Philippe Guitter (1768-1835)
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P a g e e n C o n s t r u c t i o n
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Philippe GUITTER (1768-1835),
maire de Rocheservière, conseiller à la Cour Royale d'Angers
(A.D.V. : Guy de Raigniac - 8 J 82)[1]
Jean, Philippe, Joseph Guitter est né le 23 novembre 1768 à la Grange au Baron, paroisse de Saint-Christophe, près de Rocheservière où il fut baptisé le lendemain à l'église de Notre-Dame, la Grange au Baron étant trop éloignée de l'église de Saint-Christophe.
Son parrain fut Philippe, Aimé, Alexis Goupilleau, procureur fiscal de Montaigu, époux de Gabrielle Guitter, sœur de son père, et la marraine était dame Marie Henriette Duvau épouse de Julien Joseph René Pavageau sieur de la Giffraire, avocat au Parlement. Ce dernier devait décéder le 19 mai 1780, âgé de 45 ans et sa veuve épouser le 21 novembre 1781 Jean François Suë, maître chirurgien, fils majeur de feu Alexandre Suë aussi maître chirurgien et de demoiselle Catherine Gautier originaire de la paroisse de la Côte Saint-Paul, diocèse de Vence, en Provence et domiciliée en celle de Saint-Sauveur en ce lieu (Rocheservière). Suë fut en 1790 le premier maire[2] de Rocheservière. Ont signé l'acte de baptême :
Goupilleau - Marie Duvau Pavageau - Marie-Louise Guitter de Goulaine - Françoise Pavageau - Ursule de Goulaine - Marie Pavageau - Marie-Anne Le Mercier - Charles Benjamin de Goulaine - L.G. Pavageau - J. Pavageau - J. Guitter.
Il était le fils de Jean-Baptiste, Aimé Guitter, procureur fiscal à Rocheservière, né vers 1722 et décédé à Notre-Dame le 29 août 1780. Il avait épousé, le 6 février 1762, toujours Notre-Dame, Jeanne Marie Pavageau fille de noble homme Joseph Pavageau, sieur de la Giffraire, procureur fiscal de la châtellenie de Rocheservière, et de Marie Bourdeau.
Sur les origines de la famille Guitter, le plus ancien document dont on puisse disposer est une lettre datée de Montaigu, écrite le 28 septembre 1792 par Jean Victor Goupilleau, fils et époux d'une Guitter à son frère Philippe Charles Aimé Goupilleau, alors député à l'Assemblée Législative :
"Je ne puis te donner d'autres renseignements sur la famille Guitter sinon que j'ai toujours ouï dire que nous étions partis d'Angleterre qu’un garçon vint à Angers vers 1600 et quelque, qu'il y était apothicaire, que le fils vint à Rocheservière et qu'il s'y maria avec une Gousseau".
"J'ai entre les mains une tutelle en date de 1654 pour les fils de ce Guitter, chirurgien à Rocheservière, époux de cette Gousseau lequel était fils d'un Guitter, apothicaire à Angers. Je ne puis monter plus loin. Il faudrait savoir, à Angers, si ce Guitter, apothicaire, y était natif, avec qui il s'était marié et d'où il était sorti, ce qui n'est pas trop aisé".
En effet, dans les archives de Rocheservière, on retrouve un acte du 15 mai 1675 par lequel François Guitter était veuf de Claude Badreau et répondait devant le tribunal de la châtellenie d’Angers pour lui et ses enfants mineurs Jean Guitter et Louise Guitter en face de leurs créances. Jean Guitter, mineur en 1675, fut maître chirurgien à Rocheservière. Il avait épousé Anne Grousseau et il était mort en 1714. Aucun document ne parle, par contre, de Louise Guitter.
Jean Guitter époux d’Anne Grousseau eu deux enfants Jean Guitter et Anne Guitter.
1 - Jean Guitter est né vers 1684. Il mourut le 12 septembre 1744 à Notre-Dame de Rocheservière. Il avait épousé Marie-Louise Berriau, née 1696 et décédée à Notre-Dame de Rocheservière le 7 avril 1742. Marie-Louise Berriau était fille de Nicolas Berriau, sieur de Villeneuve, licencié ès-lois et sénéchal de la seigneurie de la Bégaudière en Saint-Sulpice-le-Verdon, d’après un acte de 1731 dans lequel il s’institue noble homme (titre de la famille Gourraud).
Il habitait le manoir de Villeneuve, sur les bords de la grande route qui mène de la Roche-sur-Yon à Clisson. C’est actuellement une ferme d’aspect modeste mais qui fut pourtant une maison possédée par d’anciennes familles du Bas-Poitou. Le fief de Villeneuve relevait, à foi et hommage, de la baronnie de Montaigu. Jean Guitter parut dans plusieurs actes :
Le 17 juillet 1714 : en qualité de commis greffier de la châtellenie de dans un acte de transaction.
Le 31 juillet 1721 : en qualité de notaire à la Cour seigneurial châtellenie de dans une acquisition de rente foncière de Pierre Huet sieur Debedoche et de Marguerite Neau son épouse.
Le 15 juin 1727 : dans une reconnaissance de dette par Jacques Bossis demeurant à la Guillaudière en Saint-Etienne-de-Corcoué.
Le 3 septembre 1727 : maître Jean Guitter, notaire en cette Cour ; transport de rentes de Pierre Huet sieur Debedoche et de Marguerite Neau : deux boisseaux de froment sur l’Errière venant de l’héritage de feu Jean Neau, sieur du Cerclé, leur père et beau-père.
Décembre 1739 : il est témoin à Notre-Dame de Rocheservière à un mariage.
Le 27 juillet 1740 : noble homme Jean Guitter, demeurant en sa maison de Grange au Baron achète une maison à Rocheservière, et les 2/3 de la terre de la Brétinière.
Le 23 juillet 1745 : Jean Guitter étant décédé, Nicolas Berriau, sieur de Villeneuve, tuteur des enfants Guitter rendit déclaration roturière à Jean Chevalier, seigneur de la Cognardière pour le tènement des Grands Gast, paroisse de la Grolle.
2 - Anne Guitter était né vers 1683. Elle mourut le 4 mars 1750 à Notre-Dame de Rocheservière, épouse de Joseph Clericeau sieur de la Surière, notaire et procureur de la châtellenie de Rocheservière.
Elle paraît :
Le 17 juillet 1714 : dans un acte de transaction.
Le 12 juin 1738 : veuve de Joseph Clericeau reçoit titres de rentes de Pierre Bossis, héritier de Jacques Bossis.
Le 20 juillet 1739 : elle signe à Notre-Dame au mariage de Joseph Cailleteau fils de Joseph Cailleteau et de défunte Jeanne Clericeau.
Le 7 juillet 1740 : elle signe à un baptême à Notre-Dame.
Le 13 avril 1741 : veuve de Joseph Clericeau elle reçoit titres de rentes.
Le 19 janvier 1743 : elle signe au mariage de Jeanne Cailleteau fille de Joseph Cailleteau sieur du Marchais, notaire et procureur en cette juridiction et de défunte Jeanne Clericeau.
Jean Guitter et Marie-Louise Berriau eurent quatre enfants
1 - L'aînée Marie-Louise Guitter des Classes, titre qu'elle s’était donné et qu'elle porta régulièrement pendant toute sa vie, était née vers 1720 et elle est décédée à Rocheservière le 23 octobre 1785. Elle paraît :
Le 28 mars 1738 : où elle est marraine de Lambert, Marie Clericeau à Saint-Sauveur de Rocheservière
Le 22 novembre 1749 : elle est marraine de Philippe, Charles, Aimé Goupilleau, à Saint-Jean de Montaigu, futur conventionnel.
Le 23 février 1753 : elle signe à Saint-Denis-la-Chevasse au mariage de son frère Nicolas, Marie, François Guitter avec Marie-Anne, Agathe Marchegay.
Le 14 novembre 1761 : elle est marraine à Notre-Dame de Gabrielle Marie-Louise Fayau.
Le 15 novembre 1779 : elle procède à une déclaration roturière au Marquis de Juigné.
Le 17 décembre 178l
2 - Jean-Baptiste, Aimé Guitter, avocat au Parlement est né vers 1722 et décédé le 29 août 1780 à Notre-Dame. Il épousa le 9 février 1762 à Notre-Dame Jeanne Marie Pavageau, fille de noble homme Joseph Pavageau, sieur de la Giffraire, procureur fiscal de la châtellenie de Rocheservière et de Marie Bourdeau. Il parait :
Le 3 février 1752 : noble homme Jean-Baptiste Guitter licencié ès-lois, héritier de feu maître Jean Guitter, bourgeois, tant à lui qu’à ses frères et sœurs, reçoit titre de rente de Bossis et belle-fille de Jacques Bossis de la Guillaudière.
Le 6 septembre 1777 : maitre Jean-Baptiste Aimé Guitter procureur fiscal à cette cour loue la métairie roturière de la Grange Baron.
3 - Jeanne Gabrielle Guitter, née vers 1726, décédé le 24 octobre 1792 à Montaigu. Elle épousa le 10 septembre 1748 à Apremont Philippe Aimé Alexandre Goupilleau.
Cette famille Goupilleau, aux dires de Dugast Matifeux, était peut-être une des plus anciennes familles bourgeoise du Bas-Poitou : un de ses ancêtres figure au XVIe siècle, dans les Guerres de Religion. Il parait même avoir servi d’agent secret au célèbre Agrippa d’Aubigné pour surprendre le château de Montaigu et l’arracher des mains des catholiques lors de la prise d’armes de 1580 connue sous le nom de "Guerre des Amoureux".
D’après Beauchet-Filleau, c’était une famille bourgeoise qui s’est divisée en de nombreuses branches et qui a donné deux conventionnels et plusieurs prêtres victimes de la révolution.
Elle habita toute sa vie à Montaigu la très belle maison qui existe actuellement 11 rue Chauvinière, aspectant de l’autre côté sur le Champ de foire qui était alors les anciennes douves de la ville de Montaigu. On voit aujourd’hui encore par les boiseries et les cheminées de marbre Louis XV la grande aisance et la haute situation de cette famille au XVIIIe siècle.
