombre d'ecclésiastiques qui étaient présents lui donnèrent l'accolade fraternelle. En même temps, des gerbes de fleurs lui furent gracieusement offertes.
Après une station à l'église, le cortège venu de Saint-Denis et composé d'un grand nombre de voitures reprit le chemin de la paroisse, emmenant triomphalement le glorieux Pasteur.
Près du calvaire, souvenir de la mission de 1878, sur la route de Belleville, M. Rousseau dut s'arrêter pour allumer le feu de joie dressé en son honneur. Enfin, on arriva à l'église, toute remplie de la foule des paroissiens. Après le salut du Saint-Sacrement, le héros de la fête monta en chaire et dans les termes les plus émouvants il remercia ses bien-aimés paroissiens et il ajouta qu'il serait toujours prêt, comme autrefois saint Pierre, à subir la prison pour la gloire et la défense de son Dieu.
Quelques semaines plus tard, le 1er septembre, le Ministre des Cultes, aggravant la pénalité prononcée par les juges de la Roche, supprimait le traitement de M. le Curé de Saint-Denis.
Il restait encore à M. Rousseau dix ans de vie. C'est dans cette période qu'il allait voir se réaliser le rêve qu'il poursuivait depuis son arrivée à Saint-Denis. Avant de mourir il verrait se construire l'église qu'il voulait élever à la gloire de son Dieu. Le plan qu'il exécutera n'est pas un plan ordinaire, car il a été primé au Salon. Mais n'anticipons pas.
Déjà les dons commencent à venir pour l'œuvre qu'on veut entreprendre. En 1885, c'est un legs de 2000 francs fait par Mme Ate Jousseaume. Quelques semaines après, c'est un autre legs s'élevant au même chiffre, proposé par M. Marcel Arnaud, adjoint, de la part de sa tante Mme Roy.
Le premier dimanche d'octobre 1890, le conseil de fabrique examine les ressources dont il peut disposer ; elles s'élèvent à plus de 120 000 francs. Il croit donc pouvoir voter la construction d'une nouvelle église dont la dépense est évaluée à 135 000 francs.
Mais il faudra attendre encore longtemps avant de commencer les travaux. Pendant quatre ans, le dossier fera la navette entre Saint-Denis, l'évêché, la préfecture, le ministère, la commission des bâtiments. Il y aura des touches et des retouches agrémentées d'observations techniques, administratives et politiques. On ferait un gros volume de toutes les lettres échangées à ce sujet. Ce que le vaillant curé a fait de démarches, ce qu'il a remué d'influences pour arriver à faire agréer son projet est prodigieux.
Enfin le décret ministériel, signé par le président Carnot, contresigné par le ministre Poincaré, le directeur des Cultes Dumay et ensuite pour copie conforme parle secrétaire général de la préfecture, Lapaine, arrive à Saint Denis le 8 juillet 1893.
Quelques semaines plus tard on faisait l'adjudication. Mais sur un devis de 135 000 francs il y eut non pas un rabais, mais une majoration de 6 % exigée par les entrepreneurs Caffard et Roulin, à qui finalement furent confiés les travaux. Ce fut une déception pour le Conseil de fabrique et pour le vaillant curé ; mais on avait tant lutté, tant patienté et attendu, qu'on se résigna à commencer les travaux, malgré la forte dépense imprévue qui incombait à la fabrique.
On construisit d'abord une église provisoire dans un champ voisin, mis gracieusement à la disposition de M. le curé par la famille Gardiveau, puis on procéda à la démolition du vieil édifice religieux. Le premier coup de pioche inaugurant les travaux fut donné le 15 septembre.
Le 18 décembre suivant, ce fut une grande fête dans la religieuse paroisse de Saint-Denis, Sa Grandeur Mgr Catteau qui avait suivi avec tant d'intérêt les péripéties de cette entreprise venait de Luçon pour bénir la première pierre du nouvel édifice. Après la messe dite dans l'église provisoire, on se rend processionnellement à l’endroit où devait s'accomplir la cérémonie. Les enfants des écoles, les congrégations paroissiales, enfants de Marie, mères chrétiennes, patronage de jeunes gens, forment les lignes de la procession. Un nombreux clergé escorte Monseigneur qui est assisté par M. le chanoine Poisson, ancien curé de Saint-Denis, et par M. Gelot, archiprêtre de La Roche. On remarque aussi au rang d'honneur : M. de Lavrignais, conseiller général du canton, qui n'avait pas ménagé ses démarches pour faire aboutir le projet à la Préfecture et au Ministère des cultes, M. l'architecte Mandin, M. de Puitesson et les représentants des familles chrétiennes de la contrée.
Du haut d'une chaire improvisée sur les premières assises de la construction, Sa Grandeur adresse une éloquente allocution à la foule, payant un juste tribut de reconnaissance aux bienfaiteurs de l'église et principalement à l'actif et intelligent curé de la paroisse, qui depuis vingt ans avait tant travaillé et lutté pour l'édifice qui va s'élever. En terminant, Monseigneur adjure de toute son âme la paroisse de Saint-Denis de ne jamais s'éloigner de Jésus-Christ, que représente la pierre qu'on vient de bénir, et de rester fidèle et ferme clans la foi.
En descendant de chaire, Monseigneur reçoit des mains de l'architecte le marteau enrubanné et frappe trois coups sur la belle pierre de granit, sortie de l'une des meilleures carrières des Lucs. Le clergé présent vient frapper à sa suite, puis c'est le tour des conseillers de fabrique et enfin les assistants se succèdent les uns après les autres. Tous sont heureux d'affermir ces premières assises du monument et espèrent lui communiquer la durée des siècles.
Il est à remarquer qu'à l'encontre de la coutume et des prescriptions liturgiques, cette première pierre n'est pas à l'entrée du chœur, mais à la troisième assise de la pile nord du clocher et elle s'élève d'une manière très apparente du côté de la place. Elle est marquée d'une croix de Malte sur chacune de ses faces. Comme l'indique intentionnellement le procès-verbal de la cérémonie, cette pierre a été posée à cet endroit ainsi qu'un trophée de victoire visible pour tous et rappelant toutes les luttes essuyées et toutes les oppositions vaincues.
A ceux qui visitent Saint-Denis, le clocher offre un coup d'œil imposant. Il est en effet l'un des plus beaux de ceux qu'on a élevés dernièrement dans la région. On peut lui reprocher de dépasser les proportions de l'église mais en revanche quel magnifique portique à l'entrée de la maison de Dieu !
Dans la pierre qui reçut la bénédiction liturgique on a scellé l'inscription latine suivante :
Anno D. N. J. C. MDCCCCLIII, die vero XVIII
decembris.,…feliciter, invitis, temporum augustiis,
Regnante Leone Papa XIII,
Reipublicæ autem Franciæ Prœside Sadi Carnot,
Huncce primarium lapidem…
Et quasi novæ œdis sacræ fundamentum
Post dirutam et angustiorem, minus decentem
Et jam partim labantem veterem ecclesiam…
Annuente cœtu municipali, cum syndico suo
D. Alcimo Roch,
Curà prœsertim non sine discrimine hominum et rerum
D. J.-J. Rousseau hujus ecclesiæ parochi
Adjuvante aliàs bénigne cœtu fabricæ, scilicet
Is. Hermouet prœside, E. Arnaud œrario prœposito
M. Laborde, M.Moreau, P. Bonin
Haud sanè prœtermisso D. Clenet parochiæ vicario...
