le moulin Ragoiller
rappel : avant toute utilisation d'extraits ou d'illustrations de ces pages, vous devez en demander l'autorisation à leur auteur.
"Le moulin Ragoiller" (ou "du Ragoiller") est un des anciens moulins à eau ayant existé à un moment ou à un autre sur le Poiré. Son nom, "Ragoiller" ou "Ragouiller" est souvent écorché sur les cartes topographiques ; en parler local, il se rapporte à une mare d’eau boueuse1 et, avec ses dérivés, il se rencontre en divers autres endroits de la commune. Ainsi à 600 mètres en amont du "moulin Ragoiller", le long du même ruisseau et en approchant du "Beignon-Jauffrit" et de "la Turquoisière", plusieurs petites parcelles sont appelées "les prés Ragoyon"2…
"Le moulin Ragoiller" vers 1760 sur la carte de Cassini (environ 3350 x 1650 m),
vers 1820 sur la carte d’Etat-major (environ 1500 x 1100 m),
(on remarque sur l’une et l’autre, les moulins à vent voisins des Cordinières) ;
en 1836 sur le plan cadastral du Poiré (environ 225 x 270 m)...
en 2016 sur une vue aérienne (environ 650 x 450 m).
------------------------------
Un moulin aux origines au moins trois fois séculaires
"Le moulin Ragoiller" n’était pas établi sur le cours de "la Vie", mais sur le débouché d’un petit cours d’eau affluent venant de "la Bouchère". Pour pallier le manque de pente et créer un dénivelé suffisant pour faire fonctionner sa roue, un canal d’amenée d’eau avait été créé, prenant l’eau à une centaine de mètres en amont sur le ruisseau, et la conduisant, parallèlement à celui-ci, jusqu’à un bassin-réservoir où elle s’accumulait durant la nuit. Le jour venu, elle était utilisée pour faire tourner le moulin, rejoignait ensuite par son canal de fuite (son "rava")1 le cours du ruisseau, et par là "la Vie" quelques dizaines de mètres plus loin.
La roue du "moulin Ragoiller" avait un diamètre de 3,40 m et une largeur de 0,50 m. D’autre part, la sécheresse estivale arrêtait l’activité du moulin durant plusieurs mois dans l’année, et ses (ou son) propriétaire(s) avai(en)t aussi, en tout ou en partie, des moulins à vent ; c’est ainsi qu’au XVIIIe siècle, Joseph Phelippeau possédait aussi "le moulin du Fraigneau".
Le site du "moulin Ragoiller" et de ses abords en 1836
et sur une vue aérienne du même endroit en 2014
( environ 380 x 390 m ).
------------------------------
La succession des meuniers du "Ragoiller"
Au plus loin que l’on peut remonter, on trouve au XVIIIe siècle comme meunier du "moulin Ragoiller", Joseph Phelippeau (v.1736-1786) de "l’Orbreteau", puis ses héritiers. Dans la première moitié du XIXe siècle, il est partagé, appartenant en partie à André Bouhier, meunier habitant à "la Jucaillère", puis en 1846 à Louis Guillet et à François Billaud, meuniers vivant à "Montorgueil", et à Pierre Gendreau, de "l’Orcière". Il devint en 1860 la propriété d’Auguste Favroul du "Chemin", qui le reconstruisit in situ en 1872, puis de son fils Bénoni Favrou…
Après la cessation de son activité dans les années 1930, il fut abandonné. Il appartenait alors aux familles Laurenceau puis Bourmaud, de "Montorgueil"3, qui en récupérèrent la pierre, le bois et peut-être les tuiles, tandis que le matériel de meunerie était sans doute vendu.
Les vestiges du "moulin Ragoiller" le 22 février 2025 dans l'après-midi :
avec son bassin-réservoir exceptionnellement en eau,
trois vues des restes du moulin lui-même,
son aire de pique-nique
et le petit pont contigu, sous lequel passe "la Vie".
Au début du XXIe siècle l’essentiel du bassin-réservoir du "moulin Ragoiller" subsiste, mais ce qui reste de son petit canal d’alimentation est caché par la végétation, tandis que son "rava" n'est plus visible. Quant aux vestiges du bâtiment ruiné du moulin, ils ont été acquis et consolidés par la commune du Poiré à la fin des années 1980, tandis que l’espace l’entourant était aménagé en aire de pique-nique, étape sur le tracé d’un de ses sentiers de randonnées locaux.
--------------------
Notes, sources et références
(sauf mentions contraires, illustrations et texte sont dus à M. Mignet)
1 Ce terme bien connu a été relevé en 1908 par Anatole Verrier et René Onillon, dans leur Glossaire étymologique et historique des parlers et patois de l'Anjou (vol. 2, p., 177 : "Ragouiller / llet. c’est un trou dans un ruisseau où il reste de l’eau, même quand celui-ci est à sec et où on conduit les bestiaux") ; ainsi qu’en 1869 par Pierre Jonain, dans son Dictionnaire du patois saintongeais ( p. 340 : "Ragouiller, patauger avec les mains, faire du bruit en remuant un liquide").
2 Voir le cadastre de 1836 du Poiré-sur-Vie, en particulier ses états de sections (Arch. dép. de la Vendée : 3 P 178). Pour "les prés Ragoyon", voir les parcelles C 397 à 406). Le "moulin Ragoiller" étant à la limite de deux feuilles du plan cadastral, ses abords y sont représentés avec des détails en plus ou en moins sur l’une et sur l’autre.
3 Pour plus de détails; voir d’Eugène-Marie Vincent : les Moulins du Poiré-sur-Vie (2012, inédit, 42 p.) qui envisageait alors de compléter son travail par des monographies spécifiques sur tel ou tel de ces moulins. En 2025, cela a abouti à une étude sur le moulin à eau "du Fief" (49 p.), et à une étude sur celui dit "la Minoterie" puis "le moulin à Élise" de ses origines à 1988 (59 p.)… avant de se pencher de nouveau et plus longuement sur "le Ragoiller".
On peut se rappeler par ailleurs qu’à moins de 200 mètres du "Ragoiller", mais sur "la Vie" et seulement de 1831 à 1872, a existé un autre moulin à eau, en contrebas du chemin menant à "Montorgueil", visible sur le plan cadastral de 1836 et dont il ne reste pratiquement plus rien près de deux siècles plus tard.
avant toute utilisation d'extraits ou d'illustrations de ces pages, vous devez en demander l'autorisation à leur auteur
◄ page précédente : la Racaudière Haut ▲ page suivante : la Rételière ►