Elle eut trois enfants :
1°) Son fils ainé était Philippe Charles Aimé Goupilleau. Ce dernier fit ses études aux Oratoriens de Nantes où il eut comme maitre le célèbre Fouché qu’il retrouvera plus tard à la Convention. Il débuta comme avocat au Parlement de Paris, fut nommé par le marquis de Juigné au nom de qui la justice était rendue à Rocheservière sénéchal de Rocheservière le 27 mai 1781, succédant à Mercier décédé accidentellement le 1er avril 1781 et qui exerçait cette fonction depuis 1780.
Ainsi que son cousin germain Jean-François, il adopta tout de suite les idées de la Révolution et joua un grand rôle dans les assemblées départementales pendant la durée de l’Assemblée Constituante. Il était président de la Société des Amis de la Constitution et son influence fut très grande en Vendée en ce moment. Il fut député à l’Assemblée Législative et à la Convention. Albert Sorel pouvait penser quand il évoquait à propos de la constitution civile du clergé, "ces incrédules qui entendaient instituer une religion d’état" mais il dit d’eux que c’était aussi "de savants juristes rompus aux subtilités du droit canon". Il voyait en certains d’entre eux d’anciens protestants encore sous l’horreur d’un siècle entier de persécutions qu’ils venaient de subir.
Comme son cousin, il siégea à la Montagne mais comme lui désapprouvait les horreurs de la Guerre de Vendée et n’hésita pas à les dénoncer à la Convention, au retour d’une mission qu’il y fit. Ceci le rendit suspect et se sentant menacé il partit en mission dans le département du Vaucluse où il se trouvait le 9 thermidor, séance à laquelle son cousin prit une grande part. Tous deux jouèrent un rôle important après la réaction thermidorienne.
Il fut membre de l’Assemblée des Cinq Cents sous le Directoire et au 18 brumaire, à la séance de Saint-Cloud, il se montra des plus acharnés contre Bonaparte.
A la différence de son cousin, il refusa toute adhésion à Napoléon et se retira à sa ville natale de Montaigu. En 1808 certains voulurent par l’intermédiaire de son ancien collègue Legendre, lui faire saluer l’Empereur à son passage à Montaigu et ce dernier n’eut pas manqué de saluer en lui un homme fidèle à ses convictions. Là encore il refusa hautement. Il mourut presque pauvre, vers 1822.
Les historiens royalistes ont rendu hommage à sa loyauté et à son désintéressement mais il est impossible de ne pas constater les grandes responsabilités qui furent les siennes en Vendée où son comportement envers le clergé fut une des causes qui amenèrent le soulèvement des paysans en mars 1793.
2°) Jean, Victor Goupilleau né le 3 avril 1751 à Montaigu, qui épousa le 24 juillet 1781 à Saint-Jean de Montaigu sa cousine germaine Marie-Anne Agathe Guitter.
3°) Enfin Madeleine, Jeanne, Angélique Goupilleau née le 24 novembre 1755 à Saint-Jean de Montaigu, décédée à saint-Hilaire-de-Loulay le 9 janvier 1811. Elle avait épousée le 22 juillet 1783 à Saint-Jean de Montaigu Jean-Baptiste René Dugast, avocat au Parlement. Elle sera la grand-mère de Madame Alfred Lefeuvre née Dugast.
Gabrielle Guitter ne partagea pas, ainsi que sa fille, au moment de la révolution, les idées de ses fils.
Elle se retira à Montaigu chez les sœurs fontevristes où elle est morte le 24 octobre 1792, et elle fut enterrée à Saint-Sulpice-le-Verdon.
4 - Nicolas, Marie, François Guitter, né vers 1727 et décédé le 27 septembre 1763 à Mormaison. Il épousa le 23 février 1753 à Saint-Denis-la-Chevasse Marie-Anne Agathe Marchegay, elle-même née vers 1721 qui décéda à Montaigu le 27 avril 1788. Elle était fille de Pierre Marchegay sieur de la Davière et d’Anne Vrignaud.
Anne Agathe Marchegay était alors orpheline de père et mère. Son père Pierre Marchegay sieur des Davières, protestant ardent arrêté à Coutances, voulant passer en Angleterre, fut condamné aux galères mais n’alla pas plus loin que Luçon. Il était Sénéchal de la Vergne-Otis et possédait plusieurs biens nobles, mais qui durent lui être confisqués car le contrat de mariage de sa fille, le 30 janvier 1753, ne lui reconnait aucun bien.
Cette cérémonie eut lieu en présence de dame Anne, Charlotte Clemenceau, veuve de feu noble homme Jacques, Daniel Marchegay sieur de la Marchegaysière, avocat à la cour, de maître André Violleau sieur de la Pomière, de demoiselle Marie Vrignaud, de noble homme Charles Auguste Clemenceau sieur de la Michenaurie, de demoiselle Marie-Louise Guitter des Classes et de maître Jean-Baptiste Guitter. Les deux époux ont bénéficié d’une dispense du 3e degré de consanguinité et de celle de deux bans et fiançailles.
Cette parenté des deux familles Guitter et Vrignaud explique probablement la parenté de avec cette branche de la famille Marchegay et la famille Auvynet.
Il était alors sénéchal de Rocheservière, poste qu’il occupa jusqu’à sa mort. Il paraît :
Le 10 août 1752 : maître Nicolas marie François Guitter demeurant à Mormaison reçoit tant pour lui que pour ses frères et sœurs et beaux-frères de messire Gabriel de Surino sieur de Beaulieu et Jacques Vrignaud, marchand demeurant l’un en sa maison noble de la Ménolière en Saint-Philbert-de-Bouaine, l’autre à la Petite Grolle en Rocheservière, rente sur le tènement de l’Errière. Il semble avoir habité également à la Rogerie, les Lucs-sur-Boulogne. Ils eurent comme enfants :
1 - Jean-François Marie Guitter, officier à la maison du Roi, né le 14 avril 1755 à Saint-Christophe de Rocheservière, décédé à Bourgneuf-en-Retz le 19 septembre 1822. Il avait épousé le 13 juin 1780 à Saint-Léonard de Nantes Anne Agathe Gallot, fille de noble maître Jean-Pierre Gallot, sénéchal de Bourgneuf. Il habita Montaigu puis à l’Angle de Sainte-Marie-sur-Mer. Il eut la chance de trouver à Nantes son beau-frère réfugié dans cette ville à la suite de la prise de Montaigu par les armées vendéennes et dû à sa protection de ne pas être envoyé à l’échafaud.
Il semble avoir été l’objet de dénonciations de la part d’habitants de Sainte-Marie par suite de ses opinions contre-révolutionnaires. Il fut condamné à la déportation perpétuelle quelques semaines avant le 9 thermidor. Sa libération vint quelques mois après et il ne tarda pas à entrer dans l’administration du Directoire.
Il eut plusieurs filles dont la dernière, née en 1793, s’appelait Clarisse. Faut-il y voir une allusion à l’internement de son père à la prison sainte-Claire ? Elle épousa Jean-Etienne Gabou qui fut notaire à Ligné et décéda à Saint-Père-en-Retz le 3 février 1858.
2 – Marie-Anne Agathe Guitter née le 18 mai 1757 qui épousa le 24 juillet 1781 à Saint-Jean de Montaigu son cousin germain Jean-Victor Goupilleau.
Jean-Baptiste Aimé Guitter et Jeanne Marie Pavageau eurent six enfants :
1) l’ainé Jean-Philippe Joseph Guitter faisant l’objet de cette étude.
2 et 3) Anne-Florence et Jeanne-Marie sœurs jumelles, née le 2 décembre 1770. Jeanne-Marie devait mourir le 22 octobre 1772. Quant à Anne-Florence elle vécut toute sa vie à Rocheservière et mourut sans postérité le 20 octobre 1823.
4) Guillaume François né le 4 avril 1770 et décédé le 8 décembre 1810. Il épousa le 17 décembre 1796 Angélique Marguerite Adélaïde Bossis née le 20 juillet 1767 à Saint-Etienne-de-Corcoué et décédée à Rocheservière et maire de Rocheservière en juillet 1810, remplaçant son frère Philippe nommé juge de paix. Il est mort quelques mois après, remplacé comme notaire par son cousin Auvinet.
5) Charles Guitter né le 3 mars 1774. On ne sait qu’une chose c’est qu’il figure perdu sur le corsaire le Nantais entre 1797 et 1801. Il vivait en novembre 1796 et le 2 août 1797. Etait décédé en octobre 1801.
6) Marie Guitter née le 25 septembre 1775 décédée le 24 avril 1849 à Rocheservière, sans postérité. Elle eut une personnalité marquée. C’est elle qui fit construire en 1828 la partie ouest de la maison actuellement occupée par Monsieur Pierre Lefeuvre. Pendant la révolution, elle semble être restée à Rocheservière jusqu’en mars 1794.
A cette époque Jean-Victor Goupilleau signale son arrivée à Nantes. Il a trouvé "hier soir plusieurs réfugiés de Rocheservière qui sont venus par Montaigu et ils l’ont échappé belle car les brigands les ont trouvés aux environs d’Aigrefeuille. Pour intercepter les routes : ils ont tué plusieurs personnes. Le nombre des brigands n’était pas considérable. Parmi les réfugiés de Rocheservière se trouve ma tante Guitter et ses deux filles, les Violleau et les Cormier, etc. Je t’avoue que ces nouveaux réfugiés sont très mal reçus ici, on les regarde comme suspects. Ils ont voulu que je les eusse accompagnés au Comité révolutionnaire et à la municipalité mais je t’assure que je m’en donnerai bien garde. Je ne me mêlerai pas des affaires des gens dont je ne serai pas sûr et il s’en faut de beaucoup que je crois dans leur prétendu patriotisme. Ils feront ce qu’ils peuvent ; pour moi, je ne ferai aucune démarche pour eux, fussent-ils détenus."
Il n’existe aucun document sur l’enfance de Philippe Guitter, ni sur son éducation. Fit-il comme ses cousins Goupilleau ses premières études au Petit séminaire de Luçon pour les continuer à Nantes chez les Oratoriens ? Nous n’en savons rien. Ce qui est certain c’est qu’il existe, en son nom, des inscriptions à la faculté de médecine de Paris aux dates de 1787, 1788, 1789 et 1790. De même ses diplômes de Docteur en Médecine sont de la faculté de médecine de Montpellier et la plupart date de 1791. Cette faculté était célèbre à cette époque.
De même, il existe à la bibliothèque de Rocheservière des livres de médecine portant son nom : Philippe Guitter, de la faculté de médecine de Paris aux dates de 1788, 1789, 1790. Ces livres sont de très belles reliures cuir de cette époque et montrent un étudiant de famille très aisée.