Ex opibus tantum Fabricæ, nullique aliis copiis
Nisi donis fere omnium benevolis,
Artem et ingenium sufficiente D.J.Mandin
Opificium D. A. Roulain,
III.ac RR.in Xto Pater DD. Clodoveus Nic, J.Catteau
Lucionensis episcopus
Omnium votis benigne annuens posuit et sanctificavit.
- Ego mea scripsi manu,
J.-J. Rousseau, curé.
A la suite de la cérémonie religieuse une fête tout intime était donnée au presbytère. Après la lecture d'un intéressant procès-verbal, M. le Curé débitait une vibrante poésie de circonstance, intitulée : Ma première pierre. Qui aurait pu se douter alors que c'était là comme le chant du cygne et que le prêtre qu'on applaudissait en ce moment allait être bientôt renversé par la mort ?
Qu'on nous permette de citer quelques-unes de ces belles strophes :
Longtemps et presque seul, le jour comme la nuit,
J'ai nourri mon projet en dépit des défaites.
L'ennemi ricanait et criait avec bruit :
"Lui jamais ! qu’il s'en aille, et ses œuvres sont faites !"
............................................................................
Des amis — l'œil plombé comme un jour de trépas —
Hochaient timidement leurs têtes effarées :
Ils me jugeaient perdu, là, dès le premier pas :
Comment aller au port contre vents et marées ?
— "Voyez, me disaient-ils, les routes sont barrées,
Et les Frères Trois-Points ne vous pardonnent pas."
— "Qu'importe ? En avant !" Ce fut mon pont d'Arcole :
Peuple, fabriciens, tout fut électrisé !
............................................................................
Cette église, déjà tout l'aime et la vénère
Mais ce jour est vraiment lui-même un choix du ciel
Car si quatre-vingt-treize, époque sanguinaire,
A brûlé les vieux murs et saccagé l'autel,
Cent ans après la foi relève le cartel,
Et je ne connais pas de plus beau centenaire,
Désormais, M. Rousseau n'aura plus qu'un désir : voir se terminer cette église qui lui tenait tant à cœur depuis vingt ans. Après, comme il le disait lui-même, il chanterait son Nunc dimittis. La Providence ne permit pas que cet ardent désir fût complètement réalisé.
Le 20 octobre 1894, tandis qu'une imposante assemblée de prêtres, dans l'église de la Roche, assistait aux obsèques de M. l'archiprêtre Gelot, au moment où se terminait l'office liturgique, et où les cœurs étaient tout pleins d'émotion, un des plus chers amis du défunt était subitement frappé de paralysie dans l'église même, sous l'impression profonde produite en lui par le déploiement funèbre et le brisement de cœur.
Celui qui venait d'être ainsi renversé, c'était M. Jean-Jacques Rousseau ; que rien ne semblait désigner pour cette catastrophe. Bientôt, on reconnut qu'il était frappé à mort. M. le docteur Gourraud, accouru au secours du malade, se hâta de le faire transporter à l'Institution Sainte-Marie. Là, les soins les plus dévoués lui furent prodigués, mais ce fut en vain. Rien ne put le faire sortir de l'état comateux où il était tombé. Après une longue agonie, il rendit son âme à Dieu le mercredi 24 octobre. Sa dépouille mortelle transportée à Saint-Denis, reçut, le vendredi, les dernières bénédictions dans cette pauvre église en planches, dont l'aspect misérable rendait encore plus lugubre la cérémonie funèbre.
Les restes du vénéré Pasteur furent déposés dans le cimetière, au pied de la Croix. Sur la pierre on a gravé cette- épitaphe :
Hic jacet J.J. Rousseau
Pastor et Decus hujus loci : 1873-1894,
Qui piè obiit 24 octobris
Dum œdificaret Templum Deo.
Ce prêtre que la mort venait ainsi de coucher dans la tombe était sans contredit l’un des plus éminents parmi les membres du clergé vendéen. Théologie, prédication, littérature lui avaient procuré les plus beaux succès.
Dès son grand séminaire il était passionné pour la science théologique, au point qu'il lui arrivait souvent de consacrer de longues heures de la nuit à cette étude. Il fixait alors la couverture de son lit à sa fenêtre pour que sa lumière ne fût pas aperçue des professeurs. Aussi ses maîtres avaient-ils fort à faire pour répondre aux nombreuses questions et pour résoudre toutes les difficultés qu'il leur proposait sans cesse.
Dans le ministère, il faisait sa lecture assidue de saint Thomas et il était surtout intéressant lorsqu'il commentait en chaire quelques pensées du grand docteur. Un autre livre qui lui était encore bien familier, c'était celui de l'Imitation de J.-C. ; il connaissait à fond les maximes et les pensées du pieux auteur et il savait aussi les mettre en pratique.
En même temps que théologien, il était vraiment orateur ; sa parole était toujours facile et sa doctrine toujours sûre. On le demandait souvent pour des sermons de circonstance et il ne savait jamais se dérober aux importunités de ses amis. Deux mois avant sa mort, il avait donné devant N-D. de Lourdes un magnifique discours qui avait grandement impressionné ses auditeurs.
Sa plume était infatigable. Dans les dernières années de sa vie, il avait composé pour différentes publications de nombreux articles qui étaient fort goûtés des lecteurs. Sans se répéter jamais, il trouvait le secret d'intéresser toujours et il faisait preuve des connaissances les plus variées.
"C'était, dit un de ses amis, une nature éminemment artistique, il avait en toutes choses le goût et le sentiment du beau. Il était né poète, et il semble qu'en lui l'âme chantait comme naturellement. Je n'irai pas jusqu'à prétendre qu'il fut un poète de haute envergure, et peut-être telles de ses poésies sentent-elles un peu le travail; mais elles ne manquent jamais d'un certain souffle allant souvent jusqu'à l'inspiration. L'idée y est habituellement heureuse, énergique et forte, ou gracieuse et délicate, ou spirituelle et ingénieuse, suivant les sujets ; et quant à la rime, elle est invariablement d'une richesse impeccable."
On a fait paraître tout un volume de ses poésies, mais on aurait pu imprimer bien d'autres pièces, car il en a composé dans tous les genres. Au milieu des luttes qui marquèrent la fin de sa vie les sentiments de son âme éclatèrent en accents pleins de feu.
"Avec quelle âpre et cinglante énergie, dit l'auteur cité plus haut, il a stigmatisé les vices du temps; de quelle rude main il a fouaillé les idoles du jour, et fustigé les hypocrites persécuteurs de toutes les saintes causes qu'il aimait passionnément, on se le rappelle encore, car c'était hier. Et l'on sentait bien que, chez lui, ce n'étaient pas de vaines déclamations, mais le cri d'une âme froissée dans ses affections les plus sacrées, l'accent vibrant d'une foi saine et robuste, et d'une conscience avide de venger ses droits."
