Jacob Bitran (1907-1944)
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Jacob Bitran, fils de Moïse Bitran et de Zimbul Ventura, est né le 10 novembre 1907 à Smyrne dans l’Empire ottoman. Aîné de quatre enfants, il eut trois sœurs plus jeunes que lui : Sara, Rosa, Diamante. En 1924, il vint en France à Paris. Il s’y maria le 3 février 1927 dans le 20e arrondissement avec Adèle Bercoff (née le 16 juin 1910 à Paris 12e) et il eut son premier enfant, Maurice Bitran (15/03/1929 - 21/12/2016)1.

Jacob Bitran à la fin des années 1920 et autour de 1940,
et ses enfants Monique et Maurice Bitran vers cette dernière date.
(© Michel Toullier)
Peu après 1931 il s’établit à la Roche-sur-Yon, rue des Halles, et exerça le métier de marchand forain en confection-bonneterie, se fournissant en marchandises dans la région parisienne. Il eut alors une fille, Monique Bitran (13/11/1936 - 12/12/2025). Puis il s’installa un peu plus tard au 13 rue Haxo où, à la fin de ces années 1930, il accueillit sa mère et ses trois sœurs venues de Turquie. Fin novembre 1941 il fut accusé de pratiquer le marché noir ainsi que le rapporte le journal sablais, "La Vendée républicaine" soulignant :
"...l’activité commerciale de Bitran Jacob, forain israélite, demeurant 14 rue d’Alsace en la même ville. Or on sait que cette activité commerciale est interdite aux juifs [...]".2
Il fut arrêté le 16 décembre, pour être pour être incarcéré à Poitiers puis être relâché le 20 mars suivant. A la même époque, il avait trouvé un hébergement plus confidentiel pour sa famille et ses sœurs au village du "Chemin" au Poiré-sur-Vie, et en 2020 leur souvenir était toujours présent dans la mémoire des enfants de leur voisin et hébergeur d’alors, Armand Bernard.3 De là, il allait en moto à son travail à la Roche-sur-Yon, où son domicile se trouvait désormais rue d’Alsace.

Jacob Bitran et sa famille en 1937, avec :
son épouse Adèle (en blanc), ses sœurs Sara, Rosa et Diamante,
sa mère Zimbul, sa fille Monique et son fils Maurice.
(© Alain Toullier)
Et 86 ans plus tard, le 27 avril 2023, la maison du "Chemin" du Poiré,
où ils furent hébergés entre 1940 et 1944.
C’est là que, bien qu’il fût d’origine turque, il fut arrêté lors de la rafle qui eut lieu dans la nuit du 30 au 31 janvier 1944. Envoyé à Poitiers, transféré à Drancy, il fut expédié le 10 février à Auschwitz par le convoi n° 68.4 Durant les mois suivants, il fit partie de ceux qui furent envoyés à une trentaine de kilomètres près de Libiąż, dans un camp annexe pour extraire le charbon de la mine "Janina". Quand les gendarmes venus l’arrêter lui avaient demandé si ses enfants étaient juifs, il avait répondu que non, leur présentant leurs certificats de baptême...5
Il mourut à l'âge de 37 ans, au début du mois de novembre 1944, ainsi qu’en témoigna Moïse Akriche, déporté avec lui à Auschwitz et qui fut le seul de ceux arrêtés à la Roche à en revenir.5
En juin 1948 le nom de Jacob Bitran a été un des 126 noms retenus alors pour être gravés sur le monument commémoratif des victimes de la guerre 1939-1945 à la Roche-sur-Yon.6

Jacob Bitran sur le Monument aux morts de la Roche-sur-Yon.7
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Sources et notes :
1 Entretiens en 2026 avec les petits-fils de Jacob Bitran, descendants de son fils Maurice et de sa fille Monique. Sur sa présence à la Roche-sur-Yon, voir aussi les Archives départementales de la Vendée : 20 W 662, 20 W 691et 2067 W 1-8.
2 Cf. le journal sablais, "La Vendée républicaine", n°3004 du 27 novembre 1941 qui, page 2, relève : "...l’activité commerciale de Bitran Jacob, forain israélite, demeurant 14 rue d’Alsace en la même ville. Or on sait que cette activité commerciale est interdite aux juifs [...]". Ce journal aux orientations politiques bien affirmées dès sa création en 1886, dut cesser sa parution à la libération.
3 Entretiens dans les années 2010 avec Armande (1927-2023), Abel (1933-2022), Claude (1936-2025) et Marthe (1939-2022) Bernard, leurs voisins et hébergeurs au "Chemin". Soixante-quinze ans plus tard, les enfants qu'ils étaient alors gardaient plus particulièrement un souvenir émerveillé des sœurs de Jacob Bitran jouant du violon, et celui de sa moto. Après la guerre celles-ci et leur mère repartirent en Turquie où elles vivaient à Izmir/Smyrne en 1950.
4 Centre des Archives des victimes des conflits contemporains, à Caen : dossier AC 21 P 422835. Archives départementales de la Vendée : 1 W 107.
5 Témoignage plus tard de sa fille, Monique, alors très jeune et qui ainsi ne fut pas arrêtée, et témoignage recueilli auprès de Moïse Akriche par Joseph Bonnenfant, dans le journal Ouest-France n° 269 du 26 juin 1945, p. 2. A la Roche-sur-Yon la rafle du 31 janvier 1944 aboutit à l’arrestation de 28 personnes, 26 furent déportées à Auschwitz, 1 seul en revint. On peut trouver les noms des 71 juifs arrêtés en Vendée entre 1942 et 1944, dont à la Roche-sur-Yon, dans "les Juifs en Vendée" de Christophe Dubois (2025), aux pages 262 à 265.
6 Cf. le journal quotidien régional "L'Avenir de l'Ouest" édition Vendée, n°1010 du 4 juin 1948, p. 2.
7 En 2026, les noms gravés sur sur le monument aux morts de la Roche-sur-Yon lors de la Seconde Guerre mondiale étaient au nombre de 130 : 65 "combattants" ; 46 "déportés, fusillés, internés" ; 19 "déportés du travail".
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