On constate qu’il ne figure pas, de même qu’aucun Guitter, le 1er mars 1789, à l’assemblée paroissiale pour la rédaction du cahier des Etats Généraux. Ces réunions eurent lieu à Rocheserviere à cette date. Elles étaient présidées par son cousin germain Philippe Charles Aimé Goupilleau qui avait été nommé sénéchal de Rocheservière le 27 mai 1781.
A cette assemblée figurent, la plupart des noms que nous retrouverons :
Mitteau, sieur de Bel-Air
René Nœau, sieur de la Guyonnière
Marie François Cormier, sieur de la Martinière, époux de Céleste Marguerite Françoise Duvau qui fut maire de Rocheservière en 1790
Pierre Nicolas Dorion époux de Madeleine Clericeau qui fut procureur de la commune de Rocheservière en 1790
Nicolas François Nœau, sieur des Rivières
Jean-François Suë, beau-frère de Cormier. Il avait, en effet, épousé Marie-Henriette Vuvau, veuve de Julien Joseph Pavageau. Il succéda à Cormier comme maire de Rocheservière.
Jean-Baptiste Fayau, sieur de la Pépinière, père du futur conventionnel né de son second mariage.
Joseph, Marie Clericeau et jacques Etienne Arnaud
mais aucun Guitter n’y figure. Jean-Baptiste Guitter était mort en 1780.
Son frère, Nicolas Marie François, sénéchal de Rocheservière, était mort en 1763 et Philippe était à Paris et ne devait avoir vingt et un an que le 24 novembre 1789.
Aucun renseignement non plus sur ce qu’il fit pendant les premières années de la Révolution. Que fit-il en 1792 et 1793 ? Rien ne nous permet de le dire, mais les archives du Ministère de la Guerre, direction générale de l’administration, bureau des hôpitaux, série n°471, nous donnent de précieux renseignements sur l’activité de Guitter en cette période troublée. Nous y voyons, en particulier, la lettre suivante :
Le citoyen Philippe Guitter, docteur médecin au comité de santé séant à Paris.
"Tout homme doit à la société ses travaux et ses moyens : chacun doit faire concourir ses facultés au bonheur de sa patrie et à la servir à son poste : puis-je mieux faire qu’en restant à celui où je peux être le plus utile. A celui de médecin ? Je demande donc à faire valoir en cette qualité mon zèle envers la République et ses braves défenseurs ; je sollicite un emploi dans les hôpitaux de l’armée de l’Ouest. Si je ne puis offrir de grands talents, j’offrirai du moins de la bonne volonté et de l’application.
"Je suis âgé de 26 ans, né à Rocheservière, district de Montaigu, département de la Vendée. J’ai étudié la médecine à Paris pendant quatre années consécutives ; là j’ai suivi tous les habiles maitres qui étaient alors chargés de l’instruction publique pour cette partie : les cours de chimie, d’anatomie, physiologie, histoire naturelle, botanique, matière médicale, ont été l’objet de mes premières préoccupations. Muni de ces connaissances préliminaires, j’ai passé à l’étude des maladies : les leçons sur la médecine pratique m’ont alors entièrement occupé ; j’ai fréquenté les hôpitaux et notamment celui dit de la Charité, tant pour les maladies chirurgicales que pour les maladies internes. J’ai pris mes grades à Montpellier et j’ai étudié à cette université encore l’espace de six mois. Enfin j’ai été en possession de mon titre en 1791. Avant de me lancer dans la carrière pénible de la pratique, j’ai voulu reprendre l’histoire des maladies. A cette fin, je suis venu à Nantes où j’ai suivi tout un hiver les visites de l’Hôtel-Dieu. Après ces instructions et ces études, j’ai cru pouvoir me retirer dans mes foyers et y être utile à mes concitoyens. Je les servais déjà, je commençais à pratiquer, lorsque l’affreuse révolte a déployé ses sanglantes bannières. Je suis devenu une des victimes malheureuse des brigands ; j’ai été emprisonné, garroté et conduit sous le couteau : j’ai fait des pertes considérables, en bled, en vin, en eau de vie, en effets à l’usage domestique ; la récolte de 1792 consommée et pillée, celle de 1793 qu’il est impossible de faire, me laissent absolument sans ressources, ainsi qu’une mère tendre et déjà avancée en âge, que le devoir et le cœur me prescrivent de secourir et d’aider ; trop heureux si mon état peut être un moyen de subsistance et pour elle et pour moi. Citoyen, veuillez subvenir au besoin où je me trouve et seconder l’envie que j’ai de travailler ; je brûle du désir d’être utile à ma patrie."
Signé J. P. Guitter (D. M.)
A Nantes, place Buffon n°15, l’an II de la République une et indivisible et le 1er mois de ma délivrance des mains des brigands.
N.B. Je produirai tous les certificats qu’on pourrait exiger de moi.
Nous voyons ainsi que Guitter comme l'ensemble de la bourgeoisie éclairée de cette époque et ainsi que les rapports de police le décriront plus tard, fut, tout au début, un chaud partisan de la Révolution.
Rentré à Rocheservière au printemps 1792, il s'y trouvait le 13 mars 1793 au moment de l'insurrection. A ce moment-là, ou quelques mois plus tard, il fut arrêté et emprisonné par les armées vendéennes, ainsi que Suë qui était maire de Rocheservière à cette époque, 2e mari de sa marraine Henriette Duveau ainsi que Jean-Baptiste Fayau, que Cormier, et que beaucoup d'autres. Ils furent transférés à Montaigu et, dans une lettre du 3 octobre 1793 à Goupilleau, Suë exposait longuement la situation qui fut la leur pendant ce moment.
Guitter qui ne s'était pas manifesté de façon ardente fut relâché au bout de très peu de temps, 15 jours environ. La lettre ci-dessus datée de l'an 2 de la République le fut après le 29 septembre 1793 époque où les Mayençais étaient arrivés en Vendée depuis plus de deux mois et où la vie devenait impossible. Tout porte à croire qu'à ce moment il habitait à Nantes ainsi qu'on le voit dans la lettre et semble y être devenu ce qu'on a appelé un réfugié.
Nous constatons également, dans une lettre de Jean Victor Goupilleau, du 20 janvier 1794, qu'il fut arrêté à Saint-Etienne-de-Corcoué par les armées républicaines, voulant sauver trois de ses concitoyens dont il se portait garant de bons sentiments envers la Révolution. Ils furent tous arrêtés, transférés à Nantes où le sort le plus tragique les attendait. Ils ne durent leur libération qu'à l'énergique intervention de Victor Goupilleau en leur faveur, qui déclara avoir passé une journée entière à l'obtenir des autorités révolutionnaires. Le 18 mars 1794 sa mère et ses deux sœurs et la plupart de leurs parents et amis de Rocheservière durent en bloc quitter le pays et venir malheureux réfugiés à Nantes, dépourvus de toutes ressources et y mener une existence des plus pénibles. La vie n'était pas des plus belles à Rocheservière ni à Nantes, à cette époque, et Guitter devait soupirer d'entrer dans l'armée en qualité de médecin-major.
Dans les mêmes Archives du ministère de la Guerre nous voyons que ce n'est que le 15 août 1794 qu'il fut nommé médecin à l'hospice militaire du Moutier neuf à Poitiers ; il y a continué ses services jusqu'au 14 septembre suivant, époque de la suppression de cet hôpital. Il fut alors nommé médecin à l'hôpital militaire dit du "Petit Séminaire" à Poitiers, par la commission du commissaire ordonnateur Rabel, en date du 24 septembre 1794 et a continué ses services jusqu'à la nomination dont il va être parlé ci-après. Il fut alors nommé à l'armée des Pyrénées Occidentales par la commission de santé en date du 22 octobre 1794. Il a fait le service à l'armée des Pyrénées Occidentales jusqu'à son rappel à l’armée de l’Ouest. Cette nomination fut l'objet d'un rapport du conseil de santé du Comité de Salut Public dans sa séance du 6 floréal.
"Le citoyen Guitter, médecin à l’armée des Pyrénées Occidentales demande à passer à l'armée de l'Ouest. Les motifs sur lesquels il se fonde sont la faiblesse de sa santé pour laquelle le climat où il est actuellement employé est contraire et la facilité qu’il aurait en se rapprochant de sa famille, absolument ruinée par la guerre et partager les ressources de son travail".
''Ces allégations sont attestées par plusieurs députés de son département (la Vendée)".
"Le conseil de santé croit pouvoir proposer au Comité de Salut Public d’autoriser le changement demandé par le citoyen Guitter."
Fait au conseil de santé
3 signatures illisibles.
"Ce médecin étant déjà près de sa famille, prolongée de convalescence, les frais de route ne seront point supportés par la République."
Signé illisible.
Il fut donc nommé médecin à l’armée de l’Ouest par le Comité de Salut Public en date du 4 mai 1795. Il a continué ses services la dite armée jusqu’au 19 juillet 1796, 3e jour complémentaire de l’an IV, époque du licenciement de beaucoup de médecins pour cause de réduction de l’armée et suppression d’un grand nombre de ses hôpitaux.
Partant deux années et quelques jours de service militaire en qualité de médecin.
C’était alors en 1828 et Guitter, conseiller à la Cour d’Angers, avait demandé le 4 octobre un état de service en vue de la liquidation de sa retraite. Monsieur Guitter demande un certificat émanant du Ministère de la Guerre pour constater ses services. Ce certificat revêtu de toutes les formes requises pourra être présenté à son excellence Monsieur le Ministre de la Justice.
Il rentre donc à Rocheservière le 19 juillet 1796. A cette époque, le Directoire avait remplacé la Convention le 26 octobre 1795 et 14 février 1796 Jacques René Girard Labarre avait été nommé commissaire du directoire exécutif près du canton de Rocheservière. Il y représente l’administration centrale de Vendée. Grâce à ce dernier, nous avons alors une documentation beaucoup plus complète sur l’activité de Guitter à cette époque.
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Notre documentation est beaucoup plus complète à partir du 14 février 1796 date où le citoyen Jacques René Girard est nommé commissaire du directoire exécutif près le canton de Rocheservière. Il y représente l’administration centrale de Vendée.