(Œuvres poétiques préface p V.)
Plusieurs des poésies de M. Rousseau obtinrent des succès dans les concours. La Nuit remporta un premier prix au concours de Rennes. D'autres eurent l'honneur d'une insertion dans le Recueil des Jeux Floraux, telles que la fable l'Ane Roi, les Triolets Rosa Mystica et l'ode à l'Angleterre. Quant à cette dernière, malgré son mérite reconnu, elle ne fut pas couronnée parce que, au jugement des "Mainteneurs", elle cassait un peu trop les vitres anglaises. Qu'on juge du style de la pièce par cette sanglante apostrophe à l'Angleterre sur sa vénalité :
"Marchande, tu ne sais que siéger au comptoir.
Pour gagner un penny, jamais tu ne recules :
Sans pitié, sans amour, sans cesse tu calcules :
Un chiffre à la place du cœur !
Briser les fers d'un peuple, autels, foyers, patrie,
Pour toi ce n'est que rêverie
Pour toi, perte ou profit, voilà le mot vainqueur.
Eh ! ne vends-tu pas tout, jusqu'à la foi jurée,
Lorsque brille à ton œil cette poudre dorée,
Cet or au charme si fatal ?...
Tu mettrais l'incendie aux quatre coins du monde,
Si dans cette manœuvre immonde,
Tu voyais sous ta main ruisseler le métal."
Ajoutons une dernière citation. Elle est tirée de la pièce "Prêtre et Soldat". Elle achèvera de faire apprécier le talent du poète, en même temps qu'elle nous donnera le portrait du vaillant lutteur :
Des lâches m'ont crié : "Prends garde, la soutane
Est un manteau royal ; aux ronces du chemin
Tu vas le déchirer..." — Que l'insensé ricane :
Mais la croix chancelait, et j'ai tendu la main,
J'ai lutté... Des lambeaux couvrent ma chair meurtrie :
Mais l'impie est à terre, et sa horde flétrie,
Et sur son piédestal la croix sera demain.
Je l'ai porté partout ce vêtement de gloire ;
C'est l'habit du soldat, il n'en doit pas changer ;
S'il connut la défaite, il sait mieux la victoire :
A le porter toujours nul ne peut déroger.
Qu'un drapeau soit tout d'or, cela n'importe guère ;
Mais un drapeau sanglant, criblé dans mille guerres,
Le soldat sous ses plis va tout fier se ranger.
Dans le nouveau recueil des cantiques du diocèse de Luçon on trouve plusieurs œuvres de M. Rousseau. En voici les titres :
1. Chrétiens, de son souffle mortel.
2. C'était l'heure sainte (Chapelet de N.-D. de Lourdes).
3. Vierge Marie, Tige fleurie (Air de l'auteur).
4. Les voici toutes frémissantes.
5. C'est à nous, oui, c'est à nous, Mères.
6. A genoux devant votre image.
7. Immaculée-Notre Vendée (Recueil des pèlerinages vendéens à N-D. de Lourdes, — Air de l’auteur).
18° M. Eugène Trichet.
Le successeur de M. Rousseau était né à la Mothe-Achard, le 9 mars 1845, et il avait été ordonné prêtre le 19 décembre 1869, Après avoir exercé les fonctions de professeur pendant un an à l'Institution Richelieu, il avait été successivement nommé vicaire à Saint-Jean-de-Monts en 1869, vicaire à Saint-Hilaire-de-Loulay en 1877, curé de la Réorthe en 1882, curé de la Chaume en 1887, et enfin curé de Saint-Denis-la-Chevasse, le 25 novembre 1894.
M. Trichet arrivait à Saint-Denis dans des circonstances particulièrement difficiles. L'église était inachevée. De plus, quelques jours auparavant, un ouragan d’une violence extrême avait emporté les échafaudages dressés autour de la flèche en construction, renversé les élégants clochetons qui couronnaient déjà les angles de la tour et occasionné de graves dégâts jusque dans les maisons voisines.
A la suite de cet accident, un procès s'était engagé entre la fabrique et l'entrepreneur. M. Trichet eut donc à aplanir bien des difficultés. Excellent administrateur et négociateur habile, il ne tarda pas à réussir. Avec un secours de 8000 francs qu'il obtint de l'Etat et de nouveaux sacrifices de la fabrique, il put bientôt réparer le désastre.
Au commencement de l'année 1896, bien que les travaux ne fussent pas achevés, ont put cependant prendre possession du nouveau monument religieux. Le 23 janvier, Monseigneur l'Evêque de Luçon vint en faire la bénédiction et y célébrer la messe pour la première fois.
Un assistant de cette cérémonie, dont les comptes rendus sont particulièrement goûtés des lettrés, décrivait ainsi -l'église de Saint-Denis, à la date du 1er février, dans la Semaine Catholique :
"Elle a vraiment grand air, la nouvelle église de Saint-Denis, mais un air à part, qui rend difficile de l'apparenter avec nos autres églises de Vendée. Qu'elle est digne et imposante sous sa sévère parure romane, avec sa massive et impérissable ceinture de granit !
Quand on pénètre dans son enceinte par la porte principale, l'œil est tout de suite sous le charme du grandiose et du majestueux. Vainement il cherche l'ornementation : elle est totalement absente. Mais en revanche, il est très heureusement impressionné par les belles et irréprochables proportions du tout, par la parfaite harmonie des grandes lignes, par l'élégance des fenêtres élancées, presque hardies, par l'aspect de cette voûte en coupoles, ménagées, si j'ose employer ce mot, comme des trouées sur le ciel pour permettre à la prière de s'élever plus haut et d'atteindre plus facilement jusqu'au cœur de Dieu.
Si nous examinons maintenant l'extérieur du monument, nous remarquons tout d'abord les immenses cintres, tracés en creux dans les murs, et qui complètent en quelque sorte l'harmonie des différentes parties entre elles.
Puis voici la tour qui demanderait pour elle seule une longue et minutieuse description. Qu'il me suffise de dire qu'elle est d'une savante et riche originalité. Avec sa base complètement à jour sur trois de ses côtés, avec les autres larges baies qui s'étagent à sa partie supérieure jusqu'à la naissance de la flèche, elle remet en mémoire, dès qu'on l'aperçoit, le "clocher à jour" de la naïve chanson bretonne ; mais je doute fort que le clocher du poète breton puisse être comparé au clocher de Saint-Denis.
Bref, au jugement de tous ceux qui l'ont vue, cette tour est absolument remarquable, et lorsque la flèche élégante qui doit la dominer sera elle-même achevée, ce sera sans conteste une des œuvres architecturales les plus curieuses de nos contrées."
L'auteur de ces lignes fait remarquer qu'on craignait que la place réservée aux fidèles dans la nef ne fût insuffisante. Cette crainte n'eût pas existé si on avait pu exécuter le plan primitif qui comportait deux mètres de plus en largeur et qu'il fallut modifier, à cause d'oppositions irréductibles. Par suite de cette modification, M. Rousseau fut obligé de subir la construction d'une seconde tribune que d'aucuns trouvent sujette à critique pour sa forme originale. Quoi qu'il en soit, la nef présente encore une belle superficie avec ses trois cent trente et quelques mètres carrés. Puis vient le vaste transept (vingt-huit mètres de long sur huit mètres cinquante de large), où la foule des hommes peut se presser chaque dimanche par centaines.