Le Directoire régime policier par excellence, entretenait en effet dans chaque canton, un représentant qui avait mission de surveiller les administrations locales, d'y apporter la pensée du Directoire vraisemblablement et surtout de lui rendre compte de leurs activités et de l'état des esprits.
Jacques René Girard appartenait à une famille de Rocheservière. Ainsi qu'on va le voir, ses idées étaient très prononcées en ce qui concerne la Révolution.
Nous avons de lui un document non daté figurant aux Archives de la Vendée, cote L 267 mais il est évident qu'il fut écrit à une date postérieure à la fin de juillet 1796 retour de Guitter dans ses foyers et correspondant à la nomination de Girard :
Liste de candidats proposés à remplir les fonctions de juge de paix président d'administration et directeur de la poste aux lettres pour le canton de Rocheservière donnée au commissaire du directoire exécutif près l'administration départementale, par le commissaire du directoire exécutif près l'administration municipale de Rocheservière.
Juge de paix – Mathurin Sorin, ancien juge de paix à Rocheservière réfugié à Nantes.
président de l’administration municipale de Rocheservière
"Ce citoyen, notaire et procureur à Rocheservière avant la Révolution a, à deux assemblées primaires consécutives, réuni pour cette place le suffrage de ses concitoyens ; le vœu des réfugiés le porte aujourd'hui de nouveau à cette place. Je ne doute point qu'il ne réunit celui de tous les habitants du canton si on le leur demandait. Ce n'est point un patriote révolutionnaire, mais un ami des lois, de la paix, un esprit conciliateur qui a su s'attirer l'estime des deux partis qui ont divisé le pays.
"Le Directoire pour cette place n'a à choisir qu'entre les deux citoyens suivants :
Le médecin Fayau attaché à l'hôpital de Fontenay, que vous pouvez connaître.
et Philippe Guitter aussi médecin à l'hôpital de Poitiers.
"Le premier a été constamment membre du Directoire du district de Montaigu, il est resté contre lui dans les esprits du peuple des préventions qui me paraissent peu fondées mais qui n'en existent pas moins. On doit avoir soin de ne mettre en place que des hommes à qui l’opinion publique soit favorable, des hommes neufs s'il était possible.
"Guitter au contraire plus jeune n'a pu prétendre aux places son opinion quoique très républicaine était concentrée en lui, et n’était connue que de quelques amis. Aussi les insurgés jugeant l’un plus coupable que l'autre mirent au bout de quinze jours Guitter en liberté à Rocheservière et ils ont détenu Fayau pendant six mois, je ne crains point d'assurer que l'opinion publique sera plus favorable à Guitter qu’à celui-ci, quant aux réfugiés si on compte leur opinion pour quelque chose, elle est toute à l'avantage de Guitter. J'en déduirai les raisons plus au long, mais cela serait fort inutile.
"Vous pendrez citoyen sur ces deux citoyens les renseignements que vous jugerez nécessaires.
Directeur de la poste aux lettres, Mathurin Bouffard, réfugié à Nantes.
"De temps immémorial il y eut un Bureau de la poste à Rocheservière, cette place était ci-devant à la nomination des assemblées primaires. J’ai donc pensé qu’elle devait être donnée comme les précédentes par le directoire.
"Bouffard notaire et huissier avant la révolution a été successivement officier municipal, procureur de la commune à Rocheservière, mes citoyens réfugiés que j’ai consulté ont applaudi à ce choix, Bouffard et pu peut-être entrer en concurrence avec Sorin pour la place de juge de paix, mais il ne jouit point de la même estime, et de la même considération, il n’a point comme lui cette retenue et cette réserve, qui sont si nécessaires à un homme public dans les circonstances pénibles et difficiles où nous allons nous trouver.
Le commissaire du Directoire exécutif près l'administration municipale de Rocheservière.
Signé J. R. Girard.
La nomination proposée par Girard n’eut certainement pas de suites car le président de l’administration municipale de Rocheservière fut alors le sieur Bureau.
Nous constatons dans les lettres qui suivent, que Girard se plaint que le citoyen Bureau, quoique étant très bien attentionné, n’a pas la qualité et surtout l’autorité nécessaires pour remplir utilement ses fonctions.
Pendant cette période le citoyen Girard fait surtout allusion à l’influence du clergé dont il redoute les agissements et il semble avoir envers eux des sentiments les plus hostiles.
Il s’y fait remarquer également par le soin avec lequel il recherche ceux des émigrés qui seraient rentrés sans autorisation.
le 22 décembre 1796
"L’administration a acquis un peu plus d’activité mais elle est loin d’être à la hauteur des circonstances où elle se trouve. Le défaut de connaissances est peut-être le plus grand reproche que l’on puisse lui faire. On y trouve la bonhommie et quelquefois la bonne volonté."
Nous avons par contre du citoyen Girard un récit complet des élections qui se firent pour la nomination de l’assemblée primaire du canton de Rocheservière qui se réunissait pour la nomination des quatre électeurs désignés et du président de l’administration communale. Nous le donnons intégralement ainsi que les appréciations :
Rocheservière, le 2 germinal an 3e
(22 mars 1797)
"Le commissaire du directoire exécutif près l’administration municipale du canton de Rocheservière au commissaire près l’administration centrale de la Vendée.
"L’assemblée primaire de ce canton a eu lieu hier et aujourd’hui ainsi que l’acte constitutionnel le prescrit. Toutes les nominations qu’il y avait à faire ont été effectuées dans deux jours. Aucun événement extraordinaire n’a eu lieu, la paix, l’ordre et la décence ont régné dans toutes les opérations de l’assemblée. Mais la disposition des esprits, le résultat des suffrages m’ont prouvé que les renseignements que j’avais recueillis précédemment étaient bien fondés. La majorité de l'assemblée ne pouvant nommer contre son vœu, ceux de ses concitoyens qui ont joué un rôle dans la guerre vendéenne, n'a réuni ses suffrages qu'en faveur des citoyens dont la conduite ont été ou équivoques ou prononcées contre le gouvernement républicain ; aucun patriote prononcé n'a approché de la majorité de suffrages, il m'a été facile de lire sur les figures de gens dont l'opinion m'est bien connue que le résultat des élections était favorable à leurs désirs. C'est surtout pour la nomination des électeurs que les efforts des meneurs se sont fait connaître. L'assemblée était composée de cent votants pour cette première nomination et aux suivantes on ne comptait qu'environ quarante scrutins.
Quelqu'un avec qui je causais la surveille de l'assemblée, qui est chef ou meneur de sa commune, ayant toujours été du parti vendéen, me disait quelque désir que les habitants de ce canton ayant de la paix, jamais ils n'auront la moindre confiance dans quiconque aura toujours constamment suivi les étendards de la République, une administration composée de tels gens fussent-ils les plus probes n'obtiendra aucune confiance, et il trouvait impolitique la mesure qui exclut des fonctions publiques quiconque a joué un rôle dans la Vendée.
Ce canton-ci est composé de près de 900 citoyens ayant droit de voter, l'assemblée a donc nommé quatre électeurs, ce sont les citoyens :
1°) Guitter, médecin à Rocheservière, autrefois il fut ami chaud de la Révolution et de la République, mais à sa rentrée dans la Vendée, il s'est fortement prononcé en faveur de l'opinion vendéenne, il évite soigneusement tout ce qui a trait à la République et aux Républicains, mais je le crois incapable d'ourdir des trames et de se mettre en avant pour détruire la République ; du reste il est jeune, instruit et a du talent et de la facilité.
2°) Joseph Bureau, fils de 1'ex-président n'a jamais manifesté d'opinion républicaine, uniquement occupé de ses fermes il a suivi le torrent de l'opinion vendéenne, mais il est pacifique ennemi des brigands, ami de l'ordre de la paix, d'un gouvernement juste et solide, enfin il a de la probité, et n'est point un homme à intriguer.
3°) Vrignaud, notaire à Rocheservière, n'a point montré de goût pour la Révolution, les circonstances l'ont attaché au parti vendéen, qu'il n'a cependant pas servi avec zèle, ayant quitté ce parti pour se réfugier. D'ailleurs il est fort pacifique ami des lois et de la paix, il n'est point de caractère à se mêler d'intrigues et de convulsions révolutionnaires, je lui crois de la probité et des intentions droites.
4°) Sauvaget, propriétaire, patriote de 1789, déserta bientôt ce parti. Les fureurs et les atrocités des brigands le forcèrent de se jeter dans le parti républicain. Il se réfugia donc, de bonne heure. La facilité que la loi du 28 ventôse donne d'acquérir des domaines nationaux le décida à en devenir acquéreur ; c'est bien le plus fort lien qui l'attache à la République, d'ailleurs c'est un homme probe, incapable par caractère de se mêler d'intrigue, haïssant les scélérats et les brigands, il est l’ami de tous les républicains du pays.
Le président de l'administration est le citoyen Guitter, qui l'a été aussi de l'assemblée primaire. Sorin juge de paix ancien a été continué, c'est le seul qui depuis cette belle institution l’ait exercé à Rocheservière depuis neuf mois que nous sommes organisés à Rocheservière. Je n'ai eu aucun sujet de plainte contre lui, il est généralement estimé, son opinion politique n'a pas constamment été invariable. Il est patriote avec les Républicains, avec les Vendéens il dit comme eux.
Dans toutes les élections on a contrôlé l’arrêté du directoire exécutif du 25e pluviôse, les assesseurs du juge de paix ont été pris parmi des citoyens éligibles, il en sera ainsi des agents municipaux. Je vous instruirai des résultats des assemblées communales.
Salut et fraternité"
Signé J. Girard
Girard continue ses rapports plus qu’hebdomadaires au commissaire pour l’administration départementale de la Vendée.
Il y continue toujours ses appréciations qui quelquefois pourraient être assimilées à des dénonciations et il exerce une surveillance particulière sur l’administration municipale du canton de Rocheservière. Le 15 mai 1797 nous voyons en effet un premier rapport par lequel il se plaint de l’administration :
le 15 mai 1797
"Je n’ai aucune plainte à faire contre l’administration, elle marche bien mieux que l’ancienne. Cela est dû au président actuel, sa facilité, son exactitude à faire observer la loi lui mériteraient l’estime de tous les amis de la Constitution ; mais sa conduite secrète, sa haine contre les Républicains, son acharnement à les éloigner de tous les plans et de toutes les commissions à la nomination de l’administration me le font regarder comme un ennemi prononcé de l’ordre de chose actuel, la qualité la plus recommandable dans un fonctionnaire public de ce pays-ci est un caractère conciliateur, qui puisse rapprocher tous les esprits et les ranger insensiblement sous les bannières de de la Constitution.
J’ai déjà dit au président ma façon de penser sur son compte, sa réponse a été si je tombe en forfaiture il faut me dénoncer, mais tant que je donnerai le premier l’exemple de la soumission à la loi, on ne peut rien me dire, je ne répliquai pas."
le 3 juin 1797
"Lorsque l’on observe la conduite de certains hommes qui datent le plus dans le pays, soit par les fonctions qu’ils exercent, soit par le rôle qu’ils y ont précédemment joué, on remarque facilement que tout en prêchant la soumission aux lois même en se prêtant à l’exécution de certaines d’entre elles, ils s’occupent sans cesse de corrompre l’esprit public et à l’entretenir dans cette antipathie qu’il a toujours eu pour la République. L’on ne jouit d’aucune considération, l’on est admis dans les secrets du peuple vendéen qu’autant que l’on porte anathème à la république et aux républicains, jamais un homme de ce caractère n’a de ressort avec aucun républicain fut-ce même son frère, il a soin de se tenir constamment éloigné, il ne serait pas digne de la confiance publique s’il était capable d’avoir des liaisons journalières et amicales avec ceux que l’on nomme encore tous des Patauds.
Depuis une année entière que je corresponds avec tous, je n’ai cessé de vous faire régulièrement connaître l’esprit public. Tous les regards que je vous ai faits, se fondent dans le court récit que nous venons de lire aujourd’hui, les couleurs et les traits de ce tableau me paraissent plus fortement prononcés que jamais.
Ainsi vous voyez par là qu’il existe dans ce pays-ci deux petites sources actuelles et fécondes de division estimées et la Vendée sera d’en a longtemps un volcan que la première étrenne peu enflammer. Puisse un gouvernement sage prévoyant étouffer tant de germes de divisions".
Salut et fraternité
Signé J. R. Girard
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le 10 juillet 1797
Citoyen,
Je m'empresse de satisfaire au désir de votre lettre du 12 de ce mois relative au compte décadaire que je dois vous rendre.
L'exécution des lois relatives à l'administration est presque nulle dans ce canton. Les premières séances de l'administration organisée par les dernières élections me firent espérer des résultats heureux, mais le bon esprit qui semblait animer l'administration ne dura pas longtemps ; je ne tardai point à m'apercevoir que les dispositions que l'on m'avait montrées n'étaient pas sincères. Depuis environ cinq décades l'esprit qui a animé l'administration, la manière dont les séances ont été tenues, m'ont convaincu que l'on ne cherchait qu'à égarer l'opinion publique. Si des arrêtés ont été pris pour mettre en activité le recouvrement des impositions ce n'a été que pour mettre la responsabilité de l'administration a couvert, et par sous-main et en cachette on en a retardé l'exécution ; la loi sur les patentes n'est pas mieux exécutée, vingt-sept citoyens sont munis de patentes, et au moins soixante-dix y sont sujets en vain. J'ai requis formellement la confection de la liste des citoyens sujets à la patente, on n’a point répondu à mon réquisitoire et la liste est encore à faire. Rien, absolument rien n'a été fait pour le recouvrement de l'imposition foncière, quand je vous ai dit que le travail était commencé dans certaines communes, j'en avais cru des rapports qui se sont trouvés faux.
Les reproches et le blâme que les faits que je viens de vous citer, attirent à l'administration ne doivent frapper que sur deux de ses membres le président et l'agent municipal de Rocheservière le citoyen Vrignaud. Le premier à mes yeux est grandement coupable, c'est un corrupteur de l'opinion publique. J'ai la preuve matérielle, sans cependant que je puisse l'administrer judiciairement, qu'il détourne les agents des communes de venir aux séances de l'administration, aussi une seule séance a eu lieu depuis un mois, et il était d'usage que quatre séances se tenaient par mois, chaque jeudi jour du marché.
Les agents des communes du canton s'accommodent fort bien de la négligence que je reproche à l'administration, le dégoût qu'ils ont pour ce genre de travail prête beaucoup aux insinuations de la perfidie, quant au citoyen Vrignaud, agent de la commune de Rocheservière, avec un caractère moins prononcé que le président, tient la même conduite, il en est comme dit le proverbe, le second tome. Je provoque formellement auprès de l’administration centrale sa destitution, il exerce à Rocheservière la place de notaire public, ou d'après les dispositions du titre premier de la loi du 24 vendémiaire an trois il y a incompatibilité entre les deux fonctions qu’il exerce. Je vous laisse, Citoyen, le soin de faire exécuter la loi sur cet objet.
Je provoquerai également la même destitution contre le président, mais il faut des faits et non des inductions, des vraisemblances, etc. Je ne crains point de vous assurer que jamais l’administration ne marchera tant qu’il en sera le chef.
De tous les griefs que j’ai à lui reprocher, voici le plus grave : mercredi 17 du courant, il reçut du receveur des impositions de l’arrondissement de Montaigu une injonction, ou avis, de faire verser dans sa caisse le montant des sommes portées sur un bordereau, pour un montant des deux premiers cinquièmes de la contribution foncière de l'an 5 pour chacune des communes du canton. Au lieu d'apporter ces papiers et beaucoup d’autres paquets à l’administration, il les a gardés chez lui et quoique plusieurs agents et adjoints fussent venus au marché, pour le soir aller à la séance de l’administration selon l'usage, il disparut, et il n'y eut point de séance ; je me rendis à l'heure indiquée, je n'y trouvai que le secrétaire et un agent qui avait attendu jusqu'à quatre heures du soir, voyant que personne ne venait, je portai sur le registre des délibérations un verbal pour constater l'absence des membres, et je me retirai.
Cependant le receveur va continuer ses poursuites, envoyer la garnison personne n'aura été prévenu ou instruit, on criera à l'injustice, à l’oppression, vous sentez sans doute comme moi les conséquences funestes d’une pareille conduite quand je rapproche ces faits de beaucoup d’autres, quand je considère la situation actuelle de l'esprit public, je ne puis que m’alarmer sur la tranquillité de ce pays-ci, sur le sort d'un nombre assez considérable de familles républicaines qui sont proscrites, enfin sur chaque existence. Je vous ai précédemment instruit de l’esprit public et de la tranquillité du pays, je renouvelle l'assurance qu’il va toujours en baissant, il était plus près de la République le premier jour de mon retour au pays, qu’il ne l’est aujourd’hui, on y espère toujours le retour des prêtres et des émigrés, et avec ces derniers l’extermination de tous les patriotes, il est tel individu que je connais parfaitement qui l’a dit publiquement qu’il n’attendait que ce retour pour m’ôter la vie.
Le retour des prêtres déportés sera dans ce pays-ci le coup de massue porté à la République, si cette mesure désastreuse passe au corps législatif, le pays ne sera pas tenable pour les républicains prononcés quelqu’irréprochable que leur conduite ait été d’ailleurs.
Salut et fraternité
Signé J. R. Girard
Quant à la justice de paix, elle se rend régulièrement avec impartialité, fermeté et décence, je n’ai qu’à me louer du juge de paix.
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le 4 septembre 1797
Rocheservière, le 14 fructidor an 5e de la république une et indivisible
Le commissaire du directoire exécutif près le canton de Rocheservière au commissaire près l’administration centrale de la Vendée.
Citoyen,
Il est pénible pour le fonctionnaire public ami des lois et de la République d’avoir sans cesse à lutter contre des individus que par leurs noms et les préjugés du peuple exercent sur lui une influence dangereuse.
L’administration centrale en prenant un arrêté par lequel les parents d’émigrés qui ont des partages à faire avec la République sont autorisés à jouir provisoirement de leurs portions afférentes dans les domaines qui sont l’objet de ces partages, a suivi les mouvements de son cœur, que la commisération, la justice même lui ont inspiré. Cependant cette mesure dictée par l'humanité nuit à la chose publique par suite de ce système de diffamatoire et d'intrigues qu'ont adopté et que suivent imperturbablement les ennemis de la République.
La famille Goulard est propriétaire de la terre de la Touche commune de Rocheservière, sur cinq héritiers trois sont émigrés, les deux autres après avoir demandé le partage de la succession trainent l’affaire en longueur et la laissent dormir en attendant le changement tant désiré. Pendant ce temps-là, comme ils jouissent provisoirement sur ces domaines de leurs cinquièmes respectifs, ils y exercent impunément tous les droits de propriété, y font bâtir, enlèvent des arbres même dans les futaies, font venir les métayers à leurs mandées et corvées, malgré que les métairies aient été affermées à des particuliers qui leurs sont étrangers ; même ils ont témoigné leur mécontentement, dit des choses dures à l'un des métayers qui a osé se rendre adjudicataire du bail à ferme de sa métairie.
Ces deux héritiers ont double intérêt d'en agir ainsi.
1° Si leurs espérances sont enfin réalisées le partage sera tout fait. 2° L'exercice du droit de propriété est un fait parlant dont ils se servent pour prouver aux faibles que ces biens leurs appartiennent, que l'on ne peut les en déposséder.
Cette incertitude sur le sort des domaines d'émigrés produit deux effets bien nuisibles à la chose publique, l'esprit public et la confiance dans les domaines nationaux s'affaiblit. Cette non division des domaines nuit à leur vente, ceux dont il est ici question seraient vendu depuis longtemps si le partage était fait et la République y gagnerait sous le double rapport de l'esprit public et des finances.
J'ai dit que ces héritiers retardent le partage, je le prouve par le fait suivant l'administration centrale a renvoyé à l'administration de ce canton les pièces relatives à ce partage, celle-ci en a fait le renvoi aux héritiers pour y retoucher le travail que cette opération nécessite - eh bien depuis plus de six mois ils gardent ces pièces par devers eux, s'ils voulaient que le partage se fit ils n'y mettraient plus d'empressement.
Un séquestre entier et parfait me paraît le seul moyen qui puisse forcer les héritiers à demander et hâter partage.
Je ne ferai aucune réflexion, le désir de vous faire connaître les abus et les moyens d'y remédier, m'a fait prendre la plume, vous ferez de cet exposé tel car il vous plaira, mais croyez qu’aucune considérations particulières n'y ont eu part.