Dans cette cérémonie de bénédiction de l'église, plusieurs discours furent prononcés et dans tous on remarqua que, dans ce jour, il manquait quelqu'un, qui aurait été transporté de joie, s'il avait été là. Celui dont la présence faisait défaut, c'était le pasteur disparu qui, au jour de la bénédiction de la première pierre, s'était écrié avec une foi si vibrante :
Oui, certes, Dieu tout seul l’a faite, cette église !
Moi, j'ai donné bien peu, mais mon cœur tout entier ;
Et du jour où, perçant la pénombre indécise,
J'ai mis, humble apprenti, mes deux mains au métier,
J'aurais donné mon sang pour gâcher le mortier,
J'aurais donné mon corps pour la première assise.
Quelques mois plus tard, le 8 septembre 1896, une autre fête attirait en la paroisse de Saint-Denis une foule nombreuse dans laquelle on remarquait beaucoup de prêtres. Cette fête avait pour objet la bénédiction d'une croix au village de la Begaudière, non loin de la Chevasse. C'est là que commence le bois de l'Essart, si longtemps cerné et fouillé par les bataillons révolutionnaires, en mars 1796, pour y découvrir le général Charette. C'est près de là, en effet, qu'il fut pris.
Les anciens se rappelaient qu'une vieille croix de bois portant le nom de croix de Charette y avait été plantée. En 1861: une autre croix de granit l'avait remplacée et avait été bénite par M. Girard, alors curé de la paroisse. Cette dernière venait d'être victime d'un accident : une tempête en avait renversé la tête. C'est alors que M. Prosper Guibert, propriétaire du terrain sur lequel on l'avait érigée, entreprit de la faire réparer. Il la fit même renouveler en grande partie, de sorte que c'est aujourd'hui la plus monumentale des quinze ou seize croix qui s'élèvent sur le territoire de la paroisse, après celle du cimetière, en granit du pays, érigée par M. le chanoine Poisson, et mesurant près de huit mètres de hauteur.
Par une heureuse coïncidence, la cérémonie de la Begaudière se fit dans l'année du centenaire de la prise et de l'exécution de Charette. Parmi les membres du clergé, on remarquait surtout les RR. PP. capucins, Pierre et Alexandre, de la famille de Goué de la Chaboterie (en Saint-Sulpice-le-Verdon). Le premier donna le sermon de circonstance et le second, son frère, bénit la nouvelle croix.
Cependant, le zélé pasteur de Saint-Denis, une fois entré dans son église, n'avait rien tant à cœur que de l'embellir, Il l'enrichissait successivement d'une chaire véritablement artistique, de quatre belles rangées de bancs et d'un magnifique chemin de croix. Ce dernier sortait des ateliers de la maison Charet, à Paris. Les peintures sont faites sur cuivre, imitation d'émail de Limoges. Les cadres en chêne du nord ont été exécutés par la maison Daoulas, de Nantes, et mesurent 1m 90 de haut sur 0m 90 de large. Chaque station a été offerte par une famille notable de la paroisse.
La bénédiction de ce chemin de croix se fit en 1897, le dimanche du Patronage de Saint-Joseph. M l'abbé Valade prêcha très éloquemment sur la Passion de Jésus-Christ et M. le chanoine Guibert, doyen de l'Hermenault, délégué par Monseigneur, fit la bénédiction liturgique de chaque station.
Le 4 décembre 1898, la paroisse de Saint-Denis voyait avec joie commencer les exercices d'une grande mission prêchée par trois religieux Rédemptoristes, les PP. Lenglard, Lhôte et Dron. Ce jour-là, deuxième dimanche de l'Avent, une procession se déroulait jusqu'au presbytère pour aller au-devant des missionnaires comme au-devant des envoyés de Dieu et pour les conduire à l'église.
L'une des cérémonies les plus émouvantes de la Mission fut une procession au cimetière, vers neuf heures du soir, à la lueur tremblante de flambeaux portés par chaque assistant. On peut se figurer l'impression d'angoisse qui saisit toutes les âmes, lorsque, sur le champ du repos et à cette heure lugubre, le Père Lenglard évoqua le spectre de la mort pour en recevoir les effrayantes leçons.
Le succès de la Mission fut considérable et elle produisit un entraînement général : dix-sept cents personnes en profitèrent, trois mille deux cents communions se firent dans le cours des exercices et il y eut quatre-vingt-trois retours.
Le jour de la clôture fut l'un des plus beaux dans l'histoire de la paroisse. Ce jour-là devaient avoir lieu la bénédiction solennelle et la plantation d'un calvaire, à un kilomètre du clocher, sur la route des Lucs. Sur tout le parcours de la procession, on voyait des mâts surmontés d'oriflammes, des guirlandes de lierre, de houx et de mousse, et, de distance en distance, de magnifiques arcs de triomphe. Les villages avaient été divisés en groupes, et chaque groupe avait été chargé de la décoration de la route, d'une borne hectométrique à l'autre.
Dès le matin du 27 décembre, les voitures arrivaient chargées de poteaux et de guirlandes et la route était noire de personnes, occupées à l'ornementation. Chacun regardait comme un honneur de travailler à décorer le chemin par où devait passer la croix.
A une heure, la cérémonie commença à l'église où rendez-vous avait été donné à la population, et l'on se mit en marche vers le lieu désigné. La croix s'avançait portée sur les épaules des hommes qui se succédaient par escouades. Un détachement de quatre-vingts anciens soldats en armes l'escortaient, précédés de clairons et de tambours. On se serait cru aux jours où l'armée prenait officiellement part aux cérémonies du culte. La sonnerie des clairons et les batteries des tambours donnaient à la fête un cachet patriotique en même temps que religieux.
La fête se termina par un vibrant discours du P. Lenglard sur les leçons, les reproches et les consolations que cette croix redirait tour à tour aux passants à travers les âges. (Semaine catholique du 14 janvier 1899.)
Quelques jours après cette belle cérémonie, un deuil frappait la paroisse de Saint-Denis. Le samedi 7 janvier 1899, Dieu lui enleva M. l'abbé Clément Gautier qui remplissait les fonctions de vicaire. Quelques semaines auparavant, rien ne faisait prévoir cette mort. Le jeune prêtre était plein de force et de santé, lorsque soudain il se sentit frappé au cœur. Sur le point de mourir, il confia à l'éminent religieux qui l'assistait que, durant la Mission, il avait offert sa vie en sacrifice pour la conversion des pécheurs de Saint-Denis et de deux en particulier. Dieu sans doute accepta l'héroïque dévouement de son ministre ; il prit sa vie et il accorda aux deux pécheurs la grâce de la réconciliation. Ce fut une grande émotion pour les fidèles de Saint-Denis, lorsque le P. Lenglart, en leur faisant ses adieux, leur révéla le secret du prêtre qui venait de mourir.