Je n'ai aucun fait intéressant à vous communiquer, l’administration n'a rien fait encore pour le recouvrement de la contribution, l'état général des citoyens de ce canton sujet au droit de patente n’a point encore été dressé et arrêté. Il ne me reste plus qu’à vous parler de l'esprit public, je vous avec peine qu'il suit toujours l'impulsion progressive que certaines gens ne cessent de lui donner la rentrée prochaine des prêtres déportés (que l'on annonce comme devant arriver d’un jour à l'autre) ne paraît aux yeux du peuple que le prélude de la rentrée des émigrés. Le retour des prêtres au pays sera, n'en douter point, un sujet continuel de discordes et de scandales. Puissais-je me tromper, mais alors l'opinion public aura un caractère plus prononcé et plus terrible que jamais.
Salut et fraternité
Signé J. R. Girard
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le 17 septembre 1797
Rocheservière, le 27 fructidor an 5 de la République une et indivisible
Le commissaire du directoire exécutif près le canton de Rocheservière au commissaire près l’administration centrale de la Vendée.
Citoyen,
La nouvelle de l’heureuse journée du 18 s’est répandue dans ce canton-ci avec la vitesse de l’éclair, elle y a causé la plus grande fermentation, on annonce Paris en feu, ses habitants égorgés, la guerre civile dans cette partie de la France, et pour y porter des forces on dit qu’il va être fait une levée de tous les hommes depuis le 18 jusqu’à 60 ans, que les habits pour les habiller sont arrivés à Montaigu et à Rocheservière. Ceux qui font courir ces bruits absurdes ont l’audace de dire qu’ils tiennent ces détails des républicains et fonctionnaires publics de Rocheservière.
Dimanche dernier aux lieux où on se réunit à la messe, on disait qu’il fallait encore prendre les armes, mais il paraît que d’une voix unanime on ajoutait oui dans le cas où on veuille nous faire marcher à l’armée, mais si on ne nous inquiète point nous ne commencerons pas les premiers, nous n’avons que trop faits la guerre. Il paraît citoyen commissaire que tout l’esprit public de ce pays est renfermé dans ces dernières lignes.
Depuis environ deux décades on apercevait les esprits plus audacieux, on chantait publiquement des chansons royalistes, les prêtres et nobles, parents d’émigrés, enfin tous ceux qui font profession de fronder le gouvernement républicain, avaient de fréquentes conférences, on les voyait se visiter, se réunir, tout annonçait des complots, mais la nouvelle du 18 les a frapper comme la foudre on les voit pâles, tremblants, déconcertés.
Je n’ai point encore reçu la loi rendue le 19 et dont les dispositions rigoureuses frappent plusieurs individus de ce canton. Nous sommes sans force armée, j’en ai demandé au général Grigny sans force cette loi ne peut être mise à exécution, et elle exige des mesures promptes et secrètes, déjà le curé de la Grolle dont je vous ai parlé et que vous connaissez fait répandre le bruit qu’ils sont partis pour son pays. C’est-à-dire qu’il veut se dérober, se cacher dans les villages et y organiser un nouveau 10 mai 1793. Si j’ai de la force armée à temps je le préviendrai en le faisant arrêter, il parait qu’aucun des prêtres du pays ne fera le serment que la loi exige, une force armée respectable est indispensable pour l’exécution des mesures qui vont être ordonnées, le pays est dépourvu de troupes, on ne saurait prendre tous les moyens les plus prompts pour en faire venir, sans elles les autorités constituées sont nulles.
Salut et fraternité
Signé J. R. Girard
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Le 19 Septembre 1797 Rocheservière le 29 fructidor an 5e
Le Commissaire du Directoire exécutif près le canton de Rocheser-vière au Commissaire près 1'administration centrale de la Vendée.
Citoyen,
J'ai reçu le 27 courant votre dépêche du 22 relative aux événements du 18 accompagnée des pièces dont vous m'annoncer l'envoi.
L'administration a tenu séance le lendemain 28, un placard été de suite affiché au chef-lieu du canton et chacun des agents municipaux a reçu un exemplaire pour l'afficher dans leurs communes respectives.
La grande majorité des membres de cette administration se trouve frappée par l'art. 12 de la loi du 19. Comme chef des rebelles de la Vendée, j'ai donc requis l'exécution de cette Loi, l'administration s'y est soumise, elle a déclaré qu'elle était prête à cesser sa fonction que cependant elle les remplirait provisoirement jusqu'à son remplacement en conséquence [déchiré] a été expédié auprès de l'administration centrale pour avoir son avis dans cette circonstance.
Sur treize membres savoir 6 agents municipaux, 6 adjoints, et le président, neuf y compris le dernier ont occupé des grades dans les rassemblements des insurgés.
Le président après avoir été environ deux mois au comité de Rocheservière en est sorti ensuite à l'arrivée de l'armée de Mayence. Il s'est réfugié et a été médecin à l'armée. Vous savez ce que je vous ai dit de cet homme, il est le plus dangereux du canton.
Le juge de paix honnête honnie, républicain estimé de tout le monde se trouve dans le même cas que le président, et il sera fort difficile de le remplacer.
La position où nous nous trouvons dans cette circonstance est fort critique, nous sommes dépourvus de toute force armée, et Rocheservière se trouve le centre d'un cercle de plus de sept lieues de diamètre, dans lequel il ne se trouve pas un seul soldat. Non seulement on n'est pas sans inquiétude sur l'intention du pays mais comment faire exécuter les mesures prescrites par la loi du 19 ? S'il se trouve un individu à arrêter, qui l'arrêtera ? Hier, j'ai été obligé de conduire à la maison d'arrêt un étranger vagabond et suspect. Je vous puis assurer qu'une telle position est fort dégoûtante, quel zèle si grand ne refroidirait-pas ? Je vous prie donc de réunir vos efforts au mieux pour obtenir un cantonnement quelconque à Rocheservière, j'ai parlé au Général Grouchy, j'ai écrit au général Grigny, je n'ai pu obtenir un seul volontaires.
II y aura sûrement des arrestations à faire, le curé de la Grolle a obtenu un passeport pour voyager dans l'intérieur de la République, il est inscrit sur la liste des émigrés du département de la Manche. Si j'avais de la force armée à mes ordres il serait arrêté sous deux jours.
II n'y a aucun doute que toutes les machinations révélées par Dunau au Directoire n'eussent la plus grande activité dans le département ci. Le citoyen Vrignaud, agent municipal de Rocheservière, second tome du président, est parti pour Paris, il y a quinze jours, on soupçonne fort que la conspiration royaliste est le sujet de ce voyage.
Quant aux passeports et à la loi du 10 vendémiaire, ce sont des mesures inconnues à ce pays-ci. On n'en tient aucun compte, et leur exécution est absolument nulle. Les localités et le caractère des fonctionnaires publics mettent à leur exécution des obstacles insurmontables.
Quant aux émigrés, aucun n'a été aperçu. Je n'ai pas ouï dire directement ou indirectement que qui que ce soit d’entre eux rodassent dans ce canton en ventôse, germinal et floréal derniers, j’eus des notions assez indirectes sur l'existence de quelques-uns dans mes alentours, je vous en instruisis alors et depuis ce temps je n’en ai pas entendu parler.
L’inquiétude la plus grande règne parmi les républicains de ce canton ; tous les prêtres des environs se sont cachés, on conclut déjà qu’ils vont organiser une insurrection comme en 1793, quelques-uns croient la voir éclater sous peu de jours, ce qu’il y a de certain une foule de propos débités soit en public soit confidentiellement ne sont pas faits pour rassurer, jugez-en par celui-ci.
Aujourd’hui, mon métayer disait dans ma cour à un républicain garçon de confiance d’un de nos parents, ces messieurs commencent encore un jeu qui finira mal ; pour cette fois il n’y aura point de prison, aucun d’eux n’échappera, ils veulent faire venir de la troupe ce seront des hommes de plus de morts etc. Ce même homme disait il y a environ deux mois en parlant de moi que, si la guerre recommençait, je ne mourrais que de sa main.
Quant à moi je ne crois pas que l’insurrection éclate de suite, mais je pense que lorsque les prêtres auront suffisamment disposé les esprits, la moindre occasion qui se présentera pourra suffire pour la faire éclater. Le gouvernement doit toujours être en garde contre un tel pays, il doit se hâter d’y mettre une force armée suffisante pour en imposer et le contenir.
Salut et fraternité
Signé J. R. Girard
Voici donc Guitter frappé par la loi du 19 fructidor ainsi d’ailleurs que la plupart des membres de la municipalité de Rocheservière.
Le principe des lois d’exception n’est pas une spécialité de notre époque et on vit de tous temps des gens écartés des affaires publiques pour des motifs du même genre.
Ils acceptent de continuer l’expédition des affaires courantes en attendant la nomination de leur successeur, ce qui d’ailleurs ne tarde pas car on constate, en effet, au registre de l’état civil de Rocheservière, le 1er vendémiaire an 6 (25 septembre 1797) c’est-à-dire dix jours après la séance du 19, la mention suivante : "livre contenant vingt feuillets cotés et paraphés le premier et le dernier par nous Jacques René Girard, commissaire du directoire exécutif près de l’administration municipale du canton de Rocheservière à défaut du président suspendu de ses fonctions par la loi du 19 fructidor dernier".
Le 21 mars 1798, la même assemblée, mais fort peu nombreuse nomme président de l’administration communale le citoyen Lantrac, nomination qui, selon Girard, répondait au vœu de tous les véritables républicains.
Depuis cette période, jusqu’à sa nomination comme maire de Rocheservière nous avons peu de renseignements sur ses activités. Nous verrons plus loin qu’il habitait avec sa mère et ses deux sœurs et qu’il exerçait la médecine.
Le 9 novembre 1799 eut lieu du 18 brumaire, un coup de botte éperonnée avait suffi renversé le régime vermoulu du Directoire. Le vainqueur de l’armée d’Italie devait faire régner sur la France une période toute nouvelle. Il allait rassembler sous sa main de fer toute la France entière, tant dans les plus hautes sphères du gouvernement que dans les plus modestes communes tous le citoyens valables qui ne demandaient qu’à travailler au bien public et à mettre leur intelligente valeur et leurs capacités au service de leurs concitoyens. Guitter était de ceux-là.
L'action du régime consulaire ne se fit pas voir de suite à Rocheservière. En effet dès l’établissement des préfets, le premier maire ainsi nommé fut Girard Labarre le 11 juin 1800. Il ne devait pas y rester longtemps. En 1802, le 13 février, il était démissionnaire et remplacé par le notaire Rayneau.
C’est le 30 germinal an II, le 20 avril 1803, qu’un arrêté du préfet de la Vendée en vertu des pouvoirs qui lui étaient délégués par l'article 10 de la loi du 20 pluviôse an 8 nommait Guitter docteur médecin maire de Rocheservière en remplacement du citoyen Rayneau démissionnaire. Il va rester maire du 4 mai 1803 jusqu’au 21 juin 1810. Pendant ces sept ans, il eut une mairie des plus actives et des plus constructives.
La mairie de Rocheservière possède les procès-verbaux des séances du conseil municipal depuis le Consulat. On constate sous la mairie de Guitter, le conseil municipal se réunit très souvent et les arrêtés du Maire sont nombreux. Tout, en effet, semblait appeler son activité. Elle semble dominée par un certain nombre de questions.
D‘abord, le rétablissement du culte catholique par l’application du Concordat signé le 15 juillet 1801 et entré en vigueur en Vendée en 1803. De nombreux aménagements, constructions de routes, chemins, et voies du bourg, alors en état pitoyable à la suite des troubles de la Révolution. De grosses préoccupations pour le pont sur la Boulogne, alors en très mauvais état et menaçant ruines de plus en plus.
Le 15 juillet 1801 le vainqueur de Marengo répondant au vœu des Français signait avec le pape un concordat qui devait durer plus de cent ans. Il avait, pour cela, trouvé de grandes résistances mais les avaient vaincues. Le mouvement populaire qui appelait le rétablissement du culte fut plus puissant que la volonté de quelques-uns.
En effet, le 9 mai 1803, il se présentait à la mairie de Rocheservière "Claude Savin, ministre du culte catholique, curé de la paroisse Saint-Sauveur, y demeurant, lequel a dit qu’il était nommé à la cure de Rocheservière, par Monseigneur l’évêque de la Rochelle en date du 20 avril 1803".
Les églises de la Grolle et de Saint-Christophe et de Notre-Dame avaient été totalement incendiées et ces paroisses étaient supprimées par la réglementation nouvelle. Le curé Savin se trouvait donc curé de cet ensemble.
Nous voyons de suite l’action de la municipalité.
Quelques jours après, le conseil municipal nomme ses fabriciens "conformément à l'arrêté précité du Préfet pour délibérer sur les moyens d'exécution de suite des conseils du 18 germinal dernier, relatif aux affaires du culte" et de suite il est décidé qu'il n'y avait pas lieu de voter une augmentation du traitement du curé de Rocheservière, qu'il était urgent d'acheter un coffre pour conserver le linge et les livres de l'église, de faire construire deux sièges pour le clergé et un pupitre, construire une table de communion et autres objets divers.
Le 21 mai, il se réunit de nouveau pour décider qu'il y avait lieu de réparer le maître-autel ainsi que le vitrail, que l'on pourrait vendre une cloche fêlée pour en faire monter une autre ainsi que de pourvoir au logement du curé.
Le Conseil de fabrique se réunit de nouveau pour nommer son président. Le citoyen Bossis n'ayant pas accepté, c'est le citoyen Amiaud qui a été le premier président du conseil de fabrique.
Le 4 août 1803, la municipalité décide également l’organisation d’une école primaire, de même que l’organisation d’un courrier entre le siège de la mairie de Rocheservière et la sous-préfecture alors à Montaigu. Le citoyen Laterre est chargé de ces fonctions pour le service de l’administration en même temps que celui du public. Il fera deux voyages à Montaigu, le mercredi et le samedi et se chargera des paquets qui lui seront confiés.
Nous voyons à plusieurs reprises, les préoccupations que donnent le logement du curé de l’ancienne cure de Saint-Sauveur en mauvais état et demandant des réparations urgentes.
Enfin le 22 pluviôse an 12 un membre propose de renouveler la demande déjà faite plusieurs fois de rétablir le pont de Rocheservière dont l’état de dégradation augmente de plus en plus et dont la mine imminente menace de quelques accidents prochains. Il a ajouté que le pont tenait seulement par une pierre de la voûte et que l’on et que l’on ne pouvait pas y passer qu’en tremblant. Si ce pont n’est pas promptement rétabli on aura à pleurer quelques malheurs et on verra le passage à pied et à cheval totalement intercepté, le petit commerce de la commune anéanti et naître tous les fléaux qui dériveront de cette cause. Pour ces dépenses comme pour celles d’hier, le conseil considérant la pauvreté de la commune dont les centimes additionnels couvrent à peine les dépenses les plus urgentes, demande que les communes de la Grolle et de Saint-Christophe soient civilement réunies à celle de Rocheservière ; il motive la présente demande sur la nécessité où se trouve la commune chef-lieu du canton de contribuer à certaines dépenses occasionnées par sa situation, sur la petitesse des autres communes dont il demande la réunion. Il se préoccupe de même, des rues de Rocheservière et de combler les trous qui s’y trouvent.
Le 15 février 1804, il constate que le cimetière est trop petit et décide procéder à son agrandissement. Il autorise le maire à acheter au nom de la commune les deux petites surfaces des terres avoisinantes.
Le 15 pluviôse an 12 il renouvelle le vœu qu’il formule en dernier pour la réunion des communes de la Grolle et de Saint-Christophe. Il demande que les dépenses occasionnées par le logement du curé soient prises, proportionnellement à leur importance, par l'ensemble des trois communes.
Le 2 août 1805, il est donné lecture de l’arrêté du 9 avril 1805 relatif à la réparation des chemins vicinaux, celui conduisant à Vieillevigne et l'autre à Legé, qui doive être réparés. Ces chemins avaient été ravagés par les guerres de Vendée et étaient devenus impraticables.
Le 2 mars 1806, il est encore question du presbytère et de la répartition des dépenses occasionnées.
Le 6 mai 1809, il soulève de nouveau la question des réparations du pont et demande que l’administration supérieure octroit une subvention de 1000 F pour pouvoir faire ces travaux. Il revient encore sur nécessité de la réunion des trois communes, considérant que les dites communes de la Grolle et de Saint-Christophe entourent celle de Rocheservière, que cette dernière se trouve au centre des deux autres, que les trois communes sont déjà réunis spirituellement, arrête que la réunion civile des dites communes sera demandée. Cette fusion ne sera réalisée qu’en 1827.
Le conseil s’occupe ensuite de la réparation des rues de la commune à faire par prestation en nature. Il arrête que celle appelée "Grande Rue" sera réparée cet été dans toute sa longueur en partant d’auprès du cimetière jusqu’aux limites de la commune en haut du Péplu en passant derrière le moulin, que le mode prestation sera celui des journées, dont on assignera le nombre à chaque habitant suivant ses facultés. Pour fixer et proposer le rôle des dites journées, il nomme maître Bareteau, l'un de ses membres, pour toiser la dite rue et apprécier par approximation combien il faut de journées d’hommes au total pour faire la dite réparation.
Nous donnons ici la liste des principaux habitants de Rocheservière devant contribuer à fournir les cent cinquante journées d’hommes et les neuf journées de bœufs nécessaires pour ce travail. Ce sont alors les plus imposés de la commune.
Noms
Hommes
Bœufs
Noms
Hommes
Bœufs
M. de Goulard
2
M. Fromentin
4
M. Dorion
1
M. Peltier, huissier
1
M. Bossis
1
M. Amiot
1
M. Lantrac
1
Giraud
2
M. Nœau
1
Echappé
2
M. Guitter, notaire
5
Joubis
2
Mde Cormier
3
Chagneau
2
Mde Mitteau
3
Sorin md
2
Mlles Pavageau et Suë
3
Pierre Mandin
2
Girard
1
Jb Mandin,
2
M. Sauvaget
5
Chauvinière
2
M. Pavageau
3
Blusseau
2
Mlles Guitter
3
Fermajeau
2
M. Dugast
3
Mde Lejeune
1
M. Lauroix pour M. Bertrand
1
Arnaud
1
M. Guitter, médecin
3
Bellaudeau
1
M. Artel
2
Roberteau Pierre
1
M. Duroussy
5
Sorin, charron
1
M. Joubert
3
Moinet
1
M. Viaud
3
Gauvrit
2
M. Clericeau
3
Marie Nœau
2
M. Sorin
3
Bonneaud et Roberteau gendre
2
M. Reynaud
2
Cormier René
2
M. Laterre
1
Il est décidé que les journées commenceront à six heures le matin ; elles seront suspendues à onze heures et recommenceront à deux heures pour finir à sept heures. Les hommes et bouviers se nourriront à leurs frais.
Le 17 août 1809 il est signalé au conseil les difficultés que présente l’affluence des eaux, gênant beaucoup les ouvriers. Il fallait détourner les eaux. Le conseil conscient de la nécessité de continuer les réparations commencées, estimant qu’il ne fallait pas congédier les ouvriers, que la saison avancée ne permettait pas de songer à une suspension des travaux et décide qu’il est nécessaire de couper la chaussée du moulin. Les réparations du pont ont pu être faites dans de bonnes conditions car le conseil décide payer à Mandin les sommes qui lui étaient dues et déclare satisfait de ses travaux.
Le 17 juillet 1808, un décret impérial daté de Bayonne signé au nom de l’Empereur par Maret, duc de Basano, nomme Guitter pour présider jusqu’au 1er janvier 1813 l’assemblée du canton de Rocheservière. Ceci "sur le compte qui nous a été rendu de sa capacité, de ses bonnes mœurs, de son attachement à l’Etat et à notre personne et de ses services dans l’ordre administratif".
Guitter ne devait plus rester longtemps maire de Rocheservière. Par décret impérial du 21 juin 1810 il est nommé juge de paix du canton, poste non cumulable avec celui de la mairie et le 19 juillet 1810, il comparaissait devant Jean Marie Artel, adjoint de la commune, dans l’auditoire de la justice de paix pour entendre de ce dernier lecture de l’arrêté de l’Empereur qui ne le nommait et de la déclaration qu’il avait prêté serment devant le tribunal de première instance de la Roche-sur-Yon le 13 juillet. Artel procéda alors à son installation.
Il est à remarquer que Jean Marie Artel adjoint de Guitter en 1810 est l'aïeul par alliance de Monsieur Gilbert Oirit qui fut conseiller municipal de Rocheservière en 1919. Monsieur Alfred Lefeuvre étant maire. Il y demeura, devint premier adjoint et est mort en cette qualité en 1967, Monsieur Pierre Lefeuvre, petit-fils de Guillaume Guitter, étant maire.