M. l'abbé Gautier fut enterré dans le cimetière de la Genétouze, sa paroisse natale.
Le soir du 8 décembre 1904, une charmante fête mettait en joie la population de Saint-Denis. A Puitesson, le soir, sur la tour aux créneaux étincelants, on voyait une image lumineuse de la Vierge terrassant le dragon, tandis que de ses mains s'échappaient des rayons merveilleux. Puis c'était un feu d'artifice jetant ses gerbes embrasées. En même temps, au chant des cantiques se mêlaient les cris cent fois répétés de : "Vive l'Immaculée Conception !"
Dans le bourg il y avait aussi des illuminations devant l'image sainte exposée à l'entrée des maisons.
Trois jours après, celui qui avait été l'âme de cette fête n'était plus. La mort foudroyante s'était abattue sur M. l'abbé Trichet ; la rupture d'un vaisseau du cœur avait déterminé tout d'un coup la catastrophe.
La mort cependant trouva prêt celui qu'elle frappait : affaires personnelles, affaires de fabrique; tout était en règle. Quelques jours auparavant, le défunt avait fait son "testament spirituel" qui se terminait ainsi :
"J'ai toujours aimé bien tendrement les fidèles qui m'ont été confiés, et mon unique but était de leur faire du bien. Je bénis ceux qui ont répondu à ma voix et qui, par leur fidélité, ont été la consolation de mon ministère. Je conjure les autres de revenir à Dieu et de songer à leur salut et à leur éternité."
La lecture de ce touchant écrit fut faite à haute voix, le jour de la sépulture, et impressionna vivement l'assistance.
La cérémonie funèbre fut un véritable triomphe pour le regretté pasteur. L'église était comble, et soixante-treize prêtres étaient accourus, malgré un temps affreux, pour rendre un dernier hommage à celui qui avait été pour eux un ami sincère et fidèle. Deux discours émus, prononcés sur sa tombe, l'un par M. de Puytesson, membre du conseil de fabrique, l'autre par M. de Lavrignais, conseiller général, furent comme l'écho de la reconnaissance publique.
La dépouille mortelle fut inhumée au pied de la croix du cimetière.
M. l'abbé Trichet fut un prêtre distingué. Il maniait la plume avec élégance et facilité. Ses sermons, qu'il écrivait presque toujours, étaient d'un style irréprochable. N'étant que simple vicaire de Saint-Jean-de-Monts, il composa une notice sur une humble femme du peuple, qui obtint, en 1878, le second prix Montyon. Le rapporteur, M. J.-B. Dumas trouva le travail de M. Trichet si bien rédigé qu'il voulut le reproduire mot pour mot dans son discours à l'Académie.
A Saint-Hilaire-de-Loulay, le Frère Directeur de l'école demanda à M. Trichet de lui composer quelques conférences pédagogiques. L'une de ces conférences fut fort applaudie à Montaigu, dans une réunion d'instituteurs présidée par l’Inspecteur primaire. Il est à croire que si l'on avait dénoncé l’auteur du travail les assistants n'auraient pas été peu surpris de savoir qu'ils applaudissaient un curé.
M. Trichet ne s'entendait pas moins à régir les affaires. A Saint-Jean-de-Monts, le maire, M. Lenoir, venait souvent le consulter pour lui demander son avis. A la Réorthe, il avait conçu l'idée de planter une croix de mission dans un endroit où le signe sacré de la Rédemption avait été profané en 1793. La chose était d'autant plus difficile que le maître du terrain n'était pas précisément "clérical". Mais M. Trichet fit si bien le diplomate, qu'il réussit à planter son calvaire dans l'angle d'un champ appartenant à... feu M. Clemenceau, le père du chef actuel de notre ministère.
Enfin, on sait comment à Saint-Denis il sut se tirer de la délicate position qu'il trouva en arrivant, comment il pacifia les esprits et termina la belle œuvre de son prédécesseur.
19. M. Gabriel Boisseau
C'est le curé actuel de Saint-Denis. Il a été nommé à ce poste deux semaines après la mort de M. Trichet. Précédemment curé de Saint-Martin-des-Noyers, il faisait son entrée dans la paroisse de Saint-Denis, le lendemain des fêtes de Noël. Plusieurs centaines de paroissiens s'étaient portés à sa rencontre, sur la route de Boulogne, jusqu'au moulin Folliot, où l'on avait dressé un feu de joie. Le vicaire de la paroisse, M. Chauffeteau, M. de Puitesson, président du bureau de la fabrique, souhaitèrent la bienvenue à leur nouveau curé, et celui‑ci leur répondit en exprimant toute sa reconnaissance pour leur bienveillant accueil.
M. Boisseau continue les œuvres de ses prédécesseurs. Lui aussi, sans doute, connaîtra comme eux des heures difficiles; nous ne sommes plus aux jours où la religion était aimée et respectée de tous; la persécution sévira peut-être demain avec rage. Mais comme au temps de M. Mady, la tempête passera. En attendant, le Pasteur de Saint Denis apprendra à son peuple à garder la belle devise qui se lit toujours au frontispice de l'église, depuis le jour mémorable de l'inventaire :
"Nous voulons Dieu !... Vive la France catholique !"
Voici les noms des vicaires qui se sont succédé à Saint-Denis sous les derniers curés :
- Benjamin Thomas (1875-1876), décédé prêtre habitué à Chaillé-les-Ormeaux, le 29 juillet 1905.
- Benjamin Fuziller (1876-1880), décédé curé du Boupère, le 27 mars 1906.
- Ludovic Goulpeau (1880-1882), actuellement curé de Bazoges-en-Pareds.
- Marie Gandillon (1882-1887), actuellement curé de Charzais.
- Jean-Baptiste Clénet (1887-1894), actuellement curé de Grand'Landes.
- Jules Daviaud (1891-1897), actuellement curé de Landeronde.
- Clément Gautier (1897-1899), décédé à Saint-Denis le 7 janvier 1899.
- Prosper Ouvrard (1899-1900), actuellement vicaire à La Roche-sur Von.
- Emmanuel Chauffeteau (1900- 1906), actuellement curé de Curzon.
- Zacharie Citeau (1905...), vicaire actuel.
--------------------
Prêtres originaires de Saint-Denis
Charles Marais, prieur de Saint-André-Treize-Voies décédé au même lieu, le 15 mai 1767.
Proust, dont la signature se trouve sur les registres en 1737 et en 1746.
Jacques-Bernard Buet, vicaire à Saint-Pierre-du-Luc en 1790. Il en sera question dans la chronique de cette paroisse.
Jean-Baptiste-René Bérieau, né le 14 juin 1795, tonsuré à la Rochelle le 7 avril 1821 par Mgr Paillou, ordonné sous-diacre à Luçon par Mgr Soyer, le 21 juillet 1822. Il fut vicaire aux Brouzils sous M. Monnereau, puis curé de la Bernardière en septembre 1824 et il mourut dans cette paroisse quelques années plus tard. C'était, dit-on, un grand amateur de chant.
Chaillou, décédé à Saint-Florent-des-Bois en 1852. Il était curé de cette paroisse depuis 1824.
Pierre Pérotteau, décédé curé de la Genétouze, en 1878.
Célestin Bouliau, curé de Givrand, de 1863 à 1895, et décédé à Saint-Denis dans sa famille, le 2 septembre 1895, à l'âge de 74 ans.
Prêtre humble et modeste, patient et complaisant, franc et loyal, pieux et zélé, bon confrère et bon pasteur, il ne recueillit partout que le respect et la vénération. "Jamais, disait-on au jour de sa sépulture, on ne vit personne se fâcher contre lui." A juste titre on a pu mettre sur sa tombe "Hic est fratrum amator".
Alexis Patrice Bonnefond, vicaire aux Essarts en 1830, curé de Mervent en 1832 et mort curé de Mouilleron-le-Captif en 1836.
Auguste Bonin, précédemment curé de la Bernardière et actuellement prêtre habitué à Belleville.
Bruno Gaillard, décédé curé du Tallud-Sainte-Gemme en 1892.
Emile Sellier, curé de Chaillé-les-Ormeaux.
Emmanuel Boisseleau, précédemment curé de Saint-Martin-de-Fraigneau et actuellement prêtre habitué à Saint- Denis.
Elize Vinet, curé de Saint-Germain-le-Prinçay.
Pierre Hermouet, curé de Vausseroux (Deux-Sèvres).
Louis Arnaud, diacre, décédé à la Trappe de Soligny, près de Mortagne (Orne), le 25 mai 1887. Au petit séminaire de Chavagnes où il fit ses humanités, au grand séminaire de Luçon où il passa trois années, il n'eut jamais que des amis sincères parmi tous ses condisciples ; une aménité de caractère inaltérable faisait rechercher sa compagnie, et on ne le vit jamais faire la moindre peine à personne.
A des vertus solides il joignait une belle intelligence, un jugement très sûr et d'heureuses dispositions pour les sciences auxquelles il consacrait souvent même ses heures de récréation. Ces aptitudes le firent choisir pour être professeur aux Sables, même avant la fin de ses études théologiques. Mais une autre passion dévorait son âme, c'était celle de l'humilité et de la pénitence et pour la satisfaire il entrait bientôt dans l'ordre austère des Trappistes. Il n'y vécut que quelques années, donnant à la communauté des exemples d'une rare ferveur.
Deux jours avant sa mort, comme on le raconte dans la vie de quelques grands saints, il se traîna à la chapelle, et, en présence de ses frères, il voulut recevoir l'Extrême-Onction et le Saint-Viatique.
Le lendemain de sa mort, le R. P. Abbé écrivit à la famille désolée une lettre des plus touchantes et faisait un magnifique éloge des vertus de ce religieux de vingt-huit ans.
Emile Hermouet, décédé dans sa première année de grand séminaire, le 28 avril 1893.
--------------------
La Famille MASSON
(Détails supplémentaires ou rectificatifs)
Nous devons à l'obligeance de M. de Gouttepagnon, de Saint-Hilaire-le-Vouhis, les notes suivantes sur divers membres de la famille Masson dont il a été parlé plus haut, p. 30 et suivantes.
Enfants de Louis Masson :
1. Marie-Madeleine, comme ci-dessus.
2. Louis Masson du Breuil, chevalier, seigneur du Gast, né en 1709 et décédé sans avoir été marié, le 19 septembre 1793, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Sa sépulture eut lieu dans le cimetière de Saint-Denis. Le nom de Louis Masson paraît dans une donation du 13 janvier 1764, par laquelle Messire Louis Gourdeau du Rozay, héritier de feu Louis Masson de la Perray, son oncle, voulant obéir aux dernières volontés de ce dernier, cède à son neveu Louis Masson de la Bodinière, dont il sera parlé ci-après, la métairie de la Poiraudière, à la condition qu'il en paiera les rentes, fera dire les cent cinquante messes demandées par le testateur, et les six services dont il restera chargé. Louis Masson accepte la dite donation au nom de son neveu. Le 21 août1787, il intervient dans un contrat de mariage passé au Puybelliard, dans lequel il fait don de la terre du Breuil et des métairies qui en dépendent, à Gabriel Masson de la Fumoire, son neveu, marié ce même jour à Marie-Céleste Le Bœuf, sa nièce à la mode de Bretagne.
3. N... sur lequel nous n'avons aucun renseignement. Son fils Charles-Gabriel-Marie Masson, époux de Marie-Céleste Le Bœuf, et que nous venons de citer, est mort pendant l'émigration, sans laisser d'enfants.
4. Charles Masson de la Perray, marié vers 1730 ou 1735, à dlle Angélique Guerry, dont le frère, René-Augustin Guerry, était, en 1783, sénéchal de Tiffauges (28 février 1783, partage de la succession de René Guerry de la Morissière, docteur en médecine leur oncle). Ils eurent comme enfants :
1. René-Gabriel Masson de la Renaudière, mort en émigration ;
2. François, appelé le Chevalier, décédé également en émigration ;
3. Louis Masson de la Bodinière, dont il a été question plus haut, à l'occasion du legs qui lui a été transmis par son oncle Louis Gourdeau du Rozay, légataire universel de feu Louis Masson de la Perray, grand-oncle du dit Louis Masson (13 janvier 1764). Il habitait pendant la Révolution, avec ses sœurs, à la Morissière, paroisse de Nieul-le-Dolent, propriété qui venait des Guerry ;
4. Marie-Angélique-Gabriel ;
5. Louise-Thérèse ;
6. Renée-Françoise, religieuse au couvent de Thouars. Cette dernière avait été baptisée dans l'église de Landeronde, le 11 mai 1742, et elle mourut au Breuil, le 23 avril 1828, âgée de quatre-vingt-six ans.
5. Antoine, chevalier, seigneur de la Perray et de la Maulière, marié en 1735 à dlle Marguerite Gervier. De ce mariage serait née au moins une fille, Madeleine-Bénigne, mariée le 13 septembre 1756, à Messire Bonaventure-Florent Le Bœuf, chevalier, seigneur des Moulinets, veuf en premières noces de Charlotte-Aimé Le Bœuf de la Noue, sa parente.
Après la mort de son mari, survenue à la fin de 1788, sa veuve, qui habitait les Moulinets, paroisse de Sainte-Cécile, se retira aux Essarts, où le douaire dont elle avait hérité lui fut payé jusqu'en 1793, époque à laquelle Mme Masson des Moulinets quitta sa demeure pour suivre l'armée vendéenne. Elle périt misérablement pendant la campagne d'Outre-Loire.
De ce mariage sont issues trois filles :
1. Victoire Bénigne-Charlotte, mariée en premières noces, le 5 décembre 1785, à son cousin Jean-Alexis Le Bœuf, chevalier, seigneur de la Babinière, garde du corps du roi, compagnie écossaise, décédé le 17 juillet 1801, peu de temps après son retour d'émigration ; et en secondes noces, en septembre 1802, à Victor-Joachim Le Roux de la Corbinière, qui a vécu jusqu'en 1812. C'est pendant ce second mariage, le 8 octobre 1807, qu'elle acquit des héritiers Masson de la Bodinière la terre du Breuil et ses dépendances, qu'elle ne devait conserver que quelques mois. Toutes les misères éprouvées pendant la Révolution lui avaient un peu aigri le caractère, et certaines difficultés qui l'éloignèrent de ses neveux et nièces lui firent aliéner à des conditions qui ne sont pas connues, en faveur d'un étranger, M. Palierne, ancien directeur de l'enregistrement, dans les Deux-Sèvres, la plus grande partie de ses biens et notamment la terre du Breuil (23 juin 1808).