Nous voyons Guitter qui jusqu'alors était médecin devenir juriste. Il devait être remplacé comme maire par son frère Guillaume Guitter notaire à Rocheservière qu'il installa lui-même le 9 août 1810. Il fut en effet médecin et semble avoir exercé pendant cette période. Une note non datée dont le double est de son écriture, écrite vraisemblablement au début du siècle parle de l'expérience qu'il a contractée et de la connaissance qu'il a pu ainsi acquérir de la population.
Rocheserviere avait été totalement incendié pendant la Guerre de Vendée, à part quelques maisons. Recherchons où la famille Guitter a pu s'y loger après ces événements. Par actes datés du 28 mai 1797, du 5 février 1801, du 15 septembre 1801 et du 20 juillet 1809, nous voyons son frère Guillaume Guitter acheter successivement à divers propriétaires tout un lot de maisons situé face à l'église Nôtre-Darne, dans ce lot était certainement la maison actuellement occupée par Monsieur Benjamin Hervouet et Madame Perrocheau. Il est probable qu'il s'y installa dès ce moment et sa veuve née Bossis y est décédée en 1827.
Philippe Guitter habitait certainement alors avec sa mère et ses deux sœurs. Un acte du 15 octobre 1797 porte Philippe et Marie habitant ensemble à Rocheservière. Le 23 avril 1799 Florence et Marie Guitter louent à Jean Baptiste Fayau médecin à Montaigu la maison de Belleroche avec un petit jardin. Cette maison provenait de l'héritage de son demi-frère Joseph Fayau ancien conventionnel qui était décédé à Belleroche le 28 mars 1799.
Le 21 février 1801 Marie Guitter demeurant à Belleroche achète une maison dans le quartier du Rodil et le jardin des douves. Elle se porte acquéreuse pour elle et les siens. Cette maison semble devoir être celle aujourd'hui serre-bois de Monsieur Pierre Lefeuvre. Ils vinrent donc, à ce moment, tous s'y établirent. Le 10 août 1810, par acte sous seing privé, confirmé devant Maître Auvynet notaire le 8 octobre 1813, Philippe Guitter achète à Madame Gabrielle Fayau veuve Boquillon "une maison sise champ de foire à Rocheservière, servant aujourd'hui de caserne de gendarmerie", pour 4000 F. "Cette maison lui appartient en propre pour lui être échue de la succession de son frère Joseph Pierre Marie Fayau". Il est probable que sa mère et ses sœurs vinrent s'y établir.
C’est une des rares maisons de Rocheservière qui n'a dû être que partiellement démolie, de très pur style 17e siècle. Le 8 octobre 1813, il loue, location qui devait être transformée en vente le 25 octobre 1828, à Madame Gabrielle Fayau veuve Boquillon l'ancienne maison Fayau, ma maison paternelle, disait la vendeuse, rue de la Verrie "entre rue et pré du Chêne" entre Philippe Guitter et le milieu d'une douve ou ruisseau traversant la rue de la Verrie. Il y est adjoint le pré du Chêne, le tout pour 5000 F. La passation de cet acte fut longue car ce bien était grevé d’une hypothèque de "Monsieur le baron Pierre Cambronne, général des armées du Roi, commandant la Légion d’honneur, Chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, demeurant sur sa terre sise commune de Saint-Sébastien". Cette maison en très mauvais état à l’époque a depuis été complètement démolie. Marie Guitter construira en 1828 une maison mitoyenne de celle de son frère ; ces deux maisons sont aujourd’hui réunies.
Guitter entre donc désormais dans la magistrature, poste qui partant de la justice de paix le conduira à la Cour d'Appel d'Angers. Pourquoi quitta-t-il la médecine ? Aucun document ne permet de le savoir. Peut-être l’état de sa santé qui semble avoir été défaillante le fit reculer devant ce métier particulièrement dur et pénible qui ne pouvait se faire qu'à cheval à travers de très mauvais chemins ? D'autres raisons peut-être y contribuèrent ? Toujours est-il qu'à partir de 1801 il semble avoir eu un goût très prononcé pour les études juridiques. La bibliothèque de Rocheservière contient en effet de nombreux ouvrages revêtus de son ex-libris, à cette date, en particulier un code civil de la première édition et un recueil des travaux préparatoires à ce code, un traité complet des obligations, des recueils des anciennes coutumes et ordonnances royales.
Toute cette bibliothèque semble témoigner de la part de ce médecin, maire de sa commune, d’un goût profond, d’une véritable vocation pour ces questions si étrangères à sa profession. D’après une correspondance de lui, il semble avoir été aidé pour cette nomination par le préfet de la Vendée d’alors, Prosper de Barante. Ce dernier que la prudence paternelle voulait écarter du lac de Genève où la brillante Madame de Staël étalait devant l’Europe entière son royaume intellectuel et dont les relations avec le jeune Prosper de vingt ans plus jeune qu’elle avaient tout pour lui déplaire, l’avait fait nommer sous-préfet de Bressuire et, en 1809, préfet de la Vendée. Il devait partir en 1813 préfet de la Loire-Inférieure. Guitter semble l’avoir particulièrement connu ; il fera état plus tard de ses relations avec lui, en particulier des facilités qu’il lui donna pour obtenir sa place de juge de paix n’ayant pour cela aucun titre de droit. Il exerça cette profession jusqu’en 1814.
Lors de ce changement de régime où tant de fonctionnaires, grands et petits, virent leur situation transformée soit dans un sens, soit dans un autre, nous voyons celle de Guitter rapidement s'élever.
A la mairie de Rocheservière, Monsieur Bossis maire est destitué et remplacé par Monsieur de Tinguy, mais nous voyons Guitter y revenir en qualité de conseiller municipal. Le 15 août 1815, un arrêté du préfet nomme maire monsieur R. de Tinguy et adjoint Monsieur Artel, en place de Messieurs Bossis et Dorion. Ceci est le rappel dans leurs fonctions de ceux qui les occupaient avant le 1er mars 1815 date du retour de l'Ile d'Elbe.
Le 9 avril 1816, un arrêté du préfet de la Vendée nomme Sorin conseiller municipal de Rocheservière, en remplacement de Guitter, nommé juge à Bourbon-Vendée, et le 29 août 1817, une lettre écrite de Nantes, par Constant Guitter alors séminariste à sa sœur Flore : "J'ai vu ce matin notre frère, avocat (François Guitter) qui m'a dit que notre oncle nous quittait et s'en allait à Valognes en qualité de président du tribunal de première instance. Je l'ai appris avec bien du plaisir parce que je suis bien persuadé qu'il en est lui-même fort content mais je ne sais pas comment il pourra faire régner la justice dans ce pays normand."
Cette élévation subite de la situation de Guitter, consécutive du changement de régime permet d'en rechercher les raisons. Son talent et son incontestable valeur en sont certainement les causes déterminantes mais ils pouvaient être constatés de même par le Gouvernement impérial où le choix des fonctionnaires et leur avancement selon leur mérite étaient étudiés et résolus d'une façon sérieuse. On peut se demander s'il n'a pas eu là des protections d'anciens émigrés auxquels lui ou les siens avaient rendu service pendant la Révolution. A première vue, on serait tenté de voir l'intervention de la famille de Juigné, très puissante au retour de l'émigration et pour le compte de qui sa famille avait compté un sénéchal et un procureur fiscal à la génération précédente. Or, certaines correspondances de ses neveux, vers 1840, semblent indiquer que ces deux familles n'étaient pas en relation.
J'ai toujours entendu dire que la famille de Goulaine, très haut placée elle aussi à cette époque, était pour quelque chose dans l'avancement de Philippe Guitter. Ce serait plus vraisemblable. En effet il existe des pièces montrant le rôle de Guitter et des siens vis-à-vis des biens de cette famille pendant la Révolution.
Locataires de certains biens, achetant nationalement des biens qui leur revenaient ensuite, envoyant de l'argent à Paris à un tiers, avec toujours la mention : "Pour être remis au marquis de Goulaine" semblait indiquer une protection de ce côté.
D'autre part, il est à constater que Jean-Marie Aimé Guitter, procureur fiscal à Rocheservière et Jeanne-Marie Pavageau eurent 6 enfants. Tous, sauf les deux jumelles nées en 1770, ont soit des parrains, soit des signatures à leurs baptêmes des membres de la famille de Goulaine.
De Goulaine signera au baptême de Philippe Guitter. Ceci indiquait donc une situation qui peut expliquer l’avancement de Guitter. Nous verrons plus tard aussi qu’il avait de nombreuses relations et qu’il savait en user.
Ce qui est certain, c’est qu’il arrive à Valognes au mois d’août 1817. En décembre 1817, l’abbé Guitter a écrit encore à sa sœur : "Grand merci des détails intéressants que tu me donnes sur la vie de notre oncle à Valognes. Monsieur le président vit comme un seigneur. Je souhaite pour lui que la satisfaction qu’il y éprouve à Valognes soit de durée mais je ne sais par quel motif je ne serais du tout surpris de le voir revenir dans nos contrées. Il y a des choses si étonnantes dans la vie, qu’on doit s’attendre à tout."
Les quelques lettres qui suivent nous exposeront d’une part la vie qu’il menait à Valognes et le profond attachement, disons "le mal du pays", qu’il éprouvait en ce qui concerne sa Vendée.
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Notes et références
[1] Ces pages viennent de Guy de Raigniac (1909-1987). Celui-ci, ingénieur en chef du génie rural et des Eaux et Forêts, a été vice-président de la Société d'émulation de la Vendée de 1983 à 1986, collaborateur assidu des Vieilles maisons françaises et de la Revue du Bas-Poitou, et à sa mort, ses papiers furent légués par ses enfants aux Archives départementales de la Vendée, où ils constituent le Fonds Guy de Raigniac (8 J 82). Guy de Raigniac a recopié un travail dactylographié et non daté, de Pierre Lefeuvre (1898-1983), qui était un arrière-arrière-petit-neveu de Philippe Guitter, descendant de son frère Guillaume. et qui a dû rencontrer des difficultés dans la lecture des documents originaux, qui expliquent quelques erreurs manifestes de transcriptions.
[2] Voir en fin la note sur les maires de Rocheservière.
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