2. Olympe-Aimée dlle de Villeneuve, mariée, le 23 novembre 1790, à François Aimé-David de Tinguy de Soulette, né à la Grolle, le 3 avril 1757. Son mari ayant émigré, elle suivit, avec sa mère, l'armée vendéenne au-delà de la Loire et périt avec elle. Une tradition rapporte qu'elles furent massacrées, toutes les deux, dans un toit où elles s'étaient réfugiées.
3. Marie-Céleste, née le 1er janvier 1764, mariée par contrat du 21 août 1787, passé au Puybelliard, à son cousin issu de germain, Charles-Gabriel- Marie Masson, chevalier, seigneur du Breuil et de la Fumoire, décédé en émigration. La terre du Breuil avait été assurée à ce dernier par son grand'oncle, Louis Masson du Gast. Cette terre mise en vente pour cause d'émigration de son propriétaire, avait été rachetée, le 24 pluviôse an VII, par Louis Masson de la Bodinière et deux de ses sœurs.
Voici d'après une instance engagée le 29 frimaire an X (décembre 1803) par un nommé Ate Laurier, au nom de sa femme Marie Caillé, au sujet du remboursement d'une rente due sur la ferme de la Motherie, paroisse de Saint-Denis, comment tous les membres de la famille Masson existant à ce moment là se trouvaient fondés dans la succession de Louis Masson du Gast, décédé en 1793, à Saint-Denis, et de celle de Marie-Madeleine Masson de la Fumoire, sa sœur.
1° La République exerçant les droits de la branche aînée, au lieu et place de Charles-Gabriel Marie Masson de la Fumoire, petit-neveu du défunt, fondée pour 5/15 ou 1/3.
2° Dans la branche puînée Masson de la Bodinière, la République est encore fondée pour 2/15, comme exerçant les droits de René et de François, émigrés ; Louis Masson de la Bodinière, Louise et Angélique, frère et sœurs, fondés ensemble pour 3/15 (on remarquera qu'il n'est pas question de Françoise-Renée, la religieuse).
3° Dans la troisième branche ; Victoire-Bénigne-Charlotte et Marie-Céleste, sa sœur, fondées ensemble pour 5/15 ou 1/3. Elles étaient petites-nièces des décédés.
--------------------
Notes et références
[1] Le vieux coffre accompagnant le lit à quenouilles a été remplacé par le cabinet ou armoire en cerisier, Dans ce meuble on met aujourd'hui le linge et les habits. Les cravates sont invariablement suspendues à l'intérieur, le long de la porte.
[2] Vers 1850 la population n'était que de 1452 habitants.
[3] Romefort était une seigneurie de Saint-Denis, tout près de la Roussière.
[4] Ces Colbert, dit M. Aillery, étaient des neveux du grand Colbert, ministre de Louis XIV, et de Mgr Colbert, évêque de Luçon
[5] Passage incompréhensible par la faute sans doute d'un copiste qui a dû intervertir deux membres de phrases. Il semble qu'on devrait lire ainsi : "Le baron de la Grève beau-frère de Jacques Bertrand sieur de Saint-Fulgent et du Châtenay, assisté etc."
[6] Document inédit extrait probablement du Recueil des Arrêts du Conseil du Roi ou des fonds manuscrits de M. Marchegay. Nous le devons à l'obligeance de M. Bourloton.
[7] Il fut déclaré noble par la chambre de justice du trésor à Paris, le 14 mars 1599, et maintenu en la même qualité, le 10 mars 1625. (Beauchet-Filleau)
[8] Elle fut condamnée, en 1690, pour cause de religion, par arrêt de la cour de Rouen, à être enfermée dans un couvent. (Beauchet-Filleau)
[9] De ce mariage est né Félix Gourraud, époux de dame Nathalie Renaud, décédé le 3 octobre 1888, à l'âge de 76 ans. Son fils, Jules, marié à dame Marie Grolleau, est décédé à la Maisonneuve, le 20 mars 1905, laissant une belle postérité et le souvenir d'un homme qui a passé en faisant le bien
[10] Auguste Querqui de la Pouzaire.
[11] Les armes de la famille — un semis hermines — figuraient à la clef centrale de la voute.
[12] Selon toute apparence, le millésime gravé sur cette pierre tombale n'est pas celui indiqué par le savant curé de Saint-Denis. Il semblerait qu'on devrait plutôt lire 1601 au lieu de l091. Cela dépend par quel côté on regarde la pierre. (Note du chroniqueur).
[13] On trouve dans le traité d'iconographie chrétienne de Barbier de Montault (t. II, liv. XV, ch. 26, n° 3) la note suivante qui se rapporte d'une manière presque identique au tableau du Rosaire de notre rétable :
"A partir du XVIe siècle, la dation du Rosaire fut en très grande vogue. Le tableau représente la Vierge au ciel remettant un rosaire à Saint-Dominique agenouillé à sa droite, et l'Enfant-Jésus un autre rosaire à Sainte-Catherine de Sienne, à genoux à sa gauche.
(Tableau de Sassoferrato, dans l'église de Sainte-Sabine, à Rome)".
[14] Père de Guillaume Durcot ci-dessus nommé.
[15] En mars 1793 René de Tinguy se mit à la tête de la paroisse de Bouin pour la défense de son Dieu et de son Roi. Charette s'étant rendu maitre de Noirmoutier, René de Tinguy en fut nommé gouverneur mais obligé de capituler devant le général Haxo, il fut fusillé dans les fossés du château. Ses bourreaux eurent la cruauté de lui arracher la langue avec des tenailles, parce qu'il avait retardé par ses discours enflammés la reddition de la place (Voir Deniau, tome IV, page 110).
[16] Nicolas Boutaud, évêque de Luçon de 1461 à 1490.
[17] Probablement Guillaume de la Coussaye, chanoine de Luçon, et archidiacre de Pareds.
[18] M. Mady dut se cacher après le 18 fructidor, qui ramena la persécution et déporta à la Guyane plus de quatre cents prêtres français, ne voulant pas reconnaître qu'ils tenaient du peuple leur pouvoir spirituel, ni jurer haine à la royauté. Le curé de Saint-Denis était l'un de ces intransigeants, comme on va le voir. Le coup d'Etat de Brumaire l'obligea également à se réfugier au fond des campagnes, puisqu'il refusait d'être fidèle à la Constitution de l'an VIII. (A. Baraud.)
[19] L'ancien clergé de France, t. III, p. 359.
[20] Ces notes, reproduites par M. Baraud dans son Clergé Vendéen (tome 2), ont été recueillies en grande partie par M. Trichet, curé de Saint-Denis.
[21] Les de Sarode, originaires de Montferrat, en Italie, étaient des gentilshommes verriers qui vinrent s'établir en Poitou, à la fin du XVIe siècle. On sait en quelle haute estime était la profession de verriers pendant le moyen-âge : ils participaient, comme les monnayeurs, aux privilèges de la noblesse. Les de Sarode ont exercé l’art de verriers pendant plus de deux siècles à la Fosse de Nantes et à Vendrennes, mais, avant d'exercer cet art, ils durent produire leurs preuves de noblesse datées du 14 février 1645, en la ville de Faltare, état de Montferrat.
Parmi les membres de cette famille nous distinguons :
- Virgile-Jean de Sarode, écuyer, seigneur du Verger, maintenu noble par M. Quentin de Richebourg, le 7 janvier 1715.
Charles, frère du précédent, seigneur de Bonnœuvre.
- Henri-Philippe de Sarode, chevalier, seigneur de la Bignonniére, baptisé à Vendrennes le 9 mars 1738. Il se maria, en deuxièmes noces, le 30 décembre 1772, avec Rose-Marguerite Landais de la Gonterie, fille d'un procureur fiscal des Essarts. C'est de ce mariage que naquit Marie-Henriette ci-dessus nommée.
Dans l'Art de terre chez les Poitevins (p. 164), M. Fillon attribue à ce seigneur et à Marc Lozelet une tasse cannelée de porcelaine qu'il a fait entrer au Musée de Sèvres. Elle porte au-dessus la marque tracée en bleu L. S.
- Henri-Joseph de Sarode, fils du précédent, qui épousa, le 25 juillet 1812, Marie-Jeanne-Adélaïde Baron de la Fumoire, en Montournais.
- Rosalie-Suzanne de Sarode, sœur du précédent, baptisée le 2 octobre 1778, et mariée le 12 mai 1818 à M. André-Aimé Laborde, instituteur. Elle mourut sans postérité, le 9 juillet 1820, et laissa à son mari sa propriété de la Bignonnière, mais en usufruit seulement. A la mort de ce dernier, en 1868, la Bignonnière revint aux descendants des de Sarode par les femmes; et, après avoir été la propriété de M. Geffriau, elle appartient aujourd'hui à M. Gasnier, son petit-fils.
La famille de Sarode porte "d'azur à une demi-roue d'or, au chef d'argent, chargé de trois étoiles de gueules."
La Bignonnière est aujourd'hui un castel moderne bâti sur un coteau du haut duquel on découvre un panorama splendide. Dans la vallée coule la Boulogne, au-dessus de laquelle on a jeté un magnifique pont de granit pour le chemin de fer de Nantes à la Roche. Sur les flancs du coteau et dans la vallée, la vigne et les pommiers à cidre y donnent de beaux produits.
[22] Cet Etienne Renaudin-Cauneau est le bisaïeul de Me Herminie Jousseaume, laquelle se maria, en 1862, à M. Alcime Roch, originaire d'Aigrefeuille (Loire-Inférieure), et habitant aujourd'hui le château de Laurière. De ce mariage sont nés Mme Deshayes, du Breuil, et M Alcime Roch, du Chàtenay qui, au mois de mai 1906, s'est présenté à la députation, en concurrence avec M. de Lavrignais. Parmi les témoins signataires de l'acte cité plus haut, on remarque le nom d'un vieux soldat des armées vendéennes : François Verger, oncle par alliance d'Etienne Renaudin.
[23] Le choix du marquis de Sablé comme parrain de la grosse cloche semble une preuve qu'il n'y avait point désaccord entre lui et M. Mady, comme on a voulu l'insinuer, à propos de la construction des halles devant le presbytère. Enfin, ajoutons que ce Jean-Baptiste Ménélas Colbert, malgré une affirmation contraire, semble bien distinct de Charles-Antoine Colbert. Ils étaient probablement frères.
[24] Ce fut encore auprès du Châtenay que Charette fut blessé par une balle qui lui fracassa un bras, dans le combat contre les colonnes incendiaires de Dufour et de Joba, qui le poursuivaient au bord de la forêt des Brouzils. La Bégaudière, où Charette fut vaincu malgré des prodiges de valeur, l'Etaudière, où Joly et la Robrie se disputèrent le cheval du général Haxo, se trouvent également sur le territoire de Saint-Denis.
[25] Au moment de la prise d'armes de l'armée vendéenne, le général Rezeau, ainsi que son beau-frère Cailleau résidaient à la Copechagnière. Charette ne tarda pas à distinguer Pierre Rezeau et il lui donna le commandement de la division de Montaigu (Deniau, IV, p 462). Celui-ci était aussi généreux que brave et il aliéna, dit-on, une métairie qu'il possédait vers la Merlatière pour équiper ses soldats.
Il fut du nombre des vingt-deux officiers qui signèrent, le 17 février 1795, le traité de la Jaunais. Le 2 mai suivant, il souscrivit avec plusieurs de ses collègues, une lettre à la Convention pour la féliciter sur la conclusion de la paix et lors de la reprise d'armes, il signa un mémoire à Charette pour l’engager à traiter de bonne foi avec la République (Revue du Bas-Poitou, 1894, p. 99).
Malgré ses idées de soumission, Rezeau continua à suivre Charette et il se trouvait au sanglant combat de la Begaudière où Charette perdit ses plus vaillants officiers. A la suite de ce désastre, voyant que tout était perdu, Rezeau alla présenter sa soumission à l’adjudant-général Mermet, à Vieillevigne, Au mois d'avril, Hoche le fit interner au château de Saumur avec Cailleau et plusieurs autres, mais en décembre 1796, il réussit à s'évader avec ses compagnons. On ne sait si le gouvernement chercha à retrouver ses prisonniers. Cependant, le 19 mars 1798, le ministre de la police signait un mandat d'arrêt contre vingt-deux anciens chefs vendéens au nombre desquels se trouvait Rezeau. Il paraîtrait qu'il fut arrêté et détenu à Nantes. (Voir Arch, de la Vendée, La 14.)
Lorsque le calme fut enfin rétabli, Rezeau se fixa à Saint-Denis et y exerça la profession de marchand de bois. Il se maria avec Adélaïde Cailleteau, sœur du brave Pierre Cailleteau auquel le roi Louis XVIII adressa, le 11 juillet 1817 un brevet d'honneur écrit sur parchemin que Mme Gardiveau-Roy, petite-fille du général et résidant aujourd'hui à Saint-Denis, près du presbytère, conserve comme un trésor de famille.
Pierre Rezeau mourut à Saint-Denis, le 29 mars 1813, à l'âge de quarante-neuf ans.
[26] La Légion d'Honneur, fondée par Napoléon en 1802, avait en divers endroits des propriétés qui lui avaient été attribuées; elle en perdit beaucoup à la chute de l'Empire. A Saint-Denis, elle possédait la borderie du Temple, qui portait jadis le nom de borderie de la Charité. Cette dernière était peut-être un bien de la confrérie de la Charité, qui existait, avant la Révolution, dans cette paroisse.
◄ page précédente : Saint-Denis-la-Chevasse Haut ▲ page suivante : Saint-Etienne-du-Bois ►